mai 24

C’était un dimanche.

Une nouvelle photo de Philippe Lutz pour illustrer mon texte d’aujourd’hui.
N’hésitez pas à visiter son site.

orage

C’était un dimanche, je m’en souviens parfaitement.
Le temps était à l’orage depuis une bonne semaine déjà.
La lumière était sauvage.
Il faisait chaud, très chaud, trop chaud.
On sentait bien que ça allait éclater, que ça allait se gâter.
Sans tarder.
Mes parents avaient décidé de faire une longue promenade dans les vignes près de chez nous. Une sorte d’inspection générale plutôt. Papa voulait vérifier si la date qu’il avait prévue pour les vendanges était la bonne, s’il ne s’était pas trompé, s’il avait toujours le nez.
La récolte promettait d’être bonne. Excellente même.
Les cuves étaient prêtes, lavés, rincées.
Tout était prêt, même les hommes.
Le soleil était bon, les grains déjà bien formés.

Pourvu que l’orage à venir ne vienne pas tout gâter.

C’était un dimanche, je m’en souviens parfaitement.
Le dernier dimanche calme avant que l’orage n’éclate et ne détruise tout sur son passage.
Avant qu’il ne laisse derrière lui que misère et destruction.
C’était un dimanche.
Le 2 août 1914.

1000 caractères. Oui oui…

 

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mai 23

C’était donc là.

J’ai un peu tardé. L’inspiration ne m’est venue que tôt ce matin, après une longue nuit de réflexion. Leiloona va donc avoir un texte de plus sur son atelier de Brica-books.. Mais l’ambiance n’est pas à la rigolade !!
Bonne lecture.

chaise

Merci de me montrer cette photo Monsieur le Commissaire.
Elle me permet de visualiser l’horreur, si j’ose dire.
C’était donc là.
Là que j’ai été retenue vingt-et-un jour et vingt-et-une nuits dans un noir absolu, attachée sur une chaise de bois dans un coin de la pièce, je ne saurais même pas dire lequel.
Si.
Je pense que c’était de l’autre côté parce que la lumière passait légèrement par ce qui est visiblement un Vélux.
Il venait deux fois par jour pour me nourrir et m’emmener aux toilettes.
Toujours liée, toujours avec le bandeau sur les yeux.
Je reconnaissais son pas, d’abord dans l’escalier, puis sur le plancher de bois.
Je ne sais toujours pas qui il est ni à quoi il ressemble.
Il manque cependant quelque chose pour que tout soit complet.
L’odeur.
Celle de la peur et de l’angoisse, celle de la nuit et du noir.
Je me contenterai de cette image pour le moment.
Je ne me sens pas prête à vous y accompagner.
Bientôt.
Quand le jour sera revenu dans ma tête.
Quand je n’aurai plus peur..

1000 caractères de trouille…

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mai 16

Le neveu d’Algernon

Coucou, même de pentecôte, c’est lundi… Atelier de Bricabook.
Pour cette semaine, un atelier un peu particulier, puisqu’il ne s’agit pas d’une photo mais d’un détail d’un tableau de Jérôme Bosch proposé à l’occasion du 500è anniversaire de la mort du peintre. Le but est comme d’habitude d’écrire un texte à partir de l’image proposée. Une exposition en ligne se fera à l’adresse http://jerome-bosch.blogspot.fr/2016/04/l-exposition-inspiree-par-lunivers-du.htmlBonne lecture !!

algernonExpérimentation inoffensive qu’ils disent ? Tu parles ! La dernière fois que j’ai poussé une bille avec mon nez, ça m’a valu une décharge électrique. Il n’est pas question que je fasse quoique ce soit pour les aider. Je vais suivre le tuyau et regagner mon lit.
J’avais un oncle que j’aimais beaucoup. Un jour, on lui a fait une piqûre. Et il a appris pendant des semaines à se balader dans un labyrinthe pour aller chercher un petit morceau de fromage. Il croyait bien faire vu que tout le monde le regardait et l’encourageait. Il voulait faire plaisir au type en blouse blanche qui plaçait le bout de gruyère au bout du parcours de plus en plus difficile. Il est devenu super intelligent, hyper performant. Et un jour, il est redevenu aussi bête qu’il était au début. On lui a ouvert le cerveau pour voir ce qu’il avait dedans. Tu parles d’une récompense !
A la fin, on a fini par lui offrir des fleurs. Des fleurs pour une souris ? Tu parles d’un cadeau. Moi, je préfère un bon morceau de gruyère.

1000 caractères, pile poil… de souris

Ce texte fait référence au libre « Des fleurs pour Algernon » de Daniel Keyes

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mai 15

L’aventure continue.

Voici le texte que je viens de terminer pour un concours de nouvelles.

Modalités: le texte doit faire moins de 1890 caractères. Le thème de ce texte doit être la porte. Et le texte doit tourner autour de l’imaginaire.

Par contre, je ne suis pas satisfait du titre. Après avoir lu, si vous avez une idée de titre meilleur que le mien, je vous laisse me le proposer en commentaire de ce texte.

Bonne lecture.

raspoutineLentement, Noah ouvre la porte. C’est son moment préféré de la journée, ou plutôt de la soirée. Un moment rituel qu’il adore. Ils sont tous là au rendez-vous. Exactement où il les a laissés hier soir. Comme un film mis en pause, ils s’étaient arrêtés, avaient cessé leurs mouvements, s’étaient tus.

Noah est heureux de les retrouver. Il va avoir peur, il le sait.

Grigori est là, égal à lui-même. C’est un géant, on dirait un ogre, c’est du moins comme ça que Noah le voit. Ses longs cheveux noirs tombent sur son dos. Sales, mal coiffés, ils lui donnent des allures de monstre, un peu comme Hagrid dans Harry Potter. Il y a du sang sur sa chemise. Sa hache à la main, son couteau à la ceinture et son révolver dans son étui, il reprend sa course à travers les rues de la ville. Le souffle commence à lui manquer. Il sait qu’on est à sa recherche, que toutes les polices du pays sont à sa poursuite. On a déjà essayé de l’empoisonner pendant le repas. Il s’en est aperçu, mais sa force est immense. Rien ne l’atteint. C’est bientôt la fin, il le sait.

Entouré de sa famille, le petit prince Alexis reprend un peu de couleurs. Noah l’aime beaucoup et a pitié de lui. Toute la journée il l’a suivi. Hier soir, ils ont fait une longue promenade au bord du fleuve gelé. Ils ne sentaient plus leurs pieds tellement le froid était mordant. La magie était telle que Noah le sentait à ses côtés, si présent.

Que va-t-il se passer aujourd’hui ? Grigori va-t-il s’en sortir ? Ses poursuivants vont ils le rattraper, le faire prisonnier ou le tuer ? Alexis va-t-il guérir de sa terrible maladie ? Il est si frêle et si fragile.

Maintenant que la porte est ouverte, le monde de Grigori qui s’était figé hier reprend vie et l’aventure continue.

Et elle continuera jusqu’à ce que Noah, épuisé, referme la porte et s’endorme.

Demain, il ouvrira à nouveau la porte magique de toutes les aventures : son livre.

Ce texte comporte 1886 caractères.

 

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mai 10

Gambit

Photo extraite du site http://www.la-photo-du-jour.com/
Merci à Philippe Lutz.

gambit2Il avait certainement un nom, mais personne ne le connaissait. Tout le monde l’appelait Gambit.
A ce qu’on racontait, il avait été prof de maths au lycée Sanghor.
Trois fois par semaine, je passais par le Parc de la Tête d’Or.
Il était toujours là, sur son banc. Les pièces posées sur l’échiquier, il attendait, silencieux. Par défaut il laissait les blancs, ce qui permettait à n’importe quel passant de commencer une partie sans même dire un mot.
Nos parties duraient parfois trois ou quatre jours. Parce que je ne pouvais pas rester longtemps.
Je prenais une photo du plateau avant de partir.
Pas lui.
Quand il me voyait arriver au bout de l’allée, s’il n’était pas occupé par un autre adversaire, il remettait les pièces en place et lorsque je m’arrêtais face à lui, je retrouvais le jeu tel que nous l’avions laissé à mon dernier passage.
Jamais il ne se trompait.
Jamais il ne trichait.
Jamais je n’ai gagné.
Un matin, j’ai trouvé son banc vide.
Il n’y est jamais revenu.
Mat, certainement.

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