mai 21

Nathan est un ange

Des livres, des cahiers, des publications. Peut-être même des articles culturels; Voici ce que montre la photo de cette semaine.

Allez vite découvrir ce que j’en ai fait… Bonne lecture. Et n’oubliez pas mes amis de l’atelier !!! Ils ont bien bossé aussi…


Un par un, ils avançaient et déposaient dans la machine les livres et brochures qu’ils avaient apportés avant d’entrer dans le studio. Elle tournait dans le sens des aiguilles d’une montre et réduisait en poudre toute trace de culture.

En attendant son tour, Nathan jeta un dernier coup d’œil à sa convocation :

« Apportez avec vous les livres, les articles, les journaux, et autres publications culturelles. Vous n’en aurez nul besoin.  Nous nous chargerons de les détruire devant vous.

« Oubliez tout ce que vous savez : orthographe, grammaire, histoire, géographie, sciences, sens pratique, logique. Tout sera inutile.

« Imprégnez vous de populisme, de grossièretés, de blagues et attitudes bien salaces. Un vocabulaire diversifié d’insultes, de gros mots sera apprécié et fera de vous quelqu’un de respecté.

« Vérifiez vos tatouages. Ils doivent être bien visibles : jambes, mollets, dos, épaules ; bras, poitrine, rien ne doit être épargné. Les piercings, boucles d’oreille, de nombril, de téton ne sont cependant pas obligatoires.  Poitrines hyper-gonflées et postérieurs rebondis pour les filles, muscles saillants et torses sans l’ombre d’un poil pour les gars sont par contre obligatoires. Aucune dérogation ne sera accordée.

« L’air con et les attitudes niaises sont de bon ton. Ne pas les négliger.

« L’agressivité, la mauvaise foi, la violence verbale sont des atouts nécessaires pour vivre correctement dans ce nouvel espace qui sera le vôtre pour les trois mois à venir. »

C’est bon, j’ai tout, pensa Nathan en caressant des yeux le tatouage d’araignée dans le cou dessiné à la dernière minute. Le huit autres n’étaient pas suffisants.

Soudain, il sentit un frôlement derrière lui. Quelqu’un l’avait touché. Avait posé la main sur son épaule. Vivement, Nathan se retourna :

« Hé dis donc, tu m’as touché, fils de p… non mais dis donc, va te faire enc…. par ta mère qui s… des b… tout la journée. T’as pas à me toucher, le prochain qui me touche, j’y fous un pain de ouf dans sa g… de gros co….d. Quoi ? Tu l’as pas fait exprès ? Mais je m’en bats les c… espèce de …. »

Au bout de trois minutes, Nathan s’arrêta. Il était content de lui, il avait été à la hauteur de l’offense qui lui avait été faite. Et puis, il s’était montré. Il ne s’était pas laissé faire. Il serait sûrement respecté maintenant.

Nathan lança dans la machine les livres et journaux qu’il avait apportés -il n’y en avait pas très lourd – et franchit la tête haute la porte du studio. Les fameuses grandes ailes blanches vues et revues mille fois à la télévision étaient dessinées sur le mur face à la porte.

Les Anges de la Téléréalité. Il y était. Enfin. Depuis des années qu’il en rêvait !!!

© Amor-Fati 21 mai 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr
mai 7

Le champ des flamands roses

Essayer de rendre gaie une photo lugubre. Quels souvenirs joyeux peut-on avoir en voyant une image pareille ? Lisez donc, et vous verrez bien !!! D’autres amis ont écrit sur cette même photo. Il s’agit de l’atelier 303 de Leiloona.

Comme d’habitude, vos commentaires sont les bienvenus. 


 

Photo : Vincent Hequet

« Attends, tu rigoles, vous allez pas partir comme ça, j’ai un truc de ouf à te montrer, je suis sûr que tu n’as jamais vu et que tu ne te souviens pas.

Et Maxime sortit une photo en noir et blanc, lugubre, représentant un paysage de plaine, morne plaine comme disait Victor. Sur le devant, une espèce de piquet avec un sac poubelle déchiré en guise de fanion. Puis, un peu plus loin, un deuxième, visiblement identique.

– Alors, ça te dit ?

Pour me donner une contenance et l’air de réfléchir profondément, je repris mon mug et me mis à souffler sur la fumée qui s’échappait de mon thé à la violette. Patricia regarda aussi.

– Non, comme ça, ça ne me dit rien.

– Cherche bien, on avait dix-huit ans.

– Ben non, vraiment rien, je t’assure. Ça a l’air sinistre. Ça devrait me dire quelque chose ? Je suis allé là-bas ?

– Un peu que tu y es allé.

– Toi aussi ?

– Bien sûr, on y était ensemble ! Pas toi, Pat, tu n’étais pas là à l’époque.

Patricia sourit.

– C’était le bon temps, les gars, sorties entre mecs, mais dis donc, vous avez pas dû rigoler là bas, ça n’a pas l’air joyeux…

Maxime se leva.

– Attends, je vais te donner un indice.

Et il se dirigea vers la platine vinyle et posa le bras sur la galette noire qu’il avait déjà installée. Il avait prévu son coup le bougre !

Dès les premières notes, le images me revinrent en mémoire. Instantanément. Une évidence !

Imaginez la scène immense entourée des murs d’enceintes noires crachant un son à faire péter les tympans. Des basses énormes qui nous faisaient vibrer de la tête aux pieds pendant que l’on dansait les bras levés, les cheveux battant sur les épaules. Oui oui !

Les jeux de lumière de mille couleurs. Non, ce n’étaient pas les lasers et les éclairages de maintenant. Ils étaient beaucoup moins sophistiqués, mais pour l’époque, c’était tout juste magique. On en prenait plein les yeux.

Et puis cette musique… et ce son jamais égalé. La voix de David Gilmour, la basse de Guy Pratt, la batterie de Nick Mason. Ces chansons comme on n’en fait plus. Comme eux seuls étaient capables d’en faire.

Maxime me regardait. Il avait compris que j’avais compris.

Pink Floyd. Milieu des années soixante-dix. Avant qu’ils ne se lancent dans leurs immenses concerts dans des stades ou des arènes. Un petit festival en Belgique dans la proche banlieue d’Anvers. J’y étais allé en stop avec ma copine de l’époque. On avait rejoint Maxime qui était là-bas depuis trois ou quatre jours, de retour d’Allemagne où il avait passé une semaine chez des copains Hippies.

– Merde. Les Floyds. Le concert du siècle. 74. Incroyable. Ça y est, le flash me revient. Mais cette photo , c’est quoi ?

– C’est le champ du concert, trois jours avant. Juste avant l’installation de la scène et de tout le bordel. Le piquet là sur le devant, c’est le coin de la scène. Et nous, on était par-là, bien loin ajouta Maxime en montrant le bord droit de la photo.

Un bond de plus de quarante ans en arrière. Carole, la bière, le shit, le camping sauvage, nos dix-huit ans, la musique, pas de soucis, que du bonheur d’être jeune. Et Pink Floyd. Indétrônable, à jamais dans mon cœur. Tout revenait en un instant.

– Tiens, dis-je à Maxime en posant ma tasse, file moi donc une bière et monte un peu le son, c’est si bon… »


A noter au passage que le titre des Flamands roses n’était pas au départ un jeu de mot avec le pays flamand, mais bel et bien une faute d’orthographe (flamand au lieu de flamant). Le texte original se passait aux Pays-Bas dans la banlieue de Rotterdam. L’intervention tout à fait justifiée de Loïc dans les commentaires a fait déménager ce concert en Belgique flamande, donnant ainsi l’impression que je suis un subtil amateur de calembours. Ce qui est le cas, mais là, je n’y suis pour rien…

 

 

© Amor-Fati 7 mai 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr
avril 30

Dernier envol

Texte de vacances, normalement léger. Ici un peu moins, vous pourrez en juger !

Les textes de mes amis sont ici.

Bonne lecture à toutes et à tous.


Il était 18h45 lorsque les cinq montgolfières prirent leur envol. A bord de la dernière quittant le sol, le Commandant Legall qui avait pris le pouvoir lors du coup d’état mondial il y a maintenant dix ans. Près lui, sa compagne et son aide de camp. Sa garde rapprochée. Dans les quatre autres, les proches du pouvoir avaient pris place. Les plus courageux et les plus fidèles au moins. Les autres, les pleutres, les couards étaient déjà partis depuis longtemps.
L’assèchement des océans avait vu la pangée se recontituer. Depuis sept ans, le détroit de Gibraltar se travesait à pied, faisant de l’Afrique le pendant naturel de l’Europe. Seule subsistait la fosse des Mariannes, au large des Philippines. Le reste des océans avait disparu, englouti par on ne sait quel siphon invisible. La température avait grimpé considérablement, sélectionnant naturellement les hommes restants de la planète.
Legall en avait profité pour placer son attaque. Presque sans violence. Tout s’était passé rapidement, sans résistance. Il était devenu en quelques minutes le maître incontesté de la planète. Du pôle nord au pôle sud, de l’ancienne Europe à la vieille Australie. Un domaine de cinq cent dix millions de kilomètres carrés. Mais maintenant sans eau,sans animaux sauvages, presque sans végétation. Plus personne ne supportait les quarante degrés du petit matin, ni les soixante-douze du milieu de l’après-midi.
L’évacuation de la planète avait été planifiée début janvier. Il fallait faire au plus vite. La solution de la motgolfière avait été la seule envisagée, car ne nécessitant aucune énergie. Tous étaient partis maintenant. Combien étaient arrivés à bon port ? Aucune idée, aucune nouvelle.
A 18 heures, le commandant Legall était monté à bord, laissant derrière lui ce qu’il restait de la planète perdue. Le dernier à quitter le navire, le dernier à arriver sur Nervil où il prendrait sûrement le pouvoir.
Les hommes avaient détruit leur planète. A eux de ne pas abimer la nouvelle que l’esprit supérieur avait mis à leur disposition.
Pour tout recommencer.

© Amor-Fati 30 avril 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr
avril 16

Intemporelle

Lorsque j’ai reçu la photo, mercredi, je l’ai longuement regardée, et qu’ai-je vu ? Ce que tout le monde a vu certainement… Une petite fille ROUSSE. C’est tellement évident. Alors, mon esprit de contradiction venant sur le dessus, je me suis dit: « C’est tellement gros, tellement évident, que je ne veux pas tomber dans le panneau de Fifi Brindacier. Tomber dans la facilité ». Et avant tout, sur cette photo, j’ai vu une petite fille couchée dans l’herbe qui regarde le ciel. Un point c’est tout.

Bonne lecture. Et n’oubliez pas d’aller lire les textes de mes ami(es). Tout est ici, sur la page de l’atelier de Leiloona.


© Matheus Ferreira

Qui es-tu, petite fille ?

Es-tu  Zoé, petite du vingt et unième siècle, passant ton temps sur les écrans, entre tablette, téléphone, télé et ordi ? Vas-tu à l’école à trottinette, avec tes copines Léa et Zélie, passant fièrement devant Léo et Noé en prenant des allures de midinette ? Enlèves-tu tes écouteurs lorsque tu parles à tes parents ? Ecoutes-tu déjà Skyrock et son flot de contenu qui ne t’est pas destiné ? As-tu détourné la loi pour ouvrir ta page Facebook et ton accès Snapshat ? Combien de photos y a-t-il sur ton téléphone ?

Es-tu Delphine, Frédérique ou Christine, jouant à la marelle ou à la balle dans la cour de l’école ? Ecoutes-tu Sheila ou Cloclo sur ton tourne-disque en rentrant dans ta chambre ? Combien de temps passes-tu à faire tes couettes ou ta queue de cheval le matin dans la salle de bains As-tu déjà été invitée à une boum dans le garage d’un de tes copains ? Ta sœur Martine y est déjà allée, elle. Elle a même dansé un slow avec Christophe, le fils des voisins. Il faut dire qu’elle a quatorze ans. As-tu commandé un appareil photo pour ta communion privée que tu feras en juin prochain ? Un instamatic Kodakavec des cubes flash…

Es-tu Bernadette, seule dans la campagne avec ta mère, tes deux sœurs et ton frère ? Cours-tu à la boite aux lettres le matin, en sabots de bois, pour aller chercher une éventuelle lettre de ton père, parti au front dans le Nord depuis deux ans déjà ? Tu as peur pour lui, loin de toi dans sa tranchée où il a faim, où il a froid. Es-tu déjà allée aider ta mère à traire les vaches ou vas-tu y aller avant de re rentrer faire la soupe ? Et, demain matin, quand tu partiras à l’école, pense bien à prendre ta bûche pour le poêle de la classe. C’est à ton tour. Jeanne et Marcel t’accompagneront depuis le calvaire jusqu’à la porte de la classe. C’est l’an prochain que tu passes le certificat d’étude. Songe que ta grand-mère a été première du canton à son époque.

Es-tu Mathilde, espérant que ton père reviendra de cette bataille vers laquelle l’Empereur Napoléon l’a entraîné, avec tous les hommes de ton village ? Es-tu Marie Françoise, comtesse de Rocbrune, promise au Duc de Champagne, de vingt ans ton aîné et qui viendra t’épouser à l’été prochain, après la moisson ? Es-tu Jehanne, fille du chevalier de la tour du Pin, attendant que son tour vienne dans le tournoi des Nèfles auquel il participe près du château fort de son oncle ? Ou es tu Marie, la fille de son écuyer ?

Es-tu petite gauloise, petite romaine ? Petite anglaise, irlandaise ou écossaise ? Qu’importe qui tu es. Tu es une petite fille de dix ans qui regarde le ciel, qui joue avec une herbe, qui croit que les fées existent, que les lutins font la fête la nuit quand tu dors. Une petite fille qui court, qui rit, qui danse. Qui pleure, qui aime la vie. Une petite fille qui aime de temps en temps se coucher dans l’herbe et regarder la poussière danser dans les rayons du soleil. Pour oublier ses problèmes, ses problèmes de petite fille. Pour avoir un coin de ciel bleu, un moment de calme et de silence rien qu’à toi.

Quelque soit le lieu, quelle que soit l’époque, tu es une petite fille. Comme toutes les petites filles. Intemporelle.

© Amor-Fati 16 avril 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr
avril 9

A ma fille.

300… Vous imaginez ? C’est aujourd’hui le 300 ème atelier d’écriture de Leiloona. 300 photos, 300 textes. J’ai pris le train en route. Je ne sais pas combien j’en ai fait… Peut-être une petite centaine, je ne sais pas précisément. En tout cas, 300 mercis à toi, Alexandra (Leiloona est un pseudo) de nous permettre de nous pencher chaque semaine sur une photo pour inventer une petite histoire de quelques lignes. 300 bisous pour toi, et rendez vous à ce trois cent troisième auquel tu sembles tant tenir…


Ma grande,

T’en souviens-tu ? C’était il y a plus de vingt ans déjà. Quand j’y pense, quand je pense au temps qui passe, ça me bouleverse.

Les vacances tiraient à leur fin. Les derniers jours d’août étaient ensoleillés et nous souhaitions en profiter avant la rentrée qui se profilait déjà. Nous étions partis tous ensemble dans cette petite maison que Pascal nous avait prêtée, dans cette Sologne que j’aime tant. Nous avions passé là trois jours à vivre comme bon nous semblait, sans obligation, sans contrainte. Chacun se levait à l’heure qu’il voulait, passait son temps à faire ce dont il avait envie. Toi, tu passais beaucoup de temps à lire, près de la fenêtre de la bibliothèque, dans la lumière dorée du jardin. Ton frère préférait courir, comme d’habitude. Profiter des derniers moments d’extérieur avant de retrouver notre appartement et le bitume de la cour du collège. Maman et moi en avions profité pour faire de grandes ballades, parfois ensemble, parfois chacun de notre côté.

J’avais cependant insisté pour que nous passions nos repas tous ensemble. Dans une famille, les moments de repas sont tellement importants pour tisser les liens, ou pour les fortifier. Pour parler. De ce qui va bien, de ce qui va moins bien.

Puis nous avions repris l’autoroute, rangé les souvenirs de vacances et attaqué la rentrée sans grand enthousiasme. Un peu comme Pagnol enfant descendant de ses chères collines pour retrouver Marseille et ses soucis.

C’est marrant de retomber sur cette photo au moment où tu vas à ton tour être mère. Où tu vas toi aussi te fabriquer des souvenirs auprès de cet enfant qui va vous accompagner désormais. Cet enfant qui va changer votre vie à Paul et à toi. Comme ton frère et toi avez changé la nôtre. C’est plus belle chose qui puisse t’arriver.

Un gros paquet de nostalgie m’est tombé dessus en revoyant ce souvenir.

J’espère que je ne t’ai pas plombé la journée.

Je t’embrasse bien fort.

Embrasse Paul pour moi.

Papa.

© Amor-Fati 9 avril 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr