avril 17

Non merci

Moins connu que la tirade des nez, Cyrano déclame, vers le milieu de la pièce, la tirade du Non merci.Elle me trotte dans la tête depuis plusieurs semaines. J’en ai fait ma version, en rapport avec les élections qui arrivent très bientôt.

Bonne lecture !


Un dimanche d’avril, arriver en mairie
Entrer dans l’isoloir sans avoir réfléchi,
La gueule enfarinée comme on part en vacances,
Choisir un bulletin au p’tit bonheur la chance,
Non merci.

Pour cinq ans il nous faut désigner
Qui sera notre chef, notre guide bien aimé
Celui qui dans le monde sera le messager
De la France. Le choisir au hasard ? A main levée ?
Non Merci.

Un petit candidat qui vient pour se montrer
Entrer dans la lumière et espérer briller
Mais qui ne représente que peu de congénères
A peine quelques pour cents ? Vous dites ? J’exagère ?
Non merci.

Alors les Cheminade, les Arthaud
Les Poutou, les Lassale et les Asselineau
Je ne les soutiendrai même pas pour un an.
Vous pensez que je peux voter Dupont Aignan ?
Non merci.

La Marine. Celle qui souhaite et espère
Qu’on ne la prendra pas pour la fille de son père
Mais qui vend des idées haineuses et détestables
Me faire, moi, voter pour le parti du diable ?
Non merci.

Envoyer pour cinq ans au château
Un homme qui sans cesse reçoit des cadeaux
Des montres des euros et des complets vestons
Et se dit exemplaire. Que je vote Fillon ?
Non merci.

Ah Macron ! Candidat sans parti
Tu piques à droite à gauche, tu promets, tu paries
Que les amis d’Hollande n’auront pas d’autre choix
Que de voter pour toi. Je te donne ma voix ?
Non merci.  Non merci ! Non merci.

Mais enfin,
J’ai lu tous les programmes pour que le bulletin
Que je mettrai dans l’urne soit celui de mon cœur
J’ai bien tout regardé pour ne pas faire d’erreur
Le papier choisi sera, par déduction
Celui de Mélenchon ou celui de Hamon.

Oui mon cœur est à gauche, ce n’est pas un secret
Ceux qui me connaissent bien savent ce qu’il en est
Pour ce scrutin encor je voudrais envoyer
Un président de gauche occuper l’Elysée.
Pour que mon préféré emporte les enchères
Mon vote n’est pas utile, mais il est nécessaire.

© Amor-Fati 17 avril 2017 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr
avril 3

L’homme de ma vie

Petit à petit, je reprends l’écriture et les salons du livre. Tant mieux. J’aime ça plus que tout.
Alors pour redémarrer, après le petit court de la semaine dernière, j’ai repris le chemin de Leiloona et de son Brick à Book que j’avais délaissé depuis l’automne. Il faut dire que la photo m’a tout de suite emballé, si j’ose dire.
Bonne lecture pour cette reprise et merci de vos éventuels commentaires.

Voilà, je suis presque prête. Aujourd’hui sera certainement le plus beau jour de ma vie. Alors je veux m’en souvenir. Je veux que chaque détail soit parfait. Contrairement à la plupart des femmes, je sais que ce sera cet après-midi, voire ce soir.
Je vais le rencontrer aujourd’hui. Je veux être belle, la plus belle pour aller à notre rendez-vous. Comment ? Non, je ne l’ai jamais vu. Je lui ai beaucoup parlé. Chaque jour depuis si longtemps. Je lui parle de tout. De ce que je vois, de ce que j’entends, de ce que je ressens. Sans nous être jamais vus, nous sommes arrivés à un niveau d’intimité rarement atteint.
Nous ne voulions pas précipiter cette découverte. Il fallait que chacun d’entre nous soit prêt pour que nous nous rencontrions. Certaines rencontres prématurées tournent mal. La nôtre doit être parfaite.
Depuis ce matin, je suis en pleins préparatifs. J’ai commencé par prendre un bon bain. Pas trop chaud pour ne pas friper ma peau. L’eau trop chaude me rougit le teint. Je n’y suis pas restée trop longtemps. J’avais tant à faire avant de partir.
J’ai vérifié ma valise. Oh, je ne serai pas absente bien longtemps, mais je suis certaine de ne pas dormir chez moi au moins deux ou trois nuits. Il faut que nous nous habituions l’un à l’autre. Et puis, vous savez ce que c’est que la découverte… les premiers instants, les premiers jours d’un amour qui promet d’être long ! Nous allons vite devenir inséparables, je le sens…
Puis j’ai retiré mon peignoir et j’ai commencé à m’habiller.
J’ai choisi avec soin mes sous-vêtements. De la dentelle, évidemment. La plus fine, la plus belle. Achetée exprès pour l’événement. Plusieurs fois lavée, jamais portée. Je lui en fais la primeur. Je la retirerai pour lui. Pour l’accueillir.
J’ai remis ma robe bleue, celle du printemps dernier. A peine retouchée, bien mieux ajustée. Elle souligne bien ma taille. C’est une de mes préférées. J’espère qu’il l’aimera. Un petit fichu sur mes épaules pour me rendre au rendez-vous. Les débuts de soirée peuvent être frais.
Vous voyez, j’ai tout choisi avec soin, jusqu’au moindre détail. J’ai tout planifié, tout préparé.
J’ai fini par les chaussures. Ah les chaussures ! C’est la touche finale. Le détail qu’il ne faut pas négliger. J’en ai plus de quarante paires. Des plus larges aux plus étroites, des plus simples aux plus élégantes. Des neuves achetées sur un coup de tête et que je n’ai jamais mises. Des horribles affreuses trop souvent portées, aux pointes abimées ou aux talons déformées. Le choix a été difficile. Long. J’étais prête à prendre le bus pour aller en acheter une nouvelle paire lorsque je les ai aperçues sur l’étagère du fond du placard. Je les avais complètement oubliées. Achetées il y a trois ans pour le mariage de ma cousine Roxane et délaissées je ne sais pas pourquoi. Je crois bien que je ne les ai jamais portées depuis. Elles sont comme neuves. Et je suis dedans comme dans des chaussons. Un vrai bonheur.
Voilà. La voiture m’attend en bas. J’entends le moteur qui tourne. Je suis impatiente maintenant. Il y a tellement de temps que je me prépare. Des jours, des semaines, des mois.
J’enfile ma veste et jette un coup d’œil dans le miroir de la salle avant de partir.
Je suis prête à aller accueillir mon fils. Le terme est dépassé depuis trois jours. La date a été fixée samedi dernier. Ce sera aujourd’hui. Nous l’appellerons Camille.

© Amor-Fati 3 avril 2017 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr
mars 27

Dimanche noir

Ma participation au concours de Short-Edition. Écrire un texte très très court commençant par « l’impact des gouttes sur le métal… » Peur et suspens doivent être au rendez-vous…

Voilà qui est fait.. Content de vous retrouver sur ce blog… ça fait plaisir de retrouver l’écriture, après tout ce temps…


L’impact des gouttes sur le métal le rappela à la réalité. Il ouvrit les yeux sur ce fameux matin. Il savait bien que ce jour devait arriver. Sa mère le lui avait enseigné depuis son plus jeune âge. Il savait depuis sa naissance que cette journée allait être la pire de son existence. On ne se cache pas ces choses-là dans la famille.

Déjà son oncle et sa tante étaient morts l’année dernière. Ensemble. Foudroyés dans la force de l’âge. Plusieurs de ses cousins avaient été portés disparus. Personne n’était certain de leur mort mais c’était plus que probable. Une chose est certaine : on ne les avait jamais revus.

Jeannot, comme tout le monde l’appelait, fit un rapide point dans sa tête. Qu’avait-il de si important à faire aujourd’hui ? Honnêtement pas grand-chose. Il avait pris ses précautions depuis une semaine en prévision de ce dimanche matin. Le garde-manger était plein. Il avait à manger et à boire pour un bon moment. Ses parents étaient allés rendre visite à des amis bien loin du danger. Rien ne justifiait une sortie aujourd’hui.

En plus, il pleuvait. Tic Toc Tic Toc…

Il s’approcha à pas de fourmi de l’entrée de chez lui, passa son nez au dehors et regarda. La pluie tombait à grosses gouttes. Ce qui était plutôt rassurant et minimisait quelque peu le danger. Les statistiques étaient formelles : il y avait plus de victimes les jours de grand soleil. Ce qui ne voulait pas dire qu’il ne risquerait rien aujourd’hui.

Ni les jours suivants d’ailleurs. Il fallait se méfier. Chaque jour était un danger.

Histoire de se dégourdir un peu, il sortit de chez lui, non sans avoir pris mille précautions. Oh il ne s’aventura pas bien loin. Juste quelques pas devant l’entrée. A vingt mètres de lui, en face, il aperçut Violine, son amie de toujours. Il l’appela.

« Violine, ça va ? Tout se passe bien ?

– J’ai peur Jeannot, j’ai peur.

– Moi aussi, mais si tu es prudente, tu ne risques rien. Tu es toute seule ?

– Oui, si tu venais me rejoindre ?

– OK, j’arrive…

Soudain, alors que Jeannot s’apprêtait à  rejoindre Violine, Le vieux Max déboula à toute allure. Il criait :

– Jeannot, Jeannot, rentre… »

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase. Une déflagration énorme se fit entendre et Max s’écroula dans la poussière. Jeannot eut tout juste le temps de voir le sang de Max jaillir d’une plaie ouverte. Ils l’avaient eu, lui, le vieux Max. Un sage pourtant.

Hors de question d’aller voir ce qui se passait, Jeannot ne le savait que trop. Il retourna à fond de caisse vers chez lui et s’engouffra le plus loin possible du danger. Il le savait, quand il reviendrait, Max ne serait plus là.  Les corps ne restaient jamais à la même place. Ils étaient très rapidement évacués. Comme si les victimes n’avaient jamais existé. Parfois on retrouvait des ossements, beaucoup plus loin, mais c’était rare.

La journée allait être longue. Jeannot savait bien que ce dimanche allait traîner. Petit à petit, imperceptiblement, il s’approcha de l’entrée. Il faisait chaud en cette fin d’été. Même si la pluie tombait à grosses gouttes, la chaleur lourde était quand même étouffante. Jeannot regarda dehors. Le cadavre de Max n’était plus là.

Il ne vit rien, mais il entendit.

Des coups de feu provenaient de tous les points cardinaux. Ca tirait partout. Dehors, ce devait être l’enfer. Un carnage. D’autant plus que le ciel se dégageait et que le soleil pointait son nez entre les branches des arbres. Les quelques SDF qu’il connaissait devaient connaître une journée épouvantable. Les victimes seraient nombreuses, à n’en pas douter. Pourvu que sa famille soit épargnée. Et ses amis aussi. Mais il ne se faisait guère d’illusion. Il savait bien qu’il aurait à pleurer la perte de plusieurs de ses proches.

Jeannot ferma les yeux. L’impact des gouttes de pluie sur le métal de la boite de conserve qui traînait près de la porte de chez lui le ramenait sans cesse à ce jour maudit. A ce dimanche de tous les dangers.

Aujourd’hui était le jour de l’ouverture de la chasse et le temps était plus que dangereux pour les petits lapins comme lui.

 

© Amor-Fati 27 mars 2017 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr
janvier 15

Bon anniversaire Noé !

Envoie-moi ton dessin !

Aujourd’hui, c’est un grand jour pour Noé….. Un jour comme il n’en arrive qu’un par an, comme le passage du Père Noël ou des cloches de Pâques. C’est son anniversaire !!!! Un an de plus que l’an dernier, ça compte !

Pour lui faire plaisir, papa et maman ont invité tout le monde à manger ce midi. Papou et Mamou, Papitilo et Mamina évidemment, mais aussi Tonton Bidou et sa copine. Elle s’appelle Louna mais tout le monde l’appelle Loulou. Et tonton Bidou, on l’appelle comme ça parce que quand il était petit, à la fin des repas, il se grattait le ventre en disant « j’en ai plein mon Bidou ».

Pour son anniversaire, maman a demandé à Noé ce qu’il voulait manger. Il a répondu qu’il adorait le poulet. Alors, ce sera poulet frites ! Le dessert, c’est Papitilo qui s’en charge. Il aime bien faire les gâteaux, surtout pour l’anniversaire de Noé.

Noé aide maman à mettre le couvert.

« Je me trompe toujours maman, la fourchette, c’est quel chausson ?
– Du côté de ton chausson bleu, répond maman.
– D’accord. Et le couteau du côté rouge ?
– Voilà, c’est ça !

Il faut vous dire que Noé a un chausson bleu et un chausson rouge. Le bleu à gauche et le rouge à droite. Comme ça, il arrive à se retrouver les deux côtés qu’il a un peu de mal à retenir. Sauf quand il est pieds nus !!!

Noé est un peu impatient. Il a bien vu tout le monde arriver avec des paniers d’où dépassaient des papiers colorés et des nœuds de couleur. Maman lui a dit qu’on lui donnerait ses cadeaux au dessert.

Alors, même si le poulet est bon, même si les frites sont croustillantes, Noé attend le dessert.

Mystérieusement, tout le monde disparait d’un seul coup. Il ne reste que Bidou, Loulou papa et Noé à table. Tous les autres sont partis dans la cuisine et maman a fermé la porte.

– Qu’est-ce qu’ils font tous dans la cuisine ? demande Noé.
– Je ne sais pas, répond Bidou, peut-être la vaisselle…
– Tu sais, reprend Loulou, le poulet et les frites ça fait beaucoup de plats à laver !

Soudain, papa se lève et va fermer les volets.

– Pourquoi tu fermes papa ? Il fait pas nuit…

Papa n’a pas le temps de répondre que la porte de la cuisine s’ouvre en grand. Papitilo porte le gâteau avec maman. C’est un gros gâteau au chocolat avec de la crème blanche et quatre bougies qui brillent. Papou et Mamou suivent derrière et Mamina prend des photos en marchant. Tout le monde chante :

« Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, joyeux anniversaire, Noé… Joyeux anniversaire ! »

Noé n’a encore jamais vu ça. Il a les yeux qui brillent. Il regarde les bougies et les compte tout fort…
– Une, deux, trois, quatre !!
– Allez, souffle, lui dit maman !!!

Noé prend une grande respiration et souffle toutes les bougies d’un coup.

Tout le monde applaudit, et soudain, voilà plein de cadeaux qui arrivent sur la table. Noé ne sait plus où regarder !

Il s’apprête à ouvrir le premier quand Papitilo l’attrape sous les épaules.
Il le soulève et arrête son geste devant son visage. Il lui pose deux gros bisous sur chacune de ses joues.

– Bon anniversaire mon grand. Tu pousses bien comme une arbre, beau comme une fleur et droit comme un chêne. Tu es mon petit-fils à moi !!!

Noé passe les bras autour du cou de Papitilo.
– Bon anniversaire aussi, Papitilo ; dit-il en riant !
– Mais ce n’est pas mon anniversaire à moi, dit Grand-Père.
– C’est pas grave, j’t’aime tout fort quand même ! »

Tout le monde éclate de rire ! Allez, on laisse Noé ouvrir ses cadeaux et manger son gâteau.

Bon anniversaire Noé !

Si vous voulez remplacer le dessin par un autre dessin, pensez à me l’envoyer !!

© Amor-Fati 15 janvier 2017 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr
Catégorie : Papitilo | Commenter
décembre 25

Noé et Papitilo vont à la plage.

En un seul morceau,les 5 épisodes de cette première nouvelle de Papitilo et Noé. Écrit pour des enfants de cycle 2. Du CP au CE2. Je cherche des écoles qui accepteraient de lire cette histoire et de l’illustrer.
A vos crayons….. et envoyez moi vos créations….

Merci à Lola pour les illustrations déjà réalisées et celles qu’elle m’a promises.


« Allo, Papitilo?
Papitilo éloigne le téléphone de son oreille. Il reconnait bien la voix de son petit-fils chéri. Mais Noé ne peut pas s’empêcher de crier quand il appelle son grand-père. Maman lui a dit que Papitilo était un peu sourd. Alors pour être sûr, il hurle !
– Oui mon grand. Bonjour Noé. Tu vas bien ?
– Oui, je vais pas à l’école aujourd’hui tu sais.
– Je sais, on est samedi. Je sais même que tu vas venir me voir cet après-midi.
– On ira se promener sur la plage tous les deux ?
– Bien sûr. S’il ne pleut pas. »
Et hop.. Noé se dépêche d’avaler son beefsteak haché et sa purée. Elle est bonne la purée de maman. Des fois, maman fait de la vraie purée. Et Noé l’aide à tourner. Mais là, c’est de le purée de la boite !
« Vite, vite, dépêche-toi, dit maman, on est déjà en retard, et je dois passer te déposer chez Papitilo.
– Vite, vite répète Noé »
Noé court. Il remonte dans sa chambre chercher Bouboune. Il ne va quand même pas le laisser tout seul tout l’après midi.
Noé monte dans la voiture. Il sait s’attacher tout seul maintenant.
Et les voilà partis !
Papitilo nous voilà !!


Quand Noé et sa maman arrivent, Papitilo est un peu endormi. Après manger, c’est toujours comme ça. Il pique du nez, comme dit papa !
– Papitilo, Papitilo, on va à la plage ?
– Hé, bonjour mon bonhomme, d’abord.
Papitilo se baisse en faisant bien attention à son dos qui lui fait mal et il soulève son petit-fils. Noé passe ses bras autour du cou de son grand-père et lui fait un gros bisou sur la joue. Un bisou qui claque et qui fait du bruit.
– Et un bisou à Bouboune ! demande Noé en tendant le mouton en laine rapporté d’Irlande.
Il ne ressemble plus à grand ’chose le pauvre Bouboune, tellement il a été trituré dans tous les sens !
– Mamina n’est pas là ? demande Noé en regardant autour de lui.
Mamina, c’est la femme de Papitilo. Mais ce n’est pas la maman de maman. C’est comme Papinou, c’est le mari de Maminou, mais ce n’est pas le papa de maman… C’était un peu compliqué au début, mais maintenant, Noé a bien compris. Ça fait juste des bisous en plus, c’est tout ! Que du bon !
– Elle est partie faire des courses parce qu’elle savait que tu arrivais ! Tu la verras tout à l’heure !
– Je repasserai le prendre après manger, si ça ne te dérange pas, papa.
– Prends ton temps ma grande. Si tu veux, on peut même le garder à dormir ce soir. Il doit y avoir un pyjama et quelques vêtements de la dernière fois…
– Je te dirai, je t’envoie un texto dans l’après-midi.
– D’accord. Ne t’inquiète pas, on s’occupera bien de lui.
– Je ne m’inquiète pas, papa. Allez, p’tit loup, je m’en vais, dit maman en claquant des mains vers son petit garçon.
Noé court et saute au cou de sa maman et il la couvre de bisous mouillés.
Il rit fort entre deux bisous.
– Amuse-toi bien mon cœur, et sois sage avec Papitilo et Mamina ! A ce soir, ou à demain, je te dirai..
– D’accord…
Puis, Noé se tourne vers Papitilo.
– Bon, on part à la plage ?


« Comment ça tu ne sais pas faire tes lacets ? Un grand garçon comme toi ?
– Mais c’est dur, Papitilo, tu sais, je ne sais jamais avec quelle main on fait la boucle.
– Allez, viens me voir, je vais te montrer. Mais…
– … c’est la dernière fois !
Papitilo et Noé rigolent. Tous les deux savent bien que Papitilo lui montrera encore plein de fois !
– Ça y est, cette fois, je suis prêt.
Papitilo regarde Noé de la tête aux pieds.
– C’est bon. Tiens, voilà ton bonnet, marin, on y va. »
Et les voilà partis. Papitilo donne la main à son petit-fils. Ils se connaissent bien tous les deux. Ils se voient si souvent qu’une grande complicité est née entre le vieux monsieur et son petit-fils.
La plage n’est pas loin de la maison de Papitilo et Mamina. En chemin, ils croisent Madame Leclerc qui habite dans une grande maison près de la boulangerie. Elle tient son chien en laisse.
– Bonjour Madame Leclerc, vous allez bien, demande Papitilo ?
– Un peu fatiguée, comme tous les jours. Je fais faire un petit tour à Loustic. Il adore aller marcher sur la plage.
– Hé bien nous, on y va, avec mon capitaine de petit-fils.
– On ramènera des coquillages, hein Papitilo ?
– Bien sûr, j’avais prévu, tu sais !
Et Papitilo sort un sac en plastique bleu de sa poche.
– Vous allez remplir le sac ? demande Madame Leclerc ?
Noé rigole :
– Oh pas quand même, maman ne va pas vouloir que je ramène tout ça à la maison !
– Allez, en route mauvaise troupe, dit Papitilo, bonne journée madame Leclerc !
Ca y est ! Noé voit déjà la statue qui est au bord de la plage. Un soldat en jupe qui joue du biniou. Au début ça lui a fait drôle, mais Papitilo lui a expliqué que c’était un écossais qui s’appelait Bill et qui était venu ici il y a longtemps quand il y avait la guerre. Maintenant, Noé le connaît bien.
– Salut Bill, dit Noé en passant à côté de la statue.
Et tous les deux, main dans la main, arrivent près du petit mur de la plage. Noé s’arrête et regarde son grand-père et lâche sa main.
-Vas-y mon grand, file, je te regarde! »
Noé part en courant vers la mer. Papitilo le suit du regard et sourit.
Ils aiment tellement être ensemble ces deux-là !


Noé court, court, court et saute.
« Papitilo, Papitilo, tu viens jouer avec moi ?
– Si tu veux mon bonhomme, mais je ne cours pas trop, d’accord ?
Noé s’approche de son grand-père.
– Pourquoi tu veux pas courir ?
– Ah… Tu comprends, Noé, j’ai déjà beaucoup, beaucoup couru depuis que j’ai ton âge. Et mes jambes sont un peu usées, alors il faut que je fasse attention.
– Ca veut dire qu’il ne faut pas que je courre non plus ?
– Si, si, Oh toi, tu peux y aller de bon cœur.
Et Noé s’éloigne un peu, mais fait un peu semblant de ne pas trop courir. Papitilo le suit doucement. A son rythme.
Soudain Noé s’arrête.
– Regarde, Papitilo, une mouette qui nous bombarde ! Elle est méchante.
– Mais non, regarde, elle a attrapé un coquillage et elle le lâche pour qu’il s’ouvre. Elle va le reprendre et le relâcher.
– Elle va faire ça souvent ? demande Noé en observant la mouette reprendre le coquillage une troisième fois.
– Jusqu’à ce qu’elle puisse le manger.
– Cru ?
– Oui bien sûr !
– Pouah…
Noé fait une affreuse grimace.
– Tiens, en parlant de manger, il va falloir qu’on songe à rentrer, Mamina m’a dit qu’on devait éplucher les carottes et les patates pour ce soir.
– Je pourrai t’aider Papitilo ?
– Évidemment, tout seul je n’y arriverai pas ! Allez, viens, on y va.
Les deux hommes font demi-tour. Ils se sont un peu éloigné. Le temps de retourner jusqu’à Bill puis à la maison, il ne faut pas traîner. Pour aller plus vite, ils remontent de la plage et marchent côte à côte sur le chemin qui longe la mer.
Papitilo marche les mains derrière le dos, c’est une habitude. Noé s’amuse à l’imiter. Ils sont beaux nos deux hommes.
Soudain Noé a sursaut.
– Papitilo, Papitilo, c’est quoi là par terre ? On dirait un portemonnaie.
– Ah oui, tu as raison. On dirait un portemonnaie ou un portefeuille.
– Je le ramasse Papitilo ?
– Non, pas toi. Attends, je vais le faire.
Noé et Papitilo regardent le portemonnaie. Il est noir, avec deux poches reliées par un fermoir noir.
Papitilo ouvre un côté. Il y a des pièces de monnaie. Pas beaucoup, mais quand même un petit peu.
– Oh des sous ! s’écrie Noé.
– Oui. Quelqu’un doit les chercher, répond son grand-père.
– Ouvre l’autre côté. Ouvre, pour voir, Papitilo.
Papitilo ouvre le portemonnaie et sort deux billets de dix euros, un billet de cinq et une petite photo. Noé ouvre les yeux tout ronds.
– La photo, c’est Loustic. Le chien de la dame qu’on a vu tout à l’heure ! »


– Mais oui, tu as raison, dit Papitilo. C’est le chien de Madame Leclerc.
Noé s’accroche au pantalon de son grand-père.
– Elle est venue se promener ici et elle a fait tomber son porte-monnaie. On va lui rapporter hein Papi ?
– Bien sûr, allez, viens vite. Et puis donne-moi la main. Entre hommes on va marcher vite parce qu’elle doit se faire du souci.
Papitilo fait des grands pas. Noé a bien du mal à suivre. Il court presque à côté de son grand-père.
– Tu crois qu’elle a appelé la police ? demande le petit garçon.
– Oh, peut-être pas encore. Elle va peut-être revenir sur ses pas pour essayer de retrouver son porte-monnaie.
– On va la croiser tu crois Papitilo ?
– On verra bien… Allez, marche et garde ton souffle, on est bientôt arrivés.

Il y a dix bonnes minutes de marche entre la statue de Bill et la maison de Madame Leclerc. Noé et son grand-père sont un peu essoufflés en s’arrêtant devant la barrière du jardin.
– Vas-y, sonne, dit Papitilo. Appuie sur le bouton, là.
La sonnette  est très jolie. Noé appuie une deuxième fois.
– Stop, stop… Ca suffit… Elle a sûrement entendu.
En tout cas, Loustic a entendu, car il se met à aboyer très très fort. Ça vient de la maison. La porte s’ouvre et madame Leclerc apparaît. Le chien lui passe entre les jambes et vient sauter devant Noé qui fait un bond en arrière et tombe sur les fesses.
Madame Leclerc rappelle son chien.
– Loustic, viens ici.
Noé se relève vite et se frotte les fesses.
– Ca va ? demande Papitilo.
– Oui, oui, c’est bon…
– Monsieur Lescure ? demande la dame. C’est vous Monsieur Lescure ?
– Oui, répond Papitilo. Nous venons vous…
– Attendez, entrez. Ne bougez pas, je vais chercher la clé.
Madame Leclerc disparaît dans la maison, puis revient, un trousseau de clés à la main. Elle ouvre la barrière.
– Entrez, c’est gentil de passer me voir. Qu’est-ce qui vous amène ?
C’est Noé qui prend la parole.
– On a reconnu Loustic !
– Ah oui, dit la dame. Il est beau hein ?
Papitilo sort le porte-monnaie de sa poche.
– On a retrouvé votre porte-monnaie sur la plage.
Madame Leclerc ouvre de grands yeux.
– Ah ben ça alors, dit-elle, en prenant le porte-monnaie que lui tend Papitilo. Je ne m’étais aperçue de rien !
– Tout le mérite en revient à Noé, ajoute Papitilo. C’est lui qui l’a trouvé dans le sable…
– Et j’ai vu la photo de Loustic, ajoute Noé.
– Bravo, dit Madame Leclerc. Merci Petit détective…
Noé rit aux éclats.
– Attends, je vais te chercher un gâteau pour te remercier.
Madame Leclerc rentre chez elle et ressort avec un paquet de barquettes à l’abricot.
– Tiens, prends le paquet, dit-elle, tu les mangeras sur la plage.
– Merci Madame, dit aussitôt Noé.
– Allez zou, nous y allons, dit Papitilo. La soupe ne va pas s’éplucher toute seule !
– Et Mamina nous attend, ajoute Noé.
– Au revoir les deux hommes, dit Madame Leclerc.
Elle fait un bisou à Noé et serre la main de Papitilo.
– Au revoir. » A bientôt, conclut Noé.
Et les voilà repartis vers la maison. Ils ont les yeux qui brillent. Ils sont heureux de leur promenade. Ils sont heureux quand ils sont tous les deux. Noé va en avoir des choses à raconter en rentrant à la maison.

© Amor-Fati 25 décembre 2016 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr