avril 3

L’homme de ma vie

Petit à petit, je reprends l’écriture et les salons du livre. Tant mieux. J’aime ça plus que tout.
Alors pour redémarrer, après le petit court de la semaine dernière, j’ai repris le chemin de Leiloona et de son Brick à Book que j’avais délaissé depuis l’automne. Il faut dire que la photo m’a tout de suite emballé, si j’ose dire.
Bonne lecture pour cette reprise et merci de vos éventuels commentaires.

Voilà, je suis presque prête. Aujourd’hui sera certainement le plus beau jour de ma vie. Alors je veux m’en souvenir. Je veux que chaque détail soit parfait. Contrairement à la plupart des femmes, je sais que ce sera cet après-midi, voire ce soir.
Je vais le rencontrer aujourd’hui. Je veux être belle, la plus belle pour aller à notre rendez-vous. Comment ? Non, je ne l’ai jamais vu. Je lui ai beaucoup parlé. Chaque jour depuis si longtemps. Je lui parle de tout. De ce que je vois, de ce que j’entends, de ce que je ressens. Sans nous être jamais vus, nous sommes arrivés à un niveau d’intimité rarement atteint.
Nous ne voulions pas précipiter cette découverte. Il fallait que chacun d’entre nous soit prêt pour que nous nous rencontrions. Certaines rencontres prématurées tournent mal. La nôtre doit être parfaite.
Depuis ce matin, je suis en pleins préparatifs. J’ai commencé par prendre un bon bain. Pas trop chaud pour ne pas friper ma peau. L’eau trop chaude me rougit le teint. Je n’y suis pas restée trop longtemps. J’avais tant à faire avant de partir.
J’ai vérifié ma valise. Oh, je ne serai pas absente bien longtemps, mais je suis certaine de ne pas dormir chez moi au moins deux ou trois nuits. Il faut que nous nous habituions l’un à l’autre. Et puis, vous savez ce que c’est que la découverte… les premiers instants, les premiers jours d’un amour qui promet d’être long ! Nous allons vite devenir inséparables, je le sens…
Puis j’ai retiré mon peignoir et j’ai commencé à m’habiller.
J’ai choisi avec soin mes sous-vêtements. De la dentelle, évidemment. La plus fine, la plus belle. Achetée exprès pour l’événement. Plusieurs fois lavée, jamais portée. Je lui en fais la primeur. Je la retirerai pour lui. Pour l’accueillir.
J’ai remis ma robe bleue, celle du printemps dernier. A peine retouchée, bien mieux ajustée. Elle souligne bien ma taille. C’est une de mes préférées. J’espère qu’il l’aimera. Un petit fichu sur mes épaules pour me rendre au rendez-vous. Les débuts de soirée peuvent être frais.
Vous voyez, j’ai tout choisi avec soin, jusqu’au moindre détail. J’ai tout planifié, tout préparé.
J’ai fini par les chaussures. Ah les chaussures ! C’est la touche finale. Le détail qu’il ne faut pas négliger. J’en ai plus de quarante paires. Des plus larges aux plus étroites, des plus simples aux plus élégantes. Des neuves achetées sur un coup de tête et que je n’ai jamais mises. Des horribles affreuses trop souvent portées, aux pointes abimées ou aux talons déformées. Le choix a été difficile. Long. J’étais prête à prendre le bus pour aller en acheter une nouvelle paire lorsque je les ai aperçues sur l’étagère du fond du placard. Je les avais complètement oubliées. Achetées il y a trois ans pour le mariage de ma cousine Roxane et délaissées je ne sais pas pourquoi. Je crois bien que je ne les ai jamais portées depuis. Elles sont comme neuves. Et je suis dedans comme dans des chaussons. Un vrai bonheur.
Voilà. La voiture m’attend en bas. J’entends le moteur qui tourne. Je suis impatiente maintenant. Il y a tellement de temps que je me prépare. Des jours, des semaines, des mois.
J’enfile ma veste et jette un coup d’œil dans le miroir de la salle avant de partir.
Je suis prête à aller accueillir mon fils. Le terme est dépassé depuis trois jours. La date a été fixée samedi dernier. Ce sera aujourd’hui. Nous l’appellerons Camille.

mars 27

Dimanche noir

Ma participation au concours de Short-Edition. Écrire un texte très très court commençant par « l’impact des gouttes sur le métal… » Peur et suspens doivent être au rendez-vous…

Voilà qui est fait.. Content de vous retrouver sur ce blog… ça fait plaisir de retrouver l’écriture, après tout ce temps…


L’impact des gouttes sur le métal le rappela à la réalité. Il ouvrit les yeux sur ce fameux matin. Il savait bien que ce jour devait arriver. Sa mère le lui avait enseigné depuis son plus jeune âge. Il savait depuis sa naissance que cette journée allait être la pire de son existence. On ne se cache pas ces choses-là dans la famille.

Déjà son oncle et sa tante étaient morts l’année dernière. Ensemble. Foudroyés dans la force de l’âge. Plusieurs de ses cousins avaient été portés disparus. Personne n’était certain de leur mort mais c’était plus que probable. Une chose est certaine : on ne les avait jamais revus.

Jeannot, comme tout le monde l’appelait, fit un rapide point dans sa tête. Qu’avait-il de si important à faire aujourd’hui ? Honnêtement pas grand-chose. Il avait pris ses précautions depuis une semaine en prévision de ce dimanche matin. Le garde-manger était plein. Il avait à manger et à boire pour un bon moment. Ses parents étaient allés rendre visite à des amis bien loin du danger. Rien ne justifiait une sortie aujourd’hui.

En plus, il pleuvait. Tic Toc Tic Toc…

Il s’approcha à pas de fourmi de l’entrée de chez lui, passa son nez au dehors et regarda. La pluie tombait à grosses gouttes. Ce qui était plutôt rassurant et minimisait quelque peu le danger. Les statistiques étaient formelles : il y avait plus de victimes les jours de grand soleil. Ce qui ne voulait pas dire qu’il ne risquerait rien aujourd’hui.

Ni les jours suivants d’ailleurs. Il fallait se méfier. Chaque jour était un danger.

Histoire de se dégourdir un peu, il sortit de chez lui, non sans avoir pris mille précautions. Oh il ne s’aventura pas bien loin. Juste quelques pas devant l’entrée. A vingt mètres de lui, en face, il aperçut Violine, son amie de toujours. Il l’appela.

« Violine, ça va ? Tout se passe bien ?

– J’ai peur Jeannot, j’ai peur.

– Moi aussi, mais si tu es prudente, tu ne risques rien. Tu es toute seule ?

– Oui, si tu venais me rejoindre ?

– OK, j’arrive…

Soudain, alors que Jeannot s’apprêtait à  rejoindre Violine, Le vieux Max déboula à toute allure. Il criait :

– Jeannot, Jeannot, rentre… »

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase. Une déflagration énorme se fit entendre et Max s’écroula dans la poussière. Jeannot eut tout juste le temps de voir le sang de Max jaillir d’une plaie ouverte. Ils l’avaient eu, lui, le vieux Max. Un sage pourtant.

Hors de question d’aller voir ce qui se passait, Jeannot ne le savait que trop. Il retourna à fond de caisse vers chez lui et s’engouffra le plus loin possible du danger. Il le savait, quand il reviendrait, Max ne serait plus là.  Les corps ne restaient jamais à la même place. Ils étaient très rapidement évacués. Comme si les victimes n’avaient jamais existé. Parfois on retrouvait des ossements, beaucoup plus loin, mais c’était rare.

La journée allait être longue. Jeannot savait bien que ce dimanche allait traîner. Petit à petit, imperceptiblement, il s’approcha de l’entrée. Il faisait chaud en cette fin d’été. Même si la pluie tombait à grosses gouttes, la chaleur lourde était quand même étouffante. Jeannot regarda dehors. Le cadavre de Max n’était plus là.

Il ne vit rien, mais il entendit.

Des coups de feu provenaient de tous les points cardinaux. Ca tirait partout. Dehors, ce devait être l’enfer. Un carnage. D’autant plus que le ciel se dégageait et que le soleil pointait son nez entre les branches des arbres. Les quelques SDF qu’il connaissait devaient connaître une journée épouvantable. Les victimes seraient nombreuses, à n’en pas douter. Pourvu que sa famille soit épargnée. Et ses amis aussi. Mais il ne se faisait guère d’illusion. Il savait bien qu’il aurait à pleurer la perte de plusieurs de ses proches.

Jeannot ferma les yeux. L’impact des gouttes de pluie sur le métal de la boite de conserve qui traînait près de la porte de chez lui le ramenait sans cesse à ce jour maudit. A ce dimanche de tous les dangers.

Aujourd’hui était le jour de l’ouverture de la chasse et le temps était plus que dangereux pour les petits lapins comme lui.

 

septembre 12

Ombre et lumière

Habitués de ce blog, vous le savez que le lundi, c’est le jour de Leiloona, de Bricabook et de sa photo à commenter, à inventer. Ce lundi ne déroge pas à la règle. J’ai repris le boulot, pour la dernière année. J’ai repris également les ateliers après deux mois de non-écriture. Commençons par une photo de la fête. Bonne semaine.

La roue tournemanege
La vie tourne
Parfois la lumière
Parfois le sombre
L’obscurité
Le jeu
La musique
L’ivresse
Le tournis

Dans la lumière
On te voit
Tu tournes avec les autres
Tu ris fort
Pour qu’on t’entende
Tu t’enivres
Insouciant
Entrainé par la folie
De la vie

Descends du manège
Fais deux pas en arrière
Loin de la lumière
Eloigne toi un peu
Et tu verras
Comme on t’oublie
Comme on te nie.

Profite de la fête
Te prends pas la tête
Tourne manège
Qu’il pleuve ou qu’il neige
Profite de la vie
Quand elle te sourit
Un pas de côté
Et on oubliera
Ce que tu as été
A dix pas de la piste
On oubliera que tu existes.

 

juin 27

A vous, Philippe Meyer

Lundi, photo, Leiloona, Bric à Book, vous avez l’habitude. Cette semaine, comme la semaine dernière, j’ai joué le flemmard, profitant de mon week-end. Et puis, en revoyant la photo de la semaine, me sont revenus les derniers mots de Philippe Meyer samedi, à la fin de son émission « La prochaine fois, je vous le chanterai », rayée d’une coup de stylo autoritaire de la grille de rentrée de France Inter. Alors j’ai voulu faire d’une pierre deux coups, travailler l’atelier et saluer Philippe Meyer.

meyer

 

« Bonnes vacances, bon vent, bonne mer. »
C’est sur ces sobres mots que Philippe Meyer,
Amoureux de musique, de Paris et des vers
A quitté sans un bruit, ce samedi, hier
L’antenne publique de France Inter

Depuis deux mille, soit seize années entières
Il a fait rimer Montant avec Prévert
Brassens avec Hugo, Ferré avec Baudelaire.
Seize ans de chant sur tous les airs,
De Jamait à Tachan, des Frères Jacques à Vaucaire.

Et pour cette émission qui était la dernière
Pas un mot déplacé, pas un mot de travers
Si ce n’est un rappel d’une injure passagère.
Pour sa dernière antenne, ce brave Monsieur Meyer
A été du niveau des condamnés de guerre.

« On me prie de quitter l’antenne de France Inter »
Voilà ce qu’il a dit aux compères, aux commères
Qui chaque samedi devant leurs gazinières
Préparaient le repas en fredonnant les airs
De Trénet, de Bécaud ou bien de Julien Clerc.

La prochaine fois, disait  Philippe Meyer
Je vous le chanterai. Mais il ne chantait guère.
Alors pour s’excuser de cette promesse en l’air
Et pour nous démontrer qu’il savait bien le faire,
Samedi il a chanté en quittant France Inter.

Bonnes vacances, bon vent, bonne mer
Et j’ajouterai merci, Monsieur Philippe Meyer.

Samedi 27 Juin , après seize années au service de la chanson française, quelle qu’elle soit, moderne ou ancienne, Philippe Meyer a quitté France Inter qui lui a retiré son créneau. Loin des Barthès, Lepers ou autres animateurs qui ont longuement médiatisé leurs départs cousus d’or, Philippe Meyer s’en est allé avec l’habituelle discrétion qui est la sienne. Merci à lui d’avoir animé mes samedis matins. Et puisque l’émission peut être réécoutée jusqu’à la nuit des temps, promis, je ne vais pas m’en priver.

juin 20

Elle m’avait dit…

Habitués de ce blog, vous le savez que le lundi, c’est le jour de Leiloona et de sa photo à commenter, à inventer. Ce lundi ne déroge pas à la règle. Voici ma copie de ce jour d’été, si l’on en croit plus le calendrier que la météo.
Les textes de mes camarades sont ici.

arcElle m’avait dit :
« Je ne sais pas si je t’aime toujours. Je préfèrerais que l‘on fasse un break de quelques semaines. Pour me permettre de réfléchir, de peser le pour et le contre. Savoir si notre histoire a un quelconque futur. Je dois me poser les bonnes questions et espérer les bonnes réponses.
Je lui avais dit :
– Ne me fais pas attendre trop longtemps, la vie n’est pas si longue que ça, les jours deviennent vite des semaines et les mois cumulés se comptent en années.
Je lui avais dit :
– Sors de ta vie terne en noir et blanc. Je t’en propose une nouvelle, pleine d’imprévus, pleine de projets, de musique. Une vie en couleurs. Si tu veux bien me suivre, tu ne le regretteras pas.
Elle m’avait dit :
– Je te préviendrai. Si mon cœur veut bien te suivre, si tes couleurs me tentent, tu le sauras très vite. Mais pour l’instant, je suis perdue. Trop de choses en même temps.
Je lui avais dit :
– Oui mais comment ?
Elle m’avait dit :
– Je ne sais pas encore, attends,  je te ferai signe. »

1000 signes !!! espaces comprises.