avril 9

Ma soeur m’a dit

J’avais dit que j’aimais pasrenaud
Que je l’écouterai pas
Que je n’en voulais pas

Et puis ma sœur m’a dit

Écoute-le, tu verras
C’est touchant, c’est sympa
Y a des trucs, tu aimeras

J’avais dit j’aime pas celle là
La voix, franchement c’est pas ça
Toujours debout ? On dirait pas.

Et puis ma sœur m’a dit

Fais un effort, fais un pas
Je te le jure mon p’tit gars
Que tu ne regretteras pas

J’avais dit que je voulais pas
Les écouter ces chansons là
Que cet album c’était caca

Et puis ma sœur m’a dit

La voix d’avant, oublie-la
C’est sûr, elle ne reviendra pas
La 2 : « Les mots ». Ecoute la.

Alors j’ai mis mes écouteurs
Comme me l’a dit ma sœur
J’ai écouté pendant une heure
Et ça m’a mis de belle humeur.

J’avais dit, j’avais écrit
Que Renaud pour moi c’était fini
Il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis.

C’est ma sœur qui me l’a dit.

 

avril 3

Le printemps des mots

joncourComment est-il arrivé sur ma liseuse ? Aucune idée. Peut-être caché pendant l’hiver a-t-il développé ses mots et ses phrases en ce début d’avril ? Je ne sais pas.
Toujours est-il qu’hier soir, après avoir terminé  « Voix » d’Indridason l’islandais, je me suis demandé ce que j’allais lire pour changer un peu des polars scandinaves qui m’accompagnent depuis le début de 2016. Et je suis tombé sur ce titre : « L’Ecrivain National ». De Serge Joncour. Jamais entendu parler. Ni du titre, ni de l’auteur. J’ai ouvert virtuellement le livre, j’ai commencé à lire l’accroche. Ca me parait plutôt bien pour me changer de la Suède et de l’Islande.
Et me voilà parti. Et me voilà absorbé, scotché.
Et moi qui essaie d’écrire un peu, qui ai publié deux recueils de nouvelles et qui suis en train d’avancer un roman, je me sens petit, humble, minuscule fourmi devant ce raconteur de génie.
La force de l’écriture, la puissance des mots, la manière de faire passer un paysage ou un visage, une pièce ou une assemblée. Nous faire entendre la pluie qui commence à tomber sur une forêt en deux pages, c’est du pur génie littéraire.
Autant dans le dernier Indridason, pourtant parfaitement traduit, j’ai passé des paragraphes entiers, fini des phrases sans même les lire, autant là, je bois chaque paragraphe, chaque phrase, chaque mot. Je vais jusqu’au bout du bout des phrases, avidement, jusqu’à la dernière lettre, pour que rien ne m’échappe. Je reviens même en arrière parfois. Non pas parce que je n’ai pas compris, mais pour avoir le bonheur de la relire cette phrase, tant elle est parfaitement ciselée, comme un bijou par son orfèvre. Tant l’adjectif placé près du nom est exactement celui qu’il faut, choisi avec soin pour faire développer au substantif toute sa puissance et son arôme.
Pour le moment, j’en ai lu 20%. C’est parfait. J’ai encore quatre fois plus de bonheur et de plaisir qui m’attendent.
Merci d’avance à vous, Serge Joncour de m’offrir ce moment de lecture. Je vais vite retourner dans le Morvan suivre vos aventures vers la découverte du meurtrier du Commodore, mais surtout avoir le bonheur de vous lire.
Et attendre la saison prochaine pour voir si un nouveau livre de vous aura poussé sur ma liseuse.

Vous avez lu ce livre ou cet auteur ? Vous avez écrit ce livre (on ne sait jamais…) ?
Ecrivez donc un petit commentaire ci-dessous pour confirmer mes dires ou les contredire (mais ça m’étonnerait…)
Merci

mars 22

Je suis …

Je suis Charliejesuis
Je suis Paris
Je suis Belgique
Je suis Liban
Je suis Israël
Je suis Mali
Je suis Burkina Fasso
Je suis Côte d’Ivoire
Je suis Syrie
Je suis Turquie
Je suis Tunisie
Je suis Maroc
Je suis Algérie
Je suis Palestine
Je suis Egypte
Je suis Londres
Je suis Boston.

Je suis Canada, Australie,
Koweit, Pakistan
Je suis Yemen
Arabie Saoudite
Afghanistan.

Je suis Europe
Asie
Océanie
Afrique
Amérique

Je n’ai pas de nation
Je n’ai pas de religion
Je n’ai pas de couleur
Je n’ai pas de pays.

Je suis tout le monde
Tous ceux qui tombent
Sous les bombes.

Hommage des dessinateurs sur le site de Courrier International

brux

 

 

mars 14

Les ballons rouges

rougeIl est des images qui ne vous quittent pas. La semaine dernière, dès que j’ai vu le vieux monsieur coincé entre les deux marronniers, je me suis dit « C’est Batman ». Immédiatement. Je ne sais pas pourquoi. Et l’idée ne m’a pas quitté jusqu’à ce que je la mette en mots.
Mardi, lorsque Leiloona m’a envoyé la photo de cette semaine, je me suis dit
« Je n’ai pas eu de ballon rouge
Quand j’étais gosse dans mon quartier.
Dans ces provinces où rien ne bouge,
Tous mes ballons étaient crevés. »
J’ai essayé d’écrire autre chose, mais Lama ne m’a pas quitté. L’image était trop forte. Alors mon clin d’oeil de cette semaine, il est pour Serge Lama qui a bercé mon enfance, qui a enchanté ma soeur, que je chante toujours par coeur dans la douche le matin. Qui était si proche de Barbara que j’aime tant.
Lundi, c’est l’atelier de Bricabooks. Les autres textes sont sur cette page.
Bonne lecture.

 

Le chanteur boîte dans le couloir.
Il vient de boire un verre d’eau pétillante, de respirer longuement. Plusieurs fois face au miroir. Comme chaque soir. Quelle que soit la ville. Ce sont des rituels. Faire les mêmes gestes dans la loge, toujours les mêmes.
Avancer jusqu’à la porte. La toucher trois fois. Revenir s’asseoir face au miroir. Vérifier le maquillage. Les projecteurs ne font pas de cadeau.
Reprendre le conducteur de la soirée. Vérifier l’ordre des chansons. Ne pas penser au trou de mémoire d’hier, c’est le meilleur moyen de ne pas le faire revenir.
Faire le nœud de cravate avec application. Le défaire. Le refaire. Le regarder avec insistance. Le défaire. Le refaire. Trois fois. Chaque soir. C’est un TOC. C’est de la pensée magique. S’il ne fait le nœud que deux fois, ça va mal se passer.
Le chanteur regarde le public à travers le lourd rideau de scène.
Les musiciens entament « Les ballons rouges ».
C’est l’heure. Il faut y aller.
Il écarte les bras et entre dans la lumière.

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février 2

Sur la plage

tetine

Un enfant sans vie sur la plage du village de Bademli, dans la province de Çanakkale, en Turquie,
après le naufrage de son embarcation sur la route de Lesbos. Photo prise le 30 janvier 2016.
http://tempsreel.nouvelobs.com/galeries-photos/monde/20160201.OBS3750/photo-une-tetine-est-accrochee-a-ses-habits-nouveau-drame-en-mer-egee.html

La maison est vide maintenant. Ou presque. Que prendre quand il faut partir ? Partir absolument ? L’essentiel, le nécessaire. Et encore. Le sac à dos est trop petit pour le superflu. Pas question de prendre des meubles, des matelas ou quoique ce soit qui puisse représenter du poids. Le poids du souvenir et le poids du chagrin sont déjà assez lourds à porter.
Le père est déjà descendu avec les enfants. Il parle avec d’autres. Qui partent aussi. La mère reste quelques minutes dans l’unique pièce de la maison. Imprégner sa mémoire, imprégner son cerveau de ce qu’a été sa vie. Les rires dans la maison, les repas, les nuits d’amour, l’arrivée des enfants.
Il est l’heure, il faut y aller. Un dernier regard avant de tout quitter. Au moment de partir, une tache jaune or accroche son regard. Elle se baisse et ramasse la tétine du fils. Comment a-t-elle pu l’oublier ? Il en aura besoin sur la bateau pour combattre la peur.
Et puis là-bas, quand ils arriveront.
Le bateau les attend.
La mort aussi.

1000 caractères.