octobre 28

Elle attendra.

Paris Orly 20 h 06. La piste est dégagée, le temps est calme. C’est la quatre-vingt-huitième traversée transatlantique pour le commandant de la Noüe. Depuis déjà une heure, il est aux commandes de son appareil et finit son check-up et son plan de vol. Paris-New-York, avec escale de ravitaillement aux Açores.
Les mécaniciens ont fini leur inspection. Le Constellation est prêt pour le vol.
L’avion est complet. Les 37 passagers ont été installés. Les ceintures sont bouclées. Les 11 membres d’équipage se préparent pour cette longue traversée.
Une dernière fois, Jean de la Noüe fait jouer les volets. Le chef mécanicien retire la dernière cale.
La procédure de départ est enclenchée normalement. Comme il le fait d’habitude, le pilote effectue tranquillement le chemin menant de la plate-forme d’embarquement à la piste d’envol.

« FBAZN pour la tour, FBAZN pour la tour, appelle le commandant. Demandons autorisation de décoller.
– Autorisation accordée FBAZN. Bon vol, Commandant de la Noüe.
– Je vous rapporte des cigarettes, Philippe, plaisante le commandant avec l’ingénieur de vol de service à la tour de contrôle d’Orly ce soir-là.
– Pas de problèmes, A lundi, Jean, soyez prudent. »
Les moteurs du Constellation montent en puissance. Le commandant enclenche la procédure de décollage. L’avion roule sur la piste, prend rapidement de la vitesse et s’arrache enfin du sol. Décollage réussi. Un de plus à mettre à l’actif du commandant de la Noüe.
L’avion opère la boucle habituelle pour prendre la route de l’Espagne. Passage au-dessus de Séville prévu vers 23.00. Un joli coin, mais il fera nuit noire et on ne verra rien.
Le Constellation prend rapidement de l’altitude. Les hélices font un bruit normal. Toiut va bien.
– Et voilà.. En route vers l’Amérique, once again…
Le commandant de bord laisse la place à son adjoint et se lève pour se détendre un peu les jambes.
– Martina, pouvez-vous m’apporter un café, s’il vous plait, la nuit va être longue.
L’hôtesse tourne les talons et se dirige ves l’office.
– Commandant, annonce soudain le co-pilote, l’indicateur de train d’atterrissage renvoie une anomalie, les trains ne sont pas rentrés.
– Comment ça, pas rentrés ? demande le Commandant.
– L’alerte est au rouge, commandant. Les trois voyants sont allumés.
Jean de la Noüe se rassoit aux commandes, replace son casque sur ses oreilles et annonce:
– Enclenchez la manœuvre manuelle.
– Manœuvre manuelle enclenchée. Echec, commandant. Echec.
– OK, décide de la Noüe. Inutile de prendre le moindre risque. C’est peut-être un reste de l’incident du mois d’avril. On est encore à courte distance, on rentre. Martina, prévenez les passagers que nous revenons sur Paris. Je m’occupe de la tour.
Quelques instants plus tard, Martina revient et annonce:
– Commandant, il y a un passager qui proteste et dit qu’il est attendu à New-York demain matin sans faute. Il dit qu’il ne peut pas se permettre de perdre un jour sur son planning.
– Hé bien, répond le commandant, ce monsieur fera comme les autres. Il passera la nuit à Paris et prendra demain matin le premier avion pour New-York. Que ça lui plaise ou pas, je ne prends pas le risque de faire crasher mon avion.
– Il dit qu’il doit rejoindre Madame Piaf au plus vite.
– Madame Piaf ? Y a des gars qui racontent n’importe quoi… Quand ben même ce serait vrai, elle attendra. »

20 h 43, le Constellation L749-79-22 immatriculé FBAZN se pose sans encombres sur la piste d’Orly.
Les passagers sont immédiatement transférés vers un hôtel près de l’aéroport où ils passeront la nuit aux frais d’Air France. Ils prendront l’avion du matin et arriveront à New York à 17h 28 le vendredi 28 octobre.

(Le 28 octobre 1949, le Constelllation FBAZN qui assurait la liaison Paris-New York s’écrasait sur le Pico de Vara, une montagne de l’île São Miguel, dans l’archipel des Açores. Il n’y eut aucun survivant. A son bord, se trouvaient 48 personnes dont le boxeur Marcel Cerdan, son entraineur et un de ses amis. Se trouvaient également dans cet avion la violoniste Ginette Neveu et son frère Jean, pianiste. Également sur la liste des passagers, le peintre Bernard Boutet de Monvel.)

Sur la photo, Ginette Neveu montre son Stradivarius à Marcel Cerdan quelques minutes avant d’embarquer à bord du Constellation.

© Amor-Fati 28 octobre 2012 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr



Ecrit 28 octobre 2012 par Amor-Fati dans la catégorie "Non classé

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