octobre 30

Un dernier mot

30 octobre 1632 à 5 heures du soir, dans la cour intérieure de l’Hôtel de ville de Toulouse, l’échafaud a été installé. En son centre, un billot de bois, de hauteur égale à celle d’un homme à genoux. Le bourreau, tout de rouge vêtu, coiffé du bonnet traditionnel des exécuteurs des hautes-œuvres, attend, la hache à la main.

Le garde des Sceaux Charles de L’Aubespine, marquis de Chateauneuf, s’avance alors, l’air grave et sentencieux.
A genoux devant le billot, mains liées derrière le dos, se trouve Henri II de Montmorency, filleul de feu le roi Henri IV, pair de France, déchu de tous ses titres, condamné à mort pour le soulèvement du Languedoc et crime de lèse-majesté.
L’exécution est imminente.
« Henri de Montmorency, par décret royal…, commence le ministre….
– Il faut que je trouve quelque chose, se dit le condamné, une dernière phrase, un dernier bon mot…. il faut que je trouve quelque chose… Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font (1). Non, ça ne va pas.. Je tape un peu haut là,peut-être…
– .…. du 29 octobre 1632 et après jugement….
– Ah oui, ça c’est bien…… Tu montreras ma tête au peuple, elle en vaut la peine (2)….Ca, ça a de l’allure.. Mais en même temps…
Henri jette un coup d’œil autour de lui. La cour de l’hôtel de ville est vide. L’exécution a lieu à huis clos. Mince, pour dire quelque chose de marquant, c’est raté. Impossible de s’adresser au peuple, il n’est pas là…
– .…. de la cour de justice de Toulouse…
Enfin, je vais dormir (3)….. Non, pour quelqu’un qui voulait prendre la place du roi de France, ça fait un peu léger… Trouve quelque chose, Henri, trouve quelque chose…
….vous avez été condamné….
– Je vais peut-être parler à mes juges…. Messieurs, je suis innocent de tout ce dont on m’inculpe. Je souhaite que mon sang puisse cimenter le bonheur des Français (4)…
– ..…pour rébellion, trahison et tentative de coup d’Etat…
Ce n’est rien, je ne suis que blessé…(5)
– ….. à avoir la tête tranchée…..
Roi Louis, Cardinal de Richelieu, Maréchal de Schomberg, avant un an, je vous cite à comparaitre devant le tribunal de Dieu.(6)
… ce jour à Toulouse.
Maudits, maudits, soyez maudits (6)….. En fait, ça fait un peu beaucoup…….
Le bourreau s’avance, sa hache à la main. La dernière minute d’Henri de Montmorency est arrivée. Avant de donner le coup de hache fatal, l’exécuteur dégage correctement le col du condamné, renifle et crache dans ses mains avant de reprendre son outil de mort.
Sois fort et frappe hardiment, lui lance alors Henri II de Montmorency. Voilà !! Ca y est, c’était ça qu’il fallait dire. C’est venu tout s……….. »
Couic……

(1) Derniers mots du Christ
(2) Derniers mots de Danton
(3) Derniers mots de Musset
(4) Derniers mots de Louis XVI
(5) Derniers mots de Henri IV
(6) Dernières paroles de Jacques de Molay

(Le 30 octobre 1632 ; Henri II de Montmorency est condamné à mort et exécuté dans la cour intérieure de la mairie de Toulouse. Sa dernière parole fut bien celle écrite ci-dessus. Une plaque marque l’endroit de l’exécution.)

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Ecrit 30 octobre 2012 par Amor-Fati dans la catégorie "Fiction", "Histoire réécrite", "Uchronie

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