septembre 25

Drôle de bienvenue.

Pour ce quatrième atelier de l’année, les habitués retrouveront le Commissaire Löderup, célèbre policier suédois que j’ai déjà mis en scène dans trois autres textes (je viens de mettre Löderup dans les catégories, regardez dans Catégories dans la colonne de droite, vous trouverez Löderup).

Merci encore à Leiloona du site Bricabook pour son atelier. Et pensez à lire les textes de mes amis.


Herzlich Wilkommen…

Si le contenu du message, sorti de son contexte, pouvait paraitre sympathique et accueillant, il n’en était rien pour Erik Löderup.

Les vacances du commissaire Löderup étaient maintenant terminées. Le policier suédois était rentré depuis une semaine de sa villégiature danoise et c’est avec enthousiasme qu’il avait repris le collier au commissariat central de Malmö où il dirigeait le quatrième bureau de la police nationale suédoise. Celle du Comté de Scanie. Ici même, dans le sud de la Suède où Henning Mankel avait fait vivre et vieillir le Commissaire Wallander, sa fille, son ex-femme, ses souvenirs, son alcoolisme latent et son mal de vivre. Régulièrement, des cars de touristes de toutes nationalités ralentissaient devant le commissariat et prenaient des dizaines de photos en souriant bêtement, comme le font les bobos qui se prennent pour des intellos.

Pour son retour, il avait été gâté. Dès la reprise du  lundi matin, à peine le premier café avalé, il avait été appelé dans un hôtel du vieux Malmö pour faire les constatations sur une scène de crime. Une femme assassinée, lui avait-on dit. Aussitôt, il avait frappé à la porte du bureau de Bjorn Bjärnum, son fidèle adjoint depuis plus de dix ans. Tous deux étaient partis, toutes sirènes hurlantes dans les rues encombrées de la ville. Ils étaient passés devant Turning Torso, la fameuse tour étonnante de Malmö et avaient déboulé dans le vieux quartier aux rues sombres et étroites. Là, les lumières bleues des véhicules de pompiers leur avaient indiqué l’endroit où s’arrêter sans avoir besoin de chercher. Les deux policiers étaient passés sans encombre sous les rubans jaunes délimitant le périmètre de sécurité et avaient pénétré dans l’hôtel. Löderup avait salué machinalement celui qui devait être le gardien de nuit en lui indiquant qu’il redescendrait lui poser quelques questions puis il s’était engouffré dans l’escalier. Au deuxième étage, sur la partie gauche du palier, une porte était grande ouverte. Des flots de paroles en sortaient ainsi que des flashes d’appareils photos. L’Identité judiciaire était donc déjà là.

Comme à chaque fois, Löderup avait distribué les rôles.

– Je fais les constats, occupe-toi de la pièce. Regarde partout sans fouiller, on reviendra. Fais des photos. L’urgent

Löderüp et Bjärnum avaient pénétré dans la chambre. Etonnamment, la pièce était parfaitement en ordre. Aucune trace de lutte, des vêtements de femme soigneusement déposés sur le dossier de l’unique chaise de la chambre. Une paire de sandalettes noires attendait sa propriétaire au pied du lit King Size. Et la propriétaire était là, allongée sur la housse de couette à fleurs, les bras écartés, un fin lacet noir encerclant son cou. Son haut de pyjama était sagement fermé jusqu’au dernier bouton. Tout était impeccable. La femme, démaquillée, était impeccablement coiffée et portait un bandeau noir qui barrait son front.

Löderup s’était approché et avait sorti son dictaphone de sa poche pour énoncer à voix haute les constatations immédiates avant que le corps ne soit emporté vers le légiste qui s’occuperait de lui.

« Femme de type européen, blanche, entre trente-cinq et quarante ans. Yeux bleus, cheveux blonds retenus par un bandeau de tissu noir. Grain de beauté au-dessus du sourcil gauche. Une boucle d’oreille manquante du côté droit. Aucune trace apparente de lutte. Elle est vêtue d’un pyjama à fines rayures bleues et blanches. Visiblement étranglée par un lacet de couleur noire. Les yeux sont ouverts. La bouche aussi. »

« Vous pouvez emporter le corps, avait-il dit aux ambulanciers qui attendaient près du lit. Bjärnum ? Tout va bien ? avait-il demandé.

– Oui, Commissaire. Venez. Il y a quelque chose qui va vous intéresser.

Et l’inspecteur Bjärnum avait guidé son supérieur vers le bureau près de la fenêtre. Là, au milieu de la table, sur une feuille blanche, un court message inscrit sur deux lignes :  « Herzlich Willkommen». « Bienvenue » en allemand. Lui qui rentrait juste de vacances. Ce message lui était-il destiné ?

Tapé certainement sur une machine à écrire des années soixante ou soixante-dix. L’écriture était claire. Le ruban devait être ancien ou n’avait pas été utilisé depuis longtemps.

– Herzlich Willkommen, avait répété le commissaire Löderup. Tu parles d’un message de bienvenue ! »

mai 15

L’aventure continue.

Voici le texte que je viens de terminer pour un concours de nouvelles.

Modalités: le texte doit faire moins de 1890 caractères. Le thème de ce texte doit être la porte. Et le texte doit tourner autour de l’imaginaire.

Par contre, je ne suis pas satisfait du titre. Après avoir lu, si vous avez une idée de titre meilleur que le mien, je vous laisse me le proposer en commentaire de ce texte.

Bonne lecture.

raspoutineLentement, Noah ouvre la porte. C’est son moment préféré de la journée, ou plutôt de la soirée. Un moment rituel qu’il adore. Ils sont tous là au rendez-vous. Exactement où il les a laissés hier soir. Comme un film mis en pause, ils s’étaient arrêtés, avaient cessé leurs mouvements, s’étaient tus.

Noah est heureux de les retrouver. Il va avoir peur, il le sait.

Grigori est là, égal à lui-même. C’est un géant, on dirait un ogre, c’est du moins comme ça que Noah le voit. Ses longs cheveux noirs tombent sur son dos. Sales, mal coiffés, ils lui donnent des allures de monstre, un peu comme Hagrid dans Harry Potter. Il y a du sang sur sa chemise. Sa hache à la main, son couteau à la ceinture et son révolver dans son étui, il reprend sa course à travers les rues de la ville. Le souffle commence à lui manquer. Il sait qu’on est à sa recherche, que toutes les polices du pays sont à sa poursuite. On a déjà essayé de l’empoisonner pendant le repas. Il s’en est aperçu, mais sa force est immense. Rien ne l’atteint. C’est bientôt la fin, il le sait.

Entouré de sa famille, le petit prince Alexis reprend un peu de couleurs. Noah l’aime beaucoup et a pitié de lui. Toute la journée il l’a suivi. Hier soir, ils ont fait une longue promenade au bord du fleuve gelé. Ils ne sentaient plus leurs pieds tellement le froid était mordant. La magie était telle que Noah le sentait à ses côtés, si présent.

Que va-t-il se passer aujourd’hui ? Grigori va-t-il s’en sortir ? Ses poursuivants vont ils le rattraper, le faire prisonnier ou le tuer ? Alexis va-t-il guérir de sa terrible maladie ? Il est si frêle et si fragile.

Maintenant que la porte est ouverte, le monde de Grigori qui s’était figé hier reprend vie et l’aventure continue.

Et elle continuera jusqu’à ce que Noah, épuisé, referme la porte et s’endorme.

Demain, il ouvrira à nouveau la porte magique de toutes les aventures : son livre.

Ce texte comporte 1886 caractères.

 

mars 22

Je suis …

Je suis Charliejesuis
Je suis Paris
Je suis Belgique
Je suis Liban
Je suis Israël
Je suis Mali
Je suis Burkina Fasso
Je suis Côte d’Ivoire
Je suis Syrie
Je suis Turquie
Je suis Tunisie
Je suis Maroc
Je suis Algérie
Je suis Palestine
Je suis Egypte
Je suis Londres
Je suis Boston.

Je suis Canada, Australie,
Koweit, Pakistan
Je suis Yemen
Arabie Saoudite
Afghanistan.

Je suis Europe
Asie
Océanie
Afrique
Amérique

Je n’ai pas de nation
Je n’ai pas de religion
Je n’ai pas de couleur
Je n’ai pas de pays.

Je suis tout le monde
Tous ceux qui tombent
Sous les bombes.

Hommage des dessinateurs sur le site de Courrier International

brux

 

 

février 15

Insomnie

On est lundi. Et vous le savez, le lundi est consacré à la photo du site Bricabook.

Cette semaine, deux contraintes: la photo et un thème obligatoire: le harcèlement de rue.

L’Université de Toulon organise cette semaine une manifestation autour de la question du sexisme et du harcèlement de rue. Les textes de l’atelier feront l’objet d’une exposition durant toute la semaine. Et, pour illustrer le débat (qui clôturera une semaine d’évènements culturels) les textes seront lus sur scène par des étudiants de l’atelier théâtre.

rue

Quand je suis passée près de toi
Je ne demandais rien,
Je ne voulais rien.
Je voulais juste
Rentrer chez moi
J’étais crevée,
Fatiguée, usée.

Quand je vous ai vus
J’ai joué l’aveugle
J’ai regardé droit devant moi
Fixé un point qu’existait pas
Je sentais vos regards
Insistants et vulgaires,
Et malgré mon manteau
Je me sentais nue,
Je me sentais nulle.

Quand tu t’es approché
Je me suis refermée
T’as demandé où j’allais
Si j’avais pas peur toute seule
Tu m’as dit que j’étais belle
Que j’avais de beaux yeux
Et un beau bonnet blanc
Que ton copain était timide
Qu’il était amoureux de moi
Mais qu’il n’osait pas
Il rigolait. Toi tu parlais.

Quand tu t’es aperçu
Que je ne répondais pas
Que je ne ralentissais pas
Tu as parlé plus fort.
Tu m’as dit que j’étais moche
Que j’avais un gros cul
Que j’étais rien qu’une salope
Avec mes sales collants
Et mon vieux bonnet blanc
Que je faisais exprès
D’allumer les mecs du quartier

Quand ta main m’a touchée
J’ai retiré mon bras
J’aurais voulu crier
J’aurais voulu courir
J’ai cru que j’allais vomir
J’ai cru que j’allais mourir
J’aurais voulu m’enfuir
Mais j’étais paralysée
Tétanisée.
C’est ça la peur
La terreur
Toi tu sais pas…

Pourquoi tu m’as dit ça ?
Pourquoi tu m’as fait ça ?
Dans la nuit je t’entends
Dans la nuit je te sens
Ton regard m’a salie
Tes mots m’ont humiliée.
Si ça se trouve en ce moment
Vous recommencez
Les mêmes gestes
Le même crime
Avec une autre nana
Avec une autre victime,
C’est tellement facile
Tellement bas.

Et pendant ce temps là
Moi qui ne demandais rien
Moi qui ne voulais rien,
Je suis seule dans mes draps
L’heure tourne
Et je ne dors pas.

février 2

Sur la plage

tetine

Un enfant sans vie sur la plage du village de Bademli, dans la province de Çanakkale, en Turquie,
après le naufrage de son embarcation sur la route de Lesbos. Photo prise le 30 janvier 2016.
http://tempsreel.nouvelobs.com/galeries-photos/monde/20160201.OBS3750/photo-une-tetine-est-accrochee-a-ses-habits-nouveau-drame-en-mer-egee.html

La maison est vide maintenant. Ou presque. Que prendre quand il faut partir ? Partir absolument ? L’essentiel, le nécessaire. Et encore. Le sac à dos est trop petit pour le superflu. Pas question de prendre des meubles, des matelas ou quoique ce soit qui puisse représenter du poids. Le poids du souvenir et le poids du chagrin sont déjà assez lourds à porter.
Le père est déjà descendu avec les enfants. Il parle avec d’autres. Qui partent aussi. La mère reste quelques minutes dans l’unique pièce de la maison. Imprégner sa mémoire, imprégner son cerveau de ce qu’a été sa vie. Les rires dans la maison, les repas, les nuits d’amour, l’arrivée des enfants.
Il est l’heure, il faut y aller. Un dernier regard avant de tout quitter. Au moment de partir, une tache jaune or accroche son regard. Elle se baisse et ramasse la tétine du fils. Comment a-t-elle pu l’oublier ? Il en aura besoin sur la bateau pour combattre la peur.
Et puis là-bas, quand ils arriveront.
Le bateau les attend.
La mort aussi.

1000 caractères.