septembre 11

Juste une mise au point.

C’est lundi, c’est Bricabook… une image, quelques mots. Merci à Leiloona et à son site de nous offrir ce bonheur hebdomadaire !!
Bonne lecture à vous tous. Et n’oubliez pas d’aller lire les textes des autres.


© Romaric Cazaux

C’est marrant que je retrouve cette photo ce soir, au fond d’un tiroir. C’est moi qui l’ai prise cette photo…

Mais laissez-moi me présenter. Peut-être un jour avez-vous eu affaire à moi. Je m’appelle Georges Lebrac et j‘étais détective privé. 27 rue des mouettes. Vers le port.

Mon pain quotidien, c’était les cocus. Essentiellement. Filatures en tous genres, planques devant les hôtels bon marchés ou les restaurants de bord de mer la plupart du temps. Des heures dans ma bagnole à bouffer des sandwiches et des barquettes de carottes râpées, à fumer clope sur clope, à écouter Philippe Bouvard et les Grosses têtes, à voir le temps passer sur ma montre à 15 euros. Le tout en essayant de se faire voir le moins possible. La discrétion, c’est notre maître mot à nous, les Sherlock Holmes, Les Nestor Burma, les Mike Hammer.

Il y a une dizaine d’années, alors que je fais un peu de paperasse dans mon bureau – il faut bien en faire de temps en temps – un type sonne. En général, j’aime pas trop qu’on se pointe directement chez moi sans passer par un rendez-vous. Au moins téléphonique. Parce qu’il faut vous dire que je bosse chez moi ; pas d’agence, pas de secrétaire. C’est bon pour la télé les Miss Moneypenny et autres blondasses au cerveau rachitique. Donc, un type se pointe et me sert le couplet habituel. Il n’a pas voulu me dire son nom, appelons-le Monsieur F. Sa femme s’absente de plus en plus de chez eux. Des fois, elle sent le tabac quand elle revient. Elle donne des excuses bidon, part faire des courses à pas d’heure, il lui arrive même de recevoir des coups de téléphone bizarre et elle a l’air un peu gênée quand elle revient. Il me paie à l’avance une petite centaine d’euros, me promet beaucoup plus lorsque je lui aurai donné l’identité de l’amant, si amant il y a.

Le lundi suivant, je me place donc au bas de l’immeuble de Madame F. Une femme d’une trentaine d’années, plutôt bien de sa personne comme on dit. Elle porte un pantalon blanc et un petit haut à bretelles rouge. A son cou, un léger collier portant une perle noire. Montre, bracelet assorti au collier. Une paire de lunettes d’écailles pour tenir ses cheveux. Je suis trop loin pour m’en rendre compte, mais je suis certain qu’en plus, elle sent bon. Dans notre métier, il faut avoir l’œil. Et vite. Le moindre petit détail peut être d’une importance capitale. Elle part à pied. Je la laisse prendre quelques mètres d’avance et je descends de la voiture pour la prendre en chasse. Elle s’engage à pied dans la rue du Maréchal Foch, longe l’ancien marché, tourne à gauche dans la rue de la mer et se dirige vers le port de plaisance. Elle marche d’un bon pas jouant avec le parapluie qu’elle tient dans sa main gauche. Etrange d’ailleurs la présence de ce parapluie puisqu’il fait grand soleil et que la météo n’est pas particulièrement alarmiste. Elle a la santé et visiblement la joie au cœur. Je prends quelques photos, un peu au pif.

Elle s’arrête devant une boutique de mode dont le nom m’amuse car il est caractéristique de notre région : « La pluie et le beau temps ». Elle s’immobilise devant la vitrine et fait mine de s’intéresser aux jupes, blouses, sandales et chaussures en exposition. Pendant ce temps, appuyé à un poteau électrique, je fais la mise au point de mon appareil photo. Bonne vitesse, bonne ouverture, bonne focale pour que les clichés soient de bonne qualité et que je mérite les deux ou trois cents euros que le cocu me versera. Juste à côté de ce magasin, un homme fume dans l’entrebâillement d’une porte. Il semble discuter avec une femme assise sur un banc. Peut-être une amie, ou sa femme, ou sa sœur, ou sa cousine. Peut-être une passante, juste assise une minute pour se reposer. Je n’en sais rien du tout. Comme la distance est la même, je fais la mise au point sur la femme. Je shoote un peu au hasard. Une dizaine de fois, le doigt laissé sur le déclencheur.

Quelques minutes plus tard, un homme d’une quarantaine d’années apparait dans la porte de la boutique. Il prend discrètement Madame F.  par la main, l’attire vers lui tout en la tirant vers l’intérieur de la pièce. Il attend qu’ils soient entrés pour la prendre dans ses bras et l’embrasser. Les deux voisins n’ont rien vu, mais moi j’étais aux premières loges. Je n’en espérais pas tant. La mise au point étant parfaite, j’ai shooté une douzaine de clichés. Le mari sera content. Il en aura pour ses sous ! Et moi, je n’aurai pas volé les miens.

C’est marrant que je retombe sur cette photo ce soir, alors que je referme à jamais les cartons de ma vie professionnelle pour me lancer à corps perdu dans une retraite que je ne souhaitais pas, mais le métier est dur et il faut savoir s’arrêter un jour. Le monde est ce qu’il est. Il y aura toujours des cocus. Il y aura toujours des détectives pour suivre leurs femmes. Il y aura toujours des photos pertinentes et des photos perdues. Des mises au point. Un peu comme celle-ci.

décembre 25

Noé et Papitilo vont à la plage.

En un seul morceau,les 5 épisodes de cette première nouvelle de Papitilo et Noé. Écrit pour des enfants de cycle 2. Du CP au CE2. Je cherche des écoles qui accepteraient de lire cette histoire et de l’illustrer.
A vos crayons….. et envoyez moi vos créations….

Merci à Lola pour les illustrations déjà réalisées et celles qu’elle m’a promises.


« Allo, Papitilo?
Papitilo éloigne le téléphone de son oreille. Il reconnait bien la voix de son petit-fils chéri. Mais Noé ne peut pas s’empêcher de crier quand il appelle son grand-père. Maman lui a dit que Papitilo était un peu sourd. Alors pour être sûr, il hurle !
– Oui mon grand. Bonjour Noé. Tu vas bien ?
– Oui, je vais pas à l’école aujourd’hui tu sais.
– Je sais, on est samedi. Je sais même que tu vas venir me voir cet après-midi.
– On ira se promener sur la plage tous les deux ?
– Bien sûr. S’il ne pleut pas. »
Et hop.. Noé se dépêche d’avaler son beefsteak haché et sa purée. Elle est bonne la purée de maman. Des fois, maman fait de la vraie purée. Et Noé l’aide à tourner. Mais là, c’est de le purée de la boite !
« Vite, vite, dépêche-toi, dit maman, on est déjà en retard, et je dois passer te déposer chez Papitilo.
– Vite, vite répète Noé »
Noé court. Il remonte dans sa chambre chercher Bouboune. Il ne va quand même pas le laisser tout seul tout l’après midi.
Noé monte dans la voiture. Il sait s’attacher tout seul maintenant.
Et les voilà partis !
Papitilo nous voilà !!


Quand Noé et sa maman arrivent, Papitilo est un peu endormi. Après manger, c’est toujours comme ça. Il pique du nez, comme dit papa !
– Papitilo, Papitilo, on va à la plage ?
– Hé, bonjour mon bonhomme, d’abord.
Papitilo se baisse en faisant bien attention à son dos qui lui fait mal et il soulève son petit-fils. Noé passe ses bras autour du cou de son grand-père et lui fait un gros bisou sur la joue. Un bisou qui claque et qui fait du bruit.
– Et un bisou à Bouboune ! demande Noé en tendant le mouton en laine rapporté d’Irlande.
Il ne ressemble plus à grand ’chose le pauvre Bouboune, tellement il a été trituré dans tous les sens !
– Mamina n’est pas là ? demande Noé en regardant autour de lui.
Mamina, c’est la femme de Papitilo. Mais ce n’est pas la maman de maman. C’est comme Papinou, c’est le mari de Maminou, mais ce n’est pas le papa de maman… C’était un peu compliqué au début, mais maintenant, Noé a bien compris. Ça fait juste des bisous en plus, c’est tout ! Que du bon !
– Elle est partie faire des courses parce qu’elle savait que tu arrivais ! Tu la verras tout à l’heure !
– Je repasserai le prendre après manger, si ça ne te dérange pas, papa.
– Prends ton temps ma grande. Si tu veux, on peut même le garder à dormir ce soir. Il doit y avoir un pyjama et quelques vêtements de la dernière fois…
– Je te dirai, je t’envoie un texto dans l’après-midi.
– D’accord. Ne t’inquiète pas, on s’occupera bien de lui.
– Je ne m’inquiète pas, papa. Allez, p’tit loup, je m’en vais, dit maman en claquant des mains vers son petit garçon.
Noé court et saute au cou de sa maman et il la couvre de bisous mouillés.
Il rit fort entre deux bisous.
– Amuse-toi bien mon cœur, et sois sage avec Papitilo et Mamina ! A ce soir, ou à demain, je te dirai..
– D’accord…
Puis, Noé se tourne vers Papitilo.
– Bon, on part à la plage ?


« Comment ça tu ne sais pas faire tes lacets ? Un grand garçon comme toi ?
– Mais c’est dur, Papitilo, tu sais, je ne sais jamais avec quelle main on fait la boucle.
– Allez, viens me voir, je vais te montrer. Mais…
– … c’est la dernière fois !
Papitilo et Noé rigolent. Tous les deux savent bien que Papitilo lui montrera encore plein de fois !
– Ça y est, cette fois, je suis prêt.
Papitilo regarde Noé de la tête aux pieds.
– C’est bon. Tiens, voilà ton bonnet, marin, on y va. »
Et les voilà partis. Papitilo donne la main à son petit-fils. Ils se connaissent bien tous les deux. Ils se voient si souvent qu’une grande complicité est née entre le vieux monsieur et son petit-fils.
La plage n’est pas loin de la maison de Papitilo et Mamina. En chemin, ils croisent Madame Leclerc qui habite dans une grande maison près de la boulangerie. Elle tient son chien en laisse.
– Bonjour Madame Leclerc, vous allez bien, demande Papitilo ?
– Un peu fatiguée, comme tous les jours. Je fais faire un petit tour à Loustic. Il adore aller marcher sur la plage.
– Hé bien nous, on y va, avec mon capitaine de petit-fils.
– On ramènera des coquillages, hein Papitilo ?
– Bien sûr, j’avais prévu, tu sais !
Et Papitilo sort un sac en plastique bleu de sa poche.
– Vous allez remplir le sac ? demande Madame Leclerc ?
Noé rigole :
– Oh pas quand même, maman ne va pas vouloir que je ramène tout ça à la maison !
– Allez, en route mauvaise troupe, dit Papitilo, bonne journée madame Leclerc !
Ca y est ! Noé voit déjà la statue qui est au bord de la plage. Un soldat en jupe qui joue du biniou. Au début ça lui a fait drôle, mais Papitilo lui a expliqué que c’était un écossais qui s’appelait Bill et qui était venu ici il y a longtemps quand il y avait la guerre. Maintenant, Noé le connaît bien.
– Salut Bill, dit Noé en passant à côté de la statue.
Et tous les deux, main dans la main, arrivent près du petit mur de la plage. Noé s’arrête et regarde son grand-père et lâche sa main.
-Vas-y mon grand, file, je te regarde! »
Noé part en courant vers la mer. Papitilo le suit du regard et sourit.
Ils aiment tellement être ensemble ces deux-là !


Noé court, court, court et saute.
« Papitilo, Papitilo, tu viens jouer avec moi ?
– Si tu veux mon bonhomme, mais je ne cours pas trop, d’accord ?
Noé s’approche de son grand-père.
– Pourquoi tu veux pas courir ?
– Ah… Tu comprends, Noé, j’ai déjà beaucoup, beaucoup couru depuis que j’ai ton âge. Et mes jambes sont un peu usées, alors il faut que je fasse attention.
– Ca veut dire qu’il ne faut pas que je courre non plus ?
– Si, si, Oh toi, tu peux y aller de bon cœur.
Et Noé s’éloigne un peu, mais fait un peu semblant de ne pas trop courir. Papitilo le suit doucement. A son rythme.
Soudain Noé s’arrête.
– Regarde, Papitilo, une mouette qui nous bombarde ! Elle est méchante.
– Mais non, regarde, elle a attrapé un coquillage et elle le lâche pour qu’il s’ouvre. Elle va le reprendre et le relâcher.
– Elle va faire ça souvent ? demande Noé en observant la mouette reprendre le coquillage une troisième fois.
– Jusqu’à ce qu’elle puisse le manger.
– Cru ?
– Oui bien sûr !
– Pouah…
Noé fait une affreuse grimace.
– Tiens, en parlant de manger, il va falloir qu’on songe à rentrer, Mamina m’a dit qu’on devait éplucher les carottes et les patates pour ce soir.
– Je pourrai t’aider Papitilo ?
– Évidemment, tout seul je n’y arriverai pas ! Allez, viens, on y va.
Les deux hommes font demi-tour. Ils se sont un peu éloigné. Le temps de retourner jusqu’à Bill puis à la maison, il ne faut pas traîner. Pour aller plus vite, ils remontent de la plage et marchent côte à côte sur le chemin qui longe la mer.
Papitilo marche les mains derrière le dos, c’est une habitude. Noé s’amuse à l’imiter. Ils sont beaux nos deux hommes.
Soudain Noé a sursaut.
– Papitilo, Papitilo, c’est quoi là par terre ? On dirait un portemonnaie.
– Ah oui, tu as raison. On dirait un portemonnaie ou un portefeuille.
– Je le ramasse Papitilo ?
– Non, pas toi. Attends, je vais le faire.
Noé et Papitilo regardent le portemonnaie. Il est noir, avec deux poches reliées par un fermoir noir.
Papitilo ouvre un côté. Il y a des pièces de monnaie. Pas beaucoup, mais quand même un petit peu.
– Oh des sous ! s’écrie Noé.
– Oui. Quelqu’un doit les chercher, répond son grand-père.
– Ouvre l’autre côté. Ouvre, pour voir, Papitilo.
Papitilo ouvre le portemonnaie et sort deux billets de dix euros, un billet de cinq et une petite photo. Noé ouvre les yeux tout ronds.
– La photo, c’est Loustic. Le chien de la dame qu’on a vu tout à l’heure ! »


– Mais oui, tu as raison, dit Papitilo. C’est le chien de Madame Leclerc.
Noé s’accroche au pantalon de son grand-père.
– Elle est venue se promener ici et elle a fait tomber son porte-monnaie. On va lui rapporter hein Papi ?
– Bien sûr, allez, viens vite. Et puis donne-moi la main. Entre hommes on va marcher vite parce qu’elle doit se faire du souci.
Papitilo fait des grands pas. Noé a bien du mal à suivre. Il court presque à côté de son grand-père.
– Tu crois qu’elle a appelé la police ? demande le petit garçon.
– Oh, peut-être pas encore. Elle va peut-être revenir sur ses pas pour essayer de retrouver son porte-monnaie.
– On va la croiser tu crois Papitilo ?
– On verra bien… Allez, marche et garde ton souffle, on est bientôt arrivés.

Il y a dix bonnes minutes de marche entre la statue de Bill et la maison de Madame Leclerc. Noé et son grand-père sont un peu essoufflés en s’arrêtant devant la barrière du jardin.
– Vas-y, sonne, dit Papitilo. Appuie sur le bouton, là.
La sonnette  est très jolie. Noé appuie une deuxième fois.
– Stop, stop… Ca suffit… Elle a sûrement entendu.
En tout cas, Loustic a entendu, car il se met à aboyer très très fort. Ça vient de la maison. La porte s’ouvre et madame Leclerc apparaît. Le chien lui passe entre les jambes et vient sauter devant Noé qui fait un bond en arrière et tombe sur les fesses.
Madame Leclerc rappelle son chien.
– Loustic, viens ici.
Noé se relève vite et se frotte les fesses.
– Ca va ? demande Papitilo.
– Oui, oui, c’est bon…
– Monsieur Lescure ? demande la dame. C’est vous Monsieur Lescure ?
– Oui, répond Papitilo. Nous venons vous…
– Attendez, entrez. Ne bougez pas, je vais chercher la clé.
Madame Leclerc disparaît dans la maison, puis revient, un trousseau de clés à la main. Elle ouvre la barrière.
– Entrez, c’est gentil de passer me voir. Qu’est-ce qui vous amène ?
C’est Noé qui prend la parole.
– On a reconnu Loustic !
– Ah oui, dit la dame. Il est beau hein ?
Papitilo sort le porte-monnaie de sa poche.
– On a retrouvé votre porte-monnaie sur la plage.
Madame Leclerc ouvre de grands yeux.
– Ah ben ça alors, dit-elle, en prenant le porte-monnaie que lui tend Papitilo. Je ne m’étais aperçue de rien !
– Tout le mérite en revient à Noé, ajoute Papitilo. C’est lui qui l’a trouvé dans le sable…
– Et j’ai vu la photo de Loustic, ajoute Noé.
– Bravo, dit Madame Leclerc. Merci Petit détective…
Noé rit aux éclats.
– Attends, je vais te chercher un gâteau pour te remercier.
Madame Leclerc rentre chez elle et ressort avec un paquet de barquettes à l’abricot.
– Tiens, prends le paquet, dit-elle, tu les mangeras sur la plage.
– Merci Madame, dit aussitôt Noé.
– Allez zou, nous y allons, dit Papitilo. La soupe ne va pas s’éplucher toute seule !
– Et Mamina nous attend, ajoute Noé.
– Au revoir les deux hommes, dit Madame Leclerc.
Elle fait un bisou à Noé et serre la main de Papitilo.
– Au revoir. » A bientôt, conclut Noé.
Et les voilà repartis vers la maison. Ils ont les yeux qui brillent. Ils sont heureux de leur promenade. Ils sont heureux quand ils sont tous les deux. Noé va en avoir des choses à raconter en rentrant à la maison.

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décembre 4

Noé et Papitilo dans le grenier.

Noé et Papitilo à la plage n’est pas terminé. Il reste encore deux chapitres. Mais aujourd’hui, il y a un concours de nouvelles sur le site Short-Edition et j’y ai participé avec nos deux amis que vous connaissez bien maintenant.

D’ailleurs, si l’envie vous en prenait, vous pouvez voter pour ce texte à cette adresse :

http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/noe-et-papitilo-dans-le-grenier

Bon dimanche !!

« A table, les deux loulous, j’ai fait des lasagnes !

Mamina est en bas de l’escalier, les mains sur les hanches et elle attend. C’est la troisième fois qu’elle appelle Papitilo et Noé et ils ne sont toujours pas descendus.

Il y a plus d’une heure maintenant, Papitilo lui a dit :

– Je cherche le maillet pour monter la tente dans le jardin, j’ai promis à Noé qu’on l’installerait aujourd’hui ! Tu ne saurais pas où il est ?

-La dernière fois que je l’ai vu, il était dans le grenier a répondu Mamina.

– Alors, si tu le dis, c’est qu’il doit y être, a rigolé Papitilo. Tu sais toujours tout, comme toutes les femmes.

Et Papitilo a fait un clin d’oeil a Noé.

-Allez, viens mon gars, viens avec moi, on va chercher le maillet et après on ira monter la tente !

Et ils sont montés tous les deux dans le grenier. Et ils y sont toujours !

Mamina appelle une quatrième fois. Toujours aucune réponse.

Alors, tant pis, elle monte. Les lasagnes vont brûler dans le four si elle ne se décide pas. Elle arrive vite au premier étage, celle où il y a les chambres et la salle de bains. Elle s’arrête étonnée. Il y a de la musique là-haut. De la musique qui vient du grenier ! Mamina ouvre la porte qui donne sur l’escalier du grenier. Et la musique se fait plus forte ! Elle reconnait cette chanson. « Laisse les gondoles à Venise ». Sheila et Ringo ! Elle chantait ça à tue-tête quand elle était petite ! Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?

Mamina grimpe les seize marches qui la séparent de la porte du grenier. La musique se fait entendre de plus en plus fortement. Elle entend même Papitilo qui chante « …et prends ma main… »

Elle s’arrête quelques secondes devant la porte, respire un grand coup et tourne la poignée…

Quel spectacle ! Elle n’en croit pas ses yeux ! Papitilo est au milieu du grenier, une casquette rouge marquée UCLA sur la tête, une vieille écharpe bleue autour du cou et il hurle dans un stylo bille rouge qui lui sert de micro. A côté de lui, Noé est assis sur un vieux bidon de lessive et fait semblant de taper sur une batterie. Tous les deux s’arrêtent de gesticuler dès qu’ils voient Mamina. Elle a des yeux grand ouverts et n’en revient pas. Elle rigole.

– Qu’est-ce que vous fabriquez tous les deux ? Les lasagnes sont prêtes !

La chanson continue quelques secondes puis s’arrête. Le silence…

C’est Noé qui parle le premier.

-Tu sais, Mamina, avec Papitilo, on est montés pour chercher le malet pour la tente

-Maillet, le coupe son grand-père.

-Oui, le maillet. Et Papitilo il a cherché un peu partout.

-J’ai regardé dans tous les coins, parce que je ne le voyais pas.

-Il a soulevé des tissus, il a ouvert des tiroirs. Et puis à un moment…

-En regardant dans le coin là, j’ai retrouvé…

-Le tectofone, dit Noé.

-Non, l’électrophone, corrige Papitilo. E-lec-tro-phone !

– Oui. Lectrophone.

Et derrière, une pile avec tout un tas de disques, ajoute Papitilo. Tu te souviens Nono ?

Quand Papitilo appelle Mamina « Nono » c’est qu’il est en forme, amoureux et qu’il veut lui faire plaisir.

-Ah oui…. dit Mamina.

-Alors, Papitilo a branché le lec…

-L’électrophone

-… phone et il a mis un truc rond et noir dessus

-Un disque précise Papitilo.

-Ben oui, évidemment, un disque, dit Mamina.

-Et on a écouté deux ou trois chansons et Papitilo regardait dans la pile et il disait tout le temps . Oh celle là, oh celle là…

Mamina sourit.

-C’est vrai, dit-elle, c’est la musique de notre jeunesse, tu sais Noé. Quand on était tout jeunes, ton grand-père et moi.

-Tiens, viens voir, Nono, dit Papitilo à Mamina.

-Non, ça ne m’intéresse pas de fouiller dans ces vieux trucs, dit Mamina…. Explorer le passé ? Non, vraiment pas. C’est pas mon genre.

Et Papitilo sort de la caisse de bois un disque de Michel Fugain.

-Oh, Oui, le Big Bazar, dit Mamina ! Oh, j’adorais, vas-y, mets le…

Papitilo fait un clin d’œil à son petit-fils.

-Je te l’avais dit, lui glisse-t-il à l’oreille !

Tous les deux, assis dans un coin du grenier, regardent Mamina et riant. Elle est debout au milieu du grenier, et elle chante… elle chante comme quand elle avait vingt ans.

-Fais comme l’oiseau !!! Ça vit d’air pur et d’eau fraiche un oiseau !!

Papitilo la prend par le bras et continue :

-D’un peu de chasse et de pêche un oiseau !

Et tous les deux se mettent à danser.

Noé se roule par terre. Jamais il n’avait vu ses grands-parents si complices. Si en forme !

-C’est toute notre jeunesse, Noé tu sais… Remuer des vieux souvenirs comme ça, ça fait du bien.

Et, se mettant à genoux devant la caisse, Mamina sort les disques les uns après les autres ?

-Oh, celui-là, dit-elle en en regardant un…. Oh, celui-là répète-t-elle en en retournant un autre ?

Papitilo la regarde en souriant.

-Tu étais venue pour quoi au fait ?

-Je ne sais plus, répond Mamina.

Elle réfléchit…

-Je ne sais plus….

Soudain, Noé se met de bout et crie.

-Mamina, Papitilo, ça sent le brûlé.

Quelques secondes de silence, puis Mamina se met debout à son tour :

-Mes lasagnes, j’étais venue vous chercher !!! Ah c’est malin, Martin, de nous mettre de la musique, venez manger c’est prêt !

Avant de quitter le grenier, elle se tourne et regarde Papitilo :

-Au fait, tu as trouvé le maillet ?

-Non, répond Papitilo. Pas trouvé.On reviendra cet après midi.

-Tu remettras de la musque ? demande Noé avec des étincelles dans les yeux.

-On verra, on verra !!

-Allez, venez manger maintenant, les deux gars. Ça va vraiment être trop cuit !! »

 

mai 30

Le chat va sortir…

couver-Chat-600Comme vous le savez sûrement,  « Le Chat immobile » sortira le mardi 21 Juin chez Nat’s Edition.
Et j’en suis ravi.
A ce propos, mon éditrice me demande de combien d’exemplaires je souhaite disposer pour les remettre en mains propres ou pour les envoyer à ceux qui souhaitent une dédicace de ma petite main…
Si vous en souhaitez un exemplaire (ou plusieurs), merci de vous connecter sur la page de précommande et de remplir le formulaire contenu.
Cela me permettra d’avoir une idée sur le nombre d’exemplaires à commander..
Je compte sur vous. (même si vous me l’avez déjà dit de vive voix, même si on a déjà parlé ensemble, même hier ou ce matin…)
Merci  et bonne journée.

 

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février 4

A la place de tes yeux

papeImage représentative de la vie actuelle
Ne regarde pas devant la vie qui t’attend.
Regarde derrière, regarde l’écran.
Ne regarde pas la vie qui passe
Mais un instantané du moment.
Civilisation de soi
Selfi-lisation du moi.
Un poteau entre lui et toi ?
Pas grave, toi on te verra !
Tu vas en faire quoi de ce cliché ?
Ta nouvelle photo de profil
Pour Facebook Instagram ou Twitter ?
Peut-être qu’on te demandera
Qui c’est le mec en blanc derrière toi…
Et toi, tu es venue, tu as attendu
Longtemps, longtemps
Et quand le pape est passé…
Tu ne l’as même pas regardé !

La vie, c’est ce qui se passe sans toi pendant que tu regardes ton téléphone..