septembre 3

Le carnavalier du Brésil

Voilà. Je pense que ça ne vous a pas échappé, c’est la rentrée. Certes, je n’y participe plus cette année en tant qu’enseignant, et ceci pour la première fois, puis que j’ai fait valoir mes droits au repos perpétuel en attendant le repos éternel.

Par contre, j’ai promis à Leiloona que cette année, je participerai à tous les ateliers d’écriture de Bricabook. J’espère tenir cette promesse.

Je commence donc ce dimanche avec une photo de Vincent Hequet.

N’hésitez pas à commenter ce premier texte, à le partager, à le « liker » si vous avez apprécié évidemment…

Et allez lire tous les textes de mes amis sur le site www.bricabook.fr

Bonne lecture et bonne rentrée.

JMB

© Vincent Héquet

Il en avait inventé des arbres ! Mais celui-là il n’en planterait plus jamais ! Plus jamais !

Après sa première récolte de spaghettis, dix ans plus tôt, Marcel s’était attaqué à la culture expérimentale. Ca correspondait exactement au début de sa retraite. Il aurait enfin du temps pour se consacrer à ses recherches.
L’arbre a spaghettis avait été le déclencheur, même si lui aussi avait été le fruit du hasard. Au départ, il voulait planter des nouilles. Il les avait fait sécher longtemps au soleil, comme il l’avait lu dans plusieurs ouvrages spécialisés, mais un violent orage avait dû faire migrer les graines, sans qu’il s’en aperçoive. Au printemps, alors que ses voisins s’enorgueillissaient de leurs superbes fleurs de nouilles orange et violettes, lui n’avait que des fleurs longues et pendantes. Marron et kaki. Il avait été un moment la honte du quartier. Mais lorsque, le temps avançant, les spaghettis étaient apparus, plus personne n’était venu lui faire de reproches. Il avait été le seul à récolter des pleins cartons de spaghettis mûrs à souhait. Il ne lui restait plus qu’à espérer que la récolte de bolognaise soit aussi une réussite pour que la saison le rende enfin riche.
Il avait été moins heureux avec l’arbre à tongs. Les chaussures de plages étaient de mauvaise qualité et le passage de doigts était légèrement décalé, ce qui entrainait un manque de confort évident. A la réflexion, il s’était rendu compte qu’il avait planté le tonguier en janvier, ce qui n’est pas la période la plus propice.
Dans le jardin de sa belle-mère, plus étendu que le sien, Marcel avait fait plusieurs tests : des stylos, des pelles à tarte, des sonnettes de vélos, avec plus ou moins de succès. Étonnamment, le Sopalin avait été un échec cuisant alors que la récolte du PQ  avait permis de tenir toute l’année à quatre dans la maison.
Marcel avait tenté des boutures de slips, de bolduc et d’ampoules vertes.
Et voilà qu’un jeudi, en fin de matinée, son ami René était arrivé avec un air de comploteur, cachant un pot mystérieux sous un vieil anorak.
«  Devine, avait-il dit… Devine ce que je t’apporte.
Marcel avait posé des questions et René avait fini par donner la solution : un carnavalier du Brésil. Il en existait très peu dans nos contrées et on ne connaissait que peu son mode de croissance. Les sites internet consultés indiquaient qu’il fallait que le carnavalier soit planté en mai, au bord d’un fleuve, en moyenne altitude, sous un climat tropico-polaire, ce qui était le cas ici. Il était aussi indiqué que pour obtenir de beaux déguisements complets, il fallait danser la salsa devant l’arbre, tous les soirs de pleine lune, pendant dix mois, jusqu’à la récolte prévue fin février début mars époque où il ne restait plus qu’à faire les ourlets.
Hélas, Marcel avait fait l’impasse sur la salsa, pensant qu’une petite valse de temps en temps ferait bien l’affaire. Mal lui en prit, car si les bourgeons et les fleurs avaient été prometteurs, il faut avouer que la récolte finale avait été plus que décevante : une robe de fée, des chaussettes de Batman, un short de footballeur et une blouse d’infirmière. Auxquels on pouvait ajouter quelques socquettes, mouchoirs ou masques de Zorro dépareillés.
Marcel en avait pleuré plusieurs semaines, tellement déçu par un tel échec après dix ans de travail. Mais l’espoir était revenu après avoir lu un article passionnant sur les arbres à bidets et les semis d’armoires normandes.
Sa femme lui a commandé des graines de pizzas et des pousses de couscous pour son anniversaire. Mais, si vous le croisez, ne lui dites pas, c’est une surprise !

© Amor-Fati 3 septembre 2017 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


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Ecrit 3 septembre 2017 par Amor-Fati dans la catégorie "Atelier d'écriture

11 COMMENTS :

  1. By Le Dû Loïc on

    Juste pour te souhaiter une bonne « non rentrée » … comme pour moi.
    Bientôt une autre vie en Bretagne, Finistère Sud et tout mon temps pour lire tes petites histoires et aussi les grandes. Et ton histoire me remémore que quand j’étais petit j’avais planté quelques billes dans mon jardin espérant une belle récolte pour garnir mon petit sac. Et aussi les graines de menhirs que nous avons planté en Provence à l’occasion du mariage de mon neveu.Le mariage n’a pas duré et les menhirs sont encore tendres.

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    1. By Amor-Fati (Auteur) on

      Merci Loïc… Les graines de menhir, j’ai connu aussi. J’en ai même offert pas mal…
      Bonne non rentrée à toi aussi.

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  2. By Adele on

    J’adore, j’adore, j’adore ! Une belle surprise, ce texte ! J’aime ton imagination, ta fantaisie légère et drôle, ta façon de pousser jusqu’au bout l’idée directrice. Et je trouve bien du talent a ta plume. Bravo !

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    1. By Amor-Fati (Auteur) on

      Merci de ton enthousiasme Adèle. Voilà qui fait bien plaisir pour la reprise des ateliers…

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    1. By Amor-Fati (Auteur) on

      Ben en même temps, c’est dit..
      Merci beaucoup pour ton commentaire !!

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  3. By Jos on

    Un texte pour le moins…original, qui m’a beaucoup fait sourire et dont la chute est croustillante ! Merci pour ce moment divertissant!

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