avril 30

Dernier envol

Texte de vacances, normalement léger. Ici un peu moins, vous pourrez en juger !

Les textes de mes amis sont ici.

Bonne lecture à toutes et à tous.


Il était 18h45 lorsque les cinq montgolfières prirent leur envol. A bord de la dernière quittant le sol, le Commandant Legall qui avait pris le pouvoir lors du coup d’état mondial il y a maintenant dix ans. Près lui, sa compagne et son aide de camp. Sa garde rapprochée. Dans les quatre autres, les proches du pouvoir avaient pris place. Les plus courageux et les plus fidèles au moins. Les autres, les pleutres, les couards étaient déjà partis depuis longtemps.
L’assèchement des océans avait vu la pangée se recontituer. Depuis sept ans, le détroit de Gibraltar se travesait à pied, faisant de l’Afrique le pendant naturel de l’Europe. Seule subsistait la fosse des Mariannes, au large des Philippines. Le reste des océans avait disparu, englouti par on ne sait quel siphon invisible. La température avait grimpé considérablement, sélectionnant naturellement les hommes restants de la planète.
Legall en avait profité pour placer son attaque. Presque sans violence. Tout s’était passé rapidement, sans résistance. Il était devenu en quelques minutes le maître incontesté de la planète. Du pôle nord au pôle sud, de l’ancienne Europe à la vieille Australie. Un domaine de cinq cent dix millions de kilomètres carrés. Mais maintenant sans eau,sans animaux sauvages, presque sans végétation. Plus personne ne supportait les quarante degrés du petit matin, ni les soixante-douze du milieu de l’après-midi.
L’évacuation de la planète avait été planifiée début janvier. Il fallait faire au plus vite. La solution de la motgolfière avait été la seule envisagée, car ne nécessitant aucune énergie. Tous étaient partis maintenant. Combien étaient arrivés à bon port ? Aucune idée, aucune nouvelle.
A 18 heures, le commandant Legall était monté à bord, laissant derrière lui ce qu’il restait de la planète perdue. Le dernier à quitter le navire, le dernier à arriver sur Nervil où il prendrait sûrement le pouvoir.
Les hommes avaient détruit leur planète. A eux de ne pas abimer la nouvelle que l’esprit supérieur avait mis à leur disposition.
Pour tout recommencer.

© Amor-Fati 30 avril 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr
avril 16

Intemporelle

Lorsque j’ai reçu la photo, mercredi, je l’ai longuement regardée, et qu’ai-je vu ? Ce que tout le monde a vu certainement… Une petite fille ROUSSE. C’est tellement évident. Alors, mon esprit de contradiction venant sur le dessus, je me suis dit: « C’est tellement gros, tellement évident, que je ne veux pas tomber dans le panneau de Fifi Brindacier. Tomber dans la facilité ». Et avant tout, sur cette photo, j’ai vu une petite fille couchée dans l’herbe qui regarde le ciel. Un point c’est tout.

Bonne lecture. Et n’oubliez pas d’aller lire les textes de mes ami(es). Tout est ici, sur la page de l’atelier de Leiloona.


© Matheus Ferreira

Qui es-tu, petite fille ?

Es-tu  Zoé, petite du vingt et unième siècle, passant ton temps sur les écrans, entre tablette, téléphone, télé et ordi ? Vas-tu à l’école à trottinette, avec tes copines Léa et Zélie, passant fièrement devant Léo et Noé en prenant des allures de midinette ? Enlèves-tu tes écouteurs lorsque tu parles à tes parents ? Ecoutes-tu déjà Skyrock et son flot de contenu qui ne t’est pas destiné ? As-tu détourné la loi pour ouvrir ta page Facebook et ton accès Snapshat ? Combien de photos y a-t-il sur ton téléphone ?

Es-tu Delphine, Frédérique ou Christine, jouant à la marelle ou à la balle dans la cour de l’école ? Ecoutes-tu Sheila ou Cloclo sur ton tourne-disque en rentrant dans ta chambre ? Combien de temps passes-tu à faire tes couettes ou ta queue de cheval le matin dans la salle de bains As-tu déjà été invitée à une boum dans le garage d’un de tes copains ? Ta sœur Martine y est déjà allée, elle. Elle a même dansé un slow avec Christophe, le fils des voisins. Il faut dire qu’elle a quatorze ans. As-tu commandé un appareil photo pour ta communion privée que tu feras en juin prochain ? Un instamatic Kodakavec des cubes flash…

Es-tu Bernadette, seule dans la campagne avec ta mère, tes deux sœurs et ton frère ? Cours-tu à la boite aux lettres le matin, en sabots de bois, pour aller chercher une éventuelle lettre de ton père, parti au front dans le Nord depuis deux ans déjà ? Tu as peur pour lui, loin de toi dans sa tranchée où il a faim, où il a froid. Es-tu déjà allée aider ta mère à traire les vaches ou vas-tu y aller avant de re rentrer faire la soupe ? Et, demain matin, quand tu partiras à l’école, pense bien à prendre ta bûche pour le poêle de la classe. C’est à ton tour. Jeanne et Marcel t’accompagneront depuis le calvaire jusqu’à la porte de la classe. C’est l’an prochain que tu passes le certificat d’étude. Songe que ta grand-mère a été première du canton à son époque.

Es-tu Mathilde, espérant que ton père reviendra de cette bataille vers laquelle l’Empereur Napoléon l’a entraîné, avec tous les hommes de ton village ? Es-tu Marie Françoise, comtesse de Rocbrune, promise au Duc de Champagne, de vingt ans ton aîné et qui viendra t’épouser à l’été prochain, après la moisson ? Es-tu Jehanne, fille du chevalier de la tour du Pin, attendant que son tour vienne dans le tournoi des Nèfles auquel il participe près du château fort de son oncle ? Ou es tu Marie, la fille de son écuyer ?

Es-tu petite gauloise, petite romaine ? Petite anglaise, irlandaise ou écossaise ? Qu’importe qui tu es. Tu es une petite fille de dix ans qui regarde le ciel, qui joue avec une herbe, qui croit que les fées existent, que les lutins font la fête la nuit quand tu dors. Une petite fille qui court, qui rit, qui danse. Qui pleure, qui aime la vie. Une petite fille qui aime de temps en temps se coucher dans l’herbe et regarder la poussière danser dans les rayons du soleil. Pour oublier ses problèmes, ses problèmes de petite fille. Pour avoir un coin de ciel bleu, un moment de calme et de silence rien qu’à toi.

Quelque soit le lieu, quelle que soit l’époque, tu es une petite fille. Comme toutes les petites filles. Intemporelle.

© Amor-Fati 16 avril 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr
avril 9

A ma fille.

300… Vous imaginez ? C’est aujourd’hui le 300 ème atelier d’écriture de Leiloona. 300 photos, 300 textes. J’ai pris le train en route. Je ne sais pas combien j’en ai fait… Peut-être une petite centaine, je ne sais pas précisément. En tout cas, 300 mercis à toi, Alexandra (Leiloona est un pseudo) de nous permettre de nous pencher chaque semaine sur une photo pour inventer une petite histoire de quelques lignes. 300 bisous pour toi, et rendez vous à ce trois cent troisième auquel tu sembles tant tenir…


Ma grande,

T’en souviens-tu ? C’était il y a plus de vingt ans déjà. Quand j’y pense, quand je pense au temps qui passe, ça me bouleverse.

Les vacances tiraient à leur fin. Les derniers jours d’août étaient ensoleillés et nous souhaitions en profiter avant la rentrée qui se profilait déjà. Nous étions partis tous ensemble dans cette petite maison que Pascal nous avait prêtée, dans cette Sologne que j’aime tant. Nous avions passé là trois jours à vivre comme bon nous semblait, sans obligation, sans contrainte. Chacun se levait à l’heure qu’il voulait, passait son temps à faire ce dont il avait envie. Toi, tu passais beaucoup de temps à lire, près de la fenêtre de la bibliothèque, dans la lumière dorée du jardin. Ton frère préférait courir, comme d’habitude. Profiter des derniers moments d’extérieur avant de retrouver notre appartement et le bitume de la cour du collège. Maman et moi en avions profité pour faire de grandes ballades, parfois ensemble, parfois chacun de notre côté.

J’avais cependant insisté pour que nous passions nos repas tous ensemble. Dans une famille, les moments de repas sont tellement importants pour tisser les liens, ou pour les fortifier. Pour parler. De ce qui va bien, de ce qui va moins bien.

Puis nous avions repris l’autoroute, rangé les souvenirs de vacances et attaqué la rentrée sans grand enthousiasme. Un peu comme Pagnol enfant descendant de ses chères collines pour retrouver Marseille et ses soucis.

C’est marrant de retomber sur cette photo au moment où tu vas à ton tour être mère. Où tu vas toi aussi te fabriquer des souvenirs auprès de cet enfant qui va vous accompagner désormais. Cet enfant qui va changer votre vie à Paul et à toi. Comme ton frère et toi avez changé la nôtre. C’est plus belle chose qui puisse t’arriver.

Un gros paquet de nostalgie m’est tombé dessus en revoyant ce souvenir.

J’espère que je ne t’ai pas plombé la journée.

Je t’embrasse bien fort.

Embrasse Paul pour moi.

Papa.

© Amor-Fati 9 avril 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr
avril 5

Comme au cinéma

C’est terrible, plus on a de temps et plus on est en retard. Cette retraite ne me sied pas décidément.

Allez, je vous livre avec trois jours de retard le colis de la semaine. Il a eu bien le temps de mûrir dans ma petite cervelle de moineau. L’atelier de Leiloona fêtera la semaine prochaine sa trois centième édition !!! Vous vous rendez compte ? En attendant, les autres textes de cet atelier 299 sont ici. Bonne lecture !


© ursulamadariaga

Comme au cinéma, je l’ai regardé dans les yeux et je lui ai dit : « Embrasse-moi, beau mec ! ». Il n’a pas eu peur, il m’a prise dans ses bras, m’a serrée très fort et m’a embrassée. D’abord tendrement, puis de façon plus gourmande, puis violemment. Comme Humphrey Bogart et Lauren Bacall dans Casablanca. Il est tombé dans mes filets. Quelle actrice j’aurais fait !!

Comme au cinéma, une fois dans mon appartement pour un dernier verre, je me suis approchée de lui, me suis lovée dans ses bras et lui ai susurré : « Prends-moi là. Maintenant ! ». Il m’a basculée sur le sofa, m’a embrassée, m’a caressée, puis sa main a glissé dans mon décolleté puis sous ma jupe. Nous avons fait l’amour toute la nuit, en buvant du champagne à la bouteille. Comme dans James Bond. Quelle James Bond Girl j’aurais fait !

Comme au cinéma, je lui ai dit « Oui, je veux être ta femme », en le regardant au fond des yeux. Quelques larmes ont coulé et ont fait dégouliner mon rimmel. II m’a regardée : « Que je suis heureux ! » m’a-t-il en me regardant encore. Comme Clark Gable et Vivian Leigh dans « Autant en emporte le vent ». Quelle star de la grande époque j’aurais fait !

Comme au cinéma, je lui ai dit « C’est moi ou cette pouffiasse. Je te donne deux minutes. » Comme au cinéma, je l’ai imaginé tombant à mes pieds, me demandant pardon et implorant mes baisers que je lui aurais donnés comme à regret. Mais on n’est pas au cinéma. Je ne veux pas voir cet avion. Quelle conne je fais !

© Amor-Fati 5 avril 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr
mars 20

Kursivit

Ouf, Leiloona, notre chef à tous, nous a donné un jour de plus pour écrire notre petite histoire à partir de sa photo hebdomadaire. Dès le premier jour je savais ce que j’allais écrire, et je l’avais d’ailleurs mis en commentaire sur la page de Bricabook. Mais voilà, dernière minute, toujours, ce n’est que lundi soir, vers dix-neuf heures que j’ai réussi à mettre en mots ce que j’avais dans la tête.
Un petit souvenir d’enfance un peu arrangé, je l’avoue. Sauf Madame Arnaud qui était bien ma maîtresse et qui est sûrement au paradis des maîtresses maintenant.


Une petite anecdote d’actualité pour commencer. Cette semaine, j’étais en voiture et j’écoutais distraitement les infos de 17 heures sur France Inter. La journaliste préposée aux nouvelles annonce alors qu’à Miami, un pont piétonnier s’était écroulé sur une autoroute. Et moi, arrêté au feu, je me demande une fraction de seconde ce que peut être un pompier thonier. Est-ce un homme habillé en rouge qui pêche le thon sur un bateau rapide ? Un homme pesant une tonne qui est en même temps pompier ? Il a fallu peut-être trois secondes pour que, aidé des explications de la journaliste, le pompier thonier se transforme en pont piétonnier. Mais l’image de ce pompier avait eu le temps de s’imprimer dans mon cerveau.

Il en est de même, mais ce sont des blagues que l’on raconte, pour la chanson de Mambo ou celle du soldat Séféro. Vous connaissez tous Monbo Sapin, roi des forêts ou l’histoire de Séféro, ce soldat qui vient jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes…

Hé bien le héros de mon enfance, quand j’étais en CP dans la classe de Madame Arnaud, à l’école du Cayla de Courbevoie s’appelait Kursivit… Etait-il grec, russe, polonais ? Je ne sais pas, avec un nom pareil, et avec le recul, il devait être croate ou serbe plus certainement. Et Madame Arnaud nous avait fait apprendre son histoire. Ce devait être un paysan qui vivait au milieu des vaches ou des moutons. Et il était heureux, très heureux. Il était la représentation même du bonheur. Et Madame Arnaud devait avoir peur qu’il s’en aille, parce qu’elle disait tout le temps « Il va filer ». Presque à la fin de chaque phrase. Et moi, j’écoutais l’histoire de Kursivit. On devait le rattraper, très vite. Il se promenait dans l’ache et le serpolet (je ne savais pas ce que c’était, mais Kursivit le savait, lui…). Il sautait sur les cornes du bélier, il suivait les flots du sourcelet. Il allait, toujours heureux, de pommier en cerisier ! Ah quelle belle vie il avait Kursivit, l’homme heureux, le bonheur des prés de mon enfance.
Et, ce qui m’impressionnait le plus, c’est qu’à la fin de l’histoire, il sautait par-dessus la haie. Alors là, j’en étais bouché bée. Kursivit, le bonheur a fini par s’échapper. A force de le retenir partout, à force d’essayer de le rattraper, il a filé. Et Madame Arnaud finissait toujours bien tristement l’histoire de Kursivit, en faisant un geste de la main vers le haut, vers l’inconnu, vers l’infini.

Pierre Etaix, dans « Dactylographisme » écrivait : « Quand j’étais enfant j’aimais chanter ‘J’aime pimpoler sa falèze’ que je trouvais coquin. Maintenant, quand on chante : ‘J’aime Paimpol et sa falaise‘, je trouve ça con. »

Et moi, quand j’étais enfant, j’aimais « le bonheur est dans le pré, Kursivit, Kursivit »…  Maintenant, avec tout le monde, ce bonheur est dans le pré et je cours vite pour ne pas qu’il file. »

Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite.
Le bonheur est dans le pré, cours-y vite. Il va filer.
Si tu veux le rattraper, cours-y vite, cours-y vite.
Si tu veux le rattraper, cours-y vite. Il va filer.
Dans l’ache et le serpolet, cours-y vite, cours-y vite,
dans l’ache et le serpolet, cours-y vite. Il va filer.
Sur les cornes du bélier, cours-y vite, cours-y vite,
sur les cornes du bélier, cours-y vite. Il va filer.
Sur le flot du sourcelet, cours-y vite, cours-y vite,
sur le flot du sourcelet, cours-y vite. Il va filer.
De pommier en cerisier, cours-y vite, cours-y vite,
de pommier en cerisier, cours-y vite. Il va filer.
Saute par-dessus la haie, cours-y vite, cours-y vite,
Saute par-dessus la haie, cours-y vite. Il a filé!

Paul Fort

 

© Amor-Fati 20 mars 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr