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Bienvenue sur cette nouvelle version du site des mots d’Amor-Fati.

Ce site est enfin redevenu ce  qu’il était à l’origine: uniquement un blog comportant les textes que j’écris régulièrement. Si vous voulez tout lire, vous en avez pour un moment !!

J’ai réuni beaucoup de choses sur le site www.jeanmarcbassetti.fr qui devient le site de référence de mes écrits et le point de départ de mes activités d’auteur et de lecteur.

Si vous désirez en savoir plus sur mes livres, et, pourquoi pas, en commander, rendez-vous sur https://www.jeanmarcbassetti.fr

Je vous invite à venir le visiter. C’est là que vous trouverez la boutique maintenant !

A bientôt !!

© Amor-Fati 7 juin 2020 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

La rentrée du Petit Nicolas le 22 Juin 2020

A la manière du Petit Nicolas, de Gosciny et Sempé, je me suis amusé à écrire le retour de Nicolas à l’école le 22 juin après le confinement.
Tous ses copains sont là évidemment !!!
J’espère que ça vous plaira.

A la manière de, évidemment !!! Ceci dit, si les ayant-droits du Petit Nicolas n’apprécient pas, qu’ils me le fassent savoir, je retirerai immédiatement !


Ce matin, maman est venue me réveiller. Ça m’a fait tout drôle parce que ça fait un bon moment que je dors jusqu’à dix heures tous les matins.

Papa aussi d’ailleurs. Ça va faire deux mois qu’il ne va plus au bureau. Son patron lui a demandé de travailler depuis la maison parce que le virus est toujours actif et qu’il faut faire très attention.

Alors papa se lève tous les matins à sept heures, il met son ordinateur en route sur la table de la cuisine et il retourne se coucher jusqu’à neuf heures passées. Il y a même une fois ou deux où c’est moi qui ai été obligé de le réveiller parce que maman était partie faire les courses et que je voulais mon chocolat chaud. Sauf que le micro-ondes est beaucoup trop haut et que je me suis déjà brûlé en renversant mon bol par terre.

Après dix heures, papa prend son téléphone et il passe des tas de coups de fil à plein de gens en regardant son Facebook ou des zappings sur Youtube. Même que des fois, il dit Oui oui, mais je suis sûr qu’il ne sait même pas ce qu’on lui a dit.

Il reste à la maison parce que maman ne veut pas qu’il sorte faire les courses. Elle dit qu’il ferait n’importe quoi dans les magasins, qu’il mettrait ses mains n’importe où et qu’il ramènerait des tas de microbes à la maison. Au début, il a râlé un peu et puis maintenant, je vois bien que ça l’arrange plutôt. En échange, il passe l’aspirateur une fois par semaine, ce qu’il ne fait jamais d’habitude. Mais maman le repasse derrière lui parce qu’elle dit que ce n’est pas bien fait et qu’il reste sûrement des microbes dans tous les coins.

Les microbes, elle n’aime pas ça, maman.


Donc ce matin, je me suis levé et je me suis lavé les mains. Puis, je suis allé prendre ma douche et faisant attention de bien me frotter partout. Et puis je suis allé dans la cuisine pour mon petit déjeuner. Maman a poussé l’ordinateur de papa en faisant attention de ne toucher à rien, puis elle s’est lavée les mains et m’a demandé de me les laver aussi, au cas où des virus me seraient sautés dessus. Elle a lavé deux fois mon bol propre et j’ai pu boire mon chocolat tranquillement. Après, je me suis lavé les mains et j’ai mis mon blouson pour partir à l’école.

Pendant que je faisais les lacets de mes chaussures, maman est allée dans la salle de bains et m’a rapporté mon masque en tissu qu’elle avait lavé hier soir avec de la lessive désinfectante. Dans mon cartable, elle m’a mis deux masques de rechange, un en tissu et un jetable, dans des petits sacs en plastique pour que les microbes de mon cartable ne leur sautent pas dessus. Et puis elle a aussi mis deux bouteilles de gel : une pour me laver les mains et une au cas où je perdrais la première.

Puis maman a mis son masque, j’ai mis le mien et on est partis à l’école à pied. C’est rigolo de voir tous ces gens dont on ne voit que la moitié de la figure.

En chemin, on a croisé Madame Benedetti, la concierge du 205. C’est une grosse dame avec des poils sur le nez et sur les oreilles. Quand j’étais tout petit, elle me faisait peur parce qu’elle parle très fort en faisant plein de gestes dans tous les sens. Maman lui a parlé en reculant parce que Madame Michel avait son masque qui protégeait juste son menton et elle postillonnait partout en faisant des grands moulins avec ses bras. Moi, sous mon masque je lui ai tiré la langue. C’est des trucs rigolos comme ça qu’on peut faire quand on a un masque. Après, le tissu était un peu mouillé, mais était vraiment pas grave. Et comme ça, entre la maison et l’école, j’ai tiré à la mangue à toutes les grandes personnes que j’ai croisées. Et j’ai envoyé des bisous à Caroline qui marchait sur le trottoir d’en face. Si ça se trouve, elle faisait pareil sous son masque rose !


En arrivant devant la porte de l’école, j’ai vu Alceste qui attendait, appuyé à un réverbère. Il mangeait un sandwich au saucisson à l’ail, comme tous les matins. Avant le confinement, il avait le temps d’en engloutir deux avant d’entrer en classe, mais là, il est obligé de soulever son masque à chaque bouchée, je ne sais pas s’il aura le temps de manger le deuxième.

Et puis la porte s’est ouverte et on a vu le directeur apparaître. Ça nous a fait tout drôle parce que d’habitude, on voit toujours son air sévère, mais là, avec le masque on ne savait pas trop s’il rigolait ou pas. Mais on avait bien une petite idée, parce que d’habitude, c’est pas un rigolo le directeur. Il n’y a pas de raison pour que le confinement l’ait changé.

Il a voulu commencer à parler aux papas et aux mamans, mais Rufus s’est mis à siffler avec le sifflet à roulette que son papa policier lui avait donné pour la rentrée pour éloigner ceux qui ont le COVID. Caché sous le masque on a d’abord eu du mal à savoir que c’était lui, mais quand il est passé entre les jambes du directeur, tout le monde l’a repéré.

« Mesdames et Messieurs, essayait de dire le directeur…, mais il n’a pas pu finir sa phrase car tous les enfants se sont engouffrés par la porte pour arriver vite dans la cour. Tout le monde suivait Rufus qui continuait à siffler sous son masque.

« Les mesures barrière, les mesures barrière, criait la maitresse descendue aider le directeur. Un mètre entre chaque enfant ! S’il vous p…

Mais Clotaire est passé près d’elle et lui a demandé où étaient les barrières et pourquoi il fallait les mesurer. Clotaire n’est pas sûr mais il nous a dit que sous son masque, la maîtresse avait bougonné « ça commence bien ! » La suite de la journée lui donnera raison.

Maman m’a lâché la main, elle m’a fait un bisou et je suis rentré aussi dans l’école, suivi par Alceste qui avait fini son sandwich. Il est venu à côté de moi et on est arrivé ensemble dans la cour.

Il m’a dit « Chui content de revenir à l’école après chi longtemps »

Je l’ai regardé.  Son masque était plein de beurre. Mais l’avantage c’était que son haleine sentait moins le saucisson à l’ail.

Je lui ai fait un grand sourire, mais avec le masque, je crois qu’il ne l’a pas vu.


Quand je suis arrivé dans la cour de l’école, je me suis arrêté un moment pour regarder. Avec toutes ces têtes masquées en bleu, en vert ou de toutes les couleurs, je n’arrivais pas à retrouver mes copains.

J’ai vite repéré un groupe qui jouait aux billes et j’ai tout de suite reconnu Joachim. Non pas à sa tête, mais à son cri quand il a démoli les calots en verre de deux grands. Il faut dire que Joachim est toujours très fort aux billes. Il parait qu’il a passé le confinement à s’entraîner dans sa chambre et dans le couloir, même que sa sœur a failli se casser le bras en roulant sur une bille oubliée devant la porte de sa chambre.

En marchant vers la classe pour déposer mon cartable, j’ai vu Geoffroy qui était appuyé contre le mur. Il remettait son masque en place. Je me suis approché de lui et on s’est tapé les coudes. C’est rigolo cette nouvelle façon de se dire bonjour. Geoffroy avait un masque aux couleurs du PSG, avec le nom de Neymar écrit dessus. C’est son papa qui lui a acheté parce qu’il est très riche et qu’il achète toujours tout ce que lui réclame son fils.

« J’en ai aussi un du Real Madrid et un de l’équipe de France avec la tête de Deschamps sur le nez.

— Ca doit te faire une sacrée tête avec ça lui a dit Eudes qui arrivait juste aussi pour poser son cartable.

Il s’est approché de Geoffroy et lui a donné un grand coup de coude dans le bras. Geoffroy a arrêté de refixer son masque et a donné un coup de coude dans le ventre à Eudes.  Mais Eudes qui est très fort ne voulait pas se laisser faire. Alors, ils se sont donnés des tas de coups de coude partout et ils se sont roulés par terre.

— Pas de bagarre, c’est interdit ! a crié le surveillant en arrivant en courant devant mes deux copains qui se battaient.

— Oui, un mètre de distance a répondu quelqu’un que je n’ai pas reconnu sur le coup.

— On ne va pas se battre à un mètre de distance a dit Eudes en donnant un dernier coup de coude à Geoffroy, ça n’a pas de sens.

— Et il vaut mieux ne pas se battre du tout, a dit Le Bouillon, le surveillant en attrapant Eudes par le coude. Allez vous laver les mais et revenez vite, je vais sonner la cloche.

Eudes et Geoffroy sont repartis vers les toilettes.

Je suis resté avec celui qui avait parlé et que je n’avais pas reconnu aussitôt. C’était Agnan. Complètement méconnaissable. Il avait deux masques chirurgicaux l’un sur l’autre, un vert et un bleu et une casquette ADIDAS qui lui arrivait au niveau des sourcils. Entre les deux, il avait ses lunettes qui avaient coloré avec la lumière. En fait, on ne lui voyait pas un centimètre de peau. On aurait dit un serpent à lunettes avec un masque de bandit.

On s’est tapé les coudes et le Bouillon a sonné la cloche.

Et là, on a vu la maîtresse qui a ouvert la porte de la classe. On est tous resté la bouche ouverte d’étonnement, mais ça ne se voyait pas parce qu’on avait nos masques !

© Amor-Fati 24 juillet 2020 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Sachons reconnaître nos erreurs !

Lorsqu’on est un petit auteur auto-édité comme je le suis, il faut tout faire soi-même.

Écrire l’histoire, la corriger, la corriger à nouveau, la mettre en page, créer la couverture (au pixel près parfois), créer la quatrième de couverture, faire imprimer le livre et créer le livre numérique, ajouter un ISBN, envoyer le tout à la bibliothèque nationale.

Puis guetter les salons et les dédicaces, les magasins que acceptent les auto-édités, et enfin vendre le livre avec le sourire et en mettant une petite dédicace aux gentils lecteurs acheteurs.

Ca c’est le plus agréable.

Ca demande beaucoup de temps. Ca s’apprend. On y arrive convenablement.

Mais dans la liste ci-dessus, j’ai oublié quelque chose: essayer de se faire connaitre et surtout, essayer de faire connaître son nouveau bébé qui est évidemment le meilleur livre sorti, celui que tout le monde attendait et qui va nous rapporter gloire et postérité (pour la beauté et la richesse, j’ai ce qu’il faut !)

Et c’est là que le bats blesse pour moi. Ca, je ne sais pas faire, ou pas bien… J’ai eu beau lire des bouquins qui expliquent, j’ai de bons amis qui me disent ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire, je n’y arrive pas.

Et à chaque fois, je tombe dans de mauvais travers et me livres me restent sur les bras.

Et là, j’ai cherché. Pour la prochaine sortie d’Aller(s)-Retour(s), certainement fin août, que vais-je bien pouvoir inventer pour faire le buzz ?

Créer un site spécial comme je l’ai fait pour Paramètres ? Non, c’est beaucoup trop de travail et de temps pour un retour vraiment faible. Et puis, je m’éparpille. Il ne faut pas !

Acheter un espace publicitaire sur Facebook, Amazon, Twitter ou Instagram et inonder le web de publicités ? Non plus. Mauvaise idée. Coûteuse et peu rentable. Ca se saurait si ça marchait !

Alors j’ai trouvé une idée brillante: diffuser le début du livre par épisodes; Distiller petit à petit l’intrigue de mon livre. Créer le besoin, donner l’envie. Ah, voilà une idée qu’elle est bonne.

Tiens, je vais en diffuser une douzaine de chapitres, ce qui nous amènera presque à la date de parution prévue. Voilà, on va faire comme ça !!!

Et pour faire encore plus le buzz, je vais diffuser les chapitres par abonnement, uniquement aux personnes qui se seront abonnées. Comme ça, elle seront tellement emballées par la lecture de mon chef d’œuvre qu’elles vont en parler autour d’elles, partager la page et comme ça, d’autres personnes vont s’abonner, et ça fera ce qu’on appelle l’effet boule de neige, et il y aura des milliers d’abonnés.

Ce qui entrainera des milliers de gens qui voudront connaître la suite, d’où des milliers de ventes du livre complet, d’où le succès espéré.

CQFD.

Seulement voilà. Après une semaine de lancement auprès de mes contacts, des posts sur ma page perso et ma page Auteur de Facebook, après des partages sur des groupes de lecteurs, après trois tweets, je me rends compte que ma liste d’abonnés se monte à ….13.

Y compris moi, ma mère (que j’ai abonnée moi-même !), ma tendre épouse, mon fils, deux amis auteurs auto-édités comme moi, deux copains instits que je connais depuis des années, deux aficionados-ami(e)s qui suivent tout ce que j’écris depuis bien longtemps et une poignée de personnes déjà abonnées à mon autre liste (Amor-Fati).

Et  un raton-laveur

De nouveaux abonnés : zéro. Nul. aucun…

Et c’est là que je me dis: « Jean-Marc, tu es un génie, tu as tout bien compris (je me tutoie dans l’intimité). Pour te faire connaitre d’un maximum de personnes et donner envie de lire ton prochain best-seller (??), la meilleure solution est bien de diffuser tes écrits à une liste restreinte de gens qui te connaissent déjà. Pour que surtout les autres, ceux qui passent par hasard, ne voient pas !!! Comme ça, tu arriveras peut-être à en vendre quatre ou cinq (parce que les autres, tu vas les offrir !!) »

Non, sachons reconnaître nos erreurs, comme on dit, je me suis planté une nouvelle fois.ce n’est pas comme ça qu’il faut faire. Il faut ouvrir au maximum, c’est l’évidence même, à la portée du premier venu…

Alors cette liste Aller(s)-Retour(s) que j’ai créée n’a pas de raison d’être. Ce n’est pas en diffusant de façon restreinte que je vais conquérir un nouveau lectorat !

Les chapitres de Aller(s)-Retour(s) seront bien diffusés tous les lundis, mais sur mon site perso https://www.jeanmarcbassetti.fr. Et peut-être aussi sur le site Amor-Fati, je verrai bien !

Sans fermeture, ni code d’accès. Pour que toutes celles et tous ceux qui veulent le lire puissent le faire et y trouver du plaisir.

Pour que tout le monde puisse commenter publiquement.

Et éventuellement partager.

Pour que ce début de roman trouve éventuellement son lectorat vers des gens qui ne me connaissent pas !

Ah, j’ai encore beaucoup à apprendre !!

Bon dimanche. Bonne fête à tous les papas.

Et à demain sur https://www.jeanmarcbassetti.fr pour le premier chapitre de Aller(s)-Retour(s) !

© Amor-Fati 21 juin 2020 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Ecrire aux temps du Corona (jour 23). Le silence est d’or

Un petit souvenir personnel aujourd’hui, pour illustrer la photo du jour.


Il y a quelques années, avec le Chœur Universitaire, nous étudiions le Requiem de Mozart. Un sacré morceau, que nous avons chanté en concert quelques dizaines de fois.

Je me souviens de Didier, notre chef de Chœur de l’époque. Au moment où nous avons abordé le Lacrimosa, il s’est arrêté et nous a interrogés :

« A votre avis, nous a -t-il dit, quel est l’élément essentiel de cette partition ? je veux dire, qu’est-ce qui fait sa beauté, qu’est-ce qui fait tenir ce morceau en équilibre ?

Chacun de nous a essayé de donner une réponse :

— Les accords ?

— La tonalité ?

— Le tempo ?

A chaque fois, il nous faisait non de la tête.

Nous regardions notre partition, nous la scrutions dans tous les sens. Voyant que nous étions dans le flou le plus complet, il nous a donné une piste :

— L’essentiel n’est pas ce qu’on entend, mais justement ce qu’on n’entend pas.

Une petite voix a osé :

— Les silences ?

— Voilà, nous a-t-il confirmé. Lorsqu’on regarde une partition comme celle-là, on regarde les notes, ce que l’on doit jouer ou chanter. Alors que l’essentiel ici, c’est justement ce qu’on ne joue pas, mais qui fait tenir le tout dans un équilibre parfait. Retirez les silences et tout s’effondre. »

Jamais de ma vie je n’ai fait plus attentions aux silences que dans ce Lacrimosa.

Le silence est d’or. Ca n’a jamais été aussi vrai que dans cette pièce.

 


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
Commentez si vous voulez.
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Ecrire aux temps du Corona (jour 22) Carcajou

Un petit 1000 caractères aujourd’hui !!

 

C’était notre petit coin à nous, les trois nanas. C’est là qu’on a fumé nos premières clopes, bu nos premières bières, embrassé nos premiers petits amis. C’est là que j’ai passé ma première après-midi d’amour avec Florent.

On n’a jamais su d’où venait ce bateau, parce qu’il n’y a pas la mer ici. Un lundi matin, en partant au collège, il était là, à cet endroit exact, alors qu’il n’y avait rien le dimanche soir. Personne n’a rien compris. Il était un peu plus droit que maintenant, on arrivait à tenir dessus et à entrer dans la cabine.

D’autres bandes ont voulu se l’accaparer mais Caro, Cathy et moi, on avait déjà mis le grappin dessus. Comme les gars font des cabanes dans les bois. Nous on avait notre bateau mystérieux.

Tous les week-ends on allait y trainer, au lieu d’aller au bistrot. Chacune notre tour, on faisait les courses avec notre argent de poche et on achetait de quoi passer un bon dimanche après -midi.

On a cherché à lui donner un nom. Je crois que c’est Caro qui a eu l’idée de le baptiser du début de nos trois prénoms : Caroline, Catherine et Jouhanne.

Carcajou.

Demain, une grue viendra l’emporter parait-il, pour l’emmener à la casse.

Elle emportera nos souvenirs et notre jeunesse avec.

1000 caractères.

PS : Oui oui, ça existe Jouhanne, j’ai vérifié…


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Ecrire aux temps du Corona (Jour 21). Le jardinier du parc

Encore une photo extraite du site Bricabook. Merci Alex !

Aujourd’hui encore, en regardant la photo, je n’ai pas été marqué par ce qui était dessus, mais par ce qui y manquait. Vous n’avez pas l’impression qu’il manque quelque chose ? Ou quelqu’un ?

Bonne lecture !


Pour notre maison de campagne, dans le Berry, mes parents avaient embauché un ami de leurs amis, un certain Germain, pour entretenir le jardin. C’était un homme d’une soixantaine d’années qui avait travaillé toute sa vie à la ville de Saint Florent sur Cher. D’abord comme cantonnier, comme on disait à l’époque, puis comme agent municipal, ce qui était sensiblement la même chose à ceci près que la ville s’étant beaucoup urbanisée, l’entretien des espaces verts n’était plus son travail principal.

Il venait trois après-midis par semaine, le lundi, le mercredi et le vendredi. Papa lui avait donné essentiellement pour mission l’entretien du « parc ». Ce qui était un bien grand mot, il faut bien l’avouer. Au début, il avait essayé de lui faire faire le jardin, mais son arthrose l’empêchait de trop se baisser, et comme pour le jardin, il faut être bien souvent à genoux ou à quatre pattes, papa avait modifié sa tâche et avait demandé à un voisin un coup de main pour le potager.

Donc, Germain avait comme outils principaux une brouette, une tondeuse à gazon, un râteau, une griffe à pelouse, une pelle, et une binette.

Depuis la fenêtre de ma chambre, trois fois par semaine, je le voyais déambuler, poussant son éternelle brouette. Il marchait doucement, s’arrêtait, ramassait quelques feuilles, deux mauvaises herbes dans un massif de pivoines, regroupait quelques brins d’herbe avec sa griffe avant de les envoyer dans sa brouette d’un coup de pelle efficace.

Bien souvent, je le perdais de vue. Je n’avais alors sous les yeux que sa brouette, son balai et sa pelle. Mais où donc était passé Germain ? J’attendais à ma fenêtre et le voyais revenir, l’air visiblement soulagé et reboutonnant les boutons de son pantalon. Il revenait toujours du même point du « parc », le petit sous-bois près du champ de Monsieur Laurier.

Un matin de septembre, maman arriva à la maison, complètement bouleversée. Elle annonça à papa que Prostate était décédé pendant la nuit. Sur le coup, je ne compris pas de qui il s’agissait. Je ne connaissais ni dans mon entourage proche, ni dans celui de mes parents de Monsieur Prostate. Ce n’est que le lundi suivant, en voyant arriver un nouveau jardinier que je compris de qui maman avait parlé.


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Ecrire aux temps du Corona (jour 20)- L’héritage de Pépé Gus

Une jolie photo aujourd’hui, toujours extraite du site Bricabook.

Bonne lecture !!


 

A soixante-et-un ans, Gustave prit sa retraite. Gustave, c’était mon grand-père. Oncle Gus pour certains, pépé Gus pour moi, sa petite fille unique. Pendant plus de quarante ans, il avait été menuisier ébéniste. Quarante années au service du bois. Il en avait gardé une grande cicatrice sur le bras gauche et un doigt en moins. Une distraction, un tour à bois, et hop… ça ne pardonne pas ces trucs-là !

Cette même année, à la fin du repas de Pâques, papa et maman annoncèrent deux nouvelles au moment du dessert.

« Une bonne et une moins bonne, avertit maman.

— Commence par la bonne ! exigea Pépé Gus. Ce sera toujours ça de gagné.

— Richard et moi allons être parents, comme vous !

— Enfin, vous y êtes arrivés, jubila Josette, ma grand-mère.

— Oui, dit papa, mais ces essais nombreux et médicalisés ont pour conséquence la mauvaise nouvelle que Karine va vous annoncer.

— Nous n’aurons pas d’autres enfants. Ce bébé qui va venir sera votre seul petit-enfant !

— Et ce sera le plus beau, tonna Pépé Gus en levant son verre.

— Ou la plus belle, corrigea ma grand-mère !

— Évidemment ! A la vôtre ! »

Et quelques mois plus tard, j’arrivais.

La plus belle, comme l’avaient prédit mes grands-parents.

A petite fille unique, soin unique.

A partir du jour de ma naissance, Pépé Gus se mit au travail, dans le plus grand secret. Même mémé ne savait pas ce qu’il tramait. Tous les jours, pendant une heure, il s’enfermait dans son atelier, sans rien dire.  Une heure, pas plus. Mais pendant presque trois ans.

« Je travaille pour le Père Noël » disait-il quand maman essayait de le faire parler.

Tout le monde se doutait qu’il y avait un secret là-dessous.

Et puis, le jour de mes quatre ans, après avoir soufflé mes bougies, je vis Pépé Gus arriver avec une grande boite en bois vernie. Pas de papier cadeau, il n’avait jamais emballé quoique ce soit ! Il posa la grande boite devant moi.

« Tiens, ma princesse, annonça-t-il. Bon anniversaire ! »

Et il retourna s’asseoir au bout de sa table en faisant semblant de se désintéresser de ce qu’il venait de poser. Par contre, toute la famille avait les yeux fixés sur la fameuse boite.

Je l’ouvris.

Elle contenait un service à thé complet : six tasses, six soucoupes, six assiettes à gâteau, trois théières de différentes tailles, un pot à lait, un sucrier et six minuscules petites cuillères. Et la boîte, avec des rangements intérieurs.

En bois.

Il avait passé plus de mille heures, caché dans son appentis à confectionner à la main ce service que j’ai toujours.

J’ai joué avec pendant toute mon enfance. Une dinette de riche, disait papa.

Ce matin, ma fille m’a téléphoné.

« Maman, pouvez-vous passer, papa et toi, prendre le thé vers quatre heures ? On a une surprise à vous annoncer ! »

J’ai ressorti le service à thé. Je pense que l’héritage de Pépé Gus va changer de mains aujourd’hui !


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© Amor-Fati 5 avril 2020 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Ecrire aux temps du corona (jour 19). Vert comme l’enfer.

Atelier d’écriture proposé par le site Bricabook.

Dans cette photo, à nouveau proposée par Bricabook, je n’ai rien vu d’autre qu’une couleur.

Mais laquelle ? Devinerez-vous ?


Un vertigineux vertébré verbalisait un véritable vermicule qui vérifiait si les vérités verglaçantes vernissaient en vermillon.

« Verrons-nous ces verroteries versaillaises versées dans des verres verts ?

– Vérifiez, vous verrez !

Alors, le verdoyant vérificateur (vérolé véridiquement) verrouilla les verreries et versa vertement du vermouth (pas de la verveine) dans des verres vermeils.

Véridique !


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Ecrire aux temps du Corona (jour 18). A la Saint Constantin

Atelier d’écriture proposé par le site Bricabook.

Les règles du jeu ont changé chez Bricabook. Mais je n’adhère pas à ce nouveau concept. Je continue donc comme avant, à écrire mon petit texte sur la photo proposée. Merci  à Alexandra de continuer à fournir une photo par jour.

Un petit mille caractères aujourd’hui. Ca faisait longtemps !!!

Bonne lecture.


Il était parti depuis si longtemps !

Il lui avait dit « Je reviendrai un matin de printemps avant que tu ne commences ta journée. De la Sainte Clémence à la Saint Constantin, attends-moi au bout du chemin. Si je ne suis pas là quand le soleil dépasse la montagne, c’est que ce ne sera pas le jour. »

Elle était encore petite fille à l’époque. Il lui avait dit ça avant de partir, elle ne sait même pas où. Derrière la montagne pour chercher du travail, ou pour rejoindre un amour.

Quand on est petite fille, on ne se pose pas de questions.

Tout ce qu’elle savait, c’est qu’il était parti.

Que ses bras lui manquaient, que sa grosse voix ne résonnait plus dans la maison, que ses baisers ne réchauffaient plus ses sommeils d’hiver.

Que sa mère était triste et fatiguée, qu’elle ne chantait plus le soir en cousant près du feu.

Alors, dès le matin de la Sainte Clémence jusqu’à l’orée de la Saint Constantin, elle venait là, au bout du chemin, et elle scrutait le chemin qui descendait de la montagne.

Elle le reconnaitra son papa, même de loin.

Saint Constantin,, c’est demain. Il y a encore un espoir de le revoir avant l’été.

Il reviendrait, elle en était sûre.

Un matin de printemps, avait-il dit.

Sans préciser l’année.

1000 caractères.


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© Amor-Fati 3 avril 2020 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Ecrire aux temps du Corona (jour 17): Je voudrais bien le voir le patron !

Atelier d’écriture proposé par le site Bricabook.

C’est marrant. Chaque jour, quand la photo arrive, j’ai une idée qui se fixe immédiatement dans mon cerveau.

Parfois, comme aujourd’hui, c’est complètement loufoque.

Mais ce n’est pas grave, je vais jusqu’au bout.

On aime ou on n’aime pas… mais moi, ça m’amuse !

Ah, j’oubliais, ce matin dans notre texte, nous devions caser « je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends ».

Bonne lecture.


Trois jours pour un tel travail, non mais ça va pas ? Évidemment que j’ai le plan, comment voulez-vous faire autrement ?

Je l’entends encore au téléphone ce matin :

« Il faut que tu te dépêches, elle risque d’attraper froid…

Mais si, tu vas y arriver.

Tu connais le proverbe : « Je ne perds jamais, soit je gagne soit j’apprends… »

Et gnagnagna et gnagnagna… »

Je voudrais bien le voir le patron moi.

D’autant que je ne maîtrise pas du tout la technique.

Ma femme m’a bien montré, il y a deux ans, je me souviens. On avait fait une écharpe pour le fils de sa cousine qui venait de naître.

Heureusement que des copains sont venus me donner un coup de main, sinon, je n’y serais jamais arrivé.

Enfin, je pense que le pull de la Statue de la Liberté sera prêt à temps.

Mais bon, faire du tricot avec des barres de métal, c’est quand même limite comme boulot.

Je voudrais bien le voir le patron moi.


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A demain.

© Amor-Fati 2 avril 2020 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Écrire aux temps du Corona (jour 16): Le voleur en A

Atelier d’écriture proposé par le site Bricabook.

Bizarrement, à partir de cette photo, je n’ai pas écrit sur ce que je voyais, mais sur ce que je ne voyais pas…


Je m’appelle Nicolas
Voleur de mon état.

J’ai volé de la vodka
Dans les plaines de Volga
J’ai volé des Vespas
A Domodossola
Et de la Quinquina
A côté de Lima.
J’ai volé du Coca
En banlieue d’Atlanta.

J’ai volé de l’alva
Pour papa qui aimait ça
J’ai volé du calva
J’ai volé des pizzas
Des pétunias
Des pergolas
Des piranhas
Et un phylloxéra.

J’étais voleur en A
Pour l’amour d’une nana.

J’ai fini cette vie-là.
Je ne vole plus pour Anna
Ni pour Alexandra
Ni même pour Patricia
Ou pour Anasthasia
Encore moins pour Clara
Ou pour Katarina.

J’avance à petits pas
J’entre dans les villas
Je frôle les sofas
J’évite les Yuccas
Les hamsters et les chats
Je rampe tel un naja
Échappé de Douala
Et sans bruit ni fracas
Je vole des cadenas.

Je m’appelle Nicolas
Voleur de cadenas.


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
Commentez si vous voulez.
Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.

© Amor-Fati 1 avril 2020 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Écrire aux temps du Corona (jour 15) : Retour à l’état initial

Atelier d’écriture proposé par le site Bricabook.

Rien hier, ni dimanche, et remise à niveau compteur, nous voici au jour 15, après le 11, mais non, vous n’avez rien raté !!!


Moi, on m’avait dit que si je l’embrassais bien sur la bouche, tendrement et en fermant les yeux, il deviendrait un prince charmant, avec la couronne en or, les chevaux, le carrosse, les pages et tout le toutim.

Et un jour, en me promenant le long de l’étang, je l’ai vu ce crapaud. Vert, coassant tout ce qu’il pouvait, j’avais l’impression qu’il m’appelait. Il me regardait avec tant d’insistance que je n’ai pas pu résister.

Je l’ai embrassé. Tout comme il faut, tout comme on m’a dit. En fermant les yeux et tout…

Bilan des courses, j’ai récupéré un type qui se balade toute la journée en chaussons, qui bouffe des pizzas en buvant de la bière devant le foot, qui rote, qui p…e.

Un bidochon quoi…

De temps en temps, on retourne au bord de l’étang pour se promener. Je me demande si ça lui rappelle des souvenirs.

Il y a quelque temps, j’ai lu sur Internet que si le soi-disant prince charmant retourne à l’eau le dernier mardi de mars d’une année paire comportant deux fois le même nombre, il redeviendrait crapaud. 2020, ça le fait. Tous les facteurs sont réunis.

Je vais attendre qu’il s’endorme et Plouf…

Au mieux il redeviendra crapaud et le tour sera joué.

Au pire il sera mouillé et ça m’aura fait plaisir de le balancer au bouillon.

Et j’attendrai 2121 pour essayer à nouveau.


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
Commentez si vous voulez.
Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.

© Amor-Fati 31 mars 2020 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Écrire aux temps du Corona (jour 11) : Leçon théorique

Atelier d’écriture proposé par le site Bricabook.

Quatre danseuses ?
Trop facile…


Il y a plusieurs façons d’enfiler des chaussures de ski.
Le plus simple est quand même que vous soyez assises.
Cela demande souplesse articulaire, mais aussi gainage et travail des abdos.
Et le résultat est souvent impressionnant.
En moins de dix minutes, vous y parvenez.
Reste ensuite à fixer les skis, mais nous verrons ça plus tard.
Mais si vous n’avez pas de chaise à votre disposition ?
Ah ?
Vous n’allez quand même pas vous asseoir par terre, dans la neige et avoir les fesses trempées ?
Attrapez donc votre chaussure à deux mains et faites basculer votre bassin en arrière.
Comment ?
Oui je sais, aujourd’hui nous n’avons pas les chaussures, mais ce n’est qu’un détail. Vous avez bien appris à nager en faisant les mouvements hors de l’eau non ?
Alors…
Lancez ensuite la jambe droite sans hésiter après vous être concentrées longuement.
Normalement au premier ou deuxième essai, ça devrait fonctionner.
Sinon, recommencez jusqu’à parvenir au résultat.
Non, mademoiselle, il n’est pas possible d’enfiler les deux chaussures en même temps. Réfléchissez deux minutes, ce serait ridicule. Un peu comme si vous essayiez d’enfiler votre pantalon en sautant dedans !
Voilà. La leçon est terminée. Demain, après avoir enfilé la chaussure gauche, nous verrons comment mettre les lacets sans les mains.


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
Commentez si vous voulez.
Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.

© Amor-Fati 28 mars 2020 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Écrire aux temps du Corona (jour 10): Léon le dindon

Atelier d’écriture proposé par le site Bricabook.

Je l’appelais Léon
Le Dindon
De mon Tonton
Gaston.

Il mangeait des limaçons
Des moucherons
Du jambon
Des oignons.

Quand maman Marion
Appelait Tonton Gaston
Elle posait des questions
Sur Léon

A Noël mon Tonton
Gaston
Est venu à la maison
Pour le réveillon

– Tu l’aimes bien Léon ?
Me demanda Tonton.
– Oui Tonton Gaston.
– Alors prends-en un pilon !


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
Commentez si vous voulez.
Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.

© Amor-Fati 27 mars 2020 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Écrire aux temps du Corona (jour 9): Autre temps autres vases

Atelier d’écriture proposé par le site Bricabook.

Savez-vous lire entre les lignes ?


Ah ! Il est bien loin le temps où il pouvait monter de beaux cols de vases. Bien longs, bien verticaux, tendus vers le ciel. Un simple regard sur la terre argileuse. Un simple coup de doigt sur la base de la boule de glaise et tout suivait, sans qu’il n’ait rien à faire. Presque uniquement par la pensée. Le col montait tout seul. Sous ses yeux heureux. Il n’y avait plus qu’à le mettre au four et le tour était joué. Le potier était heureux. Son épouse aussi. Elle aimait ses grands vases.

Les années ont passé. Et le geste est moins précis. Il y a toujours le savoir-faire, certes, mais la terre ne réagit plus comme elle le faisait avant. Elle est moins réactive sous le doigt qui la travaille. Les vases sont devenus plus souples, plus courts. Il a fallu adopter un autre style. Se faire aider par un moteur auxiliaire. Parfois, il regarde la pauvre chose qu’il a réussie à ériger et se dit que ça ne vaut même pas la peine de la mettre au four.

Le potier arrête son tour. « Viens, dit-il à sa femme, ils jouent Ghost ce soir sur la 6. Je ne sais pas pourquoi, mais j’adore ce film. »


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
Commentez si vous voulez.
Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.

© Amor-Fati 26 mars 2020 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Écrire aux temps du Corona (jour 8): Sakura

Atelier d’écriture proposé par le site Bricabook.

J’espère que vous allez toujours tous bien. Vous et les vôtres.

Jolie photo de printemps ce matin. Mais interdiction de parler du printemps, nous a dit Alexandra.

Donc, il ne sera pas question de printemps !

Bonne lecture à toutes et à tous.


 

On te nomma Sakura
Tu naquis à mi-mars
Au cœur du japon ancestral
Tout le monde t’admira
Tu étais tellement légère
Tellement fraiche
Tellement jolie
Au teint si clair.

On vint donc de Tokyo
De Kyoto
D’Osaka
De Kobe
Pour te voir
Pour t’admirer.
Sans tarder.

A la fin du ce mois
Tu mourus
Comme tous les ans
Laissant place à une sphère
Rouge
Sans beauté
Sans clarté
Que plus personne
Ne regarda.

Et puis l’an prochain
A la mi-mars
On te retrouvera
Rose, légère
Claire et brillante
On reviendra te voir.
Comme nous les ans
Nous aurons pris une année.
Tu n’auras pas changé.
Et tout le monde t’admirera
Sakura.

(En japonais, Sakura est le nom de la fleur de cerisier. Les sakura sont en effet la personnification même de l’éphémère. Leur pétales ne se laissent admirer que sous une très courte période, et leur passage éclair sur terre renvoie alors indubitablement celui qui les admire à sa propre mortalité.)


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
Commentez si vous voulez.
Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.

 

 

 

© Amor-Fati 25 mars 2020 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Écrire aux temps du Corona (jour 7): Le bonheur en cassette

Atelier d’écriture proposé par le site Bricabook.

Comme chaque jour depuis maintenant 7 jours, un petit texte inspiré d’une photo.

Ce matin, Alexandra nous a donné une contrainte supplémentaire : Insérer dans notre texte la phrase de Milan Kundera :  « Il faut arroser les souvenirs comme des fleurs en pot ».

Je l’ai fait, à ma manière, je vous laisse trouver…

Écrire pour s’évader, écrire pour l’imaginaire, écrire pour celles et ceux qu’on aime…. Et pour les autres.

Dans aucun de mes textes passés ou à venir vous ne trouverez trace de ce que nous vivons en ce moment. Outre le titre… C’est un choix.


Il était là dans ma voiture
Faut-il que je te le rappelle ?
Arroser la ville, la nature,
Les maisons, les hôtels,
Souvenirs de nos moments passés
Comme des étoiles filantes.
Des heures entières à l’écouter
Fleurs à la bouche, vitres béantes
En souriant, chantant par cœur
Pot-pourri des chansons du bonheur.

 


Oui oui, elle y est la fameuse phrase. je vous laisse la trouver.

Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
Commentez si vous voulez.
Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.

 

© Amor-Fati 23 mars 2020 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Écrire aux temps du Corona (jour 6): La princèse qui voulé chanté come les pijon.

Les autres textes avec la même image sont ici : http://www.bricabook.fr/ecriture-aux-temps-du-corona-jour-6/


C’est l’histoire d’une princèse qui s’appelait Rou. Son père été le roi est sa mère la rène.

Elle été trè maleureuse  parce que son  père et sa mer ne l’amé pa.

Alors elle allé dans le parc du chato et elle écouté les oizeau chanté surtou les pijon quel aimè bocou.

Elle auré bien voulu roucoulé come les pigon.

Une nui, elle s’endorma et une fée vena la voir pendan son somey. La fée lui disa que pour chanté come les pijon il falè mangé dé cayou. Sur le cou, Rou ne comprena pa mai elle fesa confiense à la fé et elle manga plin de cayou.

Mais elle ne chanté pa come les zoizo.

Alors elle u soif. Elle coura dan le parc du chato et se dirija ver le basin ou il y avé déné nufar et déca nar.

Elle se bessa pour boir car les cayou pesè lour dans son ventr.

Et le poi dé cayou l’entrènère et ellé tonba danlo.

Et lasse elle n’avè jamè apri à nagé.

Alor…… la princèse Rou coula.


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
Commentez si vous voulez.
Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.

 

© Amor-Fati 22 mars 2020 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Écrire aux temps du Corona (jour 5): La Chouette, l’Araignée et le Serpent.

Moi, sur ce tronc d’arbre, j’ai vu Une Chouette et un Serpent.
Mais une Araignée s’y promenait aussi.
D’où cette fable…Prenez-en de la graine !!
Bonne journée.


 

Une Chouette, ayant peu à dîner
Car elle était couchée
S’en alla crier famine
Chez l’Araignée sa voisine.
« Je ne suis pas fine bouche
Auriez-vous une mouche
Pour mon prochain repas ?
Mon Hibou ne peut pas
Chasser rats ou mulots
Il s’est cassé le dos.
En volant bien trop bas
Il a heurté un chat. »

Mais l’Araignée n’est pas aimable
Elle est même carrément irritable.
« Des mouches, j’en ai une bonne centaine
Dans mon frigo au fond de ce vieux chêne
Mais je ne les partage pas
J’en mange dix à chaque repas. »
La Chouette courroucée,
Par ce discours blessée
Appela un serpent qui se nommait Robert
Et d’une unique bouchée la rapide vipère
Avala l’araignée
Elle fut vite digérée..

Moralité.

Faut pas faire chier la chouette
Quand elle a l’estomac dans les chaussettes.


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
Commentez si vous voulez.
Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.

 

© Amor-Fati 21 mars 2020 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Écrire aux temps du Corona (jour 4): Les négatifs oubliés.

Jour 4. Des photos bien différentes, des textes bien différents.

Et toujours sans jamais parler du méchant Corona !!

Bonne lecture, merci de vos commentaires.


Comme tu étais belle !

En rangeant le grenier ce matin, je suis tombé par hasard sur une boite de chaussures, ou de bottes plutôt, vu la taille. Je l’ai ouverte et j’ai découvert ces albums de négatifs que nous avions cachés il y a au mois quarante ans. Des films développés. Des photos jamais tirées.

Des photos interdites, juste pour nous.

Toi, moi.

Sur la plage de Plougrescan, derrière les rochers de Gwin-Zegal. Dans les recoins interdits de Saint Quay. Derrière la digue de Pors-Moguer.

A l’abri des regards indiscrets.

On dit que la Bretagne est froide, mais nous étions bien, nus sur ces plages.

Comme tu étais belle !

Nos vies ont passé, trop vite évidemment.

Nos corps ont changé, mais les photos sont restées.

Dans ma tête, tu es toujours restée celle que tu étais sur ces images.

J’ai passé la matinée à scruter ces négatifs, un à un, près de la fenêtre, puis à la loupe.

C’est marrant, j’avais l’impression d’entendre ta voix, de t’entendre rire tout près de moi. Comme nous riions tous deux autrefois.

Je vais remettre l’album dans la boite et le remonter au grenier.

Je n’ai pas besoin de photos pour me souvenir de toi.

D’autres les découvriront.

Plus tard.

Comme tu étais belle !

Comme tu me manques !


1000 caractères.

Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
Commentez si vous voulez.
Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.

© Amor-Fati 20 mars 2020 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Écrire aux temps du Corona (jour 3): Mission spéciale.

Un 1000 caractères aujourd’hui !

Bonne lecture et prenez soin de vous !!


Moi, John C, agent de la C.I.A., j’en ai connu des missions. Plus dangereuses les unes que les autres. Je suis allé en Afghanistan rechercher des agents infiltrés auprès des Talibans, j’ai traîné mes guêtres au Liban, en Syrie, en Lybie, en URSS, en Roumanie du temps de Caucescu, en Iran, au Vietnam.

J’ai résolu des énigmes compliquées, déchiffré des messages incompréhensibles aux humains dits normaux. J’ai risqué ma vie sur tous les continents, affronté des pistolets, des mitrailleuses, des hélicos, des drones. J’ai échappé à des tirs de snipers planqués sur les toits. J’ai survécu à des attentats à la bombe, au Plastic.

J’ai eu vingt-cinq noms de code ou pseudonymes. J’ai parlé à des agents dans quarante-sept pays du monde entier.

J’ai tout vu, tout vécu, tout résolu.

Et là, lorsque mon boss m’a donné ma nouvelle mission, je n’en ai pas cru mes yeux. Trop facile, trop enfantin. Un enfant de cinq ans réussirait à la résoudre. Non, mais pour qui me prend-on ? Pour un débutant ? Ou au contraire pour un vieux qu’on met au rebut ?

« Ouvre la porte. A partir de cet instant, tu auras dix secondes pour repérer un point jaune sur fond noir. Place-toi dessus pour le désactiver sinon tout explosera. »


1000 caractères.

Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
Commentez si vous voulez.
Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.

© Amor-Fati 19 mars 2020 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Écrire aux temps du Corona (jour 2): Le jardin de mon grand-père.

J’espère que vous allez bien. Bonne lecture !

Tous les autres textes écrits avec cette photo sont ici : http://www.bricabook.fr/ecrire-aux-temps-du-corona-jour-2/

Et merci à Alexandra pour cette superbe initiative !


Mon grand-père avait un jardin magnifique. Six cents mètres carrés plantés quasiment toute l’année. Une partie plantes et fleurs. De magnifiques parterres de jonquilles, de pois de senteurs, de dahlias, des roses à ne savoir qu’en faire, un énorme laurier rose qui trônait au milieu de la pelouse et des marguerites qu’un amoureux aurait pu effeuiller pendant des années tellement il y en avait. Des fleurs de printemps, d’été, d’automne d’hiver, semées, plantées, arrosées, ouvertes douze mois sur douze.

Il avait aussi une partie qu’il appelait alimentaire. Un peu à l’image des fleurs. Question légumes, ma grand-mère et lui étaient en auto-suffisance. Toute l’année. Des tomates en été, des choux en hiver, des poireaux à l’automne, des épinards au printemps. Des pommes de terre, des carottes, des oignons à faire péter un régiment, des herbes aromatiques, des artichauts. Il y avait de tout.

Et puis ma grand-mère est morte. Un matin de juin, sans prévenir.

A partir de ce jour, le jardin de mon grand-père a périclité. Les fleurs étaient dépareillées, les roses tristes et pendouillantes, les marguerites timides comme des pâquerettes, les carottes naines, les oignons minuscules.

Mon grand-père passait ses journées devant la télé. Il lisait le journal, il jouait aux cartes avec des copains, faisait la sieste jusqu’à pas d’heure.

Un soir, alors que je lui demandais si son jardin ne lui manquait pas, il me répondit :

« Pas du tout fiston. Je suis bien comme ça. Et puis je vais t’avouer quelque chose : j’avais horreur du jardin. Je déteste les fleurs, je n’aime pas les artichauts, les patates me font gonfler. Bêcher, ratisser, retourner, arroser, biner, désherber, récolter, et recommencer tous les ans. Je détestais ça.

— Alors pourquoi tant d’années à faire ce dont tu avais horreur ? Ça n’a pas de sens.

Il avala sa gorgée de café et me répondit :

— Je détestais encore plus ta grand-mère. Mon jardin était mon refuge. »


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
Commentez si vous voulez.
Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.

 

© Amor-Fati 18 mars 2020 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Écrire aux temps du Corona (jour 1): 100 ASA

Bonjour.

Confinement oblige, comme tout le monde, je suis chez moi. Après la lecture, la télé, le ménage, la cuisine, le jardin et la douche, il devrait me rester chaque jour un peu de temps pour écrire. C’est pile au moment où je me disais ça que mon amie Alexandra a eu l’idée de créer « Écrire aux temps du Corona ». L’atelier Bricabook, ça rappelle quelque chose à certains ? J’y ai participé chaque semaine pendant deux ans. Merci à toi Alexandra !!

Alors, voila: une photo un texte.

Et pour commencer, un texte en 1000 caractères !


Un immense voilier à trois mats. Il était là, au loin, majestueux. C’était autre chose que les supertankers et autres immenses pétroliers qu’on avait l’habitude de voir à l’horizon.

Revenait-il des Indes, chargé d’épices ?

Revenait-il d’Espagne, les cales pleines de vin du Rioja et d’oranges sanguines ?

Où allait-il ? En Irlande ? Dans les pays baltes, scandinaves ? En Russie ? Au Pôle Nord ?

Quel équipage dirigeait ce voilier ? J’imaginais des marins tatoués, comme on les voit dans les films. Gros bras et tonneaux de rhum. Mon imagination voguait au temps des pirates et des corsaires ! Ah, quand l’imagination travaille ! Des pirates en 2020, ça n’existe pas ! Ça se saurait !

Je l’ai longuement regardé, admiré. J’ai rêvé de longues minutes devant ses voiles bariolées gonflées par le vent portant.

J’ai alors eu l’idée de le prendre en photo pour que mon père puisse l’admirer, lui qui adore les bateaux de l’ancien temps ! J’ai pris mon Olympus argentique. Comme il y a vingt ans, avant l’arrivée du numérique. Kodak 24 poses. 100 ASA. Dernière photo de la pellicule. Pas de droit à l’erreur. Il fallait qu’elle soit réussie.

Pourquoi ma fille est-elle arrivée juste au moment où je déclenchais ?


Comme moi, vous l’avez vu ce bateau ?

Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
Commentez si vous voulez.
Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.

© Amor-Fati 17 mars 2020 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Une soirée bien étoilée (5/5)

Allez, après ces quatre épisodes archi-sucrés et frôlant avec la romance à deux balles, voici la chute…

Merci pour vos commentaires à la suite de ce texte.

Bonne lecture.


Puis les choses se passèrent doucement. Les baisers se succédant aux baisers, les mains de Théo se mirent à danser sur le corps de Noémie. Au début impressionnée, Noémie se laissait aller doucement. Elle décida de se laisser porter, de laisser les choses se faire sans rien brusquer. Le saxo de Bird s’était fait silencieux depuis un moment. On n’entendait dans l’appartement que les respirations des deux amoureux. Doucement, Théo entraîna la jeune fille dans la chambre et l’allongea sur le lit. L’un après l’autre, les vêtements volèrent dans les airs pour s’entasser pèle mêle sur le sol. Doucement, Noémie avoua à Théo qu’il était le premier et lui demanda d’être délicat. Très compréhensif, et soigneux de laisser à sa compagne un bon souvenir de sa première nuit, il multiplia les attentions et les délicatesses, tout en expliquant qu’il n’avait pas autant d’expérience qu’elle pouvait le penser. Noémie était heureuse. Guidée par les conseils de TO2T, elle faisait preuve de beaucoup de bonne volonté et semblait bien réussir ce que son amant lui demandait ou lui suggérait délicatement. Le tutoiement s’était instauré de lui-même et semblait ne plus poser de problèmes. Il s’imposa aussi facilement que le vouvoiement avait persisté longtemps.

– Je vais y aller, avança Théo vers trois heures du matin, après que leurs corps se soient un peu apaisés, lassés des assauts répétés de leurs jeunes ardeurs.

– Non, reste, dors ici, je veux continuer à sentir ta chaleur toute la nuit.

Théo se laissa convaincre, et comme souvent les hommes après l’amour, il s’endormit rapidement. Toute chamboulée et en état second, Noémie réfléchissait à ce qu’elle venait de vivre. A la délicatesse des gestes de Théo, à sa gentillesse, à sa douceur. Elle sombrait à son tour dans le sommeil lorsque son téléphone, posé sur le la table de nuit, se mit à vibrer. Noémie se dégagea légèrement des bras de Théo et se saisit de l’appareil. L’écran était toujours allumé. Elle se frotta les yeux et dans un demi brouillard, lut le message affiché:

« Vous venez de faire l’amour plusieurs fois avec TO2T. Merci de bien vouloir évaluer sa prestation en lui attribuant une note de une à cinq étoiles. 43 jeunes filles et 12 jeunes hommes ont déjà déposé un avis sur TO2T. Lisez tous les commentaires le concernant. »

© Amor-Fati 6 avril 2019 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Une soirée bien étoilée (4/5)

Avant le dénouement tant attendu de demain…..


D’un commun accord, ils décidèrent d’aller chez elle prendre un café et écouter un peu de musique.

– Je dois avoir quelques CD de Jazz et une bouteille de Chivas, avait-elle ajouté pour finir de le décider. un cadeau de mon père !

Le trajet entre le restaurant et l’appartement de Noémie se déroula dans le calme. Les deux jeunes gens semblaient être sous le charme, mais toujours dans la retenue. Le téléphone de Noémie émit un petit bruit de notification; un message venait d’arriver. Elle ne se permit pas d’ouvrir sur le champ.

Une fois arrivée chez elle, elle proposa à Théo de choisir un disque. Elle s’assit près de lui sur le canapé du salon et tira de son sac son téléphone portable. Quelle était cette notification ? Noémie appuya sur la touche de droite pour éclairer l’écran.

«Vous venez de dîner au restaurant l’Espérance. Merci de bien vouloir évaluer la qualité de cet établissement en lui attribuant de une à cinq étoiles. 174 clients ont déjà déposé un avis sur le restaurant l’Espérance. Lisez tous les commentaires le concernant. »

Charlie Parker et Dizzy jouaient doucement. Noémie montra son téléphone à TO2T.

– Incroyable, dit-elle, ces téléphones sont bien indiscrets. On ne peut plus rien cacher à personne. Notre vie est surveillée perpétuellement du matin au soir. Je ne sais pas si je vais répondre, ajouta Noémie.

– Si si, venez près de moi, nous allons le faire ensemble si vous voulez, dit-il.

Ensemble, ils lurent quelques commentaires et répondirent aux diverses questions posées. Ces questions portaient sur la qualité de l’accueil, la qualité  et la quantité des plats servis, le niveau du service, de la propreté de l’établissement et demandait un commentaire global et une note de une à cinq étoiles. Tout en riant et en plaisantant, Noémie et Théo répondirent à toutes les questions. Ils terminèrent par un « Excellent rapport qualité prix. Excellente ambiance, excellente soirée. Restaurant à conseiller. » Et d’un commun accord, ils attribuèrent cinq étoiles à l’Espérance.

© Amor-Fati 5 avril 2019 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Une soirée bien étoilée (3/5)

Un épisode court pour vous reposer avant les deux derniers morceaux qui finiront en apothéose.

A demain !!


Le repas fut divin. La nourriture fine et parfaitement cuisinée les ravit tous deux. Le vin, bien choisi par la serveuse avait été à la hauteur.  Tout fut parfait. Depuis les amuse-bouche accompagnant la flûte de champagne jusqu’aux mignardises servies avec le café. Un macaron chocolat-cassis maison sur une assiette de porcelaine, c’est quand même autre chose qu’une amande entourée de mauvais chocolat dans un papier alu posée sur la soucoupe, près de la tasse. Noémie n’était jamais allée dans un restaurant de cette classe. Pas coincée, l’ambiance était plutôt décontractée, mais Noémie sentait bien qu’elle était dans un restaurant gastronomique. Rien ne semblait laissé au hasard, que ce soit dans la tenue des serveuses ou dans la mise en place de la salle.

La conversation avait été agréable et variée. Goûts de lecture, de cinéma, appréciations sur les plats servis, quelques mots sur le bureau, l’ambiance de travail. Et puis quelques mots plus personnels; Noémie avait parlé de sa sœur aînée, de son père et de sa mère disparue trop tôt. Théo avait évoqué sa passion pour la voile, son goût pour le jazz des années cinquante et son plaisir de boire un bon whisky, avec modération, évidemment. Noémie et Théo en étaient restés au vouvoiement. Aucun des deux n’avait voulu brusquer les choses en lançant un tu qui eut pu paraître déplacé. Le tutoiement viendrait surement naturellement… plus tard sans la soirée.

Vers vingt-deux heures, Noémie se rendit aux toilettes faire une petite retouche de maquillage, laissant ainsi tout le loisir à Théo de régler discrètement. Galamment, Théo tint la porte pour laisser le passage à Noémie. Elle se risqua à lui prendre le bras pour marcher jusqu’à la voiture. Le ciel était clair, la nuit bien sombre au-dessus du canal. Noémie et Théo s’arrêtèrent un instant pour contempler les étoiles. Il lui montra la grande ourse, Cassiopée et Orion.

– Merci, merci pour ce bon repas. C’était un moment bien agréable, lui dit-elle en tendant ses lèvres.

– Je suis heureux que cela vous ait plu, répondit Théo en déposant un baiser sur la lèvre supérieure de Noémie.

© Amor-Fati 4 avril 2019 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Une soirée bien étoilée (2/5)

Ca chauffe, ça chauffe…. La petite Noémie est toute fébrile ! Peut-être que ce soir sera le grand jour ! Allez savoir !

Bonne lecture et à demain pour le 3…

Commentaires bienvenus, comme d’hab !


Les jours suivants furent un calvaire pour Noémie. Mais un doux calvaire. Chaque passage de Théo la remplissait de bonheur. Elle respirait son eau de toilette avec avidité, se rappelant les baisers de mardi. Lorsque ses collègues de bureau plaisantaient au sujet du beau Théo, elle pensait que elle seule connaissait la chaleur de ses bras, la douceur de ses lèvres, la tendresse de ses mots. Elle en était intérieurement toute tremblante. Mais elle n’en laissait rien paraître, et lui non plus évidemment. Leurs relations étaient essentiellement professionnelles. Mais chaque soir, elle avait pris l’habitude de traîner un peu avant de partir, de passer aux toilettes pendant que ses collègues quittaient le bureau. Et durant quelques minutes, elle recevait les baisers espérés pendant toute la journée, elle lui donnait la tendresse et les mots doux qu’il attendait, mais ils étaient toujours pleins de retenue et de timidité.

Même si elle était d’un naturel timide, et toujours vierge, Noémie espérait bien au fond d’elle même que Théo serait le premier homme à lui apprendre les choses de l’amour.


Le samedi matin, Noémie ne tint pas au lit. Elle avait mal dormi. Elle se sentait nerveuse, Il fallait absolument qu’elle se lève sous peine de voir la migraine s’installer. Et ce n’était certainement pas le jour ! A sept heures et demie, elle était déjà debout. A la même heure que pendant la semaine.

Elle passa la journée à ranger l’appartement. Oh, elle était d’un naturel plutôt ordonnée mais elle souhaitait que tout soit impeccable, au cas où… L’idée lui trottait dans la tête.. Comment allait se passer le repas, et surtout, qu’allaient-ils faire ensuite ? Trop tard pour le cinéma, trop tôt pour aller en boîte. Secrètement, elle espérait bien voir le loup ce soir, comme disait son père. Une grande étape dans sa vie. Une nouvelle étape, mais si importante, Elle ne savait pas ce que serait cette nuit, ni même si elle aurait lieu, mais elle voulait que tout soit parfait si Théo et elle envisageaient d’aller plus loin que de chastes baisers. Elle nettoya donc tout l’appartement, changea les draps, astiqua la douche, les toilettes, les robinets. A dix-neuf heures, elle était prête. Elle avait même pris un bain, elle qui habituellement ne prenait que des douches.

Elle avait pris soin de sa tenue et avait choisi des vêtements légers et amples. Comme elle était un peu complexée par sa trop petite poitrine, elle avait choisi un soutien-gorge avec un léger rembourrage qui la mettait plus en valeur. Mais pas trop quand même !

A partir de dix-neuf heures quinze, Noémie commença à tourner dans l’appartement. Elle passait de la chambre au salon, de la cuisine à la salle de bains, arpentait le couloir en regardant où elle posait les pieds, s’asseyait sur le canapé sur une demi-fesse, histoire de ne pas le froisser et de ne pas froisser sa jupe en lin. Elle sentait bien qu’elle était à la limite du ridicule, mais elle ne pouvait pas faire autrement !

Enfin, à dix-neuf heures vingt-neuf, elle vit une voiture s’arrêter devant la porte de son immeuble. C’était bien lui ! Elle attrapa son manteau, éteignit soigneusement la lumière du couloir, ferma la porte à double tour et descendit les seize marches de son immeuble.

A dix-neuf heures trente, elle était assise dans la voiture, près de lui. Elle avait son eau de toilette pour elle toute seule.

© Amor-Fati 3 avril 2019 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Une soirée bien étoilée (1/5)

Il y a longtemps que vous n’avez rien lu de moi et vous vous dites:  » Il  a arrêté d’écrire, il ne fait rien de sa retraite, il va sombrer dans la tristesse, l’ennui et la mélancolie… »

Que nenni… En douce, sans publier, je suis en train d’écrire un nouveau roman dans le même style que « Je m’appelle Mo »… une centaine de chapitres courts…

Mais en attendant, et pour vous prouver que j’écris toujours, voici une petite nouvelle, découpée en cinq morceaux.

De mardi à samedi.

Une étoile par morceau…


Si Théo avait voulu l’épater, il avait réussi son coup.

Depuis longtemps, Noémie voyait bien qu’il lui tournait autour. Elle n’était pas non plus indifférente à son charme.

Au bureau, nombreuses étaient les secrétaires, comme elle, qui se retournaient sur son passage. Son eau de toilette dégageait quelque chose qu’elles ne connaissaient pas. Le matin, lorsqu’il entrait dans le pool des secrétaires, chacune levait la tête pour être aperçue, pour espérer avoir un regard, un sourire, une attention particulière. Rien que pour elle.

Plusieurs fois, il s’était intéressé à elle, lui avait posé des questions. Il lui faisait confiance et lui confiait des tâches à responsabilité qui faisaient l’envie de ses copines de bureau. Le travail, personne ne courait vraiment après, mais le travail donné par Théo, tout le monde en voulait bien.

Théo. Il devait être d’une grande famille. Il s’appelait Théophile de Tiriac. Mais, depuis sa plus tendre enfance, tout le monde l’appelait Théo de T, souvent aussi écrit TO2T.

Mais Théo était timide, extrêmement timide, et tout le monde le savait.

Pourtant, un mardi, il s’était lancé…

Ce soir-là, à l’heure de la sortie des employés, il lui avait demandé, en dernière minute, de passer dans son bureau. Noémie avait attendu que ses collègues disparaissent dans l’ascenseur pour rejoindre le bureau de Théo.

Il n’avait pas fait semblant longtemps. A son arrivée, il s’était levé, avait contourné sa table de travail et s’était approché d’elle. Il n’arrivait pas à dire un mot, aucun son ne sortait de sa bouche à elle. Leurs mains se joignirent, leurs sourires se répondirent, leurs bouches se frôlèrent d’abord, puis se réunirent enfin en un long baiser qu’ils avaient tous les deux tant attendu. Les quelques minutes qui suivirent furent douces et tendres. Les bras de Théo étaient chauds et accueillants, les baisers de Noémie tendres et lascifs. Mais Théo n’était pas homme à aller trop vite en besogne et Noémie, d’une nature plutôt réservée, ne souhaitait pas non plus que les choses allassent trop vite. C’est pourquoi, d’un commun accord, ils s’éloignèrent l’un de l’autre et détachèrent leurs mains.

« Que faites-vous samedi soir ? demanda-t-il soudain.

– Samedi ? répondit Noémie, un peu prise au dépourvu. Je n’ai rien de prévu. Rien de particulier.

– Hé bien, reprit-il, que diriez vous de m’accompagner au restaurant ?

– Au restaurant ?

C’est tout ce qu’elle avait trouvé à répondre. Elle s’attendait tellement peu à cette invitation que les mots ne lui venaient pas naturellement.

– Oui, je souhaite vous inviter à l’Espérance, le long du canal.

– A l’Espérance ?

Décidément, Noémie ne pouvait rien faire d’autre que de répéter bêtement ce que lui avançait Théo.

– Oui, à l’Espérance. C’est l’un des restaurants de Stéphane Carbone, chef étoilé de Caen.

Noémie n’en revenait pas. Pour une première invitation, il mettait la barre plutôt haut. Lorsqu’il avait parlé de restaurant, elle n’avait pas imaginé un fast-food, genre Mac Do ou KFC, ce n’était pas son genre, mais pas non plus l’Espérance.

– Avec plaisir, avait-elle bafouillé. Evidemment.

Noémie était écarlate. Certainement aussi rouge que ses chaussures préférées.

– Ah ! tant mieux. Heureux que vous ayez accepté. Alors, c’est entendu, je passerai vous prendre à dix-neuf heures trente devant chez vous.

– D’accord, d’accord, bien sûr, s’entendit-elle répondre.

– Au revoir Noémie, et à demain.

– Au revoir, à demain. Merci.

Merci ? Elle avait bien dit merci ? C’était n’importe quoi. Elle avait l’impression de se regarder vivre, de ne pas être maîtresse d’elle même !

Elle voulut s’approcher de lui pour lui donner un dernier baiser, mais elle sentit intérieurement que l’instant d’intimité était passé et n’osa pas en demander plus. Elle remonta le col de son manteau et se dirigea vers la porte.

– Noémie, lui dit il doucement.

Elle se retourna, espérant recevoir une demande de baiser.

– Pas un mot de tout ça à personne, n’est-ce pas. Evidemment ! Il ne s’est rien passé !

– Bien sûr, répondit-elle, il ne s’est rien passé ! »

Comme si elle pouvait imaginer un instant qu’il ne s’était rien passé. Ils ne s’étaient pas dit cinquante mots dans le bureau, mais il l’avait invitée à l’Espérance. Elle n’en espérait pas tant !

© Amor-Fati 2 avril 2019 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Vis ta vie de poulet dans le four

Oui, je sais, ce n’est pas un poulet… Quand même, faut pas me prendre pour un imbécile !!

Si tu es un vrai scientifique et que pour toi, il vaut mieux une bonne expérience qu’une mauvaise théorie.

Si, de plus, tu t’es déjà posé la question : « Mais que ressent un poulet pendant qu’il est dans un four à 180 ° ? » Si si, je t’assure, il y a des gens qui se posent la question.

Si, enfin, tu aimes faire de la pâtisserie, suis bien une à une les instructions ci-dessous : (C’est exactement ainsi que j’ai vécu cette expérience cet après-midi. Chaque étape est importante si tu veux vraiment réussir…)

  1. Débarrasse-toi de ton pull à manches longues et mets toi en T shirt (manches courtes, très important)
  2. Préchauffe ton four à 180 °. (Tu peux tester plus chaud si tu aimes les expériences fortes).
  3. Hors du four (évidemment), prépare une tarte tatin* ( 8 pommes, 100 g de sucre, 50 g de beurre et une pâte brisée par dessus) dans un plat à charnière qui fuit, mais tu ne sais pas qu’il fuit. (Important cependant le « qui fuit » pour la suite de l’expérience… Si le plat est étanche, l’expérience sera un échec… cuisant !!).
  4. Mets ton plat dans le four (évidemment sans te rendre compte qu’il fuit) sur une grille  (pas sur une lèchefrite sinon, ce n’est pas drôle), . Le trajet plan de travail-four doit se dérouler sans la moindre goutte de caramel par terre, sinon, ça met la puce à l’oreille, tu te rends compte que ça fuit et on revient au numéro 3 étanche…
  5. Pendant une demi-heure environ, tu vas pouvoir faire ce que tu veux: ranger ton plan de travail, lire un bouquin, regarder la télé, aller aux toilettes, dans le jardin, écrire un mini-roman, faire des mots croisés, un sudoku, éplucher la soupe…etc…
  6. Etre ravi de la bonne odeur de caramel qui se répand dans la cuisine et regarder par la porte du four si la tarte est cuite.
  7. La laisser cinq minutes de plus, parce qu’elle n’est pas tout à fait assez dorée.
  8. Sortir la tarte du four et la retourner immédiatement sur le plat de service (Ben oui, c’est une tarte tatin, faut la retourner…faut suivre un peu… ah la la)
  9. La trouver un peu palote et se dire « Tiens, pourtant mon caramel était bien brun, et la dernière fois, les pommes était marron foncé« .
  10. Jeter un œil en direction du four et repérer des gouttes de caramel sur le carrelage.
  11. Se dire « Tiens tiens, c’est bizarre« , nettoyer aussitôt, tout en constatant que le caramel a déjà commencer à durcir.
  12. Innocemment, ouvrir alors la porte du four pour remettre en place la deuxième grille que tu avais retirée avant d’enfourner ton moule.
  13. Constater alors que la sole de ton four est entièrement recouverte de caramel bien brun.
  14. Et là, tu te dis: »Vu les deux gouttes qui ont figé sur le carrelage tout à l’heure en deux minutes, ça ne va pas tarder à devenir d’abord une grosse bouillasse, puis une grosse croûte de caramel dans le fond du four. »; et tu te dis aussi « si je laisse le four refroidir comme ça en faisant celui qui n’a rien vu, même la pyrolyse, elle ne pourra rien contre le plus beau four Bosch caramélisé« . Et tu imagines la tête de ta tendre épouse quand elle va rentrer et qu’elle va voir son beau Bosch complètement ruiné et toi tu vas dire comme un gamin « Oh non, j’avais pas vu... »
  15. Alors tu t’armes d’un rouleau de Sopalin et tu tartines le bas du four où le caramel a déjà commencé à refroidir puisque depuis cinq minutes, tu as laissé la porte ouverte en te demandant : « Bon, je fais quoi ?« .
  16. Et là, tu commences à ressentir ce que ressent le poulet. Tu fais bien gaffe à ne pas toucher les parois du four. Tu as les poils des bras qui commencent à roussir. la sensation de chaleur se fait plus intense au bout des doigts quand le caramel a bien imprégné le Sopalin et qu’il faut le ressortir.
  17. Une fois que tu as bien dégrossi au Sopalin, prends une éponge avec de l’eau bien chaude pour finir de nettoyer ce qu’il reste et qui, maintenant, est bien attaché. Continue à faire gaffe aux parois; c’est traître ces trucs là… une minute d’inattention et tu es marqué comme un cheval… Et là, non seulement tu as chaud aux bras, mais aussi à la main qui presse l’éponge (selon l’équation eau très chaude + caramel = caramel chaud et collant)
  18. Voilà, une fois que tu auras fini, en regardant ton bras, tu penseras au poulet que tu as mis dans ton four dimanche dernier et tu te diras qu’il vit une drôle d’expérience…
  19. Et toi, tu auras vécu l’expérience du poulet dans le four et tu auras inventé une nouvelle recette de gâteau: la tarte tatin revisitée, avec caramel servi à part sur Sopalin (voir photos)
  20. Merci qui (Non, pas Jacquie et Michel…)????

Ben oui, je sais bien qu’elle est pâlichonne !!

 

© Amor-Fati 28 février 2019 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Ma blonde

 

 

Maxime se leva de son lit après avoir raccroché le téléphone. Une longue conversation vidéo avec Judith, «sa blonde», comme il disait, comme on disait chez elle. 

« Judith mon Amour, je file vers toi. J’ai tant aimé nos vacances l’été dernier. Tu me manques tellement. La surprise que tu vas avoir, je te dis même pas !

Il parlait tout seul. 

Le jeune homme attrapa une bière dans la cuisine. Il était heureux, dansait et parlait tout seul dans l’appartement. La décision qu’il venait de prendre était sa première vraie décision d’homme. Pas besoin de l’avis de ses parents, ni de ses copains !

– Plein le cul des conversations qui n’en finissent pas, des petits mots doux à cinq mille kilomètres de distance. Moi ce que je veux, c’est te serrer dans mes bras. T’embrasser, me blottir contre toi !!! Faire l’amour avec toi ! Je veux tout de toi. Tout de suite.

Il criait, il dansait, tournait avec son oreiller dans les bras, tapant des pieds sans s’occuper des voisins

– Je vais revoir Judith, je vais revoir Judith !!!

Judith…

Une grande blonde aux yeux verts, perchée sur des jambes de plus d’un mètre. Souriante, légère, gaie, radieuse, et avec un accent tellement authentique. Les français adorent l’accent québécois, et Maxime avait succombé à son charme. Ils s’étaient rencontrés par pur hasard dans un magasin de souvenirs du Mont Saint Michel pendant les vacances d’été. Judith était de passage dans la Manche, étape obligée dans le tour d’Europe qu’elle avait commencé au début du mois de juillet et qui lui avait déjà fait visiter l’Allemagne, la Belgique, le Danemark et la Suisse avant de prendre un train pour Paris. Elle avait décidé de suivre les côtes de la Manche et de l’Atlantique jusqu’aux Pyrénées avant de passer quelques jours sur la côte d’Azur et de repartir vers le Québec retrouver sa famille et son job de secrétaire. 

Maxime lui, habitait Paris où il était étudiant en architecture. Il logeait dans un petit studio de la rue de Bagnolet, dans le vingtième, tout près du Cimetière du Père Lachaise où il aimait se promener, aussi bizarre que cela paraisse. Il était en quatrième année et avait une passion pour les vieux bâtiments parisiens et les vieilles pierres moyenâgeuses. C’est cet amour de la construction féodale qui l’avait mené au Mont -Saint Michel pour admirer l’abbaye et la construction des plus anciennes maisons du mont.

Depuis trois mois qu’elle était repartie à Montréal, il ne se passait pas une journée sans qu’ils se parlent, ou qu’ils se voient sur leurs téléphones respectifs. Sur leurs cellulaires, comme elle disait. Les applications pour  conversations vidéo, c’était vraiment l’idéal pour les jeunes couples comme eux. Pour ceux que l’amour avait jetés dans les bras l’un de l’autre, à l’aveuglette, sans tenir compte des lieux d’habitation, des distances. Cupidon était bien négligent parfois lorsqu’il lançait ses flèches.

Et ce soir, après avoir parlé pendant plus d’une heure avec Judith, Maxime avait décidé d’aller la voir chez elle. De lui faire la surprise et de débarquer à Montréal comme ça, sans prévenir, un matin de bonne heure avec des croissants.

Et depuis le jour de cette décision, Maxime n’en pouvait plus. Il avait décidé de la date du voyage en fonction des prix proposés par les compagnies aériennes. L’amour fou n’empêchait pas d’essayer de voler à un prix raisonnable. Il avait changé de l’argent, obtenu son Autorisation de Voyage Electronique sur internet, avait regardé en détails le plan de Montréal, s’était baladé virtuellement dans la ville, histoire de s’y familiariser avant son arrivée sur place. Le marché Jean Talon, tout près de l’appartement de Judith, n’avait plus de secret pour lui, de même que le Mont Royal ou la cathédrale qu’il avait visitée sur le site de la ville.

Les derniers jours avaient été les plus difficiles. Il était fébrile, impatient. Les discussions vidéo avec Judith devenaient difficiles. Maxime devait mentir, raconter des histoires sur son emploi du temps et sur ce qu’il avait projeté de faire dans les jours à venir. Il était un peu tendu, craignait perpétuellement de faire des gaffes, de se contredire parfois, de dire le contraire de ce qu’il avait affirmé la veille.

Les nuits aussi devenaient pénibles. Il était vraiment temps qu’il parte. Evidemment il imaginait son arrivée sous l’angle le meilleur qu’il puisse espérer, mais rien ne lui assurait que l’accueil serait excellent. Et si elle n’était pas heureuse de le recevoir ? Et s’il y avait quelque chose qu’elle lui avait caché ? Si lui était capable de mentir et de raconter des bobards au téléphone, peut-être en serait-elle capable aussi ? Et si elle avait quelqu’un d’autre à Montréal ?  Il savait que sa visite comportait des risques et que la réaction pourrait ne pas être à la hauteur de ses espérances. Mais c’était un risque qu’il avait accepté de courir.

Métro, RER, attente à l’aéroport, salle d’embarquement, attente encore, puis huit longues heures de vol au-dessus de l’Atlantique. Lorsque Maxime récupéra son sac à l’aéroport Pierre Elliot Trudeau après une nouvelle demi-heure d’attente, il était nerveusement épuisé. Il lui restait juste à faire le trajet vers les bras de Judith. D’abord la ligne 747 en bus qui lui permettrait de gagner le centre ville, puis le métro, direction Jean Talon. Il avait tout étudié avant de partir. Le trajet lui parut court par rapport à ce qu’il avait vécu jusque là. Il découvrait, de bonne heure le matin, les rues de Montréal qu’il n’avait vues que dans des films. Il savourait pour son grand plaisir le parler des québécois, les expressions qu’il attrapait au passage, les mots typiquement locaux et certaines phrases qu’il ne comprenait pas du tout.

Judith lui avait dit que son week-end allait être calme, qu’elle allait rester tranquillement chez elle pour se reposer de sa semaine qui avait été plutôt agitée. «Une bonne grasse matinée me fera le plus grand bien» lui avait-elle assuré.

C’est pourquoi Maxime fut surpris de ne recevoir aucune réponse après son premier coup de sonnette. Il appuya à nouveau sur l’interrupteur et laissa sonner un peu plus longtemps. Elle devait avoir le sommeil lourd. Après le troisième coup de sonnette, Maxime entendit enfin du bruit dans l’appartement. Il était rassuré, elle ne lui avait pas menti. Un pas traînard et visiblement peu réveillé avançait vers la porte d’entrée. Le coeur de Maxime battait à tout rompre. Il avait hâte de voir la tête de sa blonde, de sa bien aimée. Il avait fait cinq mille kilomètres pour recevoir le baiser de la surprise. Et la surprise, ce fut lui qui la reçut en pleine figure lorsqu’un homme d’une petite trentaine d’année lui ouvrit la porte. Vêtu seulement d’un T shirt et d’un caleçon long froissé, l’homme avait visiblement été réveillé par les coups de sonnette répétés. Maxime crut que son cœur allait s’arrêter sur le champ. Son pire cauchemar se réalisait. Il y avait pensé pourtant. Judith n’était pas seule et n’avait pas que lui dans sa vie.

– C’est pourquoi ? demanda l’homme

Maxime avait du mal à parler. Une boule bloquait l’air dans sa gorge et l’empêchait de s’exprimer correctement.

– Bonjour, je ne suis pas chez Judith Blondeaux ?

– Bien sûr que si tu y es chez Judith, c’est bien écrit sur la porte.

– Alors c’est elle que je veux voir..

Maxime était agacé de voir cet homme. Sa bonne humeur s’était évanouie. Il était grand temps que tout cela se termine.

– C’est que Judith n’est pas là, là. Elle est partie hier soir.

Maxime voulait savoir. 

– Partie ? Mais tu es qui toi ? Qu’est-ce que tu fous chez Judith ?

– Arrête donc de me chanter des bêtises. Judith, elle est partie, j’te dis. Moi, j’suis juste son cousin, elle m’a prêté son flat le temps de son absence. Parce que je suis juste de passage là! Et puis toi, je sais pas qui tu es de ton côté, mais, tu la verras pas tantôt. Elle est partie à Paris pour voir son chum. Elle voulait lui faire une surprise !

© Amor-Fati 29 janvier 2019 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Rien que des mensonges

Hier, sur ma page auteur Facebook, j’ai sollicité mes « amis ». Je leur ai demandé de me proposer une phrase qui pourrait être le début d’un texte. Une phrase, courte ou longue, qu’importe. J’ai reçu une douzaine de propositions. Après les avoir bien regardées, j’en ai retenu une pour aujourd’hui et une pour un prochain texte.

La phrase choisie est celle de mon amie Christelle : Ce matin-là, elle se leva la boule au ventre…

Bonne lecture !! Et comme d’habitude, n’hésitez pas à commenter…


Ce matin-là, elle se leva, la boule au ventre. Elle avait mal dormi, tourné dans le lit pendant toute la nuit. Surtout ne pas le réveiller. Ne pas lui donner la possibilité de la toucher, même de la frôler. Quand il était venu se coucher, elle n’avait pas bougé, avait gardé les yeux bien fermés et s’était appliquée à avoir une respiration régulière. Quand il avait posé la main sur son épaule, elle avait frissonné mais ne s’était pas retournée, n’avait pas réagi. Quand il s’était levé pour partir travailler, elle n’avait pas bronché, pas même quand il avait déposé un baiser près de son oreille.

C’était toujours comme ça. Quand il revenait de « soirée », comme il disait, il était pris d’un accès de mauvaise conscience et cherchait à se faire pardonner. C’était trop dur pour lui. Il fallait qu’il soit câlin et qu’elle soit câline pour qu’il puisse s’endormir apaisé et la conscience tranquille. Qu’importe qu’elle ait passé la soirée devant la télé. Aucune importance qu’elle soit allée se coucher seule et qu’elle ait attendu une partie de la nuit. Du moment qu’elle était gentille au moment où il le désirait. Lui donner de l’amour, c’était lui donner son absolution.

Elle savait que la situation ne pourrait plus durer. Elle avait cru pendant des mois à la partie de poker avec des copains. Elle avait écouté ses bonnes et mauvaises mains le matin, assise dans le lit devant la tasse de thé qu’il lui avait apporté. Toujours cette mauvaise conscience ! Elle s’était réjouie avec lui quand il avait gagné. Elle avait été compatissante et compréhensive quand il avait perdu. Elle avait tout gobé, tout cru, tout avalé depuis trop longtemps. Des mensonges. Rien que des mensonges.

Jusqu’à ce qu’un jour, il oublie son portable sur le lit en allant se doucher. Déjà se doucher avec son téléphone, ça aurait dû l’alerter ! Il s’était allumé et avait affiché la notification « Mathilde : Vivement tout à l’heure ! Je t’aime ». Le monde s’était écroulé en huit mots et en une seconde. Elle l’entendait chanter sous la douche et elle savait qu’il mentait. Et qu’il mentait sûrement depuis longtemps.

Elle avait alors guetté son portable. Et elle avait surpris plusieurs messages du même genre, avec des prénoms différents. Viviane, Margot, Karine… Plus les semaines passaient et plus elle se rendait compte qu’il n’était pas l’homme qu’elle avait connu et qui était venu s’installer chez elle un an plus tôt.

Et elle savait que ce soir, il avait rendez-vous avec une certaine Loona qu’il avait connue sur Facebook et avec qui il correspondait depuis un mois déjà. Elle suivait chaque jour ses conversations sur les réseaux sociaux. C’était facile, son mot de passe était le même sur tous les sites qu’il fréquentait. Il devait la rejoindre dans un café de la place des Tilleuls à 20 h30 pour une coupe, avait-il proposé. « Et plus si affinité », avait-il ajouté finement ! Ce à quoi la belle Loona avait répondu « pourquoi pas ? en ajoutant des petits emojis évocateurs et qui ne laissaient aucun doute sur son accord tacite.

La journée passa très vite. Elle avait tellement à faire aujourd’hui. Pas une minute à elle. Pas une seconde sans rien faire. Il fallait qu’elle soit prête à temps.

A 20 h, son téléphone sonna. Un message : « Poker chez Christophe ce soir. Ca risque de durer un peu. Couche toi, je te retrouve en rentrant. Je t’aime. »

A 20h30, en montant dans sa voiture, elle prit son téléphone et rédigea le message qu’elle avait déjà écrit cent fois mentalement : « Désolée, j’aurai sûrement du retard pour notre petite soirée, je suis partie huit jours au soleil. J’ai fait changer les serrures de l’appartement. Tes affaires sont dans le local à poubelles. Méfie-toi, ils passent dans une heure. Bon poker avec Christophe. Loona. »

© Amor-Fati 29 octobre 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Noé et Papitilo. La panne

Et revoilà Papitilo et son petit-fils Noé pour une cinquième aventure. Si vous avez des enfants, ou des petits enfants qui souhaitent faire un dessin pour illustrer ce texte, ou les autres histoires de Papitilo et Noé, vous pouvez me faire parvenir leurs dessins.

Bonne lecture.


Toc Toc Toc…

Papitilo entre dans la maison.

«  Coucou, c’est moi, annonce-t-il en refermant la porte.

– Entre, papa, entre, je suis dans la cuisine !

– Moi aussi, crie Noé, je finis mon petit déjeuner !

Papitilo retire ses chaussures et les range près du paillasson. En chaussettes, il avance dans la maison, un panier à la main. Sur le dessus du panier, il y a un torchon à carreaux rouge et blanc.

Papitilo embrasse sa fille sur les deux joues et s’approche de Noé.

– Qu’est-ce qu’il y a dans ton panier, Papitilo ? demande Noé…

– Ouh la, c’est pour ce midi, pour le dessert, mais fais-moi un petit bisou d’abord, on verra ça après.

Noé pose sa cuiller sur la table, essuie son bec avec sa serviette et saute au cou de son grand-père.

– Bonjour Grand-père. Aujourd’hui c’est mercredi, je ne vais pas à l’école.

– Je sais bien répond Papitilo, c’est pour ça que je suis venu manger avec vous ce midi.

– A propos, papa, dit la maman de Noé, il me manque quelques bricoles pour ce midi, et il faudrait acheter des chaussons à ce monsieur. Il a encore grandi et ceux-là sont trop petits maintenant. Tu veux bien y aller ? J’ai des tonnes de choses à faire pour le boulot !

– Pas de soucis, on va y aller entre hommes, répond Papitilo en faisant un clin d’œil à son petit-fils.

– Tu n’as qu’à prendre ma voiture, il y a le siège auto pour Noé.

– Bien madame. On va faire comme ça !

– Oui, mon capitaine, répond Noé. A vos ordres, Madame !

– Allez zou, Moussaillon, dit maman. On monte t’habiller ! Papa, fais-toi un café en attendant, on redescend vite !

– Chic, dit Noé en montant l’escalier, je vais aller en voiture avec Papitilo…

Un petit quart d’heure plus tard, tout le monde est prêt. Noé est à l’arrière de la voiture de maman, bien attaché dans son siège enfant et Papitilo se met au volant.

– Tu te souviens bien de tout ? demande maman à Papitilo.

– Oui, bien sûr, un pot de crème, de la salade, des lardons, du jambon et….

– Des chaussons pour Noé, crie le petit garçon en rigolant !!!

– C’est parti, on y va !!

Papitilo tourne la clé et démarre la voiture. Noé agite le bras pour faire coucou à maman qui est restée devant la maison.

– J’aime bien quand c’est toi qui conduis la voiture, dit Noé en rigolant.

– Et moi j’aime bien la voiture de maman, ça me change de mon tacot.

– C’est quoi un tacot, Papitilo ?

– C’est une vieille voiture un peu déglinguée… comme moi !!!

Et les deux complices rigolent très fort. Papitilo regarde Noé dans le rétroviseur et lui fait des grimaces. Le petit garçon répond par d’autres grimaces.

Soudain, la voiture fait un petit bond bizarre. Papitilo arrête de faire le clown. Et la voiture recommence.

– Qu’est-ce qu’il se passe Grand-père ? Pourquoi est-ce que tu secoues la voiture comme ça ?

– Je ne sais pas, c’est bizarre, répond Papitilo.

– C’est pour me faire rigoler ?

– Non, non mon bonhomme. Là, ce n’est pas moi.

Et la voiture recommence. Elle saute, elle fait des bonds. Le moteur a le hoquet. Là, Papitilo ne rigole plus du tout. Et Noé non plus.

– Arrête grand-père s’il te plait ! Arrête de sauter comme ça, c’est pas drôle !

– Mais je t’assure Noé, je te promets que ce n’est pas moi ! On va s’arrêter.

Papitilo met son clignotant et arrête la voiture le long de la route. Heureusement que dans la campagne, il y a de la place et qu’on peut se ranger facilement.

Et là, le moteur s’arrête complètement. Pouf… Un peu de fumée blanche sort du capot. Le silence étonne Noé et son grand-père. Plus un bruit. Il se passe un moment avant que Papitilo ne recommence à parler.

– On va sortir de la voiture, Noé. Il ne faut pas rester là.

– Tu sais réparer les voitures, toi, Papitilo ?

Papitilo rigole.

– Oh non ! Je ne sais même pas ce qu’il y a dans un moteur. Allez viens on descend ! On va se mettre en sécurité.

– Faut prendre les gilets jaunes Grand-Père ! Dans la porte, là !!

– Super, tu sais tout ! Tu es vraiment un grand garçon. Allez viens, on va s’asseoir dans le champ là.

Papitilo appuie sur un bouton pour mettre en marche les feux de détresse puis va détacher son petit-fils et l’aider à descendre de la voiture et à enfiler le fameux gilet jaune.

Assis dans l’herbe, Noé appuyé contre lui, Papitilo sort son téléphone.

– Tu appelles qui, Papitilo ? demande Noé.

– J’appelle maman. Elle va savoir quoi faire !

– Mais elle ne sait pas réparer les voitures maman !

– Non, répond Papitilo, mais elle saura téléphoner au garage.

Et Papitilo fait un gros bisou à son petit-fils.

– Si papa était là, il viendrait nous sauver avec sa voiture.

– Peut-être, mais papa travaille et il ne peut pas venir. Il est trop loin. Et puis je crois qu’il ne sait pas non plus très bien réparer les moteurs. Maman va nous aider, c’est sûr !

Papitilo se lève et marche dans le champ tout en racontant à sa fille ce qui se passe. Noé le suit et essaie de comprendre ce qui se dit.

– Ne t’inquiète pas, di Papitilo au téléphone, Noé est très sage, il ne pleure pas. C’est un grand garçon.

Papitilo remet le téléphone dans sa poche.

– Elle va appeler Monsieur Lebas, le garagiste, il va venir avec la dépanneuse.

Papitilo a à peine fini sa phrase que son téléphone sonne. C’est un message. Il le lit rapidement.

– C’est bon, il est déjà parti, il sera là dans cinq minutes. On a de la chance d’être tout près.

– On va voir une dépanneuse ? demande Noé. Avec le crochet derrière ?

– Oui, je crois bien !

– Trop bien. Ca va être tip top !

Impatient, Noé saute à côté de Papitilo. En même temps, il guette sur la route l’arrivée de la dépanneuse. Soudain, il pousse un cri !

– Le gyrophare, le gyrophare !!

Noé a raison. Au loin, sur la route, on peut apercevoir la lumière orange clignotante du gyrophare de Monsieur Lebas.

Le garagiste accroche la voiture de maman après avoir discuté avec Papitilo.

– Allez hop, dit-il à Noé en lui donnant une petite tape sur les fesses pour l’aide à monter, grimpe là-dedans, il y a trois places à l’avant.

– Mais attache-toi bien, ajoute Papitilo en s’asseyant à côté de son petit-fils.

Noé est ravi. Il regarde les champs alentours et la route du haut de la dépanneuse de Monsieur Lebas.

– Grand-Père, dit-il en tirant la manche de Papitilo.

– Oui, quoi ?

– La prochaine fois qu’on ira faire des courses, on tombera encore en panne ? C’est trop rigolo !! »

 

 

 

© Amor-Fati 23 octobre 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

T’as pas un joint ?

Petit dialogue tout à fait authentique entre une vendeuse de chez Boulanger (Elle) et moi (Moi) à propos d’un joint de cocotte minute.

Moi – C’est la cocotte minute de ma femme.
Elle – Elle est ancienne ?
Moi – Qui ? ma femme ?
Elle – Non, la cocotte.
Moi – Je ne sais pas, elle l’avait déjà quand je l’ai connue….
<silence>
Moi – Ma femme, pas la cocotte.
Elle – Et il y a longtemps que vous la connaissez ?
Moi – Qui ? La cocotte ?
Elle – Non, votre femme.
Moi – Ah ! 5 Ans. Donc, maintenant, elle doit avoir au moins 10 ans.
<silence>
Moi – La cocotte, pas ma femme !
Elle – Heureusement !!

Promis juré, ça s’est vraiment passé cet après-midi.

© Amor-Fati 14 septembre 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Ma danseuse

Et voilà septembre et les ateliers de Leiloona qui reprennent. Et c’est avec bonheur que je reprends le collier après un été bien paresseux. Beaucoup d’autres ont travaillé sur cette photo. Allez donc les lire.

Alors voilà la première photo et mon premier texte, dédié bien évidemment à Annie, ma petite femme adorée.

© Gabriel Augusto

J’aurais tant aimé te voir danser.
Sauter, tourner, virer.
Attitude, échappement, piqué.
Tout ce que tu me racontes, passionnée.
De tous mes yeux je t’aurais regardée
Dévorée, enregistrée, mémorisée
Pour ne jamais l’oublier.

Je t’ai pourtant vue danser
Sur toutes les photos que tu m’as montrées
Des instantanés, des moments figés.
Au sol, en l’air, portée,
Légère, souple, envolée.
Je sais que c’était ta vie, ta passion avouée :
Sauter, danser, et encore danser

Hélas, quand je suis arrivé
Ton genou blessé, torturé, opéré
T’avait à jamais interdit de virer,
De sauter, de tourner, de danser.
Mais tu danses dans ma vie depuis cinq belles années
Et même si je ne t’ai jamais vue danser
Tu es et resteras ma danseuse préférée.

A Annie.

 

 

 

 

© Amor-Fati 10 septembre 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Salut Nana !

C’est la première fois que ce texte n’a rien  voir avec la photo. Mais tout est permis, nous dit souvent Alexandra K. Alors, cette semaine, je ne pouvais pas écrire autre chose. Qu’importe la photo… Mais allez lire les autres textes. Ils vous raconteront sûrement des jolies histoires autour de ces deux petites filles.


© Laurent Bisson

J’ai appris mercredi soir que tu étais partie. Partie pour un lieu que personne d’entre nous ne connaît encore. Tu es la première de notre petite équipe que nous formions il y a maintenant une trentaine d’années. A l’époque, et même plus récemment encore, personne n’imaginait que nous allions partir un jour. Nous nous pensions immortels, intouchables. Ta mort nous fait tous retomber sur terre, toucher la réalité du bout des doigts. Nous sommes donc comme les autres.

Lourde est la chute.

Cette photo, ce n’est pas toi, évidemment, mais elle me renvoie vers toi, comme tout me renvoie vers toi depuis mercredi. Je pense que quelque soit la photo proposée, le texte aurait été le même ! J’aurais pu faire semblant, chercher un lien avec toi, inventer une histoire… A quoi bon ?

J’aimais tes yeux, j’aimais ton sourire, j’aimais notre complicité, nos conneries d’étudiants et de jeunes adultes.

J’aimais ton rire. Ah ton rire ! Je l’entends encore, même s’il y a plus de dix ans que je ne l’ai pas entendu, car la vie nous a séparés. Je ne saurais à quoi le comparer. Il était incomparable ton rire : joyeux, aigu, cristallin, long, rebondissant, explosif, contagieux…

Je ne veux pas faire dans le pathos. Je veux juste te dire que je t’aimais beaucoup, que tu étais une perle au milieu de notre groupe de normaliens et que tu me manques. Pendant plus de  vingt ans, on s’est fabriqués suffisamment de souvenirs pour que tu sois présente dans ma tête. Ton visage, ta voix, ton rire. Tout est là, bien au chaud dans ma mémoire, et n’en sortira pas de sitôt.

Je regrette douloureusement qu’on m’ait caché ta mort, qu’on ne m’ait pas autorisé à penser à toi au moment de la cérémonie. Que personne ne m’ait prévenu. Pour être sûr que je ne vienne pas sûrement. Juste un oubli ? Non. Ça, je ne peux pas le croire.

Double peine. Double blessure.

Je pense à toi depuis que je sais où tu es. Nul ne peut m’en empêcher maintenant. Un jour, quand mon tour sera venu, je te retrouverai. Nous parlerons ensemble de nos années d’école normale, de nos souvenirs de jeunes parents, de Golf GTI, de Porsche, de la maison de Saint Aubin, de mille choses qui ne me viennent pas immédiatement à l’esprit mais qui reviendront bien vite, j’en suis certain.

Et, du plus loin que je t’apercevrai, pour annoncer mon arrivée, je te crierai d’une petite voix :« Salut Nana ! »

 

A Lydie.

© Amor-Fati 4 juin 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Après la pub

Il y a des gens qui vous marquent. Des personnages que vous avez toujours connus et dont la disparition vous touche. Parce qu’ils ont su être suffisamment charismatiques pour éveiller votre attention mais aussi assez discrets pour ne pas être envahissants. Pierre Bellemare était de ceux-là. Depuis mon enfance, sa voix m’était familière, à la télé, à la radio. Vivez de nouvelles aventures extraordinaires Monsieur Bellemare et merci pour tout.

C’est à lui qu’est dédié ce texte du jour de l’atelier de Leiloona. Pensez à lire les textes de mes amis.


« Nous sommes le dimanche 25 août 1929 à Guéret. Il fait beau dans ce chef-lieu de la Creuse. L’été a été chaud et Claude Sarrassat vient de s’installer dans un nouvel appartement. Il vient de fêter ses cinquante-deux ans et il vient d’être nommé Professeur de botanique à l’Ecole Normale de Garçons, avenue Marc Purat à Guéret. Un poste qu’il convoitait depuis longtemps. C’est que la botanique, c’est sa passion. Dès sa petite enfance, il s’est intéressé aux plantes, aux arbres, et à tout l‘écosystème végétal qui l’environne, quelque soit l’endroit où il se trouve. Il s’est déjà fait un petit nom dans la région, après avoir publié une bonne dizaine de brochures sur les plantes du département. Il est considéré comme le spécialiste de la botanique creusoise et à ce titre, a déjà été décoré de l’ordre des palmes académiques, ce dont il n’est pas peu fier. La société nationale des botanistes l’a également reçu en son sein et il peut maintenant partager ses trouvailles.

L’heure de la rentrée approche et Claude Sassarrat décide de taper fort pour son arrivée à l’école normale. Les Bryophytes. Voilà ce que sera le thème de ses cours de ce premier trimestre devant un parterre d’une quarantaine d’élèves instituteur qui, il n’en doute pas, boiront ses paroles.

Juste un petit rappel, chers auditeurs, pour celles et ceux qui ne se souviendraient pas de leurs cours de botanique…

« Pris au sens large, c’est-à-dire celui des classifications traditionnelles, le terme bryophyte s’applique aux trois embranchements de plantes terrestres qui ne possèdent pas de vrai système vasculaire. Au sens strict, l’embranchement actuel des Bryophyta ne concerne que les mousses et les sphaignesau sens botanique strict (à l’exception donc des Hepaticophyta et des Anthocerotophyta».

Ne quittez pas l’antenne chers amis, après une courte pause publicitaire, je vous raconterai par le détail les rencontres étonnantes et les aventures extraordinaires de Claude Sarrassat en forêt de Chabrière. Je vous expliquerai comment un écureuil malicieux l’a guidé dans sa recherche de sphaignes. Je vous expliquerai par le détail comment les Andreaeopsida ont changé la vie trépidente de Claude, et surtout comment l’usage de Anthocerotophyta en décoction a modifié la vie sexuelle de Claude et de son épouse. Je vous donnerai également la possibilité d’acheter des Marchantiopsidas en sachets, pour la modique somme de quarante-deux francs cinquante. A tout à l’heure.

-Merci cher Pierre et à tout à l’heure pour la suite de vos histoire extraordinaires. »

 

© Amor-Fati 28 mai 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Nathan est un ange

Des livres, des cahiers, des publications. Peut-être même des articles culturels; Voici ce que montre la photo de cette semaine.

Allez vite découvrir ce que j’en ai fait… Bonne lecture. Et n’oubliez pas mes amis de l’atelier !!! Ils ont bien bossé aussi…


Un par un, ils avançaient et déposaient dans la machine les livres et brochures qu’ils avaient apportés avant d’entrer dans le studio. Elle tournait dans le sens des aiguilles d’une montre et réduisait en poudre toute trace de culture.

En attendant son tour, Nathan jeta un dernier coup d’œil à sa convocation :

« Apportez avec vous les livres, les articles, les journaux, et autres publications culturelles. Vous n’en aurez nul besoin.  Nous nous chargerons de les détruire devant vous.

« Oubliez tout ce que vous savez : orthographe, grammaire, histoire, géographie, sciences, sens pratique, logique. Tout sera inutile.

« Imprégnez vous de populisme, de grossièretés, de blagues et attitudes bien salaces. Un vocabulaire diversifié d’insultes, de gros mots sera apprécié et fera de vous quelqu’un de respecté.

« Vérifiez vos tatouages. Ils doivent être bien visibles : jambes, mollets, dos, épaules ; bras, poitrine, rien ne doit être épargné. Les piercings, boucles d’oreille, de nombril, de téton ne sont cependant pas obligatoires.  Poitrines hyper-gonflées et postérieurs rebondis pour les filles, muscles saillants et torses sans l’ombre d’un poil pour les gars sont par contre obligatoires. Aucune dérogation ne sera accordée.

« L’air con et les attitudes niaises sont de bon ton. Ne pas les négliger.

« L’agressivité, la mauvaise foi, la violence verbale sont des atouts nécessaires pour vivre correctement dans ce nouvel espace qui sera le vôtre pour les trois mois à venir. »

C’est bon, j’ai tout, pensa Nathan en caressant des yeux le tatouage d’araignée dans le cou dessiné à la dernière minute. Le huit autres n’étaient pas suffisants.

Soudain, il sentit un frôlement derrière lui. Quelqu’un l’avait touché. Avait posé la main sur son épaule. Vivement, Nathan se retourna :

« Hé dis donc, tu m’as touché, fils de p… non mais dis donc, va te faire enc…. par ta mère qui s… des b… tout la journée. T’as pas à me toucher, le prochain qui me touche, j’y fous un pain de ouf dans sa g… de gros co….d. Quoi ? Tu l’as pas fait exprès ? Mais je m’en bats les c… espèce de …. »

Au bout de trois minutes, Nathan s’arrêta. Il était content de lui, il avait été à la hauteur de l’offense qui lui avait été faite. Et puis, il s’était montré. Il ne s’était pas laissé faire. Il serait sûrement respecté maintenant.

Nathan lança dans la machine les livres et journaux qu’il avait apportés -il n’y en avait pas très lourd – et franchit la tête haute la porte du studio. Les fameuses grandes ailes blanches vues et revues mille fois à la télévision étaient dessinées sur le mur face à la porte.

Les Anges de la Téléréalité. Il y était. Enfin. Depuis des années qu’il en rêvait !!!

© Amor-Fati 21 mai 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Le champ des flamands roses

Essayer de rendre gaie une photo lugubre. Quels souvenirs joyeux peut-on avoir en voyant une image pareille ? Lisez donc, et vous verrez bien !!! D’autres amis ont écrit sur cette même photo. Il s’agit de l’atelier 303 de Leiloona.

Comme d’habitude, vos commentaires sont les bienvenus. 


 

Photo : Vincent Hequet

« Attends, tu rigoles, vous allez pas partir comme ça, j’ai un truc de ouf à te montrer, je suis sûr que tu n’as jamais vu et que tu ne te souviens pas.

Et Maxime sortit une photo en noir et blanc, lugubre, représentant un paysage de plaine, morne plaine comme disait Victor. Sur le devant, une espèce de piquet avec un sac poubelle déchiré en guise de fanion. Puis, un peu plus loin, un deuxième, visiblement identique.

– Alors, ça te dit ?

Pour me donner une contenance et l’air de réfléchir profondément, je repris mon mug et me mis à souffler sur la fumée qui s’échappait de mon thé à la violette. Patricia regarda aussi.

– Non, comme ça, ça ne me dit rien.

– Cherche bien, on avait dix-huit ans.

– Ben non, vraiment rien, je t’assure. Ça a l’air sinistre. Ça devrait me dire quelque chose ? Je suis allé là-bas ?

– Un peu que tu y es allé.

– Toi aussi ?

– Bien sûr, on y était ensemble ! Pas toi, Pat, tu n’étais pas là à l’époque.

Patricia sourit.

– C’était le bon temps, les gars, sorties entre mecs, mais dis donc, vous avez pas dû rigoler là bas, ça n’a pas l’air joyeux…

Maxime se leva.

– Attends, je vais te donner un indice.

Et il se dirigea vers la platine vinyle et posa le bras sur la galette noire qu’il avait déjà installée. Il avait prévu son coup le bougre !

Dès les premières notes, le images me revinrent en mémoire. Instantanément. Une évidence !

Imaginez la scène immense entourée des murs d’enceintes noires crachant un son à faire péter les tympans. Des basses énormes qui nous faisaient vibrer de la tête aux pieds pendant que l’on dansait les bras levés, les cheveux battant sur les épaules. Oui oui !

Les jeux de lumière de mille couleurs. Non, ce n’étaient pas les lasers et les éclairages de maintenant. Ils étaient beaucoup moins sophistiqués, mais pour l’époque, c’était tout juste magique. On en prenait plein les yeux.

Et puis cette musique… et ce son jamais égalé. La voix de David Gilmour, la basse de Guy Pratt, la batterie de Nick Mason. Ces chansons comme on n’en fait plus. Comme eux seuls étaient capables d’en faire.

Maxime me regardait. Il avait compris que j’avais compris.

Pink Floyd. Milieu des années soixante-dix. Avant qu’ils ne se lancent dans leurs immenses concerts dans des stades ou des arènes. Un petit festival en Belgique dans la proche banlieue d’Anvers. J’y étais allé en stop avec ma copine de l’époque. On avait rejoint Maxime qui était là-bas depuis trois ou quatre jours, de retour d’Allemagne où il avait passé une semaine chez des copains Hippies.

– Merde. Les Floyds. Le concert du siècle. 74. Incroyable. Ça y est, le flash me revient. Mais cette photo , c’est quoi ?

– C’est le champ du concert, trois jours avant. Juste avant l’installation de la scène et de tout le bordel. Le piquet là sur le devant, c’est le coin de la scène. Et nous, on était par-là, bien loin ajouta Maxime en montrant le bord droit de la photo.

Un bond de plus de quarante ans en arrière. Carole, la bière, le shit, le camping sauvage, nos dix-huit ans, la musique, pas de soucis, que du bonheur d’être jeune. Et Pink Floyd. Indétrônable, à jamais dans mon cœur. Tout revenait en un instant.

– Tiens, dis-je à Maxime en posant ma tasse, file moi donc une bière et monte un peu le son, c’est si bon… »


A noter au passage que le titre des Flamands roses n’était pas au départ un jeu de mot avec le pays flamand, mais bel et bien une faute d’orthographe (flamand au lieu de flamant). Le texte original se passait aux Pays-Bas dans la banlieue de Rotterdam. L’intervention tout à fait justifiée de Loïc dans les commentaires a fait déménager ce concert en Belgique flamande, donnant ainsi l’impression que je suis un subtil amateur de calembours. Ce qui est le cas, mais là, je n’y suis pour rien…

 

 

© Amor-Fati 7 mai 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Dernier envol

Texte de vacances, normalement léger. Ici un peu moins, vous pourrez en juger !

Les textes de mes amis sont ici.

Bonne lecture à toutes et à tous.


Il était 18h45 lorsque les cinq montgolfières prirent leur envol. A bord de la dernière quittant le sol, le Commandant Legall qui avait pris le pouvoir lors du coup d’état mondial il y a maintenant dix ans. Près lui, sa compagne et son aide de camp. Sa garde rapprochée. Dans les quatre autres, les proches du pouvoir avaient pris place. Les plus courageux et les plus fidèles au moins. Les autres, les pleutres, les couards étaient déjà partis depuis longtemps.
L’assèchement des océans avait vu la pangée se recontituer. Depuis sept ans, le détroit de Gibraltar se travesait à pied, faisant de l’Afrique le pendant naturel de l’Europe. Seule subsistait la fosse des Mariannes, au large des Philippines. Le reste des océans avait disparu, englouti par on ne sait quel siphon invisible. La température avait grimpé considérablement, sélectionnant naturellement les hommes restants de la planète.
Legall en avait profité pour placer son attaque. Presque sans violence. Tout s’était passé rapidement, sans résistance. Il était devenu en quelques minutes le maître incontesté de la planète. Du pôle nord au pôle sud, de l’ancienne Europe à la vieille Australie. Un domaine de cinq cent dix millions de kilomètres carrés. Mais maintenant sans eau,sans animaux sauvages, presque sans végétation. Plus personne ne supportait les quarante degrés du petit matin, ni les soixante-douze du milieu de l’après-midi.
L’évacuation de la planète avait été planifiée début janvier. Il fallait faire au plus vite. La solution de la motgolfière avait été la seule envisagée, car ne nécessitant aucune énergie. Tous étaient partis maintenant. Combien étaient arrivés à bon port ? Aucune idée, aucune nouvelle.
A 18 heures, le commandant Legall était monté à bord, laissant derrière lui ce qu’il restait de la planète perdue. Le dernier à quitter le navire, le dernier à arriver sur Nervil où il prendrait sûrement le pouvoir.
Les hommes avaient détruit leur planète. A eux de ne pas abimer la nouvelle que l’esprit supérieur avait mis à leur disposition.
Pour tout recommencer.

© Amor-Fati 30 avril 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Intemporelle

Lorsque j’ai reçu la photo, mercredi, je l’ai longuement regardée, et qu’ai-je vu ? Ce que tout le monde a vu certainement… Une petite fille ROUSSE. C’est tellement évident. Alors, mon esprit de contradiction venant sur le dessus, je me suis dit: « C’est tellement gros, tellement évident, que je ne veux pas tomber dans le panneau de Fifi Brindacier. Tomber dans la facilité ». Et avant tout, sur cette photo, j’ai vu une petite fille couchée dans l’herbe qui regarde le ciel. Un point c’est tout.

Bonne lecture. Et n’oubliez pas d’aller lire les textes de mes ami(es). Tout est ici, sur la page de l’atelier de Leiloona.


© Matheus Ferreira

Qui es-tu, petite fille ?

Es-tu  Zoé, petite du vingt et unième siècle, passant ton temps sur les écrans, entre tablette, téléphone, télé et ordi ? Vas-tu à l’école à trottinette, avec tes copines Léa et Zélie, passant fièrement devant Léo et Noé en prenant des allures de midinette ? Enlèves-tu tes écouteurs lorsque tu parles à tes parents ? Ecoutes-tu déjà Skyrock et son flot de contenu qui ne t’est pas destiné ? As-tu détourné la loi pour ouvrir ta page Facebook et ton accès Snapshat ? Combien de photos y a-t-il sur ton téléphone ?

Es-tu Delphine, Frédérique ou Christine, jouant à la marelle ou à la balle dans la cour de l’école ? Ecoutes-tu Sheila ou Cloclo sur ton tourne-disque en rentrant dans ta chambre ? Combien de temps passes-tu à faire tes couettes ou ta queue de cheval le matin dans la salle de bains As-tu déjà été invitée à une boum dans le garage d’un de tes copains ? Ta sœur Martine y est déjà allée, elle. Elle a même dansé un slow avec Christophe, le fils des voisins. Il faut dire qu’elle a quatorze ans. As-tu commandé un appareil photo pour ta communion privée que tu feras en juin prochain ? Un instamatic Kodakavec des cubes flash…

Es-tu Bernadette, seule dans la campagne avec ta mère, tes deux sœurs et ton frère ? Cours-tu à la boite aux lettres le matin, en sabots de bois, pour aller chercher une éventuelle lettre de ton père, parti au front dans le Nord depuis deux ans déjà ? Tu as peur pour lui, loin de toi dans sa tranchée où il a faim, où il a froid. Es-tu déjà allée aider ta mère à traire les vaches ou vas-tu y aller avant de re rentrer faire la soupe ? Et, demain matin, quand tu partiras à l’école, pense bien à prendre ta bûche pour le poêle de la classe. C’est à ton tour. Jeanne et Marcel t’accompagneront depuis le calvaire jusqu’à la porte de la classe. C’est l’an prochain que tu passes le certificat d’étude. Songe que ta grand-mère a été première du canton à son époque.

Es-tu Mathilde, espérant que ton père reviendra de cette bataille vers laquelle l’Empereur Napoléon l’a entraîné, avec tous les hommes de ton village ? Es-tu Marie Françoise, comtesse de Rocbrune, promise au Duc de Champagne, de vingt ans ton aîné et qui viendra t’épouser à l’été prochain, après la moisson ? Es-tu Jehanne, fille du chevalier de la tour du Pin, attendant que son tour vienne dans le tournoi des Nèfles auquel il participe près du château fort de son oncle ? Ou es tu Marie, la fille de son écuyer ?

Es-tu petite gauloise, petite romaine ? Petite anglaise, irlandaise ou écossaise ? Qu’importe qui tu es. Tu es une petite fille de dix ans qui regarde le ciel, qui joue avec une herbe, qui croit que les fées existent, que les lutins font la fête la nuit quand tu dors. Une petite fille qui court, qui rit, qui danse. Qui pleure, qui aime la vie. Une petite fille qui aime de temps en temps se coucher dans l’herbe et regarder la poussière danser dans les rayons du soleil. Pour oublier ses problèmes, ses problèmes de petite fille. Pour avoir un coin de ciel bleu, un moment de calme et de silence rien qu’à toi.

Quelque soit le lieu, quelle que soit l’époque, tu es une petite fille. Comme toutes les petites filles. Intemporelle.

© Amor-Fati 16 avril 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

A ma fille.

300… Vous imaginez ? C’est aujourd’hui le 300 ème atelier d’écriture de Leiloona. 300 photos, 300 textes. J’ai pris le train en route. Je ne sais pas combien j’en ai fait… Peut-être une petite centaine, je ne sais pas précisément. En tout cas, 300 mercis à toi, Alexandra (Leiloona est un pseudo) de nous permettre de nous pencher chaque semaine sur une photo pour inventer une petite histoire de quelques lignes. 300 bisous pour toi, et rendez vous à ce trois cent troisième auquel tu sembles tant tenir…


Ma grande,

T’en souviens-tu ? C’était il y a plus de vingt ans déjà. Quand j’y pense, quand je pense au temps qui passe, ça me bouleverse.

Les vacances tiraient à leur fin. Les derniers jours d’août étaient ensoleillés et nous souhaitions en profiter avant la rentrée qui se profilait déjà. Nous étions partis tous ensemble dans cette petite maison que Pascal nous avait prêtée, dans cette Sologne que j’aime tant. Nous avions passé là trois jours à vivre comme bon nous semblait, sans obligation, sans contrainte. Chacun se levait à l’heure qu’il voulait, passait son temps à faire ce dont il avait envie. Toi, tu passais beaucoup de temps à lire, près de la fenêtre de la bibliothèque, dans la lumière dorée du jardin. Ton frère préférait courir, comme d’habitude. Profiter des derniers moments d’extérieur avant de retrouver notre appartement et le bitume de la cour du collège. Maman et moi en avions profité pour faire de grandes ballades, parfois ensemble, parfois chacun de notre côté.

J’avais cependant insisté pour que nous passions nos repas tous ensemble. Dans une famille, les moments de repas sont tellement importants pour tisser les liens, ou pour les fortifier. Pour parler. De ce qui va bien, de ce qui va moins bien.

Puis nous avions repris l’autoroute, rangé les souvenirs de vacances et attaqué la rentrée sans grand enthousiasme. Un peu comme Pagnol enfant descendant de ses chères collines pour retrouver Marseille et ses soucis.

C’est marrant de retomber sur cette photo au moment où tu vas à ton tour être mère. Où tu vas toi aussi te fabriquer des souvenirs auprès de cet enfant qui va vous accompagner désormais. Cet enfant qui va changer votre vie à Paul et à toi. Comme ton frère et toi avez changé la nôtre. C’est plus belle chose qui puisse t’arriver.

Un gros paquet de nostalgie m’est tombé dessus en revoyant ce souvenir.

J’espère que je ne t’ai pas plombé la journée.

Je t’embrasse bien fort.

Embrasse Paul pour moi.

Papa.

© Amor-Fati 9 avril 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Comme au cinéma

C’est terrible, plus on a de temps et plus on est en retard. Cette retraite ne me sied pas décidément.

Allez, je vous livre avec trois jours de retard le colis de la semaine. Il a eu bien le temps de mûrir dans ma petite cervelle de moineau. L’atelier de Leiloona fêtera la semaine prochaine sa trois centième édition !!! Vous vous rendez compte ? En attendant, les autres textes de cet atelier 299 sont ici. Bonne lecture !


© ursulamadariaga

Comme au cinéma, je l’ai regardé dans les yeux et je lui ai dit : « Embrasse-moi, beau mec ! ». Il n’a pas eu peur, il m’a prise dans ses bras, m’a serrée très fort et m’a embrassée. D’abord tendrement, puis de façon plus gourmande, puis violemment. Comme Humphrey Bogart et Lauren Bacall dans Casablanca. Il est tombé dans mes filets. Quelle actrice j’aurais fait !!

Comme au cinéma, une fois dans mon appartement pour un dernier verre, je me suis approchée de lui, me suis lovée dans ses bras et lui ai susurré : « Prends-moi là. Maintenant ! ». Il m’a basculée sur le sofa, m’a embrassée, m’a caressée, puis sa main a glissé dans mon décolleté puis sous ma jupe. Nous avons fait l’amour toute la nuit, en buvant du champagne à la bouteille. Comme dans James Bond. Quelle James Bond Girl j’aurais fait !

Comme au cinéma, je lui ai dit « Oui, je veux être ta femme », en le regardant au fond des yeux. Quelques larmes ont coulé et ont fait dégouliner mon rimmel. II m’a regardée : « Que je suis heureux ! » m’a-t-il en me regardant encore. Comme Clark Gable et Vivian Leigh dans « Autant en emporte le vent ». Quelle star de la grande époque j’aurais fait !

Comme au cinéma, je lui ai dit « C’est moi ou cette pouffiasse. Je te donne deux minutes. » Comme au cinéma, je l’ai imaginé tombant à mes pieds, me demandant pardon et implorant mes baisers que je lui aurais donnés comme à regret. Mais on n’est pas au cinéma. Je ne veux pas voir cet avion. Quelle conne je fais !

© Amor-Fati 5 avril 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Zazie dans le rétro.

Bonne lecture. L’atelier de Leiloona reprend ses droits ce matin… J’ai sêché le texte de la semaine dernière. Je tâcherai de me reprendre dans le courant de la semaine. Allez lire les textes de les amis qui se sont penchés sur la même photo… Avec un autre regard sûrement !!


Isabelle, ma grande fille chérie,

Nous sommes heureux de voir que tout va bien pour toi. Depuis que tu es partie faire ce grand voyage en Italie, tu nous as envoyé 3 267 photos toutes plus belles les unes que les autres. Tu as vraiment un sacré talent de photographe ! Nous sommes fiers de toi.

Tu apparais sur 2 895 de ces photos (ton père les a comptées), ce qui nous permet de nous rendre compte que tu prends des couleurs et que tu es radieuse.

Vu les clichés que nous recevons, nous ne pouvons que constater que tu bouges bien et que Daniel et toi profitez bien de ces vacances largement méritées.

Derrière toi, nous avons eu la chance de reconnaître la Tour de Pise (sur 421 photos), la cathédrale de Milan (sur 218 photos ), la Scala (395 images ) le Ponte Vecchio de Florence depuis l’Arno (sur 158 clichés ), l’Arno depuis le Ponte Vecchio (223 fois ), Isola Bella et ses canons, toujours aussi magnifique sur le Lac Majeur (297 photos tout de même). Tes 839 photos de Venise étaient vraiment superbes. Merci encore. Les gondoles noires vont si bien avec ton regard de feu !

Hier, nous avons bien profité de ton visage superbe dos à la Fontaine de Trévi que ton père a reconnue grâce à la barbe de Neptune qui dépassait derrière ton épaule. Vu les 431 clichés que tu nous as envoyés, nous supposons que tu as beaucoup aimé cet endroit. Le Colisée est-il aussi beau qu’on le dit ? A ce que nous avons pu voir derrière toi sur les 487 images, nous l’imaginons grandiose et spectaculaire. Quand on pense que des hommes et des femmes y ont été dévorés par des lions, ça fait froid dans le dos… Brrr…

Et là, la vue sur la Basilique Saint Pierre nous parait magnifique. Tous ces gens qui passent derrière toi ont l’air tellement heureux. Il doit se passer quelque chose quand même quand on est là-bas. Quelque chose d’inexplicable. Tes 629 photos en témoignent.

Continue à bien profiter de ce voyage, ma chérie. Envoie-nous encore de belles photos de cette Italie qui se déroule dans ton dos. Si j’en crois ton plan de voyage, vous devriez maintenant descendre sur Naples et Pompéi. J’ai hâte de te voir dos à ces ruines qui ont vu tant de malheur en si peu de temps.

Nous suivons également ton voyage sur Instagram. C’est impressionnant le nombre de likes que tu reçois. Les gens aiment vraiment l’Italie !

Papa et moi t’embrassons bien fort.

Au fait, comment va ton mari ? Nous supposons qu’il apprécie le voyage, même si on ne l’a vu sur aucune photo. J’espère qu’il n’est pas malade !

Ta maman qui t’aime.

 


 

© Amor-Fati 12 mars 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

A l’escargot pressé.

Deux semaines d’absence pendant lesquelles je n’ai pas publié de textes pour les ateliers.
Mais deux semaines rattrapées puisque j’ai envoyé jeudi et vendredi deux textes que vous pouvez évidemment lire et commenter : Le bateau de Rimbaud et Des sous-amendements et des homos.
Cette semaine, en plus de la photo, Leiloona nous a demandé de placer 5 mots dans notre texte. J’aurais eu mauvaise grâce de refuser ce challenge, vu que je l’ai donné de nombreuses fois à mes élèves.
Il s’agissait cette semaine de placer Asphalte, bois, escargot, oxymore et pantin.
Allez voir sur la page de Bricabook ce qu’ont écrit Leiloona et les autres participants.
Bonne lecture et merci pour vos commentaires.


« A l’escargot pressé ».
C’est dans cet établissement de restauration rapide au nom-oxymore que Akemi et Fukuno se retrouvent chaque vendredi pendant leur pause méridienne.
Akemi est employée dans une entreprise qui fabrique des pantins de bois pour les professionnels du spectacle. Des personnages immenses pour le Bunraku, théâtre de marionnettes traditionnel japonais.
Graphiste de formation, elle ne travaille pas de ses mains, mais elle dessine les poupées selon des plans séculaires.
Elle est mariée à Motoaki depuis deux ans.
Motoaki qui est ouvrier spécialisé dans une usine d’injection de plastique.
Et qui est l’amant de Fukuno.
Akemi s’en doutait depuis un moment, mais maintenant, elle en est sûre.
Depuis quelques minutes.
Depuis de Fukuno a gaffé en demandant à son amie comment allait sa maman.
Alors qu’Akemi ne lui avait pas annoncé qu’elle était malade.
En terminant sa phrase, Fukuno a compris qu’elle n’aurait pas dû poser la question.
Au moment même où Akemi, de son côté, a eu confirmation de ses doutes.
Et les voilà toutes deux, silencieuses, assises sur leur banc habituel où elles ont tant ri ensemble, où elles se sont tant moquées, gentiment, des gens qui passaient devant elles, fixant chacune un point différent de l’asphalte, n’osant ouvrir la bouche.
De complices, les voilà ennemies.
Mais Akemi ne dira rien aujourd’hui.
Elle va ajuster son écharpe bleue, comme elle le fait chaque fois en partant.
Dire au revoir à Fukuno.
Et réfléchir une semaine.
Jusqu’à vendredi prochain.
Où elles se retrouveront à « l’Escargot pressé ».


© Amor-Fati 19 février 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Des sous-amendements et des homos

Oulipo un jour, Oulipo toujours. Désolé, mais c’est dans l’Oulipo que mon père m’a élevé. Et il en reste forcément des traces…
Le petit jeu auquel je vous convie aujourd’hui était un des jeux préféré de Queneau et Pérec.
Prenez un texte, un dictionnaire et remplacez tous les noms et les adjectifs par leurs suivants dans le dictionnaire.
Je me suis soumis à ce petit amusement avec le résumé du livre de Steinbeck et le petit Larousse 2010. Sans tricher.
J’ai joué à S+4.
Ce qui signifie que chaque nom commun est remplacé par le nom commun trouvé 4 places derrière lui dans l’ordre alphabétique.
Il en est de même pour les adjectifs.
Voici pour ma participation au dernier atelier de Bricabook (avec un peu de retard, je le conçois). Les autres textes sont évidemment accessibles ici.

Bonne lecture.


George Milton, un homo plutôt pétrifiant et Lennie Small sont deux amibiases d’enfer qui errent sur les routiers de Caligula en travaillant comme sakiehs de rancoeur en rancoeur. George et Lennie partagent depuis toujours le même revendeur : posséder une petite exploration, pour y vivre « comme des rentre-dedans », y élever des lapons et être licencieux. Lennie nourrit une passoire bien enfoncée : il se plaît énormément à caresser les choux dramatiques. Doté d’une très grande forcerie piaillarde, il ne parvient pas à dominer sa pullulation hors de l’ordination. Il est également intellectuellement définitif, et passe constamment pour une « idole ». Cela finit par lui causer des énonciations notamment avec Curley, le filtre de la patrouille, et sa belliqueuse et jobarde fenaison. En effet, lorsque cette dérogation va proposer à Lennie de toucher ses chevillettes, tout va mal tourner. En effet, Lennie, pris de panne, tue accidentellement la fenaison de Curley. Il court alors se réfugier dans les fourriers. Curley fougueux de ragot décide d’abattre Lennie et part à sa récidive avec les homos de la rancoeur. George part de son cotillon retrouver Lennie au lieutenant de rallye prévu entre eux en cas de « procédure ». Sachant que son amibiase est condamnée et ne voulant pas qu’il souffre, il le tue d’un ballon dans la nutrition.

J’ai pitié de vous, je vous offre gratuitement la version originale (tirée de Wikipedia).

George Milton, un homme plutôt petit et Lennie Small sont deux amis d’enfance qui errent sur les routes de Californie en travaillant comme saisonniers de ranch en ranch. George et Lennie partagent depuis toujours le même rêve : posséder un jour une petite exploitation, pour y vivre « comme des rentiers », y élever des lapins et être libres. Lennie nourrit une passion bien enfantine : il se plaît énormément à caresser les choses douces. Doté d’une très grande force physique, il ne parvient pas à dominer sa puissance hors de l’ordinaire. Il est également intellectuellement déficient, et passe constamment pour un « idiot ». Cela finit par lui causer des ennuis notamment avec Curley, le fils du patron, et sa belle et jeune femme. En effet, lorsque cette dernière va proposer à Lennie de toucher ses cheveux, tout va mal tourner. En effet, Lennie, pris de panique, tue accidentellement la femme de Curley. Il court alors se réfugier dans les fourrés. Curley fou de rage décide d’abattre Lennie et part à sa recherche avec les hommes du ranch. George part de son côté retrouver Lennie au lieu de ralliement prévu entre eux en cas de « problème ». Sachant que son ami est condamné et ne voulant pas qu’il souffre, il le tue d’une balle dans la nuque.

© Amor-Fati 16 février 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Le bateau de Rimbaud

Bien.. Quelques jours de maladie et j’abandonne l’atelier, ce n’est pas possible ça… 
Hop, la crise est passée, il faut rattraper le retard.
Ce texte aurait dû être écrit il y a deux semaines. Je savais ce que j’allais écrire, il me suffisait de m’y mettre.
Voilà, bonne lecture de ce nouvel atelier de Bricabook. Les autres textes peuvent évidemment encore être lus.
Bonne lecture !!


Photo de Caroline Morant

 

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Naviguant tristement sans élan, sans ardeur
Je la vis s’approcher, et je pensais possible
D’imaginer l’amour, d’espérer le bonheur.

Voilà longtemps déjà que mon bel équipage,
Avait fui la cabine, nul homme ne me guidait
Et je voyageais seul, de courant en rivage
Le ruisseau me portait, j’allais où je voulais.

Elle était là, paisible, sa voile déployée
Se voyait à dix lieues, elle prenait le vent.
Moi, la vieille péniche, je voulus m’approcher
Oubliant mon état, rouillé et décadent.

J’avançai donc ma proue pour un baiser intime
Espérant bien frôler la belle au fil de l’eau
Me voulant conquérant, je devenais victime
Elle vira de bord et me tourna le dos !

Alors de désespoir, je partis en silence
M’échouer sous les saules où je pourrais survivre
En buvant tout le jour de la mauvaise essence
Et de fringant navire, je devins bateau ivre.


Nul besoin de vous expliquer d’où m’est venue l’inspiration.

Notez juste que, sauf dans la dernière strophe, j’ai respecté les rimes du grand Arthur.

Mais je me suis contenté de 5 strophes, n’ayant pas le talent d’en écrire 25 comme pour l’original !

© Amor-Fati 15 février 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Visite guidée

Pff.. je m’y mets de plus en plus tard… La semaine dernière, j’avais écrit lundi matin, et là j’ai commencé à15h30. Mais bon, le texte est fait. Tout va bien. J’ai encore une fois honoré l’atelier de Leiloona ( un clic sur ce lien vous enverra lire les textes de mes collègues. Et ils sont nombreux cette semaine !)
Bonne lecture et à lundi. Si Dieu nous prête vie…


Photo de Caroline Morant

René s’arrêta au milieu du jardin. Il attaquait sa vingt-deuxième saison en tant que guide du Fort Saint Jean. Remontant son pantalon de toile, il toussa deux fois pour s’éclaircir la voix. La trentaine de touristes qui l’entouraient attendait impatiemment la bonne parole. Ah ils étaient beaux tous ces estivants ! Un hommage à Bilou, le dieu du Mauvais goût ! Quasiment tous en short, de toutes les couleurs, de toutes les matières, de toutes les formes.
– Mon Dieu quelle horreur, pensa-t-il. Quand je pense qu’à mes débuts, les hommes venaient en pantalon de popeline et les femmes en jupes volantes. Ça avait quand même une autre gueule que ces horribles fringues bon marché.
Une bonne douzaine de t-shitrts bleu ciel arborant les couleurs de l’OM et sa devise « Droit au but » rappelait que le foot était roi dans la cité phocéenne.
Il attendit encore quelques secondes qu’un couple cesse de se disputer bruyamment et attaqua :
– Pour terminer la visite du Fort Saint…
Un téléphone sonna. René s’arrêta net. Sans aucune gêne, l’appelé répondit à sa communication :
– Oui… Dans un bon quart d’heure je pense. On est presque à la fin. D’accord, je te rappellerai. Oh non… Prends des chipos plutôt, tu sais bien que les gosses n’aiment pas les merguez… C’est ça. A toute, bisous…
René avait horreur de ces sans-gênes qui ne respectaient rien. Il était bientôt dix huit heures. Comme avait dit ce bonhomme, c’était bientôt la fin. Même pour lui qui bouclait ainsi son sixième tour du Fort Saint Jean de la journée.
L’homme au téléphone lu fit un petit signe de la main. Il reprit.
– du Fort Saint Jean, disais-je, nous allons nous intéresser à la tour du…
Il n’en revenait pas. Face à lui qui était en train de parler, une douzaine de personnes, d’un même élan, avaient décidé de lui tourner le dos. Presque la moitié de son auditoire s’était retourné, comme un seul homme. Cela lui coupa la chique et une nouvelle fois, René s’arrêta au milieu de sa phrase. Que se passait-il donc ? Soudain, une perche émergea du groupe des dos tournés. A son extrémité, trônait un téléphone portable ; un smartphone comme on dit.
– Pouvez-vous vous décaler un peu, lui demanda un abruti en short bleu et Tshirt OM ? On ne voit pas bien la tour.
René fit un pas vers la gauche.
– Merci, c’est mieux comme ça.
Un selfie. A douze, face (ou dos à la tour)… Et en plus il gênait. Mais bon sang, que faisait-il là ?
On prit sept ou huit photos bruyamment. Puis tout le monde se retourna.
– Quel culot, murmura à sa femme l’homme qui avait reçu un coup de fil cinq minutes plus tôt. Les gens ne respectent rien et se croient tout permis !
René le regarda en souriant. Puis il reprit.
– par la tour du fanal dont la construction commença en 1644 à la demande de…
– On dirait une bite ! déclara l’un.
– Quelle santé ! ajouta un deuxième.
– La tienne à côté ! compléta une femme en riant.
– Je te permets pas…
Et la discussion redémarra de plus belle. Tout le monde parlait. Tout le monde y allait de sa comparaison grotesque, vaseuse, grasse, grosse, lourde. C’est vrai que l’image était facile, que cette tour ronde faisait forcément penser à …
Et pendant que tout le monde y allait de sa blague, René fit le tour du groupe et partit en coupant à travers le jardin. Il courait encore vite et fut vite hors de vue des touristes.
– Visiblement ils n’ont pas besoin de moi. Quand ils auront fini leurs bons mots, ils prendront leur guide vert ou leur guide bleu ou iront sur internet et apprendront tout seul ce que j’allais leur dire. Quand je pense qu’on n’est que le quatorze juillet. Encore presque deux mois à me taper ces nazes. Allez, moi, je rentre à la maison, je vais me jeter un jaune avec Loulou, ca va me reposer. Demain, ça ira mieux. Ou pas…

A noter, pour les curieux, que la tour du fanal a été érigée en 1644, à la demande des armateurs marseillais.  Elle était destinée à être repérée des navires de commerce depuis 20 Km de la rade de Marseille.

© Amor-Fati 29 janvier 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Super-jalousies

Coucou, c’est lundi !!!

Bonne lecture des textes de l’atelier de Leiloona… Bon, je suis un peu en retard, mais pas trop… Week-end agité dirons-nous.


Ah non, ils ne disaient rien. Chacun rongeait son frein mais intérieurement, ça bouillait dans leurs corps. S’ils n’avaient peur du scandale, ils se rouleraient bien par terre en se bourrant de coups de poings, comme au bon vieux temps de leurs gloires déchues.
Depuis leur arrivée ici, ils s’ennuyaient ferme. Repas à dix-huit heures, dominos, scrabble, jeu du bac, lecture du journal. Ah, il était loin le temps où on avait besoin d’eux, où ils volaient par monts et par vaux pour sauver l’un, pour attaquer l’autre, pour rétablir la paix mondiale, pour rendre la vie un peu plus agréable pour les habitants de leurs cités respectives.
Ils étaient dans la salle télé lorsque Loïs avait fait son apparition, entourée de deux aides-soignantes qui la tenaient chacune par un bras. Ils la reconnurent tout de suite. A un rien, à un trait du visage, à sa chevelure, certes plus grise, mais dont certains reflets leur rappelaient la crinière d’antan qu’ils avaient tous aimée. Tous les trois levèrent les yeux en même temps, abandonnant ainsi le présentateur du jeu qui continuait inlassablement à poser des questions.
Loïs Lane. Ils avaient tous les trois été follement amoureux d’elle. Mais aucun ne l’avait eue réellement. Chacun avait eu une brève aventure avec elle. C’est pourquoi ils connaissaient tous les trois le goût de ses baisers, la douceur de sa peau, la volupté de ses caresses.
Maintenant, leurs désirs étaient bien moindres qu’il y a vingt ou trente ans. S’asseoir à côté d’elle, lui avancer sa chaise, lui tendre la corbeille à pain. Un sourire d’elle et ils fondaient. Mais la jalousie était là, insidieuse, au fond de leurs cœurs. Et l’épisode du repas de ce midi les avait touchés tous les trois. Ce serait trop long à raconter mais la colère était en eux. Forte et violente.
Alors chacun se calmait comme il pouvait. Clark se cachait les yeux. Le noir lui faisait du bien, lui qui avait si souvent joué avec la lumière. Bruce jouait avec sa casquette qui lui rappelait un peu le masque qu’il portait dans les folles années de sa jeunesse. Dans sa poche, un double de la clé de sa dernière Batmobile le rassurait et il vérifiait souvent qu’elle était toujours là. Quant à Peter, il regardait au loin, les yeux perdus dans ses souvenirs, à la recherche d’une éventuelle araignée qui pourrait s’aventurer.
Ils n’osaient pas se regarder, ni même se parler. Ils savaient que le moindre mot de travers pouvait déclencher une bagarre dont ils ne mesuraient l’ampleur.
Alors Superman, Batman et Spiderman s’ignoraient, tout simplement. Obligés de s’asseoir côte à côte sur le seul banc devant la maison de retraite des mimosas, sans rien dire, sans se regarder.
Au repas de ce soir, qui allait s’asseoir près de Superwoman ? Il y aurait forcément un élu et deux déçus. Dans une heure, après le feuilleton, il sera bien temps d’y penser.

© Amor-Fati 22 janvier 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Voyants de père en fils

Bonne année 2018.

La semaine dernière, je l’avoue, j’ai séché. Les parachutistes proposés par Leiloona ne m’avaient vraiment pas inspiré et j’ai préféré passer mon tour, quitte à le reprendre plus tard si l’inspiration me revient. Cette semaine, cette photo de potage ne m’a pas inspiré immédiatement, mais la maturation de la semaine a fait son travail et j’ai accouché de ce texte lourd dimanche après-midi. 
En le lisant, vous apprendrez comment les destins d’un homme peuvent être influencés par certains médiums.
Je suis désolé, le texte dépasse légèrement la page A4 en caractères Calibri de Corps 11, mais tout y est important et la vérité historique m’a empêché de faire plus court.
Comme d’habitude, rendez vous sur le site de Bricabook pour lire les textes des copains, sûrement excellents mais certainement pas empreints de sérieux et de recherche encyclopédique comme l’est celui que vous vous apprêtez à découvrir.


Emmanuel était le dernier d’une lignée de médiums et de voyants qui avaient le don de lire l’avenir de leur entourage et leur propre avenir de façons particulières.

Son arrière-grand-père Henri, ancien agent des ponts et chaussées et décédé en 1964 voyait son avenir et l’interprétait dans les croutes de Maroilles. C’était sa manière à lui de travailler. D’aucuns le prenaient pour un illuminé, mais il avait tenu ferme toute sa vie. C’est ainsi que peu avant sa mort, il avait prédit l’assassinat du Président Kennedy en croisant des croutes de fromage avec de la purée de carottes. Il avait terminé son repas en sueur, les yeux révulsés. « Quand la croute de côté fait un trait épais qui va en se rétrécissant et que la carotte est mal mélangée à la purée sans crème, c’est que la vie d’un homme célèbre est en danger. » Le lendemain, après la salade, il avait repris du fromage et relancé les croutes de la main gauche et les yeux fermés dans la gamelle du chien. C’était la façon la plus sûre de ne pas se tromper. Elles étaient retombées en formant un étrange K. Il en avait déduit qu’un président dont le nom commençait par un K était en danger. Mais voilà… Khrouchtchev ou Kennedy ? Les deux étaient en poste. Après plusieurs nuits d’angoisse et d’insomnie pour lui et pour son épouse Marie, il avait fini par avoir sa réponse tant attendue au petit déjeuner. Le Maroilles que sa femme lui avait présenté pour tremper dans son café présentait une série de formes étranges sur la croute, formant une dizaine d’étoiles stylisées. Il ne lui en fallut pas plus pour comprendre que c’était le Yankee qui risquait sa peau. Ses appels téléphoniques à la maison blanche ne furent jamais pris au sérieux et il arriva à John Fitzgerald ce que tout le monde sait.

Le Grand-père d’Emmanuel se nommait André. Peu amateur de fromage, il avait pris l’habitude d’exercer son art en lisant dans la purée Mousline récemment inventée. En tant que cheminot affecté à la conduite des michelines dans le Nord Pas de Calais, André était un spécialiste reconnu des tracés de rails dans la purée en flocons. Il avait notamment reçu le Grand Prix Inter-rail Mous-Miche-Line pour sa prédiction de l’élection de Martine Puichard comme Miss Picardie en 1978. La chute malencontreuse d’un crouton de pain dans les rails du côté gauche de l’assiette (celui du cœur) le midi et une trace en forme de J le soir l’avaient amené à épouser Jacqueline qui lui avait donné deux enfants étrangement allergiques à la purée.

Jean-Michel, le fils aîné d’André fut, malheureusement pour lui, le canard noir de la famille. Il eut beau chercher à prédire l’avenir du monde ou son propre avenir dans différents aliments, rien ne lu sourit. Il essaya pourtant les raviolis, les nems, les poils d’artichauds (son oncle était un spécialiste des poils de coeur, mais la limite de ce texte à une page ne nous permet hélas pas de nous pencher d’avantage sur son cas pourtant passionnant), la tisane Verveine menthe, le ketchup, la mayonnaise et les éclairs au café, rien ne lui permit de lire quoi que ce soit. Il eut une lueur d’espoir un soir en pensant avoir prédit dans les coquillettes au beurre une récolte exceptionnelle de frites dans le sud de la Belgique mais une invasion de sauterelles mit fin à cette espérance.

A la naissance d’Emmanuel en plein milieu des années soixante-dix, toute la famille se demanda quel serait son don. Et il ne fut pas long à le révéler. Emmanuel lisait son avenir dans la soupe à la tomate et dans les pâtes que sa maman Françoise versait généreusement. Si, tout enfant, Emmanuel lisait plus facilement dans le vermicelle et le tapioca, la maturité l’entraîna dans la lecture des pâtes lettres Buitoni. Sa carrière de haut fonctionnaire, il la doit d’ailleurs à la soupe à la tomate. En 2002, la présence des trois lettres A, E et N lui firent se poser des questions sur son avenir. Les Dieux voulaient ils lui dire qu’il était un ANE ? Ses brillants résultats scolaires disaient pourtant le contraire. Soudain, l’illumination lui vint et il entra à l’ENA. N’était-ce pas un signe ?

Depuis, il n’est pas un jour où Emmanuel n’essaie pas de lire son avenir et celui de son pays dans les pâtes à potage. Il lui fallut une bonne semaine de réflexion pour comprendre que les lettres A, B, E, N, Q et U formaient le mot BANQUE et l’incitaient à déposer sa lettre de motivation chez les Rothschild. Les lettres S, R, U, N et E l’encouragèrent à se présenter devant les français et à leur demander de mettre son nom dans les URNES.

Hier soir, en soufflant sur sa soupe trop chaude (Brigitte la laissait trop longtemps sur le feu), il avait aperçu le mot TRAVAIL, même si le V coulait un peu sous un pépin de tomate réticent.

Et aujourd‘hui CODE.

Bon sang…. CODE ce soir et TRAVAIL hier… Il y avait sûrement un message. Le travail du code ? Le code du travail ? Il y avait certainement quelque chose à creuser. Mais quoi ?


PS : A noter que tous les prénoms et les professions sont les bons… Je n’ai rien inventé. Du moins pour ce qui est des prénoms…

© Amor-Fati 15 janvier 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr

Parlez-vous Plörknord ?

Voilà… 2017 s’achève bientôt. Une belle année de textes en tous genres grâce à ce super atelier que Bricabook nous propose chaque semaine. pensez à aller sur le site pour lire ou relire tout ce qui vous a été proposé pendant l’année !!
Passez un joyeux Noël et, en recevant vos cadeaux, pensez au travail que cela a nécessité pour que tout soit prêt à temps.
Rendez-vous en Janvier pour le prochain atelier !!


© Leiloona

L’ambiance était électrique. Ça se sentait rien qu’en pénétrant dans l’atelier. Habituellement, tout se passait dans la bonne humeur, même en sifflotant ou en chantonnant. Mais ce matin, il n’aurait pas fallu faire une réflexion ou dire quoi que ce soit de déplacé sans risquer l’incident.
A quatre pattes par terre, Bidule pestait à haute voix.
« Voilà bientôt deux siècles qu’on ne nous a pas réclamé un tel article. Je me souviens bien, c’est moi qui m’en étais déjà chargé à l’époque.
– Oui, répondit Farfouille qui passait par là, mais à l’époque, tu étais plus jeune et plus patient !
– Tu parles, à peine deux cents ans, c’est rien !
– Quel est le problème exactement ? Montre-moi, je peux peut-être t’aider.
– Tu vois, voilà trois fois que j’essaie de mettre cette planche comme ça, et ça ne fonctionne pas.
– Ca a l’air bien pourtant, comme ça, à vue de nez.
– A vue de nez, oui, tu en as de bonnes, mais quand je mets celle-là… Tu vois bien que…
– Ah oui en effet, tu as raison ! Il y a un décalage.
– Pas gros mais quand même… Tu sais ce qui serait l’idéal si tu voulais vraiment m’aider ?
– Non, vas-y, dis-moi Bidule, si je peux, je le ferai !
– Trouve-moi la notice de montage originale. Toi qui es le roi du rangement, je suis certain que tu la trouveras !
– Nom d’un petit renne, tu parles d’une demande… Je ne te garantis rien, mais je vais aller voir. C’est vraiment parce que c’est toi.
– Pendant que tu cherches, je vais monter un ou deux vélos, histoire de ne pas perdre de temps.
-C’est ça, à tout à l’heure !
Et Farfouille disparut en courant et en claquant la porte.

Une heure plus tard, alors que Bidule, aidé par Bidouille, installait le dérailleur du quatrième vélo de la matinée, Farfouille fit son entrée dans l’atelier.
– Voilà, dit-il, tout essoufflé, voilà ce que j’ai trouvé.
Et il déposa sous les yeux éberlués de Bidule le grand livre de montage qu’il avait retrouvé loin, loin, sur une haute étagère dans la grande bibliothèque.
– Tu vois, dit-il, c’est clair… Ta pièce est montée à l’envers… C’est marqué là.
– Mais que racontes-tu, demanda Bidule, je ne comprends rien à ce charabia. C’est quoi ce langage ?
– Mais enfin, répondit Farfouille, c’est du Plörknord. Souviens-toi.
– Du Plörknord ? Tu veux dire, du Plörknord ancien ?
– Oui, celui qu’on parlait dans la nuit des temps.
– Mais je ne le parle pas, je ne le lis pas non plus.
– Ca, mon cher Bidule, il fallait venir aux cours quand nous étions enfants.
– Ca ne m’intéressait pas à l’époque. J’avoue que j’ai séché presque tous les cours. Je préférais jouer aux boules de neige et assister aux cours d’emballage des cadeaux.
– Oui, je sais, tu étais plutôt manuel, comme tu l’es maintenant !
– Sûr ! et puis j’avais pris l’option mécanique des traîneaux et réparation de rennes.
– Allez, je suis là pour t’aider. Donc, là, tu vois, là où il y a les trois bâtons, c’est écrit : Placer la planche B vers le Nord-Ouest. Et toi, tu la mettais Nord-Est.
– Alors, Nord-Ouest !! Ah oui, c’est bon, on n’a plus le décalage… Je pense que je dois pouvoir finir tout seul maintenant.
– Vas-y, continue, mais je reste à côté de toi pour la fin du montage, je suis sur la notice.
– Je suis rassuré ! Merci Farfouille. Du fond du cœur, merci.
– Pas de quoi mon vieux  Bidule ! Ah, les enfants ne se doutent pas du mal qu’on se donne pour fabriquer leurs jouets.
– Mets un petit bout de tissu pour marquer la page, des fois que j’en ai encore besoin dans deux cents ans !!
– Ah ah, tu as raison… Ou alors, mets-toi au Plörknord, il y a des cours de rattrapage en janvier ! »

© Amor-Fati 18 décembre 2017 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr