février 19

A l’escargot pressé.

Deux semaines d’absence pendant lesquelles je n’ai pas publié de textes pour les ateliers.
Mais deux semaines rattrapées puisque j’ai envoyé jeudi et vendredi deux textes que vous pouvez évidemment lire et commenter : Le bateau de Rimbaud et Des sous-amendements et des homos.
Cette semaine, en plus de la photo, Leiloona nous a demandé de placer 5 mots dans notre texte. J’aurais eu mauvaise grâce de refuser ce challenge, vu que je l’ai donné de nombreuses fois à mes élèves.
Il s’agissait cette semaine de placer Asphalte, bois, escargot, oxymore et pantin.
Allez voir sur la page de Bricabook ce qu’ont écrit Leiloona et les autres participants.
Bonne lecture et merci pour vos commentaires.


« A l’escargot pressé ».
C’est dans cet établissement de restauration rapide au nom-oxymore que Akemi et Fukuno se retrouvent chaque vendredi pendant leur pause méridienne.
Akemi est employée dans une entreprise qui fabrique des pantins de bois pour les professionnels du spectacle. Des personnages immenses pour le Bunraku, théâtre de marionnettes traditionnel japonais.
Graphiste de formation, elle ne travaille pas de ses mains, mais elle dessine les poupées selon des plans séculaires.
Elle est mariée à Motoaki depuis deux ans.
Motoaki qui est ouvrier spécialisé dans une usine d’injection de plastique.
Et qui est l’amant de Fukuno.
Akemi s’en doutait depuis un moment, mais maintenant, elle en est sûre.
Depuis quelques minutes.
Depuis de Fukuno a gaffé en demandant à son amie comment allait sa maman.
Alors qu’Akemi ne lui avait pas annoncé qu’elle était malade.
En terminant sa phrase, Fukuno a compris qu’elle n’aurait pas dû poser la question.
Au moment même où Akemi, de son côté, a eu confirmation de ses doutes.
Et les voilà toutes deux, silencieuses, assises sur leur banc habituel où elles ont tant ri ensemble, où elles se sont tant moquées, gentiment, des gens qui passaient devant elles, fixant chacune un point différent de l’asphalte, n’osant ouvrir la bouche.
De complices, les voilà ennemies.
Mais Akemi ne dira rien aujourd’hui.
Elle va ajuster son écharpe bleue, comme elle le fait chaque fois en partant.
Dire au revoir à Fukuno.
Et réfléchir une semaine.
Jusqu’à vendredi prochain.
Où elles se retrouveront à « l’Escargot pressé ».


© Amor-Fati 19 février 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr
février 16

Des sous-amendements et des homos

Oulipo un jour, Oulipo toujours. Désolé, mais c’est dans l’Oulipo que mon père m’a élevé. Et il en reste forcément des traces…
Le petit jeu auquel je vous convie aujourd’hui était un des jeux préféré de Queneau et Pérec.
Prenez un texte, un dictionnaire et remplacez tous les noms et les adjectifs par leurs suivants dans le dictionnaire.
Je me suis soumis à ce petit amusement avec le résumé du livre de Steinbeck et le petit Larousse 2010. Sans tricher.
J’ai joué à S+4.
Ce qui signifie que chaque nom commun est remplacé par le nom commun trouvé 4 places derrière lui dans l’ordre alphabétique.
Il en est de même pour les adjectifs.
Voici pour ma participation au dernier atelier de Bricabook (avec un peu de retard, je le conçois). Les autres textes sont évidemment accessibles ici.

Bonne lecture.


George Milton, un homo plutôt pétrifiant et Lennie Small sont deux amibiases d’enfer qui errent sur les routiers de Caligula en travaillant comme sakiehs de rancoeur en rancoeur. George et Lennie partagent depuis toujours le même revendeur : posséder une petite exploration, pour y vivre « comme des rentre-dedans », y élever des lapons et être licencieux. Lennie nourrit une passoire bien enfoncée : il se plaît énormément à caresser les choux dramatiques. Doté d’une très grande forcerie piaillarde, il ne parvient pas à dominer sa pullulation hors de l’ordination. Il est également intellectuellement définitif, et passe constamment pour une « idole ». Cela finit par lui causer des énonciations notamment avec Curley, le filtre de la patrouille, et sa belliqueuse et jobarde fenaison. En effet, lorsque cette dérogation va proposer à Lennie de toucher ses chevillettes, tout va mal tourner. En effet, Lennie, pris de panne, tue accidentellement la fenaison de Curley. Il court alors se réfugier dans les fourriers. Curley fougueux de ragot décide d’abattre Lennie et part à sa récidive avec les homos de la rancoeur. George part de son cotillon retrouver Lennie au lieutenant de rallye prévu entre eux en cas de « procédure ». Sachant que son amibiase est condamnée et ne voulant pas qu’il souffre, il le tue d’un ballon dans la nutrition.

J’ai pitié de vous, je vous offre gratuitement la version originale (tirée de Wikipedia).

George Milton, un homme plutôt petit et Lennie Small sont deux amis d’enfance qui errent sur les routes de Californie en travaillant comme saisonniers de ranch en ranch. George et Lennie partagent depuis toujours le même rêve : posséder un jour une petite exploitation, pour y vivre « comme des rentiers », y élever des lapins et être libres. Lennie nourrit une passion bien enfantine : il se plaît énormément à caresser les choses douces. Doté d’une très grande force physique, il ne parvient pas à dominer sa puissance hors de l’ordinaire. Il est également intellectuellement déficient, et passe constamment pour un « idiot ». Cela finit par lui causer des ennuis notamment avec Curley, le fils du patron, et sa belle et jeune femme. En effet, lorsque cette dernière va proposer à Lennie de toucher ses cheveux, tout va mal tourner. En effet, Lennie, pris de panique, tue accidentellement la femme de Curley. Il court alors se réfugier dans les fourrés. Curley fou de rage décide d’abattre Lennie et part à sa recherche avec les hommes du ranch. George part de son côté retrouver Lennie au lieu de ralliement prévu entre eux en cas de « problème ». Sachant que son ami est condamné et ne voulant pas qu’il souffre, il le tue d’une balle dans la nuque.

© Amor-Fati 16 février 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr
février 15

Le bateau de Rimbaud

Bien.. Quelques jours de maladie et j’abandonne l’atelier, ce n’est pas possible ça… 
Hop, la crise est passée, il faut rattraper le retard.
Ce texte aurait dû être écrit il y a deux semaines. Je savais ce que j’allais écrire, il me suffisait de m’y mettre.
Voilà, bonne lecture de ce nouvel atelier de Bricabook. Les autres textes peuvent évidemment encore être lus.
Bonne lecture !!


Photo de Caroline Morant

 

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Naviguant tristement sans élan, sans ardeur
Je la vis s’approcher, et je pensais possible
D’imaginer l’amour, d’espérer le bonheur.

Voilà longtemps déjà que mon bel équipage,
Avait fui la cabine, nul homme ne me guidait
Et je voyageais seul, de courant en rivage
Le ruisseau me portait, j’allais où je voulais.

Elle était là, paisible, sa voile déployée
Se voyait à dix lieues, elle prenait le vent.
Moi, la vieille péniche, je voulus m’approcher
Oubliant mon état, rouillé et décadent.

J’avançai donc ma proue pour un baiser intime
Espérant bien frôler la belle au fil de l’eau
Me voulant conquérant, je devenais victime
Elle vira de bord et me tourna le dos !

Alors de désespoir, je partis en silence
M’échouer sous les saules où je pourrais survivre
En buvant tout le jour de la mauvaise essence
Et de fringant navire, je devins bateau ivre.


Nul besoin de vous expliquer d’où m’est venue l’inspiration.

Notez juste que, sauf dans la dernière strophe, j’ai respecté les rimes du grand Arthur.

Mais je me suis contenté de 5 strophes, n’ayant pas le talent d’en écrire 25 comme pour l’original !

© Amor-Fati 15 février 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr
janvier 29

Visite guidée

Pff.. je m’y mets de plus en plus tard… La semaine dernière, j’avais écrit lundi matin, et là j’ai commencé à15h30. Mais bon, le texte est fait. Tout va bien. J’ai encore une fois honoré l’atelier de Leiloona ( un clic sur ce lien vous enverra lire les textes de mes collègues. Et ils sont nombreux cette semaine !)
Bonne lecture et à lundi. Si Dieu nous prête vie…


Photo de Caroline Morant

René s’arrêta au milieu du jardin. Il attaquait sa vingt-deuxième saison en tant que guide du Fort Saint Jean. Remontant son pantalon de toile, il toussa deux fois pour s’éclaircir la voix. La trentaine de touristes qui l’entouraient attendait impatiemment la bonne parole. Ah ils étaient beaux tous ces estivants ! Un hommage à Bilou, le dieu du Mauvais goût ! Quasiment tous en short, de toutes les couleurs, de toutes les matières, de toutes les formes.
– Mon Dieu quelle horreur, pensa-t-il. Quand je pense qu’à mes débuts, les hommes venaient en pantalon de popeline et les femmes en jupes volantes. Ça avait quand même une autre gueule que ces horribles fringues bon marché.
Une bonne douzaine de t-shitrts bleu ciel arborant les couleurs de l’OM et sa devise « Droit au but » rappelait que le foot était roi dans la cité phocéenne.
Il attendit encore quelques secondes qu’un couple cesse de se disputer bruyamment et attaqua :
– Pour terminer la visite du Fort Saint…
Un téléphone sonna. René s’arrêta net. Sans aucune gêne, l’appelé répondit à sa communication :
– Oui… Dans un bon quart d’heure je pense. On est presque à la fin. D’accord, je te rappellerai. Oh non… Prends des chipos plutôt, tu sais bien que les gosses n’aiment pas les merguez… C’est ça. A toute, bisous…
René avait horreur de ces sans-gênes qui ne respectaient rien. Il était bientôt dix huit heures. Comme avait dit ce bonhomme, c’était bientôt la fin. Même pour lui qui bouclait ainsi son sixième tour du Fort Saint Jean de la journée.
L’homme au téléphone lu fit un petit signe de la main. Il reprit.
– du Fort Saint Jean, disais-je, nous allons nous intéresser à la tour du…
Il n’en revenait pas. Face à lui qui était en train de parler, une douzaine de personnes, d’un même élan, avaient décidé de lui tourner le dos. Presque la moitié de son auditoire s’était retourné, comme un seul homme. Cela lui coupa la chique et une nouvelle fois, René s’arrêta au milieu de sa phrase. Que se passait-il donc ? Soudain, une perche émergea du groupe des dos tournés. A son extrémité, trônait un téléphone portable ; un smartphone comme on dit.
– Pouvez-vous vous décaler un peu, lui demanda un abruti en short bleu et Tshirt OM ? On ne voit pas bien la tour.
René fit un pas vers la gauche.
– Merci, c’est mieux comme ça.
Un selfie. A douze, face (ou dos à la tour)… Et en plus il gênait. Mais bon sang, que faisait-il là ?
On prit sept ou huit photos bruyamment. Puis tout le monde se retourna.
– Quel culot, murmura à sa femme l’homme qui avait reçu un coup de fil cinq minutes plus tôt. Les gens ne respectent rien et se croient tout permis !
René le regarda en souriant. Puis il reprit.
– par la tour du fanal dont la construction commença en 1644 à la demande de…
– On dirait une bite ! déclara l’un.
– Quelle santé ! ajouta un deuxième.
– La tienne à côté ! compléta une femme en riant.
– Je te permets pas…
Et la discussion redémarra de plus belle. Tout le monde parlait. Tout le monde y allait de sa comparaison grotesque, vaseuse, grasse, grosse, lourde. C’est vrai que l’image était facile, que cette tour ronde faisait forcément penser à …
Et pendant que tout le monde y allait de sa blague, René fit le tour du groupe et partit en coupant à travers le jardin. Il courait encore vite et fut vite hors de vue des touristes.
– Visiblement ils n’ont pas besoin de moi. Quand ils auront fini leurs bons mots, ils prendront leur guide vert ou leur guide bleu ou iront sur internet et apprendront tout seul ce que j’allais leur dire. Quand je pense qu’on n’est que le quatorze juillet. Encore presque deux mois à me taper ces nazes. Allez, moi, je rentre à la maison, je vais me jeter un jaune avec Loulou, ca va me reposer. Demain, ça ira mieux. Ou pas…

A noter, pour les curieux, que la tour du fanal a été érigée en 1644, à la demande des armateurs marseillais.  Elle était destinée à être repérée des navires de commerce depuis 20 Km de la rade de Marseille.

© Amor-Fati 29 janvier 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr
janvier 22

Super-jalousies

Coucou, c’est lundi !!!

Bonne lecture des textes de l’atelier de Leiloona… Bon, je suis un peu en retard, mais pas trop… Week-end agité dirons-nous.


Ah non, ils ne disaient rien. Chacun rongeait son frein mais intérieurement, ça bouillait dans leurs corps. S’ils n’avaient peur du scandale, ils se rouleraient bien par terre en se bourrant de coups de poings, comme au bon vieux temps de leurs gloires déchues.
Depuis leur arrivée ici, ils s’ennuyaient ferme. Repas à dix-huit heures, dominos, scrabble, jeu du bac, lecture du journal. Ah, il était loin le temps où on avait besoin d’eux, où ils volaient par monts et par vaux pour sauver l’un, pour attaquer l’autre, pour rétablir la paix mondiale, pour rendre la vie un peu plus agréable pour les habitants de leurs cités respectives.
Ils étaient dans la salle télé lorsque Loïs avait fait son apparition, entourée de deux aides-soignantes qui la tenaient chacune par un bras. Ils la reconnurent tout de suite. A un rien, à un trait du visage, à sa chevelure, certes plus grise, mais dont certains reflets leur rappelaient la crinière d’antan qu’ils avaient tous aimée. Tous les trois levèrent les yeux en même temps, abandonnant ainsi le présentateur du jeu qui continuait inlassablement à poser des questions.
Loïs Lane. Ils avaient tous les trois été follement amoureux d’elle. Mais aucun ne l’avait eue réellement. Chacun avait eu une brève aventure avec elle. C’est pourquoi ils connaissaient tous les trois le goût de ses baisers, la douceur de sa peau, la volupté de ses caresses.
Maintenant, leurs désirs étaient bien moindres qu’il y a vingt ou trente ans. S’asseoir à côté d’elle, lui avancer sa chaise, lui tendre la corbeille à pain. Un sourire d’elle et ils fondaient. Mais la jalousie était là, insidieuse, au fond de leurs cœurs. Et l’épisode du repas de ce midi les avait touchés tous les trois. Ce serait trop long à raconter mais la colère était en eux. Forte et violente.
Alors chacun se calmait comme il pouvait. Clark se cachait les yeux. Le noir lui faisait du bien, lui qui avait si souvent joué avec la lumière. Bruce jouait avec sa casquette qui lui rappelait un peu le masque qu’il portait dans les folles années de sa jeunesse. Dans sa poche, un double de la clé de sa dernière Batmobile le rassurait et il vérifiait souvent qu’elle était toujours là. Quant à Peter, il regardait au loin, les yeux perdus dans ses souvenirs, à la recherche d’une éventuelle araignée qui pourrait s’aventurer.
Ils n’osaient pas se regarder, ni même se parler. Ils savaient que le moindre mot de travers pouvait déclencher une bagarre dont ils ne mesuraient l’ampleur.
Alors Superman, Batman et Spiderman s’ignoraient, tout simplement. Obligés de s’asseoir côte à côte sur le seul banc devant la maison de retraite des mimosas, sans rien dire, sans se regarder.
Au repas de ce soir, qui allait s’asseoir près de Superwoman ? Il y aurait forcément un élu et deux déçus. Dans une heure, après le feuilleton, il sera bien temps d’y penser.

© Amor-Fati 22 janvier 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr