octobre 13

8 records

L’enfant s’approcha du vieillard assis dans les gradins. L’homme finissait son repas et buvait un peu de thé sucré qu’il conservait dans un thermos. A ses pieds, une assiette contenant des noyaux d’olives, une croute de pain et trois queues

de radis. Quelques grains de riz restaient collés sur le rebord.

Tu vas bien Monsieur ? demanda l’enfant venu d’on se sait où.

L’homme, originaire de Beas Pind en Inde resserra le turban jaune qu’il portait sur la tête, posa lentement la bouteille isotherme, se leva avec la plus grande attention et prit la main de l’enfant. Elle était minuscule et frêle dans sa grosse main ridée.

Ensemble, ils descendirent les gradins de béton et arrivèrent sur la piste rouge du stade britannique.

– Oui, très bien, répondit le vieil homme. Sais-tu que j’ai plus de cent ans ?

– Cent ans ? C’est beaucoup Monsieur ?

– Oui, petit, c’est beaucoup. Peu d’humains arrivent à cet âge.

– Tu es vieux alors. Qu’est-ce que tu fais ? Tu restes chez toi ?

– Oh non, surtout pas… Tiens, si tu veux, je vais te dire un secret…

– Bien sûr, répondit le petit.

– Tu deviens vieux si tu restes chez toi et que tu ne bouges pas. Si tu restes immobile, la maladie et le malheur viendront sur toi, et c’est facile de t’atteindre, puisque tu es assis sans te remuer.

– Je comprends. Alors, tu sors ?

– Oui, et pour que le malheur ne me rattrape pas, je cours.

– Tu cours ?

– Oui, tous les jours et presque toute la journée.Le malheur est tombé sur moi un jour, il y a plus de 20 ans. Depuis, il n’y arrive pas puisque je cours plus vite que lui.

– Tu as couru ce matin ? demanda l’enfant.

– Oui, beaucoup. Et j’ai couru très vite.

– Tu reviendras ici demain ? Je te verrai encore ?

– Non, demain, je pars de l’autre côté de la terre, avec un avion.

– Ou ça ?

– Au Canada.

– Tu vas faire quoi là-bas ?

– Je vais courir.

– Encore ?

– Oui. Courir, c’est ma vie. Et puis après, je reviendrai ici. Reviens mercredi prochain, je serai là. Je t’apprendrai à courir, si tu veux. Maintenant, laisse moi, il y a des messieurs qui veulent me voir courir cet après-midi, et j’ai besoin d’être seul un moment.

– Au revoir Monsieur.

– Au revoir, petit.

L’enfant déposa un baiser sur la main du vieil homme et s’éloigna respectueusement,sans bruit.

– Petit……

L’enfant s’arrêta et se retourna.

– Oui ?

– Souviens-toi, petit. Si la gazelle court plus vite que le tigre, jamais il ne l’attrapera. »

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La même journée du 13 Octobre 2011, Fauja Singh, 100 ans et six mois, a battu sept records du monde d’athlétisme dans la catégorie des plus de 100 ans: 100 mètres : 23 s 40, 200 mètres : 52 s 23, 400 mètres : 2 min 13 s 48, 800 mètres : 5 min 32 s 18, 1 500 mètres : 11 min 27 s 00, 3 000 mètres : 24 min 52 s 47, 5 000 mètres : 49 min 57 s 39 et devient ainsi le papi le plus rapide du monde.

Trois jours plus tard, le 16 octobre, il bouclait le marathon de Toronto en 8h 25 min 16 s. Il est le seul homme de plus de 100 ans à avoir terminé un marathon. Il est toujours vivant, continue à courir et s’est allié à la cause des enfants malades à qui il lègue tout ce qu’il reçoit.

Chapeau bas…

© Amor-Fati 13 octobre 2012 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


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Ecrit 13 octobre 2012 par Amor-Fati dans la catégorie "Fiction", "Histoire réécrite", "Hommage

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