octobre 19

Un ballon à la Folie-Titon

La foule était venue nombreuse sur la place principale de la manufacture. La Folie-Titon n’avait jamais connu pareille affluence depuis sa construction plus d’un siècle plus tôt.Les parisiens s’étaient levé de bonne heure et étaient arrrivés de bon matin pour assister à l’événement. On racontait que le Roi allait sûrement venir. Il était déjà présent, le mois dernier, à Versailles.

« Jean-Baptiste, déclara Joseph-Michel, vous ferez le coq !!! Honneur au propriétaire des lieux, vous monterez le premier…

– Cela ne me sied guère pour le coq, mais puisque vous me l’ordonnez, qu’il en soit ainsi.

– Allez-y, montez !

Jean-Baptise ouvrit la petite porte et entra dans l’habitacle. Le fond était encombré de cordages et de sacs de sable.

– Jean-François, hurla Jacques-Etienne, Jean-François !!! Mais où est-il encore passé ?

– Aucune idée, il a disparu, il était là il y a cinq minutes à peine.

Sortant d’un bosquet du jardin de la Folie-Titon, Jean-François apparut. Il éait pâle et ne semblait pas en bonne forme. Il était visiblement dérangé.

– Des problèmes ? demanda Jacques-Etienne.

– Non, Monsieur, non, aucun, une petite indisposition passagère, rien de plus.

– Etes-vous sûr de vous sentir en état ? Ce sera peut-être un peu difficile, vous le savez..

– Je m’y suis engagé, je m’y tiendrai.

– Alors, montez immédiatement, vous vous mettrez à la place du mouton du mois dernier, comme prévu…

A petits pas, tout en reniflant et en essuyant son gilet souillé, Jean-François Pilâtre de Rozier monta dans le panier.

Le brûleur donnait à plein. Le ballon, terminé depuis à peine quelques jours était déjà fortement gonflé et une vingtaime d’hommes musclés et charpentés le retenaient de toutes leurs forces pour éviter qu’il ne se décroche des pieux profondément ancrés dans le sol. La poussée était déjà importante. Les hommes transpiraient, mais ils tenaient. Cette poussée était de bon augure. Elle montrait déjà la puissance de l’engin et sa volonté de s’élever haut dans le ciel.

– Il ne nous manque plus que le Canard…Giroud, c’est vous qui devez prendre la place du Canard, dépêchez-vous voyons, il est plus que temps…  »

Les hommes n’en pouvaient plus, une bonne moitié déjà avait lâché prise et le ballon commençait à s’élever. Giroud de Villette sauta dans la nacelle. Les hommes épuisés donnèrent du mou aux cordes, mais pas question de lâcher complètement. Les pieux pouvaient encore céder. Ce premier vol était un vol captif. On ne pouvait se permettre de laisser les trois hommes s’élever jusqu’à des hauteurs infinies comme on l’avait fait le mois précédent.

Mettant les yeux en visière pour se protéger du soleil d’octobre, Joseph-Michel et Jacques-Etienne Montgolfier regardaient grimper dans le ciel de Paris le premier vol habité par des hommes de l’histoire de l’humanité.

(Le 19 octobre 1783, dans la cour de la Manufacture de la Folie-Titon où il avait été assemblé, le premier ballon à air chaud des frères Montgolfier et de Jean-Baptiste Réveillon s’élevait dans le ciel de Paris. Il s’agissait là du premier vol habité. Vol captif, le ballon étant retenu au sol par des cordes. A son bord, Jean-Baptiste Réveillon, Jean-François Pilâtre de Rozier et Giroud de Villette, les trois premiers « aéroonautes »… Un mois plus tôt, le 19 septembre, en présence de Louis XVI, le premier vol habité (par un coq, un canard et un mouton) était monté jusqu’à 480 mètres d’altitude.)

© Amor-Fati 19 octobre 2012 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


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Ecrit 19 octobre 2012 par Amor-Fati dans la catégorie "Histoire réécrite

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