novembre 21

Une nomination tant attendue

C’est le premier jour de sa nouvelle charge. Il s’installe à son bureau. C’est que le combat a été rude pour en arriver là où il en est. Il a fallu qu’il en fasse des courbettes et des signes de bonne volonté pour être enfin accepté. Depuis des mois, il n’a pas compté les kilomètres sur les routes, les nuits dans des auberges de province pas toujours nettes, les réunions politiques publiques et privées, un nombre incalculable de mains à serrer. Tout cela pour que ses conseillers l’apprécient et voient enfin en lui l’homme providentiel.

Satisfait, il s’installe dans son fauteuil et prend un rafraichissement, heureux de savourer enfin sa victoire. Hier, la  journée a été longue. L’incertitude a longtemps plané, et même s’il croyait en ses chances d’être choisi, il a longuement attendu que son nom soit enfin prononcé. Ses adversaires ont été matés, du moins pour un temps, pense-t-il. Il va quand même falloir être méfiant. Se méfier de tout le monde, conservateurs et réformateurs.

C’est que la politique est chose difficile et délicate. Il faut de la diplomatie, du tact. Savoir écouter, prendre, laisser, toujours faire croire à l’interlocuteur qu’il a été entendu. Et par ces temps de crise, les tensions sont nombreuses et les susceptibilités exacerbées. L’économie est au plus bas, le chômage connaît depuis des mois un pic rarement atteint, les français sont malheureux, ont du mal à joindre les deux bouts, et la révolte gronde. Pas vraiment déclarée, mais il suffirait d’une petite étincelle pour que les gens sortent dans la rue. Et là, qui sait ce qu’il pourrait arriver…

En plus de cela, la nouvelle religion récemment arrivée en France entraîne un état d’esprit assez partagé. Ce nouveau culte a du mal à faire sa place dans le pays. Ses adeptes sont regardés d’un mauvais œil et peu considérés. C’est tout juste si on ne leur interdit pas de prier dans des lieux spécialement construits pour cela.

Le chef de l’Etat n’a pas beaucoup d’expérience. Il a, récemment,  commencé à prendre des décisions qui sont loin d’être populaires. Son arrivée au pouvoir avait été signe d’un grand espoir. Mais les gens sont déçus et quelques-uns regrettent ouvertement son prédécesseur. Il a grand besoin de conseillers pour l’aider à mener la tâche qui est la sienne.

Il se lève enfin, s’étire, baille. Il a besoin de sommeil, les nuits précédentes ont été courtes et agitées.

Ce vingt-et-un novembre, premier jour de sa charge est le plus important de sa vie.

Il ouvre la porte qui mène à son secrétariat. Le secrétaire général est assis à son bureau, la tête perdue dans une tonne de papiers.

« Y a-t-il du courrier à signer aujourd’hui ? demande-t-il. Ah oui,, je vois là le parapheur. Je le prends, passez le rechercher dans cinq minutes. »

Tout s’est passé en un éclair. Le secrétaire est tellement absorbé par sa tâche qu’il a à peine levé la tête.

Il retourne à son bureau, s’assied, ouvre le dossier de cuir, lit la première feuille. C’est la confirmation écrite de sa nomination.

Il tend la main, saisit la plume trempée dans l’encrier et avec un sourire de satisfaction, appose sa belle signature : De Richelieu.

(Le 21 Novembre 1629, Armand du Plessis de Richelieu devient officiellement le premier conseiller du roi Louis XIII.)

 

 

 

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Ecrit 21 novembre 2012 par Amor-Fati dans la catégorie "Non classé

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