février 14

Accusé à tort

valentin

– Capone, Alphonse, né le 17 Janvier 1899 à New-York.

– …

– Le 14 février, vous dites ?

– …

– Non, Votre Honneur, je ne vois pas de quoi vous voulez parler. Le 14 février, j’étais en Floride, sur la plage.

– …

– Oui, je connais Chicago, évidemment, mais pas plus que ça. Comme tout le monde quoi.

– …

– Jack Mac Gurn ? Non, je ne vois pas de qui il s’agit.

– …

– Comment vous dites ? Il était surnommé « La sulfateuse » ? Ah, c’est cocasse comme surnom. C’est un agriculteur ?

– …

– Ah ? Un truand ? Je ne vois pas pourquoi je connaitrais un truand, je ne suis qu’un petit débitant de boisson, moi. Et encore, pas très fort, et sans alcool, surtout. Vous savez bien que c’est interdit par la loi. Et pour moi, la loi c’est sacré.

– …

– Qui ça ? « Joe la Pétoire » ? Ah, vous faites erreur, Votre Honneur. Non, ça ne me dit rien.

Fred Burke non plus, non.

– …

– On l’appelait « Le tueur » ? Ben dites donc, voilà une série de surnoms pour le moins étranges je trouve.

– …

– Ah quand même… Sept Irlandais tués ? Je comprends que ça vous inquiète. Un accident de voiture ? Une épidémie de choléra en Irlande ? Ah ? A Chicago. Ca alors, c’est étonnant.

– …

– Criblés de balles, vous dites ? Mince alors. Et quel est le rapport avec le fait que vous m’interrogiez aujourd’hui ?

– …

– Ah bon, Vous pensez que ? ……. Que j’y suis pour quelque chose ? Alors là, vous me faites offense, Votre Honneur.

– …

– Mais non. Demandez à ma femme, le 14 février, nous étions en Floride en amoureux. Il y a longtemps que nous n’étions pas partis rien que tous les deux. Les affaires, vous comprenez. Et puis moi, je suis un sentimental. La Saint Valentin, c’est sacré. Je n’en ai jamais raté une. Toujours un bouquet de fleurs, un petit mot gentil et un baiser à ma dulcinée le matin au réveil.

– …

– Ah, il y a un rescapé ? Le chef de leur gang. Merde, ils l’ont raté…

– …

– Hein ? Non, je n’ai rien dit. Et cet homme-là vous a dit « Il n’y a que Capone pour tuer comme ça ? ». Je vais l’attaquer en diffamation. Mais bon, peut-être parle-t-il d’un autre Capone ? Vous savez, j’ai connu un Albert Capone à Chicago aussi. A mon avis, c’est une méprise.

– …

– Voilà, voilà… Sur ce, Votre Honneur je vais rentrer chez moi…  Vous êtes persuadé que j’ai fait quelque chose de mal ?  En Floride ? Les fleurs pour ma femme, je les ai payées. Je dois encore avoir le ticket de caisse. Je vais aller le chercher, je vous le montrerai. 2 dollars quarante-cinq, je me souviens bien.

– …

– Le quoi, vous dites ? Le Massacre de la Saint Valentin. Non, décidément, j’ai beau chercher, je ne vois pas.

– …

– Désolé…

– …

– Non, ne vous excusez pas. Ya pas de mal. Tout le monde peut se tromper.

– …

– Au revoir, Votre Honneur. Et bonjour chez vous.

 

(C’est pourtant bien Al Capone qui a commandité le massacre de la Saint-Valentin le 14 février 1929 à Chicago, même s’il n’était effectivement pas physiquement présent. Il se trouvait alors en Floride. Sept personnes du gang de North Side (à prédominance irlandaise) ont été mitraillées par les membres du  South Side (à prédominance italienne). Bugs Moran le chef de North Side n’est pas tombé sous les balles des tueurs. Il mourra en prison en 1957.  A noter qu’il existe deux autres événements nommés Massacre de la Saint Valentin : le 14 février 1349 à Strasbourg et le 14 février 1952 en Guadeloupe.)

© JM Bassetti 14/02/2013 Tous droits réservés.

© Amor-Fati 14 février 2013 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


Copyright 2018. All rights reserved.

Ecrit 14 février 2013 par Amor-Fati dans la catégorie "Fiction", "Histoire réécrite", "Uchronie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *