Catégorie : 1000

Ecrire aux temps du Corona (jour 22) Carcajou

Un petit 1000 caractères aujourd’hui !!

 

C’était notre petit coin à nous, les trois nanas. C’est là qu’on a fumé nos premières clopes, bu nos premières bières, embrassé nos premiers petits amis. C’est là que j’ai passé ma première après-midi d’amour avec Florent.

On n’a jamais su d’où venait ce bateau, parce qu’il n’y a pas la mer ici. Un lundi matin, en partant au collège, il était là, à cet endroit exact, alors qu’il n’y avait rien le dimanche soir. Personne n’a rien compris. Il était un peu plus droit que maintenant, on arrivait à tenir dessus et à entrer dans la cabine.

D’autres bandes ont voulu se l’accaparer mais Caro, Cathy et moi, on avait déjà mis le grappin dessus. Comme les gars font des cabanes dans les bois. Nous on avait notre bateau mystérieux.

Tous les week-ends on allait y trainer, au lieu d’aller au bistrot. Chacune notre tour, on faisait les courses avec notre argent de poche et on achetait de quoi passer un bon dimanche après -midi.

On a cherché à lui donner un nom. Je crois que c’est Caro qui a eu l’idée de le baptiser du début de nos trois prénoms : Caroline, Catherine et Jouhanne.

Carcajou.

Demain, une grue viendra l’emporter parait-il, pour l’emmener à la casse.

Elle emportera nos souvenirs et notre jeunesse avec.

1000 caractères.

PS : Oui oui, ça existe Jouhanne, j’ai vérifié…


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
Commentez si vous voulez.
Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.


Ecrire aux temps du Corona (jour 18). A la Saint Constantin

Atelier d’écriture proposé par le site Bricabook.

Les règles du jeu ont changé chez Bricabook. Mais je n’adhère pas à ce nouveau concept. Je continue donc comme avant, à écrire mon petit texte sur la photo proposée. Merci  à Alexandra de continuer à fournir une photo par jour.

Un petit mille caractères aujourd’hui. Ca faisait longtemps !!!

Bonne lecture.


Il était parti depuis si longtemps !

Il lui avait dit « Je reviendrai un matin de printemps avant que tu ne commences ta journée. De la Sainte Clémence à la Saint Constantin, attends-moi au bout du chemin. Si je ne suis pas là quand le soleil dépasse la montagne, c’est que ce ne sera pas le jour. »

Elle était encore petite fille à l’époque. Il lui avait dit ça avant de partir, elle ne sait même pas où. Derrière la montagne pour chercher du travail, ou pour rejoindre un amour.

Quand on est petite fille, on ne se pose pas de questions.

Tout ce qu’elle savait, c’est qu’il était parti.

Que ses bras lui manquaient, que sa grosse voix ne résonnait plus dans la maison, que ses baisers ne réchauffaient plus ses sommeils d’hiver.

Que sa mère était triste et fatiguée, qu’elle ne chantait plus le soir en cousant près du feu.

Alors, dès le matin de la Sainte Clémence jusqu’à l’orée de la Saint Constantin, elle venait là, au bout du chemin, et elle scrutait le chemin qui descendait de la montagne.

Elle le reconnaitra son papa, même de loin.

Saint Constantin,, c’est demain. Il y a encore un espoir de le revoir avant l’été.

Il reviendrait, elle en était sûre.

Un matin de printemps, avait-il dit.

Sans préciser l’année.

1000 caractères.


Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
Commentez si vous voulez.
Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.


Écrire aux temps du Corona (jour 4): Les négatifs oubliés.

Jour 4. Des photos bien différentes, des textes bien différents.

Et toujours sans jamais parler du méchant Corona !!

Bonne lecture, merci de vos commentaires.


Comme tu étais belle !

En rangeant le grenier ce matin, je suis tombé par hasard sur une boite de chaussures, ou de bottes plutôt, vu la taille. Je l’ai ouverte et j’ai découvert ces albums de négatifs que nous avions cachés il y a au mois quarante ans. Des films développés. Des photos jamais tirées.

Des photos interdites, juste pour nous.

Toi, moi.

Sur la plage de Plougrescan, derrière les rochers de Gwin-Zegal. Dans les recoins interdits de Saint Quay. Derrière la digue de Pors-Moguer.

A l’abri des regards indiscrets.

On dit que la Bretagne est froide, mais nous étions bien, nus sur ces plages.

Comme tu étais belle !

Nos vies ont passé, trop vite évidemment.

Nos corps ont changé, mais les photos sont restées.

Dans ma tête, tu es toujours restée celle que tu étais sur ces images.

J’ai passé la matinée à scruter ces négatifs, un à un, près de la fenêtre, puis à la loupe.

C’est marrant, j’avais l’impression d’entendre ta voix, de t’entendre rire tout près de moi. Comme nous riions tous deux autrefois.

Je vais remettre l’album dans la boite et le remonter au grenier.

Je n’ai pas besoin de photos pour me souvenir de toi.

D’autres les découvriront.

Plus tard.

Comme tu étais belle !

Comme tu me manques !


1000 caractères.

Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
Commentez si vous voulez.
Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.


Écrire aux temps du Corona (jour 3): Mission spéciale.

Un 1000 caractères aujourd’hui !

Bonne lecture et prenez soin de vous !!


Moi, John C, agent de la C.I.A., j’en ai connu des missions. Plus dangereuses les unes que les autres. Je suis allé en Afghanistan rechercher des agents infiltrés auprès des Talibans, j’ai traîné mes guêtres au Liban, en Syrie, en Lybie, en URSS, en Roumanie du temps de Caucescu, en Iran, au Vietnam.

J’ai résolu des énigmes compliquées, déchiffré des messages incompréhensibles aux humains dits normaux. J’ai risqué ma vie sur tous les continents, affronté des pistolets, des mitrailleuses, des hélicos, des drones. J’ai échappé à des tirs de snipers planqués sur les toits. J’ai survécu à des attentats à la bombe, au Plastic.

J’ai eu vingt-cinq noms de code ou pseudonymes. J’ai parlé à des agents dans quarante-sept pays du monde entier.

J’ai tout vu, tout vécu, tout résolu.

Et là, lorsque mon boss m’a donné ma nouvelle mission, je n’en ai pas cru mes yeux. Trop facile, trop enfantin. Un enfant de cinq ans réussirait à la résoudre. Non, mais pour qui me prend-on ? Pour un débutant ? Ou au contraire pour un vieux qu’on met au rebut ?

« Ouvre la porte. A partir de cet instant, tu auras dix secondes pour repérer un point jaune sur fond noir. Place-toi dessus pour le désactiver sinon tout explosera. »


1000 caractères.

Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
Commentez si vous voulez.
Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.


Écrire aux temps du Corona (jour 1): 100 ASA

Bonjour.

Confinement oblige, comme tout le monde, je suis chez moi. Après la lecture, la télé, le ménage, la cuisine, le jardin et la douche, il devrait me rester chaque jour un peu de temps pour écrire. C’est pile au moment où je me disais ça que mon amie Alexandra a eu l’idée de créer « Écrire aux temps du Corona ». L’atelier Bricabook, ça rappelle quelque chose à certains ? J’y ai participé chaque semaine pendant deux ans. Merci à toi Alexandra !!

Alors, voila: une photo un texte.

Et pour commencer, un texte en 1000 caractères !


Un immense voilier à trois mats. Il était là, au loin, majestueux. C’était autre chose que les supertankers et autres immenses pétroliers qu’on avait l’habitude de voir à l’horizon.

Revenait-il des Indes, chargé d’épices ?

Revenait-il d’Espagne, les cales pleines de vin du Rioja et d’oranges sanguines ?

Où allait-il ? En Irlande ? Dans les pays baltes, scandinaves ? En Russie ? Au Pôle Nord ?

Quel équipage dirigeait ce voilier ? J’imaginais des marins tatoués, comme on les voit dans les films. Gros bras et tonneaux de rhum. Mon imagination voguait au temps des pirates et des corsaires ! Ah, quand l’imagination travaille ! Des pirates en 2020, ça n’existe pas ! Ça se saurait !

Je l’ai longuement regardé, admiré. J’ai rêvé de longues minutes devant ses voiles bariolées gonflées par le vent portant.

J’ai alors eu l’idée de le prendre en photo pour que mon père puisse l’admirer, lui qui adore les bateaux de l’ancien temps ! J’ai pris mon Olympus argentique. Comme il y a vingt ans, avant l’arrivée du numérique. Kodak 24 poses. 100 ASA. Dernière photo de la pellicule. Pas de droit à l’erreur. Il fallait qu’elle soit réussie.

Pourquoi ma fille est-elle arrivée juste au moment où je déclenchais ?


Comme moi, vous l’avez vu ce bateau ?

Voilà…. A chaque jour suffit sa peine.
Commentez si vous voulez.
Portez-vous bien.
Prenez soin de vous.
Et des autres.
A demain.


Elle m’avait dit…

Habitués de ce blog, vous le savez que le lundi, c’est le jour de Leiloona et de sa photo à commenter, à inventer. Ce lundi ne déroge pas à la règle. Voici ma copie de ce jour d’été, si l’on en croit plus le calendrier que la météo.
Les textes de mes camarades sont ici.

arcElle m’avait dit :
« Je ne sais pas si je t’aime toujours. Je préfèrerais que l‘on fasse un break de quelques semaines. Pour me permettre de réfléchir, de peser le pour et le contre. Savoir si notre histoire a un quelconque futur. Je dois me poser les bonnes questions et espérer les bonnes réponses.
Je lui avais dit :
– Ne me fais pas attendre trop longtemps, la vie n’est pas si longue que ça, les jours deviennent vite des semaines et les mois cumulés se comptent en années.
Je lui avais dit :
– Sors de ta vie terne en noir et blanc. Je t’en propose une nouvelle, pleine d’imprévus, pleine de projets, de musique. Une vie en couleurs. Si tu veux bien me suivre, tu ne le regretteras pas.
Elle m’avait dit :
– Je te préviendrai. Si mon cœur veut bien te suivre, si tes couleurs me tentent, tu le sauras très vite. Mais pour l’instant, je suis perdue. Trop de choses en même temps.
Je lui avais dit :
– Oui mais comment ?
Elle m’avait dit :
– Je ne sais pas encore, attends,  je te ferai signe. »

1000 signes !!! espaces comprises.


Trois fois rien !

euroUn Euro ce n’est rien !
C’est devenu la base de notre monnaie, comme l’était la pièce de Un Franc il y a vingt ans.
Une baguette de pain, une pomme, une bouteille d’eau.
Une obole pour un sans-abri.
« T’as pas un euro ? » comme on disait « T’as pas cent balles ? »
Un Euro (ou 0,99 €), c’est le prix de mon livre « La lumière de l’ange gardien » que je publie sur Amazon.
Un Euro, autant dire trois fois rien…
En un peu plus de deux ans, j’en ai vendu vingt-sept.
Soit environ un exemplaire par mois !
Depuis hier matin et jusqu’à ce soir, ce même livre est gratuit, pour une opération promo….
Oui ! Gratuit ! Gratos ! Free ! Zéro Euro !
Rien qu’hier, il a été téléchargé quarante-neuf  fois !
Et déjà dix fois ce matin depuis que j’ai commencé à écrire ce billet !
Peut-être cent cinquante ou deux cents téléchargements avant ce soir.
Pour un bouquin qui coûte trois fois rien d’habitude.
Trois fois rien…
Comme quoi, comme disait le bon Raymond Devos, trois fois rien, c’est toujours quelque chose !

1000 euros….. heu non 1000 caractères…
Et jusqu’à ce soir, vous pouvez toujours le télécharger en allant sur ma page Amazon.

 


O tempora O mores

Depuis deux semaines, j’ai séché l’atelier de Leiloona… Emploi du temps bondé, jardin à mettre en place, chat immobile à vendre ou à proposer. Et si les jours allongent, ils n’ont toujours que vingt-quatre heures ! Aujourd’hui, je m’y suis remis. Je vous propose de venir me rejoindre dans les collines avec mes parents et mon frère.
Tous les textes de l’atelier sont à lire en suivant ce lien. Allez les lire, il y en a des sympas !

tempora

Et voilà où tout cela nous mène !
Il y a bien des années, Paul, Augustine, papa et moi, nous faisions le grand tour pour rejoindre nos chères collines. Nous nous contentions alors de peu de bagages. Juste le nécessaire pour tenir la journée. Et bien souvent nous rentrions sans même avoir changé de linge.
Quel bonheur  de courir avec Lili, d’aller chasser la bartavelle avec Oncle Jules, de déguster les tartes succulentes de maman.
Et puis Bouzigue a changé notre vie. Grâce à lui et à sa clé magique, nous avons pu couper par les châteaux, raccourcir notre route et allonger nos séjours à la campagne.
Papa savait bien que ce n’était pas tout à fait légal, mais il s’en accommodait bien. Et petit à petit, nos bagages se sont alourdis. Moins de chemin, moins de fatigue, comme disait papa. Et puis Lili nous attendait et nous aidait à porter.
Deux bras de plus, ce n’était pas rien, peuchère !
Maintenant, papa est en retraite. Et il a une nouvelle compagne.
Ils partent pour la semaine.
En voiture.
Alors, il n’y a plus de limites pour les bagages.
Samedi, Joseph participe à « L’open des collines », un tournoi de golf international.
Moi je préférais courir avec Lili et embrasser Isabelle.
O tempora ! O mores !

1000 caractères évidemment !!!

 


C’était un dimanche.

Une nouvelle photo de Philippe Lutz pour illustrer mon texte d’aujourd’hui.
N’hésitez pas à visiter son site.

orage

C’était un dimanche, je m’en souviens parfaitement.
Le temps était à l’orage depuis une bonne semaine déjà.
La lumière était sauvage.
Il faisait chaud, très chaud, trop chaud.
On sentait bien que ça allait éclater, que ça allait se gâter.
Sans tarder.
Mes parents avaient décidé de faire une longue promenade dans les vignes près de chez nous. Une sorte d’inspection générale plutôt. Papa voulait vérifier si la date qu’il avait prévue pour les vendanges était la bonne, s’il ne s’était pas trompé, s’il avait toujours le nez.
La récolte promettait d’être bonne. Excellente même.
Les cuves étaient prêtes, lavés, rincées.
Tout était prêt, même les hommes.
Le soleil était bon, les grains déjà bien formés.

Pourvu que l’orage à venir ne vienne pas tout gâter.

C’était un dimanche, je m’en souviens parfaitement.
Le dernier dimanche calme avant que l’orage n’éclate et ne détruise tout sur son passage.
Avant qu’il ne laisse derrière lui que misère et destruction.
C’était un dimanche.
Le 2 août 1914.

1000 caractères. Oui oui…

 


C’était donc là.

J’ai un peu tardé. L’inspiration ne m’est venue que tôt ce matin, après une longue nuit de réflexion. Leiloona va donc avoir un texte de plus sur son atelier de Brica-books.. Mais l’ambiance n’est pas à la rigolade !!
Bonne lecture.

chaise

Merci de me montrer cette photo Monsieur le Commissaire.
Elle me permet de visualiser l’horreur, si j’ose dire.
C’était donc là.
Là que j’ai été retenue vingt-et-un jour et vingt-et-une nuits dans un noir absolu, attachée sur une chaise de bois dans un coin de la pièce, je ne saurais même pas dire lequel.
Si.
Je pense que c’était de l’autre côté parce que la lumière passait légèrement par ce qui est visiblement un Vélux.
Il venait deux fois par jour pour me nourrir et m’emmener aux toilettes.
Toujours liée, toujours avec le bandeau sur les yeux.
Je reconnaissais son pas, d’abord dans l’escalier, puis sur le plancher de bois.
Je ne sais toujours pas qui il est ni à quoi il ressemble.
Il manque cependant quelque chose pour que tout soit complet.
L’odeur.
Celle de la peur et de l’angoisse, celle de la nuit et du noir.
Je me contenterai de cette image pour le moment.
Je ne me sens pas prête à vous y accompagner.
Bientôt.
Quand le jour sera revenu dans ma tête.
Quand je n’aurai plus peur..

1000 caractères de trouille…


Le neveu d’Algernon

Coucou, même de pentecôte, c’est lundi… Atelier de Bricabook.
Pour cette semaine, un atelier un peu particulier, puisqu’il ne s’agit pas d’une photo mais d’un détail d’un tableau de Jérôme Bosch proposé à l’occasion du 500è anniversaire de la mort du peintre. Le but est comme d’habitude d’écrire un texte à partir de l’image proposée. Une exposition en ligne se fera à l’adresse http://jerome-bosch.blogspot.fr/2016/04/l-exposition-inspiree-par-lunivers-du.htmlBonne lecture !!

algernonExpérimentation inoffensive qu’ils disent ? Tu parles ! La dernière fois que j’ai poussé une bille avec mon nez, ça m’a valu une décharge électrique. Il n’est pas question que je fasse quoique ce soit pour les aider. Je vais suivre le tuyau et regagner mon lit.
J’avais un oncle que j’aimais beaucoup. Un jour, on lui a fait une piqûre. Et il a appris pendant des semaines à se balader dans un labyrinthe pour aller chercher un petit morceau de fromage. Il croyait bien faire vu que tout le monde le regardait et l’encourageait. Il voulait faire plaisir au type en blouse blanche qui plaçait le bout de gruyère au bout du parcours de plus en plus difficile. Il est devenu super intelligent, hyper performant. Et un jour, il est redevenu aussi bête qu’il était au début. On lui a ouvert le cerveau pour voir ce qu’il avait dedans. Tu parles d’une récompense !
A la fin, on a fini par lui offrir des fleurs. Des fleurs pour une souris ? Tu parles d’un cadeau. Moi, je préfère un bon morceau de gruyère.

1000 caractères, pile poil… de souris

Ce texte fait référence au libre « Des fleurs pour Algernon » de Daniel Keyes


Gambit

Photo extraite du site http://www.la-photo-du-jour.com/
Merci à Philippe Lutz.

gambit2Il avait certainement un nom, mais personne ne le connaissait. Tout le monde l’appelait Gambit.
A ce qu’on racontait, il avait été prof de maths au lycée Sanghor.
Trois fois par semaine, je passais par le Parc de la Tête d’Or.
Il était toujours là, sur son banc. Les pièces posées sur l’échiquier, il attendait, silencieux. Par défaut il laissait les blancs, ce qui permettait à n’importe quel passant de commencer une partie sans même dire un mot.
Nos parties duraient parfois trois ou quatre jours. Parce que je ne pouvais pas rester longtemps.
Je prenais une photo du plateau avant de partir.
Pas lui.
Quand il me voyait arriver au bout de l’allée, s’il n’était pas occupé par un autre adversaire, il remettait les pièces en place et lorsque je m’arrêtais face à lui, je retrouvais le jeu tel que nous l’avions laissé à mon dernier passage.
Jamais il ne se trompait.
Jamais il ne trichait.
Jamais je n’ai gagné.
Un matin, j’ai trouvé son banc vide.
Il n’y est jamais revenu.
Mat, certainement.


L’infini. Enfin.

Et nous voilà à nouveau lundi. Bonne semaine mes amis. Le lundi, vous le savez, c’est sujet imposé. Cette semaine, c’est une photo de Leiloona elle même qui nous est soumise. retrouvez les autres textes sur le site de Bricabook.
Bonne lecture et à lundi prochain.

infini

La porte s’est ouverte à 9h57. Martha était là, sur le trottoir.
Elle m’a serré dans ses bras. Longuement.
Je l’ai embrassée. Enfin.
Nous sommes montés dans sa voiture.
– Où on va ? m’a-t-elle demandé.
– A l’Ouest. Ma Bretagne. La mer. Voir le soleil se coucher.
Et nous sommes partis. Nous avons roulé plus de six heures. En silence ou quasiment.
On aura le temps de parler.
Plus tard.
Après.
Il fallait que je regarde partout. Je redécouvrais le monde. La tête me tournait. C’était trop d’un coup.
Et puis nous sommes arrivés. Martha a coupé le moteur. Elle m’a dit :
– Va. Va sans moi.
Je suis descendu au ras de l’eau.
Voir la mer.
J’avais besoin d’immensité. Que mon regard se perde et rencontre enfin l’infini. Aucune limite. Que rien n’empêche l’horizon d’être encore plus loin.
Voilà dix ans que mes yeux sont arrêtés par un mur. Que mon univers se limite à neuf mètres carrés.
Dix ans que je n’ai pas vu le soleil se coucher. Ni se lever d’ailleurs.
La fenêtre de ma cellule donnait au nord.

1000 caractères. Pile poil.


Erreur de débutant

Après une semaine de vacances, reprenons nos lundis studieux avec Leiloona. Cette semaine, la rédactrice de Bricabook nous propose une bien jolie photo. Encore une fois, comme il y a deux semaines, j’ai immédiatement trouvé le thème que j’allais développer. En 1000 caractères, comme d’habitude ! Ne restait plus qu’à l’écrire.

© Julien Ribot

© Julien Ribot

Allan était pourtant persuadé que la partie allait tourner. Depuis des années, il connaissait les statistiques, les pourcentages de chance et de malchance. Il connaissait toutes les ficelles, tous les trucs. Et puis quoi ? Un petit moment d’égarement, juste un petit instant.
Parce qu’Allan était un homme après tout, rien qu’un homme, avec ses forces et ses faiblesses. Juste l’espace de quelques secondes, il avait tourné la tête, comme attiré, comme hypnotisé. Et il avait dû rater quelque chose. Une carte avait échappé à sa vigilance, lui habituellement si attentif à tout ce qui passait. Un valet certainement. Et la Quinte flush de Mathieu, il ne l’avait pas vu arriver.
Maintenant qu’il était à pied, qu’il avait laissé sur le tapis vert la clé de sa Porsche, il avait tout le temps de profiter du Paris pluvieux des petits matins, des pavés mouillés. Il avait tout le temps de repenser au joli petit cul moulé dans un pantalon blanc qui lui avait fait tourner la tête. L’espace d’un instant.

1000 caractères.


Le grand partage.

«Je ne sais pas encore si j’écrirai lundi prochain, mais je ne voulais pas que vous vous sentiez abandonnés d’atelier … Voici la photo. Comprenne qui pourra.» Voilà le message que Leiloona nous a laissé mardi pour l’atelier de cette semaine. Encore une fois, dès que j’ai vu la photo, j’ai su ce que j’allais écrire, du moins de quoi elle allait parler. C’est amusant comme parfois les photos ne m’inspirent pas du tout, parfois elles me parlent immédiatement….
Tous les textes des participants sont à lire sur le site de Brica Book.

yalta2

Voilà. C’est terminé. Le conflit mondial qui déchirait la planète depuis dix longues

années a connu ce matin son dénouement.
Enfermés dans la bibliothèque de l’université de Greenwitch, c’est symboliquement à minuit heure GMT que les chefs des cinq puissances mondiales ont poussé ensemble la double porte « ouvrant sur un jour nouveau pour l’humanité ».
C’est en ces termes qu’ils ont annoncé la naissance d’une nouvelle ère pour les siècles à venir.
A l’instar de la conférence de Yalta en 1945, la conférence de Gafam, autrement appelée Yalta 2 a scellé le partage du monde entre les cinq grands qui se livraient depuis trop longtemps une guerre sans merci dont seuls le temps et  l’histoire dénombreront le nombre de victimes, qu’elles soient directes ou indirectes.
Espérons maintenant qu’au temps des beaux discours et des belles intentions succédera celui d’un quotidien meilleur où chaque habitant de notre Terre trouvera son compte.
Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft sont, officiellement depuis ce matin, les maîtres du monde en charge du destin de chacun.
Mais Twitter, exclu du partage, n’a pas dit son dernier mot et attend le premier faux pas pour relancer le conflit.

1000 caractères, mais espaces non compris cette fois, contrairement à mes autres 1000 caractères…


La malédiction de la Caisse 8

caissePourquoi, quand je fais des courses, je tombe toujours sur LA caisse merdique ? Vous savez, celle que vous choisissez parce qu’il y a peu de monde. Juste deux personnes avec des caddies presque vides alors qu’à côté, il y a cinq messieurs-dames avec des courses pour quinze jours.
Et régulièrement, il manque une référence, le client n’a pas pesé ses tomates, parce qu’il croyait que c’était à la pièce, il n’a pris qu’un seul avocat alors que la promo, ça ne marche que par lots de deux… Ou le prix n’est pas le bon, le ticket de réduction n’est plus valable.
Alors on appelle le responsable parce que le scan a bipé deux fois et il faut faire une annulation.
Et pour finir, la carte bancaire du client précédent ne passe pas, il faut frotter la puce, le rouleau de caisse arrive à la fin et il faut le changer, le code n’est pas le bon, le chèque est corné.
Ce matin encore, c’était l’enfer.
Existe-t-il des korrigans, des lutins maléfiques qui me guideraient vers ces caisses ?
Rien n’est exclu.

1000 caractères.


Ça pas de bon sens ça… (diraient les Québécois)

Puisque Philippe Lutz m’a donné son accord, je ne vais pas me gêner pour recommencer. Une autre photo m’a bien plu. Avec immédiatement un décalage évident entre l’esthétique de cette usine et la situation sociale actuelle.
Son site, c’est www.la-photo-du-jour.com, qu’on se le dise !

usine-rose

Photo : Philippe Lutz

Tout ça pour ça. C’était bien la peine tiens !
Un chantier de plusieurs milliers d’euros.
Des heures de discussion, des commissions et des sous-commissions, des débats et des désaccords.
Sans compter les rencontres avec les ouvriers, les réunions de mi-chantier pour faire le point, des heures ajoutées le week-end pour que tout le monde puisse venir en même temps.
Les rencontres avec les syndicats. Avec les représentants des personnels non élus. Avec les collectivités locales. Avec la mairie, le conseil général et le conseil régional.
Avec le député.
Tout ça pour ça.
Pour nous annoncer un plan de délocalisation à court terme. Sans licenciement sec. Délocalisation et pas de licenciement, ça ne va pas ensemble! Comment ils vont faire, bordel ? Attendre que les jeunes partent à la retraite ?
Se foutent bien de notre gueule, comme d’hab.
Ah ça valait bien la peine de causer pendant des heures pour choisir le rose qui allait encadrer les fenêtres !
Ça pas de bon sens ça, moi je vous le dis.

1000 bons caractères.


Rendez-vous à 17 h00.

En fouillant sur le net, j’ai découvert un site magnifique qui se nomme « La photo du jour« . J’ai regardé la photo d’aujourd’hui, j’ai ouvert mon traitement de texte et comme je le fais le lundi avec Leiloona, j’ai cherché ce que je pourrais bien écrire sur cette photo. Un texte un peu décalé, un peu surprenant et en 1000 caractères comme j’aime le faire.
Cliquez sur la photo de Philippe Lutz, d’abord pour la voir en grand, puis pour passer un moment sur son site à admirer ses superbes clichés.

rendez-vous

Photo de Philippe Lutz

Je lui avais donné rendez-vous à dix-sept heures.
Quand j’entrai dans le bar, elle était déjà là, à côté de la porte de la place Saint Paul, face à une tasse à café vide, son téléphone posé sur la table. Je me demandai si c’était bien elle, mais vu qu’elle était seule, le doute n’était pas possible. Sur l’annonce, elle avait noté qu’elle était de nature joyeuse, joueuse, qu’elle aimait la fantaisie et les voyages. Elle avait indiqué que l’âge l’importait peu, que toutes les expériences nouvelles étaient bonnes à prendre et que l’exentricité ne lui faisait pas peur. De mon côté, je lui avais demandé si elle accepterait de coucher chez moi ce soir même, si elle faisait l’affaire. Elle m’avait dit que oui, sans problème, à condition que sa première impression soit bonne.
Bref, nous étions condamnés à nous plaire mutuellement.
Je remontai le col de mon manteau et m’approchai d’un pas assuré.
« Bonjour, lui dis-je. Je suppose que vous êtes la nourrice que j’ai contactée pour mes enfants ? »

1000 caractères. Les commentaires sont les bienvenus.


Espoir et renaissance.

Nous sommes lundi, vous n’êtes pas sans l’avoir remarqué. Et le lundi, bien souvent, nous sommes une bonne dizaine à travailler sur une photo du site Brica Book, proposée par Leiloona. Merci encore à elle de nous proposer ce petit travail hebdomadaire. Allez lire ce que les autres ont écrit sur la page du site.
Moi, elle m’a inspiré espoir et renaissance.

bric

Que fait-elle là ? Je suis venu ici mille fois, sur les restes de la ville engloutie et jamais je ne l’ai vue. Par quelle grâce, par quel moyen hors du temps et de l’entendement est-elle arrivée ici ? A-t-elle été crachée cette nuit par le volcan, discrètement, sans bruit ? Pourquoi suis-je passé ici la semaine dernière et ne l’ai-je pas vue ? A moins que ce ne soit un mirage, une image virtuelle posée ailleurs et retransmise ici par quelque moyen magique et incompréhensible du simple humain que je suis.
Comme ça, on dirait le visage de la statue de la liberté. Sans sa couronne, sans sa torche. Sans son sourire. Sans son charisme. Sans sa liberté…
Est-ce le signe d’une liberté perdue ? De notre liberté perdue ? La liberté ici dans un paysage de désolation évoquant la mort et la destruction.
Ce serait un drôle de symbole.
Symbole d’espoir dans ce cas.
Reconstruire.
Reconstruire sur les ruines de ce qui ne fonctionne plus.
On pose tout sur le sol. On regarde devant soi.
Et on recommence.

1000 caractères.


Dormir… dormir…

moutonsImpossible de dormir ! Il est cinq heures, je dois me lever à sept pour aller travailler, et me voilà assis devant mon ordi à écrire ce petit texte de mille caractères, une tasse de café fumant près de moi.
J’ai laissé mon bouquin ouvert hier soir. Quelques pages avant de m’endormir, comme je le fais souvent.
Un roman d’aventures.
Un bouquin prenant.
Passionnant.
A tel point qu’il m’empêche de dormir.
Depuis que je suis couché, c’est une ronde sans fin des personnages du roman. Ils vont, ils viennent, font un peu ce qu’ils veulent, changent d’avis, changent même de nom et de nationalité.
C’est la grande ronde des premiers rôles.
Et bien évidemment, quand un livre me passionne, j’essaie d’imaginer la suite ! Que va-t-il se passer ? Que va-t-il dire, que va-t-elle faire ? J’échafaude des hypothèses.
Et puis non, ça ne tient pas !
Alors, je recommence !
Et ils dansent, et ils tournent.
Ah lala, c’est vraiment difficile d’écrire un roman, quand on ne sait pas soi-même comment il va finir !

1000 caractères.

PS : Mais cette insomnie a été nécessaire, car maintenant je sais… je sais tout… mais je ne vous dirai rien…

Pour lire le premier tiers du roman, c’est ici….. et on peut même s’abonner pour recevoir la suite, deux fois par semaine (lundi et jeudi).


Pourtant, j’étais motivé.

heure deteCe matin, je voulais retourner le jardin, faire un jogging (il doit y avoir vingt ans que je n’ai pas couru), aller à la messe, faire mes carnets, apprendre à tricoter, à me servir d’une machine à coudre, faire une aquarelle du Mont Saint Michel, lire un bouquin de Proust, regarder les Anges de la Téléréalité, aller dire bonjour à Bertrand, téléphoner à Christiane, aller au marché en patins à roulettes, finir d’écrire mon bouquin « Allers retours » qui est resté en plan, faire un baba au rhum, ranger les outils, descendre à la cave pour monter les étagères, nettoyer la cabane de jardin, passer l’aspirateur dans la cuisine, préparer ma classe pour mercredi et vendredi (histoire d’être tranquille).
Et en allumant la radio pendant que mon café coule, j’entends quoi aux infos ? Qu’à deux heures, il était trois heures ? Qu’aujourd’hui, on perd une heure ? J’aurai jamais le temps de faire tout ce que j’avais prévu.
Dommage, j’étais bien décidé pourtant !
Allez, je retourne dormir une heure !

J’ai quand même eu le temps d’écrire un petit texte en 1000 caractères !

12717595_10207316555805423_2708460817656494125_n


Pourquoi 1000 caractères ?

1000J’adore ce format de mille caractères sur lequel je travaille actuellement. Ça s’appelle une micro-nouvelle. Il est plaisant à écrire et plaisant à lire.
Tu dois aller directement  à l’essentiel. Garder des détails pour le plaisir du lecteur, pour créer une ambiance, mais ne pas en dire trop pour lui laisser le bonheur de deviner entre les lignes, entre les mots. Garder quelques caractères pour la chute. Brève forcément.
Et une fois que tu as fini, tu recomptes les caractères, tu ajustes, au mot près, à la lettre près. Tu changes un prénom, un nom de rue, une ponctuation, un nom, un verbe, un temps. Mais tu ne triches pas, en ajoutant des espaces par exemple.
Tu passes dix, vingt minutes à regarder où tu pourrais ajuster pour gagner ou perdre un caractère. Tu relis encore et encore jusqu’à ce que ça colle exactement.
Et quand tu vois apparaitre 1000 tout rond, tu t’appuies sur le dossier de ton fauteuil et tu relis une dernière fois ton texte.
Pour le plaisir.
Et tu penses au prochain.

1000 caractères, évidemment !

Pour ceux qui aiment ce format, je suis en train d’écrire un roman intitulé 100000 signes.
Vous pouvez le lire au fur et à mesure de son écriture (à raison de 2 par semaine) sur le site
http://www.100000signes.fr/

Et vous pouvez même vous abonner pour le recevoir dans votre boite mail…


Le casse du siècle

Valise-Hauptstadtkoffer-300x300Il avait préparé son coup de longue date. Il en avait parlé à son frère et avec des copains. Ils l’avaient vu faire une fois, dans un épisode de Navarro. Peu de risque pour un gros bénéfice assuré. Téléphone portable, appareil photo, ordinateur ? On ne savait pas ce qu’on allait gagner, mais sûrement gros !
Assis à sa place, il observait attentivement les voyageurs fatigués de leur journée se reposer en regardant paresseusement le paysage défiler. Il se leva et se rendit aux toilettes. En passant, il jeta un coup d’œil sur la droite et repéra les quatre valises posées sur la grille métallique. Il fit immédiatement son choix. La petite noire serait la plus simple à prendre.
Il l’attrapa et descendit.
Le cœur battant, il la déposa sur le capot de sa voiture.
Fébrile, il ouvrit la précieuse mallette.
Trente livres identiques, une boite de cartes de visite et un fond de calva.
Lui qui détestait lire !
Il saisit la bouteille.
Juste de quoi se saouler la gueule pour oublier ce pitoyable vol.

1000 caractères.

C’est exactement ce qui m’est arrivé hier soir en rentrant du salon du livre de Paris. Ma valise contenant mes bouquins et tous les ouvrages dédicacés de mes amis n’était plus sur l’espace valises…. Et le fond de calva ? C’est vrai aussi !!


A Valérie Pion

Oujamaiti, Valérie Pion, je suis venu au même concert que toi. Non, je ne te connaissais pas avant.
Oui, tous les deux nous apprécions le même chanteur. Il s’appelle Yves Jamait, et comme toi, ça fait plusieurs fois que je me déplace pour l’applaudir, je t’ai entendu le rappeler à ton mari au début du concert.
Oui, Madame Pion, je sais que tu connais ses chansons par cœur, de la première du premier album à la douzième du sixième. Tu es une grande fan, une fidèle de la première heure. Ton mari a la même casquette que le chanteur d’ailleurs, c’est tout dire.
Mais il y a une chose qui a dû t’échapper Valérie. Et qui ne m’a pas échappée à moi. C’est que c’est lui que je suis venu écouter. C’est pour l’écouter chanter, lui, que j’ai payé vingt euros.
Pas pour t’écouter toi.
Et pendant tout le concert, tu as chanté, bien plus fort que lui, légèrement en décalage d’une seconde, histoire de lui montrer que tu connais bien les paroles.
Tu m’as hurlé dans les oreilles.
Et moi, ça m’a gonflé !
Grave !

1000 caractères pour Valérie Pion


Les ballons rouges

rougeIl est des images qui ne vous quittent pas. La semaine dernière, dès que j’ai vu le vieux monsieur coincé entre les deux marronniers, je me suis dit « C’est Batman ». Immédiatement. Je ne sais pas pourquoi. Et l’idée ne m’a pas quitté jusqu’à ce que je la mette en mots.
Mardi, lorsque Leiloona m’a envoyé la photo de cette semaine, je me suis dit
« Je n’ai pas eu de ballon rouge
Quand j’étais gosse dans mon quartier.
Dans ces provinces où rien ne bouge,
Tous mes ballons étaient crevés. »
J’ai essayé d’écrire autre chose, mais Lama ne m’a pas quitté. L’image était trop forte. Alors mon clin d’oeil de cette semaine, il est pour Serge Lama qui a bercé mon enfance, qui a enchanté ma soeur, que je chante toujours par coeur dans la douche le matin. Qui était si proche de Barbara que j’aime tant.
Lundi, c’est l’atelier de Bricabooks. Les autres textes sont sur cette page.
Bonne lecture.

 

Le chanteur boîte dans le couloir.
Il vient de boire un verre d’eau pétillante, de respirer longuement. Plusieurs fois face au miroir. Comme chaque soir. Quelle que soit la ville. Ce sont des rituels. Faire les mêmes gestes dans la loge, toujours les mêmes.
Avancer jusqu’à la porte. La toucher trois fois. Revenir s’asseoir face au miroir. Vérifier le maquillage. Les projecteurs ne font pas de cadeau.
Reprendre le conducteur de la soirée. Vérifier l’ordre des chansons. Ne pas penser au trou de mémoire d’hier, c’est le meilleur moyen de ne pas le faire revenir.
Faire le nœud de cravate avec application. Le défaire. Le refaire. Le regarder avec insistance. Le défaire. Le refaire. Trois fois. Chaque soir. C’est un TOC. C’est de la pensée magique. S’il ne fait le nœud que deux fois, ça va mal se passer.
Le chanteur regarde le public à travers le lourd rideau de scène.
Les musiciens entament « Les ballons rouges ».
C’est l’heure. Il faut y aller.
Il écarte les bras et entre dans la lumière.

1000 caractères


C’est bien son jour !

8marsIl entra dans la cuisine en grognant.
– Non mais t’as vu l’heure ? Qu’est-ce que tu fous depuis que t’es rentrée ?
Virginie baissa la tête vers la casserole fumante.
– J’ai baigné Marina, j’ai fait la lecture avec Baptiste, j’ai vidé le lave-vaisselle, j’ai refait les lits et j’ai étendu une machine. Allez, les enfants, asseyez-vous, on mange !
Il jeta un coup d’œil à la gazinière.
– Encore des pâtes ? Décidément, t’as pas d’imagination. J’ai vraiment pas épousé un cordon bleu !
– J’avais pas le temps, j’ai fait au mieux.
– Au mieux ? Qu’est-ce que ça aurait été si tu avais fait au pire ?
Elle renifla dans sa manche.
– Allez, bébé, fais pas cette tête, c’est pour rire. Tu sais bien que je t’aime.
Elle noua les serviettes des enfants, égoutta les pâtes, posa la casserole sur la table. Il se servit et commença à manger.
Sans attendre.
– Et voilà, pas assez salé, comme d’habitude ! Tu le fais exprès ?
Elle jeta un coup d’œil au calendrier accroché au mur.
On était bien le 8 Mars.
La journée de l’infâme.

1000 caractères.


Je vous y attends !!

salon-livre-paris-logoIl se réveilla de bonne heure ce samedi matin. Les yeux pleins de sommeil, il descendit l’escalier et avala mécaniquement son thé et ses deux portions de Weetabix. Rapidement, comme c’était son habitude, il passa à la douche, se brossa les dents et se parfuma. L’essence de chez Lacoste acheva de le réveiller. La journée qui se profilait promettait d’être de celles qu’on marque d’une pierre blanche.
Il monta dans la voiture qui le conduisit jusqu’à la gare de Caen. Sur le parking, il embrassa amoureusement son épouse en lui promettant de lui donner des nouvelles tout au long de cette journée.
Le voyage se passa bien, les gares défilaient sous ses yeux. Il essaya de dormir mais n’y parvint pas tellement l’énervement était présent sous sa chemise.
Il allait enfin rencontrer plein de gens qui n’étaient pour le moment que virtuels, des noms sur des mails ou des pages Facebook.
En ce SAMEDI 19 MARS 2016, pour la première fois, il se rendait SALON DU LIVRE DE PARIS pour dédicacer ses livres.

1000 caractères !!

Et je vous y attends aux stands C51, C52 et C53 !!!


Réponse au terrorisme

Alors là, c’est bien la première fois que ça m’arrive !

J’ai reçu plusieurs mails exigeant (gentiment) que je m’explique sur la disparition de la Tour Eiffel dans mes textes d’hier et de lundi. La disparition pure et simple de la dame de fer parisienne ne suffisait donc pas. Pourquoi et comment ?
Voici ma réponse, en deux mille caractères. Et aller plus loin serait écrire un roman entier sur ce sujet et ce n’est pas mon dessein. J’espère que cette réponse conviendra à celles et ceux qui souhaitaient une explication claire.

solutionAppuyé à la balustrade du troisième étage de la tour d’acier récemment arrivée, Balthazar Lequin observait de haut la statue de Bartholdi posée juste en dessous de lui.
Un par un, tous les symboles des pays les plus puissants arrivaient ici. Il était actuellement en pourparlers avec l’Italie et l’Inde. Des bruits d’attentats étaient parvenus aux oreilles de leurs dirigeants. On savait de source sûre que la tour de Pise à son tour était en grand danger. Et le Taj Mahal également.
Enfant, Lequin avait découvert son don de télékinésie. Il en avait fait un jeu. Déplacer des objets par la seule force de son esprit était son amusement préféré. Petit à petit, il avait joué avec des éléments de plus en plus gros. Toujours avec succès. Et toujours sans laisser aucune trace de son « opération ».
La destruction du Parthénon et l’explosion de l’Opéra de Sidney trois mois plus tard avaient été le point de départ de sa réflexion. Fini de jouer avec des voitures, des camions ou des trains. Le temps n’était plus aux amusements. Les terroristes n’avaient plus peur de rien. Leur dessein était évident : détruire tous les symboles artistiques et culturels des civilisations actuelles ou éteintes.
La multiplication des attentats lui avait donné l’idée de proposer ses services afin de mettre à l’abri les merveilles du monde. Dans le plus grand secret, les états le contactaient et mettaient en lieu sûr leurs chefs d’œuvre en attendant des jours meilleurs.
Nul ne savait où il était ni où étaient stockés les monuments et bâtiments évaporés de leurs places originelles. La discrétion totale était de rigueur. C’était stipulé dans le contrat holographique. Et les chefs d’état le savaient. C’était ça ou la victoire du terrorisme.
En attendant, Lequin jouait et gagnait sur les deux tableaux : il amassait une fortune considérable grâce aux droits de garde phénoménaux qu’il engrangeait jour après jour et il pouvait profiter, pour lui seul, de toutes les merveilles du monde sans avoir à se déplacer.


… volatilisation

La suite du texte d’hier, histoire d’éclaircir, si ce n’est le mystère, du moins ma pensée au moment où j’ai écrit.

En 1000 caractères, évidemment !!

brica2

La nouvelle avait couru les rues et les rédactions dans les minutes suivant la disparition.
A l’endroit où s’élevait jusqu’à ce jour le symbole de la puissance française, se trouvait maintenant un immense emplacement vide de près d’un hectare et demi. Parfaitement balayé, parfaitement propre.
Plus aucune trace des dix mille cent tonnes de câble et d’acier de la Tour. Pas de restes de fondations, pas un billet d’entrée périmé. Rien. Le chef d’œuvre de Gustave Eiffel s’était littéralement volatilisé !
Un périmètre de sécurité fut rapidement mis en place. L’armée fut dépêchée sur le Champ de Mars dans les plus brefs délais. Toutes les télévisions du monde interrompirent leurs programmes pour suivre en direct l’évènement de la disparition de la Tour Eiffel.
Et, chose encore plus étrange, personne n’avait rien vu. Tous les badauds, tous les visiteurs présents sur place avouaient n’avoir rien compris. Comme si la vie s’était arrêtée une fraction de seconde, le temps que la Tour disparaisse.

1000 caractères.

Bon, ne m’en demandez pas plus…..

 


Dernière photo avant …….

Bonjour,

Nous sommes lundi et comme chaque lundi, c’est le jour de l’atelier de Bricabooks.
Merci Leiloona de nous donner ce plaisir hebdomadaire.
Cette semaine, c’est une photo de Leiloona elle-même qui était notre support de travail.
Voici donc ma copie, de 1000 caractères, pas un de plus, pas un de moins.
N’hésitez pas à commenter.

brica

Tout a commencé il y a quatre ans avec la statue du Christ Rédempteur à Rio. C’était le premier attentat de ce genre. Dans la nuit du 8 au 9 septembre. Un coup parfaitement orchestré. Personne n’a rien vu venir. Du beau travail, si on peut appeler ça du travail.
Un an plus tard, c’était la porte de Brandebourg à Berlin. En pleine journée. Le 18 août aux alentours de quatre heures de l’après-midi. Les polices du monde entier se sont cassé les dents. Aucune piste, pas un indice. Certainement les mêmes commanditaires que pour Rio.
Toutes les capitales se sont senties en insécurité et ont commencé à trembler. Des mesures drastiques ont été prises dans tous les pays.
Puis ce fut le tour de Big Ben il y a deux ans, la statue de la liberté l’an dernier, la petite sirène de Copenhague au mois de janvier.
Et aujourd’hui Paris.
Malgré l’état d’urgence.
C’est le dernier matin où j’ai pu voir la Tour Eiffel. Le lendemain, il n’y avait plus rien. Plus rien qu’un immense vide sur le Champ de Mars.

1000 caractères.

Que mettriez-vous à la place des petits points du titre ? Qu’avez vous compris ? A votre avis, que s’est-il passé ?
Merci de m’écrire votre point de vue dans les commentaires…


Sur la plage

 

Photo retirée à la demande de l’AFP.

Un enfant sans vie sur la plage du village de Bademli, dans la province de Çanakkale, en Turquie,
après le naufrage de son embarcation sur la route de Lesbos. Photo prise le 30 janvier 2016.

La maison est vide maintenant. Ou presque. Que prendre quand il faut partir ? Partir absolument ? L’essentiel, le nécessaire. Et encore. Le sac à dos est trop petit pour le superflu. Pas question de prendre des meubles, des matelas ou quoique ce soit qui puisse représenter du poids. Le poids du souvenir et le poids du chagrin sont déjà assez lourds à porter.
Le père est déjà descendu avec les enfants. Il parle avec d’autres. Qui partent aussi. La mère reste quelques minutes dans l’unique pièce de la maison. Imprégner sa mémoire, imprégner son cerveau de ce qu’a été sa vie. Les rires dans la maison, les repas, les nuits d’amour, l’arrivée des enfants.
Il est l’heure, il faut y aller. Un dernier regard avant de tout quitter. Au moment de partir, une tache jaune or accroche son regard. Elle se baisse et ramasse la tétine du fils. Comment a-t-elle pu l’oublier ? Il en aura besoin sur la bateau pour combattre la peur.
Et puis là-bas, quand ils arriveront.
Le bateau les attend.
La mort aussi.

1000 caractères.


L’arbre aux étourneaux

Bonjour,

Nous sommes lundi et comme chaque lundi, c’est le jour de l’atelier de Bricabooks.
Merci Leiloona de nous donner ce plaisir hebdomadaire.
Cette semaine, c’est une photo de Jules Ribot qui était notre support de travail. Merci à lui pour ce joli cliché.
Voici donc ma copie, de 1000 caractères, pas un de plus, pas un de moins.
N’hésitez pas à commenter.

julien-ribot

On l’appelle l’arbre aux étourneaux.

Sous ses allures communes, sous son aspect d’adolescent ébouriffé tombant du lit, il est le symbole du village depuis vingt-trois ans. A l’automne et au début du printemps, ici comme ailleurs, il est de coutume de voir voler des milliers d’oiseaux en grappes, montant, descendant, se séparant et se regroupant au gré des courants ou de la volonté du chef de groupe. Les grandes cités les chassent, les piègent, les repoussent vers les banlieues comme elles ont si souvent rejeté les étrangers vers les périphériques.

Pour se protéger.

Ici, depuis trois siècles, les photographies et les peintures anciennes le prouvent, il y a toujours eu un arbre aux étourneaux. Les oiseaux contournent le village mais ne le survolent pas. Jamais. Et ils se retrouvent sur un arbre, un seul, qu’ils élisent pour dix, vingt ans.

Jusqu’à ce qu’il meure ou soit abattu.

Alors l’année suivante, ils en choisissent un autre.

Pour l’instant c’est lui.

Pour combien de temps ? Nul ne le sait.

1000 caractères.


100 000 signes

10p5Nouveau site, nouvelle expérience d’écriture.

Et si vous alliez regarder ce nouveau site ?

Lire le synopsis, les deux premiers épisodes.

Chaque épisode fait 1000 caractères, espaces compris(es).

Et puis, si cela vous plait, vous abonner, pour recevoir chaque lundi et chaque jeudi un nouveau cliché, une nouvelle photo de Mo.

Rendez-vous sur http://www.kervenec.net/100000signes

 


Oncle Paul

Chaque mercredi midi, de juin à août, mon oncle Paul m’emmenait déjeuner en ville. C’est ma mère qui le lui avait demandé, je ne sais pas pourquoi. Nous allions manger dans un petit resto de la 47eme rue. Chez Alfredo. Le menu était simple, il n’y avait guère le choix. C’était plat unique. Souvent épicé. Trop. Nous nous retrouvions à l’arrêt de bus de Parks Boulevard juste en face du coiffeur noir. Quelle que soit l’heure à laquelle j’arrivais, il était toujours là avant moi. Il était toujours habillé de la même façon : un costume sombre sur une chemise blanche ouverte, sans cravate. Il en portait uniquement le dimanche.
Mais mon oncle ne m’aimait pas. Aussi ne faisait-il pas grand cas de mon arrivée près de lui. Il devait sentir ma présence, mais ne manifestait aucun sentiment. Sans détourner le regard, il portait la main à son chapeau, comme c’est l’habitude pour saluer une demoiselle, mais ne prononçait pas un mot et continuait la lecture de son journal comme si je n’existais pas.

1000 caractères.

© Jean-Marc Bassetti. Saint Aubin, le lundi 25 Janvier 2016. Reproduction interdite sans accord de l’auteur.


Quelle drôle d’idée !!

telephone

Mars 83. Je regardais tranquillement la télé dans le canapé du salon lorsque le téléphone sonna.

« Bonjour, je vous appelle pour une petite enquête, auriez-vous deux minutes à me consacrer ?

– Bien sûr, je vous écoute.

– Seriez-vous intéressé par l’idée d’un téléphone qui n’aurait pas de fil ?

– Comment ça, pas de fil ?

– Qui ne serait pas attaché au mur.

– Quel serait l’intérêt ?

– Téléphoner depuis votre jardin par exemple. Ou votre cave.

– Téléphoner dans mon garage ? Mais pour quoi faire ? Moi, quand je téléphone, il y en a pour quelques minutes et du salon c’est très bien.

– Mais appeler vos amis ou votre famille depuis n’importe quel endroit de la maison ou depuis l’extérieur, ça ne vous parait pas une bonne chose ?

– Absolument pas. Ça ne me viendrait même pas à l’idée et je n’en vois pas l’intérêt.

– C’est bon, j’ai bien pris note. Au revoir Monsieur. »

Un téléphone sans fil ? Non mais n’importe quoi ! Pourquoi pas prendre des photos ou des vidéos avec mon téléphone tant qu’elle y était ?

1000 caractères.

© Jean-Marc Bassetti. A Saint Aubin d’Arquenay le 21 Janvier 2016. Reproduction interdite sans l’accord de l’auteur.


Départ imminent

2016J’ai décidé de partir à l’étranger. Me planquer, me faire oublier. Moi qui pensais mener une petite vie tranquille en Normandie, à l’abri des soucis et des problèmes d’argent et de santé, il faut dire que je déchante sacrément depuis trois semaines. Les choses avaient pourtant bien commencé. Une soirée entre amis, des baisers, des souhaits, des vœux, une coupe de champagne pour sceller tout ça et hop, roule ma poule, 2015 est morte, enterrée, et Dieu sait que personne ne regrettera cette année. Vive 2016. En plus, la vie (et ma fille et mon gendre) m’a doté d’un petit fils tellement adorable que plus beau que lui tu meurs, alors quel est mon problème ?

Galabru, Delpech, Bowie, Boulez, son mari René Angélil. Et cette nuit Ettore Scola. Ça tombe comme des mouches en ce moment. Les personnalités, les gens connus sont irrémédiablement frappés, comme par la peste au Moyen Age.

Et moi, hier, j’ai vendu deux livres. La reconnaissance me guette. La célébrité aussi.

Je veux vivre.

Adieu, je pars.

JM

1000 caractères

© JM Bassetti. A Saint Aubin d’Arquenay le 20 Janvier 2016. Reproduction interdite sans l’accord de l’auteur.

Photo : Le Figaro.fr


Nestor

« Monsieur Bassetti ?nestor
– Bonjour Madame.
– Oui. je vous appelle pour…
– Bonjour Madame
– Oui, bonjour. Je vous appelle…
– A qui désirez-vous parler, Madame ?
– A Monsieur Bassetti. Vous êtes bien…
– Non Madame.
– Ah, vous n’êtes pas Monsieur Bassetti ?
– Non, Madame, je viens de vous le dire.
– Et vous êtes ?
– Mon nom ne vous dira rien, Madame. Monsieur est sorti. Et Madame n’est pas là non plus, Madame.
– Bien. Et vous êtes ?
– Je suis le Majordome de Monsieur. La femme de chambre de Madame est également présente si vous souhaitez lui parler.
– La femme de chambre ?
– Oui, de Madame, Madame.
– ……
– Y a-t-il un message que vous souhaiteriez que je fisse à Monsieur ?
– Un message ?
– Oui, il fait partie de ma charge de prendre les commissions destinées à Madame ou à Monsieur.
– Non, rien de particulier, je rappellerai. Merci Monsieur.
– Bonjour Madame. »

Et je raccroche.

Ah la la, qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour éloigner les intrus téléphoniques qui appellent à l’heure du repas ?

1000 caractères.

PS: Ceci est une histoire vraie, je l’ai réellement fait…. mais pas en 1000 caractères !

© JM Bassetti. Le 14 Janvier 2016. Reproduction interdite sans l’accord de l’auteur.

L’image appartient à Tintin évidemment !! Je peux la retirer si ça dérange quelqu’un…


Juste avant.

feu

« Allez, aide-moi à ramasser, on rentre. Mon mari termine à 14h30. Le temps qu’on fasse la route on est déjà juste.
Justine se retourna, la bouteille de rosé vide à la main.
– Où es-tu ? Max ?
Aucune réponse.
– Max, mon chéri, viens vite, il est l’heure.
– J’arrive, entendit-elle au loin. Une minute…
Rassurée, la jeune femme continua le rangement du pique-nique. Tout près, elle entendait les camions et les voitures qui roulaient vers la ville.
Les minutes passaient. Il avait réussi à échapper au rangement. Il avait horreur de ça !
– Max, s’il te plait, il faut y aller.
Justine s’impatientait.
– Je t’attends à la voiture, cria-t-elle.
Justine arriva près du véhicule et posa le panier près de la malle arrière. Elle n’avait pas les clés.
Max déboula en courant.
– Je t’attendais, qu’est-ce que tu fabriquais ? demanda-t-elle.
Il déposa un baiser sur ses lèvres et appuya sur sa clé pour ouvrir le coffre.
– Je fumais une cigarette. Rien de grave… Allez, on y va puisque tu es si pressée. »
1000 caractères.

Image : http://tempsreel.nouvelobs.com/galeries-photos/photo/20120206.OBS0683/24-heures-en-images.html

© JM Bassetti. Le 13 Janvier 2016. Reproduction interdite sans accord de l’auteur.


Je l’appelais Espoir.

Petit jeu supplémentaire ce matin: voyez vous ces deux premières phrases en dessous, en gras et en couleur ?
Ce sont les deux premières phrases d’un roman français sorti en 2008.
Qui saura me dire de quel roman il s’agit et qui en est l’auteur ? (Réponses en bas de cette page dans les commentaires…).

chienIl se tenait toujours à l’écart. Là-bas, loin des grilles, hors de notre portée. Lorsque nous arrivions devant la cage, c’était chaque fois une nouvelle découverte. Les visiteurs venaient, lui donnaient des croquettes ou des gâteaux et il les acceptait volontiers, passant son museau entre les barreaux métalliques.
Lorsque David ou moi nous approchions, il reculait, montrait de la méfiance et du refus de communiquer. Allez savoir d’où cela venait, je ne le saurai jamais.
Un lundi matin, je suis arrivée de bonne heure pour prendre mon service. La cage était vide. Propre, désinfectée, la porte grande ouverte. Que s’était-il donc passé pendant le week-end ? Pourquoi avait-il disparu ? Avait-il été adopté par quelque petite fille en quête d’amour et de câlins ou était-il mort de froid et de chagrin ? J’ai posé la question. Personne n’a voulu me répondre.
Je ne sais pas. Mais j’aime à l’imaginer en train de courir après une balle ou de dormir au chaud dans un panier près de la cheminée.

1000 caractères.

© JM Bassetti le 12 Octobre 2016. Reproduction interdite sans accord de l’auteur.


C’était chouette Bowie

bowiePatrick avait apporté des bières, Sophie des chips. Ma mère avait fait un gâteau au yaourt que j’avais trimbalé dans un papier d’alu sur le porte-bagages de ma mob. Y avait les deux traits des sandows mais c’était pas grave.
La boum avait lieu dans le garage de Lise. On était venus à trois le matin pour débarrasser les outils de son père, la tondeuse et les outils de jardinage. On avait foutu tout ça derrière.
C’était Jean-Phil qui était aux manettes, comme d’habitude. Il avait apporté sa chaine et ses enceintes. Et deux platines pour faire les liaisons entre les chansons.
La boum avait commencé à deux heures. Nous, dans notre coin, on matait les filles. Je me souviens que j’aurais bien aimé sortir avec Gisèle, mais elle sortait déjà avec Gilles.
En attendant les slows et les éventuels baisers, on écoutait de la pop anglaise. Et on dansait un peu.
Sur une chanson, Jean-Phil s’amusait à baisser le son au moment du refrain. Et tout le monde hurlait : Rebel Rebel.

C’était chouette Bowie !

1000 caractères pour rendre hommage au grand David Bowie, disparu ce matin.

© JM Bassetti, le 11 Janvier 2016.


Lax och skaldjurs

Il y a longtemps que je n’avais pas participé à l’atelier de Bric à Book. Le principe ? Une photo, un texte.

J’y ai ajouté une contrainte, celle qui m’habite en ce moment : en 1000 caractères.

Alors, voilà la photo, et ce que j’en ai tiré. Bonne lecture et merci de vos commentaires éventuels.

port

« Vous avez terminé ? demanda Löderup.

– Une minute, encore une ou deux et ce sera bon.

Erik Löderup ouvrit la porte fenêtre et sortit sur le balcon. L’air était doux en ce matin de mai. Devant lui, le port s’éveillait doucement. Les chalutiers étaient déjà rentrés et les pêcheurs se transformaient en poissonniers, étalant leur marchandise sur des lits de glace pilée, à la merci de la première ménagère venue. Une corvette de la Royale mouillait en face du bâtiment. Aucun mouvement sur le pont. La guerre pouvait bien arriver, la marine nationale dormait encore !

Löderup entrouvrit la fenêtre :

– Bjärnum, appela-t-il, venez faire un point je vous prie.

Le jeune homme rejoignit son patron sur le balcon de l’hôtel.

– Ils sont visiblement arrivés en fin d’après-midi. Le portier de l’hôtel nous l’a confirmé. Ils se sont présentés sous le nom de Parker.

– Commissaire, j’ai fini, appela Grund, le photographe, depuis la chambre.

– C’est bon, merci. Vous pouvez faire enlever le corps si vous voulez. »

1000 caractères.

Ceci est le début du troisième chapitre de Lax och skaldjurs (en français, Saumons et Crustacés). Livre que vous ne lirez jamais puisqu’il n’en existe que ce passage…

© JM Bassetti. Saint Aubin d’Arquenay le 10 janvier 2016. Reproduction interdite sans accord de l’auteur.

1001


L’art du camouflage

cabaneElle avait laissé la porte de la cabane de jardin ouverte. Lui ne savait pas trop où dormir. Il avait marché toute la journée dans les fossés pour ne pas se faire voir. Son baluchon sur le dos, il escalada difficilement la barrière de la propriété. Elle était vraiment haute. Heureusement pour lui, sa petite taille et la nuit le cachaient de la vue des occupants du lotissement.

Il longea la rangée d’hortensias et se dirigea vers le milieu du jardin. Au passage, il sauta et cueillit une pomme pour se faire son repas. Il se nourrissait de peu. C’est en tournant au coin des salades qu’il aperçut la cabane. Accroupi dans la nuit il y parvint sans encombre en passant sous les tuteurs des petits pois.

Pas besoin de forcer la porte, elle était ouverte. Il pénétra et s’installa dans le noir. Il croqua sa pomme et s’endormit, son bonnet rouge sur la tête. Au matin, lorsque Monsieur Pivert entra dans la cabane, il ne le vit même pas, endormi sur l’étagère où étaient entreposés les nains de jardin.

1000 caractères.

Comme ça, juste pour le fun. Pour commencer gaiement un dimanche matin d’hiver à l’heure où les jardins dorment…

© JM Bassetti. Saint Aubin d’Arquenay le 10 Janvier 2016.


Par respect

renaudJe n’achèterai pas le prochain Renaud. Par respect. Parce que j’aime Renaud. Je veux continuer à écouter Paris Province aller-retour. Avec une belle orchestration, avec une belle voix. Juste avant que le Ricard et les clopes ne nous l’enlèvent.
Renaud, c’est toute mon adolescence, mes premières années d’adulte, la naissance de mes enfants. Des discussions avec papa qui aimait bien, mais bon, ça le gênait un peu aux entournures quand même.
Je l’ai entendu hier matin à la radio. Il disait qu’il allait mieux. Qu’il avait la pêche et allait repartir en tournée avec un spectacle d’enfer. J’y ai cru. Un peu.

Hier soir, il était sur la place de la République. Faible, tremblant, essayant de montrer l’inscription de son T Shirt, avec son bandana rouge autour du cou. Mes illusions se sont envolées. Il ne sera plus jamais Renaud, même pas l’ombre de ce qu’il a été.

Renaud m’a suivi pendant toute ma vie. Renaud a vieilli. Le voir me rappelle que moi aussi je vieillis. Et des fois, j’ai pas envie.

1000 caractères.

La vidéo pitoyable de Renaud place de la république est ici :

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1467473-video-du-jour-meme-pas-peur-renaud-affaibli-et-aleveque-chantent-a-republique.html

© JM Bassetti. Saint Aubin d’Arquenay le 8 Janvier 2016. Reproduction interdite sans l’accord de l’auteur.


SDF

mesangeIl y a un mois, on ne se connaissait pas. Puis le froid est arrivé. Enfin, quand je dis le froid, je devrais dire le frais ! Alors je me suis dit que je devais faire quelque chose. Pauvres petits SDF, sans rien à manger, sans même un toit fixe pour s’abriter de la pluie. Lui partait toute la journée à la recherche de nourriture. C’est bien le rôle du chef de famille, non ? Il revenait régulièrement avec de quoi casser la graine. Elle ? Elle restait près des enfants, pour les abriter, les protéger. On ne sait ce qui peut arriver à ses petits, alors on les couve, du mieux qu’on peut. J’ai commencé à les nourrir assez loin de chez moi pour qu’ils ne se doutent pas que c’était moi et qu’ils n’aient pas honte de faire l’aumône. Timides au début, ils ont vite pris de l’assurance. Je n’attends pas de remerciement. Leur présence me suffit. Depuis hier, Annie et moi leur avons mis leur nourriture devant notre fenêtre de cuisine. Elles mangent sans crainte sous notre nez, nos petites mésanges.

1000 caractères.

© JM Basssetti. Le 7 Janvier 2016. Reproduction interdite sans l’accord de l’auteur.

N’hésitez pas à commenter mes textes sur le site www.jmbassetti.fr . Bons ou moins bons, les commentaires sont toujours utiles.


Avis de recherche

helpJe lance un appel au secours. Qui pourra me venir en aide ? J’ai perdu mon double, mon alter ego, celle qui partage ma vie depuis si longtemps.
Chaque jour côte à côte. Ou presque. Parfois nous nous séparons quelques minutes, mais sans jamais nous perdre de vue. C’est si bon une vie comme la nôtre ! Nous avons visité tellement de villes, parcouru tant de kilomètres. Il y a peu de temps, nous sommes allées en Italie. Il y faisait vraiment très chaud. Trop peut-être. La transpiration et son cortège d’effluves était insupportable. Vraiment désagréable.
Que s’est-il passé ? Aucune idée. Hier, nous avons passé la journée ensemble, comme d’habitude. Nous avons regardé un téléfilm côte à côte sur la table du salon.
Puis, Marie nous a attrapées et nous a emmenées dans le garage. Là, ça a été très vite. La porte s’est fermée, de l’eau a coulé et tout s’est mis à tourner.
Est-ce pendant l’essorage ? Est-ce au moment du séchage ?
Chau te cherche. Où es-tu, Sette ?
On faisait si bien la paire.

1000 caractères.

Chaque année, rien qu’en France, 250.000 chaussettes disparaissent entre le panier à linge et le tiroir de rangement. Aucune explication valable n’a pu être donnée à ce phénomène que perdure encore en 2016.

© JM Basssetti. Le 7 Janvier 2016. Reproduction interdite sans l’accord de l’auteur.

N’hésitez pas à commenter mes textes sur le site www.jmbassetti.fr . Bons ou moins bons, les commentaires sont toujours utiles.

Pour les sceptiques…

1000


Démasqué

veloSt Martin. Ils l’ont vidé. Merde de merde ! Et maintenant, tout apparait, la vérité est à nouveau visible. Comme ces villages de montagne engloutis sous l’eau des barrages, mais à l’envers. Au lieu de remplir et de cacher, ils ont vidé et dévoilé.
Et si ma mère passait devant ?
Putain, qu’est-ce que je prendrais. Elle me dirait que je l’ai trahie, que je l’ai trompée, que je lui ai menti. Heureusement, dans mon malheur, maman habite loin maintenant, elle est en maison de retraite pas loin de Metz. Elle est partie quelques années après la mort de papa, quand Alzheimer a commencé à attaquer, à grignoter son hippocampe. Mais ça, elle n’a pas oublié. Non.
Je l’ai vu. Tout de suite. Au milieu de la vase, des caddies de grande surface, des chaises et des poubelles, j’ai reconnu mon vélo. Le bleu avec des sacoches. Pour qu’elle m’achète un solex, je l’avais balancé dans le canal. Et j’avais raconté des histoires. Et maman avait cédé. Renoncé à ses chaussures. Pour mon solex.
Maman… Pardon.
1000 caractères.

Le canal Saint Martin a été vidé.
Ce texte m’a été inspiré par l’image qui l’accompagne publiée sur le site de l’Obs.

La galerie est visible ici : http://tempsreel.nouvelobs.com/galeries-photos/photo/20160105.OBS2249/photos-le-canal-saint-martin-est-vide-et-ce-n-est-vraiment-pas-ragoutant.html

© JM Basssetti. Le 6 Janvier 2016. Reproduction interdite sans l’accord de l’auteur.

N’hésitez pas à commenter mes textes sur le site www.jmbassetti.fr . Bons ou moins bons, les commentaires sont toujours utiles.


Lui, je ne sais pas, mais moi je sais

Il est encore in uteroprenoms
Petit enfant, petit coco
Maman le garde encor au chaud.
Papa et elle ont bien choisi
Un joli nom pour leur petit.
Mais top secret, ils n’ont pas dit
Le doux prénom du p’tit mimi.

Sera-t-il Lou ou Mathéo,
Gabin, Mathis ou Lorenzo,
César, Léon ou bien Léo,
Eliot, Mouloud ou Désiré ?
Il y a deux nuits, j’ai même rêvé
Que sans son arche, il serait Noé.

Ce qui est sûr c’est qu’c’est un gars.
Un dur, un vrai, comme son papa
Alors, Gaston ou même Lucas ?
Il faut trouver en bref, en somme,
Un petit nom pour un p‘tit homme
Pourquoi pas Max, Loris ou Tom ?

Un nom en o, un nom en a,
Un Pépito, un Andréa,
Ce que je sais, c’est qu’il sera
Un beau bébé, un gentil fils.
Ils n’ont rien dit, pas un indice.
Rien n’est exclu, pas même Elvis.

Pas encore né, pas encore là,
Son lit est fait, l’attend déjà
Avec sa couette, son pyjama.
Qu’il soit Nico, Eudes ou Clotaire,
Une chose est sûre, pour moi c’est clair :
De mon côté, ce sera « Grand-Père ».

1000 caractères. Titre compris…

 

© JM Bassetti 5 Janvier 2016. Diffusion interdite sans accord de l’auteur.

N’hésitez pas à commenter mes textes sur le site www.jmbassetti.fr . Bons ou moins bons, les commentaires sont toujours utiles.


Souvenirs souvenirs…

Delpech-Michel-Wight-Is-Wight-45-Tours-153976730_MLJuillet 1971. J’ai treize ans. Maman et moi roulons en direction de la Bretagne. Derrière nous, bien au chaud dans sa cage : Yoyo, notre hamster qui a un peu mal au cœur mais ne le montre pas. La voiture roule mal, tire vers la gauche. Maman a du mal à la contrôler. Quelque chose ne va pas. Vérification dans un garage. Équilibrage. Tout va bien. Et puis, en doublant un camion « La roche aux fées » (une marque de yaourts), la voiture fait des zigzags sur la route, des grandes embardées et finit dans le fossé. Un peu de retard pour débuter les vacances, quelques points de suture sur le visage et une voiture à la casse.
La veille au soir, nous avions fait une soirée chez les Bourdette, pharmaciens amis de mes parents. Nous avions mangé, ri, dansé. Les Osmond Brothers, Mike Brant. Et une chanson qui était passée au moins trois fois : Wight is Wight de Michel Delpech. Cette soirée m’est revenue en mémoire hier.

Un chanteur populaire c’est celui qui vous fait vous souvenir de votre enfance.

(1000 caractères.)

C’est un exercice qui m’a bien plu au mois d’octobre : l’écriture en 1000 caractères exactement. Je vais tenter de m’y atteler régulièrement, de plus en plus souvent, histoire de me remettre à l’écriture. La machine est un peu rouillée et j’ai bien envie de la remettre en route. Pour mon plaisir, et je l’espère, pour le vôtre.

JM Bassetti. 4 Janvier 2016. Reproduction interdite sans accord de l’auteur.

N’hésitez pas à commenter mes textes sur le site www.jmbassetti.fr . Bons ou moins bons, les commentaires sont toujours utiles.