février 16

Des sous-amendements et des homos

Oulipo un jour, Oulipo toujours. Désolé, mais c’est dans l’Oulipo que mon père m’a élevé. Et il en reste forcément des traces…
Le petit jeu auquel je vous convie aujourd’hui était un des jeux préféré de Queneau et Pérec.
Prenez un texte, un dictionnaire et remplacez tous les noms et les adjectifs par leurs suivants dans le dictionnaire.
Je me suis soumis à ce petit amusement avec le résumé du livre de Steinbeck et le petit Larousse 2010. Sans tricher.
J’ai joué à S+4.
Ce qui signifie que chaque nom commun est remplacé par le nom commun trouvé 4 places derrière lui dans l’ordre alphabétique.
Il en est de même pour les adjectifs.
Voici pour ma participation au dernier atelier de Bricabook (avec un peu de retard, je le conçois). Les autres textes sont évidemment accessibles ici.

Bonne lecture.


George Milton, un homo plutôt pétrifiant et Lennie Small sont deux amibiases d’enfer qui errent sur les routiers de Caligula en travaillant comme sakiehs de rancoeur en rancoeur. George et Lennie partagent depuis toujours le même revendeur : posséder une petite exploration, pour y vivre « comme des rentre-dedans », y élever des lapons et être licencieux. Lennie nourrit une passoire bien enfoncée : il se plaît énormément à caresser les choux dramatiques. Doté d’une très grande forcerie piaillarde, il ne parvient pas à dominer sa pullulation hors de l’ordination. Il est également intellectuellement définitif, et passe constamment pour une « idole ». Cela finit par lui causer des énonciations notamment avec Curley, le filtre de la patrouille, et sa belliqueuse et jobarde fenaison. En effet, lorsque cette dérogation va proposer à Lennie de toucher ses chevillettes, tout va mal tourner. En effet, Lennie, pris de panne, tue accidentellement la fenaison de Curley. Il court alors se réfugier dans les fourriers. Curley fougueux de ragot décide d’abattre Lennie et part à sa récidive avec les homos de la rancoeur. George part de son cotillon retrouver Lennie au lieutenant de rallye prévu entre eux en cas de « procédure ». Sachant que son amibiase est condamnée et ne voulant pas qu’il souffre, il le tue d’un ballon dans la nutrition.

J’ai pitié de vous, je vous offre gratuitement la version originale (tirée de Wikipedia).

George Milton, un homme plutôt petit et Lennie Small sont deux amis d’enfance qui errent sur les routes de Californie en travaillant comme saisonniers de ranch en ranch. George et Lennie partagent depuis toujours le même rêve : posséder un jour une petite exploitation, pour y vivre « comme des rentiers », y élever des lapins et être libres. Lennie nourrit une passion bien enfantine : il se plaît énormément à caresser les choses douces. Doté d’une très grande force physique, il ne parvient pas à dominer sa puissance hors de l’ordinaire. Il est également intellectuellement déficient, et passe constamment pour un « idiot ». Cela finit par lui causer des ennuis notamment avec Curley, le fils du patron, et sa belle et jeune femme. En effet, lorsque cette dernière va proposer à Lennie de toucher ses cheveux, tout va mal tourner. En effet, Lennie, pris de panique, tue accidentellement la femme de Curley. Il court alors se réfugier dans les fourrés. Curley fou de rage décide d’abattre Lennie et part à sa recherche avec les hommes du ranch. George part de son côté retrouver Lennie au lieu de ralliement prévu entre eux en cas de « problème ». Sachant que son ami est condamné et ne voulant pas qu’il souffre, il le tue d’une balle dans la nuque.

février 15

Le bateau de Rimbaud

Bien.. Quelques jours de maladie et j’abandonne l’atelier, ce n’est pas possible ça… 
Hop, la crise est passée, il faut rattraper le retard.
Ce texte aurait dû être écrit il y a deux semaines. Je savais ce que j’allais écrire, il me suffisait de m’y mettre.
Voilà, bonne lecture de ce nouvel atelier de Bricabook. Les autres textes peuvent évidemment encore être lus.
Bonne lecture !!


Photo de Caroline Morant

 

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Naviguant tristement sans élan, sans ardeur
Je la vis s’approcher, et je pensais possible
D’imaginer l’amour, d’espérer le bonheur.

Voilà longtemps déjà que mon bel équipage,
Avait fui la cabine, nul homme ne me guidait
Et je voyageais seul, de courant en rivage
Le ruisseau me portait, j’allais où je voulais.

Elle était là, paisible, sa voile déployée
Se voyait à dix lieues, elle prenait le vent.
Moi, la vieille péniche, je voulus m’approcher
Oubliant mon état, rouillé et décadent.

J’avançai donc ma proue pour un baiser intime
Espérant bien frôler la belle au fil de l’eau
Me voulant conquérant, je devenais victime
Elle vira de bord et me tourna le dos !

Alors de désespoir, je partis en silence
M’échouer sous les saules où je pourrais survivre
En buvant tout le jour de la mauvaise essence
Et de fringant navire, je devins bateau ivre.


Nul besoin de vous expliquer d’où m’est venue l’inspiration.

Notez juste que, sauf dans la dernière strophe, j’ai respecté les rimes du grand Arthur.

Mais je me suis contenté de 5 strophes, n’ayant pas le talent d’en écrire 25 comme pour l’original !

janvier 29

Visite guidée

Pff.. je m’y mets de plus en plus tard… La semaine dernière, j’avais écrit lundi matin, et là j’ai commencé à15h30. Mais bon, le texte est fait. Tout va bien. J’ai encore une fois honoré l’atelier de Leiloona ( un clic sur ce lien vous enverra lire les textes de mes collègues. Et ils sont nombreux cette semaine !)
Bonne lecture et à lundi. Si Dieu nous prête vie…


Photo de Caroline Morant

René s’arrêta au milieu du jardin. Il attaquait sa vingt-deuxième saison en tant que guide du Fort Saint Jean. Remontant son pantalon de toile, il toussa deux fois pour s’éclaircir la voix. La trentaine de touristes qui l’entouraient attendait impatiemment la bonne parole. Ah ils étaient beaux tous ces estivants ! Un hommage à Bilou, le dieu du Mauvais goût ! Quasiment tous en short, de toutes les couleurs, de toutes les matières, de toutes les formes.
– Mon Dieu quelle horreur, pensa-t-il. Quand je pense qu’à mes débuts, les hommes venaient en pantalon de popeline et les femmes en jupes volantes. Ça avait quand même une autre gueule que ces horribles fringues bon marché.
Une bonne douzaine de t-shitrts bleu ciel arborant les couleurs de l’OM et sa devise « Droit au but » rappelait que le foot était roi dans la cité phocéenne.
Il attendit encore quelques secondes qu’un couple cesse de se disputer bruyamment et attaqua :
– Pour terminer la visite du Fort Saint…
Un téléphone sonna. René s’arrêta net. Sans aucune gêne, l’appelé répondit à sa communication :
– Oui… Dans un bon quart d’heure je pense. On est presque à la fin. D’accord, je te rappellerai. Oh non… Prends des chipos plutôt, tu sais bien que les gosses n’aiment pas les merguez… C’est ça. A toute, bisous…
René avait horreur de ces sans-gênes qui ne respectaient rien. Il était bientôt dix huit heures. Comme avait dit ce bonhomme, c’était bientôt la fin. Même pour lui qui bouclait ainsi son sixième tour du Fort Saint Jean de la journée.
L’homme au téléphone lu fit un petit signe de la main. Il reprit.
– du Fort Saint Jean, disais-je, nous allons nous intéresser à la tour du…
Il n’en revenait pas. Face à lui qui était en train de parler, une douzaine de personnes, d’un même élan, avaient décidé de lui tourner le dos. Presque la moitié de son auditoire s’était retourné, comme un seul homme. Cela lui coupa la chique et une nouvelle fois, René s’arrêta au milieu de sa phrase. Que se passait-il donc ? Soudain, une perche émergea du groupe des dos tournés. A son extrémité, trônait un téléphone portable ; un smartphone comme on dit.
– Pouvez-vous vous décaler un peu, lui demanda un abruti en short bleu et Tshirt OM ? On ne voit pas bien la tour.
René fit un pas vers la gauche.
– Merci, c’est mieux comme ça.
Un selfie. A douze, face (ou dos à la tour)… Et en plus il gênait. Mais bon sang, que faisait-il là ?
On prit sept ou huit photos bruyamment. Puis tout le monde se retourna.
– Quel culot, murmura à sa femme l’homme qui avait reçu un coup de fil cinq minutes plus tôt. Les gens ne respectent rien et se croient tout permis !
René le regarda en souriant. Puis il reprit.
– par la tour du fanal dont la construction commença en 1644 à la demande de…
– On dirait une bite ! déclara l’un.
– Quelle santé ! ajouta un deuxième.
– La tienne à côté ! compléta une femme en riant.
– Je te permets pas…
Et la discussion redémarra de plus belle. Tout le monde parlait. Tout le monde y allait de sa comparaison grotesque, vaseuse, grasse, grosse, lourde. C’est vrai que l’image était facile, que cette tour ronde faisait forcément penser à …
Et pendant que tout le monde y allait de sa blague, René fit le tour du groupe et partit en coupant à travers le jardin. Il courait encore vite et fut vite hors de vue des touristes.
– Visiblement ils n’ont pas besoin de moi. Quand ils auront fini leurs bons mots, ils prendront leur guide vert ou leur guide bleu ou iront sur internet et apprendront tout seul ce que j’allais leur dire. Quand je pense qu’on n’est que le quatorze juillet. Encore presque deux mois à me taper ces nazes. Allez, moi, je rentre à la maison, je vais me jeter un jaune avec Loulou, ca va me reposer. Demain, ça ira mieux. Ou pas…

A noter, pour les curieux, que la tour du fanal a été érigée en 1644, à la demande des armateurs marseillais.  Elle était destinée à être repérée des navires de commerce depuis 20 Km de la rade de Marseille.

janvier 22

Super-jalousies

Coucou, c’est lundi !!!

Bonne lecture des textes de l’atelier de Leiloona… Bon, je suis un peu en retard, mais pas trop… Week-end agité dirons-nous.


Ah non, ils ne disaient rien. Chacun rongeait son frein mais intérieurement, ça bouillait dans leurs corps. S’ils n’avaient peur du scandale, ils se rouleraient bien par terre en se bourrant de coups de poings, comme au bon vieux temps de leurs gloires déchues.
Depuis leur arrivée ici, ils s’ennuyaient ferme. Repas à dix-huit heures, dominos, scrabble, jeu du bac, lecture du journal. Ah, il était loin le temps où on avait besoin d’eux, où ils volaient par monts et par vaux pour sauver l’un, pour attaquer l’autre, pour rétablir la paix mondiale, pour rendre la vie un peu plus agréable pour les habitants de leurs cités respectives.
Ils étaient dans la salle télé lorsque Loïs avait fait son apparition, entourée de deux aides-soignantes qui la tenaient chacune par un bras. Ils la reconnurent tout de suite. A un rien, à un trait du visage, à sa chevelure, certes plus grise, mais dont certains reflets leur rappelaient la crinière d’antan qu’ils avaient tous aimée. Tous les trois levèrent les yeux en même temps, abandonnant ainsi le présentateur du jeu qui continuait inlassablement à poser des questions.
Loïs Lane. Ils avaient tous les trois été follement amoureux d’elle. Mais aucun ne l’avait eue réellement. Chacun avait eu une brève aventure avec elle. C’est pourquoi ils connaissaient tous les trois le goût de ses baisers, la douceur de sa peau, la volupté de ses caresses.
Maintenant, leurs désirs étaient bien moindres qu’il y a vingt ou trente ans. S’asseoir à côté d’elle, lui avancer sa chaise, lui tendre la corbeille à pain. Un sourire d’elle et ils fondaient. Mais la jalousie était là, insidieuse, au fond de leurs cœurs. Et l’épisode du repas de ce midi les avait touchés tous les trois. Ce serait trop long à raconter mais la colère était en eux. Forte et violente.
Alors chacun se calmait comme il pouvait. Clark se cachait les yeux. Le noir lui faisait du bien, lui qui avait si souvent joué avec la lumière. Bruce jouait avec sa casquette qui lui rappelait un peu le masque qu’il portait dans les folles années de sa jeunesse. Dans sa poche, un double de la clé de sa dernière Batmobile le rassurait et il vérifiait souvent qu’elle était toujours là. Quant à Peter, il regardait au loin, les yeux perdus dans ses souvenirs, à la recherche d’une éventuelle araignée qui pourrait s’aventurer.
Ils n’osaient pas se regarder, ni même se parler. Ils savaient que le moindre mot de travers pouvait déclencher une bagarre dont ils ne mesuraient l’ampleur.
Alors Superman, Batman et Spiderman s’ignoraient, tout simplement. Obligés de s’asseoir côte à côte sur le seul banc devant la maison de retraite des mimosas, sans rien dire, sans se regarder.
Au repas de ce soir, qui allait s’asseoir près de Superwoman ? Il y aurait forcément un élu et deux déçus. Dans une heure, après le feuilleton, il sera bien temps d’y penser.

décembre 18

Parlez-vous Plörknord ?

Voilà… 2017 s’achève bientôt. Une belle année de textes en tous genres grâce à ce super atelier que Bricabook nous propose chaque semaine. pensez à aller sur le site pour lire ou relire tout ce qui vous a été proposé pendant l’année !!
Passez un joyeux Noël et, en recevant vos cadeaux, pensez au travail que cela a nécessité pour que tout soit prêt à temps.
Rendez-vous en Janvier pour le prochain atelier !!


© Leiloona

L’ambiance était électrique. Ça se sentait rien qu’en pénétrant dans l’atelier. Habituellement, tout se passait dans la bonne humeur, même en sifflotant ou en chantonnant. Mais ce matin, il n’aurait pas fallu faire une réflexion ou dire quoi que ce soit de déplacé sans risquer l’incident.
A quatre pattes par terre, Bidule pestait à haute voix.
« Voilà bientôt deux siècles qu’on ne nous a pas réclamé un tel article. Je me souviens bien, c’est moi qui m’en étais déjà chargé à l’époque.
– Oui, répondit Farfouille qui passait par là, mais à l’époque, tu étais plus jeune et plus patient !
– Tu parles, à peine deux cents ans, c’est rien !
– Quel est le problème exactement ? Montre-moi, je peux peut-être t’aider.
– Tu vois, voilà trois fois que j’essaie de mettre cette planche comme ça, et ça ne fonctionne pas.
– Ca a l’air bien pourtant, comme ça, à vue de nez.
– A vue de nez, oui, tu en as de bonnes, mais quand je mets celle-là… Tu vois bien que…
– Ah oui en effet, tu as raison ! Il y a un décalage.
– Pas gros mais quand même… Tu sais ce qui serait l’idéal si tu voulais vraiment m’aider ?
– Non, vas-y, dis-moi Bidule, si je peux, je le ferai !
– Trouve-moi la notice de montage originale. Toi qui es le roi du rangement, je suis certain que tu la trouveras !
– Nom d’un petit renne, tu parles d’une demande… Je ne te garantis rien, mais je vais aller voir. C’est vraiment parce que c’est toi.
– Pendant que tu cherches, je vais monter un ou deux vélos, histoire de ne pas perdre de temps.
-C’est ça, à tout à l’heure !
Et Farfouille disparut en courant et en claquant la porte.

Une heure plus tard, alors que Bidule, aidé par Bidouille, installait le dérailleur du quatrième vélo de la matinée, Farfouille fit son entrée dans l’atelier.
– Voilà, dit-il, tout essoufflé, voilà ce que j’ai trouvé.
Et il déposa sous les yeux éberlués de Bidule le grand livre de montage qu’il avait retrouvé loin, loin, sur une haute étagère dans la grande bibliothèque.
– Tu vois, dit-il, c’est clair… Ta pièce est montée à l’envers… C’est marqué là.
– Mais que racontes-tu, demanda Bidule, je ne comprends rien à ce charabia. C’est quoi ce langage ?
– Mais enfin, répondit Farfouille, c’est du Plörknord. Souviens-toi.
– Du Plörknord ? Tu veux dire, du Plörknord ancien ?
– Oui, celui qu’on parlait dans la nuit des temps.
– Mais je ne le parle pas, je ne le lis pas non plus.
– Ca, mon cher Bidule, il fallait venir aux cours quand nous étions enfants.
– Ca ne m’intéressait pas à l’époque. J’avoue que j’ai séché presque tous les cours. Je préférais jouer aux boules de neige et assister aux cours d’emballage des cadeaux.
– Oui, je sais, tu étais plutôt manuel, comme tu l’es maintenant !
– Sûr ! et puis j’avais pris l’option mécanique des traîneaux et réparation de rennes.
– Allez, je suis là pour t’aider. Donc, là, tu vois, là où il y a les trois bâtons, c’est écrit : Placer la planche B vers le Nord-Ouest. Et toi, tu la mettais Nord-Est.
– Alors, Nord-Ouest !! Ah oui, c’est bon, on n’a plus le décalage… Je pense que je dois pouvoir finir tout seul maintenant.
– Vas-y, continue, mais je reste à côté de toi pour la fin du montage, je suis sur la notice.
– Je suis rassuré ! Merci Farfouille. Du fond du cœur, merci.
– Pas de quoi mon vieux  Bidule ! Ah, les enfants ne se doutent pas du mal qu’on se donne pour fabriquer leurs jouets.
– Mets un petit bout de tissu pour marquer la page, des fois que j’en ai encore besoin dans deux cents ans !!
– Ah ah, tu as raison… Ou alors, mets-toi au Plörknord, il y a des cours de rattrapage en janvier ! »