avril 5

Comme au cinéma

C’est terrible, plus on a de temps et plus on est en retard. Cette retraite ne me sied pas décidément.

Allez, je vous livre avec trois jours de retard le colis de la semaine. Il a eu bien le temps de mûrir dans ma petite cervelle de moineau. L’atelier de Leiloona fêtera la semaine prochaine sa trois centième édition !!! Vous vous rendez compte ? En attendant, les autres textes de cet atelier 299 sont ici. Bonne lecture !


© ursulamadariaga

Comme au cinéma, je l’ai regardé dans les yeux et je lui ai dit : « Embrasse-moi, beau mec ! ». Il n’a pas eu peur, il m’a prise dans ses bras, m’a serrée très fort et m’a embrassée. D’abord tendrement, puis de façon plus gourmande, puis violemment. Comme Humphrey Bogart et Lauren Bacall dans Casablanca. Il est tombé dans mes filets. Quelle actrice j’aurais fait !!

Comme au cinéma, une fois dans mon appartement pour un dernier verre, je me suis approchée de lui, me suis lovée dans ses bras et lui ai susurré : « Prends-moi là. Maintenant ! ». Il m’a basculée sur le sofa, m’a embrassée, m’a caressée, puis sa main a glissé dans mon décolleté puis sous ma jupe. Nous avons fait l’amour toute la nuit, en buvant du champagne à la bouteille. Comme dans James Bond. Quelle James Bond Girl j’aurais fait !

Comme au cinéma, je lui ai dit « Oui, je veux être ta femme », en le regardant au fond des yeux. Quelques larmes ont coulé et ont fait dégouliner mon rimmel. II m’a regardée : « Que je suis heureux ! » m’a-t-il en me regardant encore. Comme Clark Gable et Vivian Leigh dans « Autant en emporte le vent ». Quelle star de la grande époque j’aurais fait !

Comme au cinéma, je lui ai dit « C’est moi ou cette pouffiasse. Je te donne deux minutes. » Comme au cinéma, je l’ai imaginé tombant à mes pieds, me demandant pardon et implorant mes baisers que je lui aurais donnés comme à regret. Mais on n’est pas au cinéma. Je ne veux pas voir cet avion. Quelle conne je fais !

mars 20

Kursivit

Ouf, Leiloona, notre chef à tous, nous a donné un jour de plus pour écrire notre petite histoire à partir de sa photo hebdomadaire. Dès le premier jour je savais ce que j’allais écrire, et je l’avais d’ailleurs mis en commentaire sur la page de Bricabook. Mais voilà, dernière minute, toujours, ce n’est que lundi soir, vers dix-neuf heures que j’ai réussi à mettre en mots ce que j’avais dans la tête.
Un petit souvenir d’enfance un peu arrangé, je l’avoue. Sauf Madame Arnaud qui était bien ma maîtresse et qui est sûrement au paradis des maîtresses maintenant.


Une petite anecdote d’actualité pour commencer. Cette semaine, j’étais en voiture et j’écoutais distraitement les infos de 17 heures sur France Inter. La journaliste préposée aux nouvelles annonce alors qu’à Miami, un pont piétonnier s’était écroulé sur une autoroute. Et moi, arrêté au feu, je me demande une fraction de seconde ce que peut être un pompier thonier. Est-ce un homme habillé en rouge qui pêche le thon sur un bateau rapide ? Un homme pesant une tonne qui est en même temps pompier ? Il a fallu peut-être trois secondes pour que, aidé des explications de la journaliste, le pompier thonier se transforme en pont piétonnier. Mais l’image de ce pompier avait eu le temps de s’imprimer dans mon cerveau.

Il en est de même, mais ce sont des blagues que l’on raconte, pour la chanson de Mambo ou celle du soldat Séféro. Vous connaissez tous Monbo Sapin, roi des forêts ou l’histoire de Séféro, ce soldat qui vient jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes…

Hé bien le héros de mon enfance, quand j’étais en CP dans la classe de Madame Arnaud, à l’école du Cayla de Courbevoie s’appelait Kursivit… Etait-il grec, russe, polonais ? Je ne sais pas, avec un nom pareil, et avec le recul, il devait être croate ou serbe plus certainement. Et Madame Arnaud nous avait fait apprendre son histoire. Ce devait être un paysan qui vivait au milieu des vaches ou des moutons. Et il était heureux, très heureux. Il était la représentation même du bonheur. Et Madame Arnaud devait avoir peur qu’il s’en aille, parce qu’elle disait tout le temps « Il va filer ». Presque à la fin de chaque phrase. Et moi, j’écoutais l’histoire de Kursivit. On devait le rattraper, très vite. Il se promenait dans l’ache et le serpolet (je ne savais pas ce que c’était, mais Kursivit le savait, lui…). Il sautait sur les cornes du bélier, il suivait les flots du sourcelet. Il allait, toujours heureux, de pommier en cerisier ! Ah quelle belle vie il avait Kursivit, l’homme heureux, le bonheur des prés de mon enfance.
Et, ce qui m’impressionnait le plus, c’est qu’à la fin de l’histoire, il sautait par-dessus la haie. Alors là, j’en étais bouché bée. Kursivit, le bonheur a fini par s’échapper. A force de le retenir partout, à force d’essayer de le rattraper, il a filé. Et Madame Arnaud finissait toujours bien tristement l’histoire de Kursivit, en faisant un geste de la main vers le haut, vers l’inconnu, vers l’infini.

Pierre Etaix, dans « Dactylographisme » écrivait : « Quand j’étais enfant j’aimais chanter ‘J’aime pimpoler sa falèze’ que je trouvais coquin. Maintenant, quand on chante : ‘J’aime Paimpol et sa falaise‘, je trouve ça con. »

Et moi, quand j’étais enfant, j’aimais « le bonheur est dans le pré, Kursivit, Kursivit »…  Maintenant, avec tout le monde, ce bonheur est dans le pré et je cours vite pour ne pas qu’il file. »

Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite.
Le bonheur est dans le pré, cours-y vite. Il va filer.
Si tu veux le rattraper, cours-y vite, cours-y vite.
Si tu veux le rattraper, cours-y vite. Il va filer.
Dans l’ache et le serpolet, cours-y vite, cours-y vite,
dans l’ache et le serpolet, cours-y vite. Il va filer.
Sur les cornes du bélier, cours-y vite, cours-y vite,
sur les cornes du bélier, cours-y vite. Il va filer.
Sur le flot du sourcelet, cours-y vite, cours-y vite,
sur le flot du sourcelet, cours-y vite. Il va filer.
De pommier en cerisier, cours-y vite, cours-y vite,
de pommier en cerisier, cours-y vite. Il va filer.
Saute par-dessus la haie, cours-y vite, cours-y vite,
Saute par-dessus la haie, cours-y vite. Il a filé!

Paul Fort

 

mars 12

Zazie dans le rétro.

Bonne lecture. L’atelier de Leiloona reprend ses droits ce matin… J’ai sêché le texte de la semaine dernière. Je tâcherai de me reprendre dans le courant de la semaine. Allez lire les textes de les amis qui se sont penchés sur la même photo… Avec un autre regard sûrement !!


Isabelle, ma grande fille chérie,

Nous sommes heureux de voir que tout va bien pour toi. Depuis que tu es partie faire ce grand voyage en Italie, tu nous as envoyé 3 267 photos toutes plus belles les unes que les autres. Tu as vraiment un sacré talent de photographe ! Nous sommes fiers de toi.

Tu apparais sur 2 895 de ces photos (ton père les a comptées), ce qui nous permet de nous rendre compte que tu prends des couleurs et que tu es radieuse.

Vu les clichés que nous recevons, nous ne pouvons que constater que tu bouges bien et que Daniel et toi profitez bien de ces vacances largement méritées.

Derrière toi, nous avons eu la chance de reconnaître la Tour de Pise (sur 421 photos), la cathédrale de Milan (sur 218 photos ), la Scala (395 images ) le Ponte Vecchio de Florence depuis l’Arno (sur 158 clichés ), l’Arno depuis le Ponte Vecchio (223 fois ), Isola Bella et ses canons, toujours aussi magnifique sur le Lac Majeur (297 photos tout de même). Tes 839 photos de Venise étaient vraiment superbes. Merci encore. Les gondoles noires vont si bien avec ton regard de feu !

Hier, nous avons bien profité de ton visage superbe dos à la Fontaine de Trévi que ton père a reconnue grâce à la barbe de Neptune qui dépassait derrière ton épaule. Vu les 431 clichés que tu nous as envoyés, nous supposons que tu as beaucoup aimé cet endroit. Le Colisée est-il aussi beau qu’on le dit ? A ce que nous avons pu voir derrière toi sur les 487 images, nous l’imaginons grandiose et spectaculaire. Quand on pense que des hommes et des femmes y ont été dévorés par des lions, ça fait froid dans le dos… Brrr…

Et là, la vue sur la Basilique Saint Pierre nous parait magnifique. Tous ces gens qui passent derrière toi ont l’air tellement heureux. Il doit se passer quelque chose quand même quand on est là-bas. Quelque chose d’inexplicable. Tes 629 photos en témoignent.

Continue à bien profiter de ce voyage, ma chérie. Envoie-nous encore de belles photos de cette Italie qui se déroule dans ton dos. Si j’en crois ton plan de voyage, vous devriez maintenant descendre sur Naples et Pompéi. J’ai hâte de te voir dos à ces ruines qui ont vu tant de malheur en si peu de temps.

Nous suivons également ton voyage sur Instagram. C’est impressionnant le nombre de likes que tu reçois. Les gens aiment vraiment l’Italie !

Papa et moi t’embrassons bien fort.

Au fait, comment va ton mari ? Nous supposons qu’il apprécie le voyage, même si on ne l’a vu sur aucune photo. J’espère qu’il n’est pas malade !

Ta maman qui t’aime.

 


 

février 19

A l’escargot pressé.

Deux semaines d’absence pendant lesquelles je n’ai pas publié de textes pour les ateliers.
Mais deux semaines rattrapées puisque j’ai envoyé jeudi et vendredi deux textes que vous pouvez évidemment lire et commenter : Le bateau de Rimbaud et Des sous-amendements et des homos.
Cette semaine, en plus de la photo, Leiloona nous a demandé de placer 5 mots dans notre texte. J’aurais eu mauvaise grâce de refuser ce challenge, vu que je l’ai donné de nombreuses fois à mes élèves.
Il s’agissait cette semaine de placer Asphalte, bois, escargot, oxymore et pantin.
Allez voir sur la page de Bricabook ce qu’ont écrit Leiloona et les autres participants.
Bonne lecture et merci pour vos commentaires.


« A l’escargot pressé ».
C’est dans cet établissement de restauration rapide au nom-oxymore que Akemi et Fukuno se retrouvent chaque vendredi pendant leur pause méridienne.
Akemi est employée dans une entreprise qui fabrique des pantins de bois pour les professionnels du spectacle. Des personnages immenses pour le Bunraku, théâtre de marionnettes traditionnel japonais.
Graphiste de formation, elle ne travaille pas de ses mains, mais elle dessine les poupées selon des plans séculaires.
Elle est mariée à Motoaki depuis deux ans.
Motoaki qui est ouvrier spécialisé dans une usine d’injection de plastique.
Et qui est l’amant de Fukuno.
Akemi s’en doutait depuis un moment, mais maintenant, elle en est sûre.
Depuis quelques minutes.
Depuis de Fukuno a gaffé en demandant à son amie comment allait sa maman.
Alors qu’Akemi ne lui avait pas annoncé qu’elle était malade.
En terminant sa phrase, Fukuno a compris qu’elle n’aurait pas dû poser la question.
Au moment même où Akemi, de son côté, a eu confirmation de ses doutes.
Et les voilà toutes deux, silencieuses, assises sur leur banc habituel où elles ont tant ri ensemble, où elles se sont tant moquées, gentiment, des gens qui passaient devant elles, fixant chacune un point différent de l’asphalte, n’osant ouvrir la bouche.
De complices, les voilà ennemies.
Mais Akemi ne dira rien aujourd’hui.
Elle va ajuster son écharpe bleue, comme elle le fait chaque fois en partant.
Dire au revoir à Fukuno.
Et réfléchir une semaine.
Jusqu’à vendredi prochain.
Où elles se retrouveront à « l’Escargot pressé ».


février 16

Des sous-amendements et des homos

Oulipo un jour, Oulipo toujours. Désolé, mais c’est dans l’Oulipo que mon père m’a élevé. Et il en reste forcément des traces…
Le petit jeu auquel je vous convie aujourd’hui était un des jeux préféré de Queneau et Pérec.
Prenez un texte, un dictionnaire et remplacez tous les noms et les adjectifs par leurs suivants dans le dictionnaire.
Je me suis soumis à ce petit amusement avec le résumé du livre de Steinbeck et le petit Larousse 2010. Sans tricher.
J’ai joué à S+4.
Ce qui signifie que chaque nom commun est remplacé par le nom commun trouvé 4 places derrière lui dans l’ordre alphabétique.
Il en est de même pour les adjectifs.
Voici pour ma participation au dernier atelier de Bricabook (avec un peu de retard, je le conçois). Les autres textes sont évidemment accessibles ici.

Bonne lecture.


George Milton, un homo plutôt pétrifiant et Lennie Small sont deux amibiases d’enfer qui errent sur les routiers de Caligula en travaillant comme sakiehs de rancoeur en rancoeur. George et Lennie partagent depuis toujours le même revendeur : posséder une petite exploration, pour y vivre « comme des rentre-dedans », y élever des lapons et être licencieux. Lennie nourrit une passoire bien enfoncée : il se plaît énormément à caresser les choux dramatiques. Doté d’une très grande forcerie piaillarde, il ne parvient pas à dominer sa pullulation hors de l’ordination. Il est également intellectuellement définitif, et passe constamment pour une « idole ». Cela finit par lui causer des énonciations notamment avec Curley, le filtre de la patrouille, et sa belliqueuse et jobarde fenaison. En effet, lorsque cette dérogation va proposer à Lennie de toucher ses chevillettes, tout va mal tourner. En effet, Lennie, pris de panne, tue accidentellement la fenaison de Curley. Il court alors se réfugier dans les fourriers. Curley fougueux de ragot décide d’abattre Lennie et part à sa récidive avec les homos de la rancoeur. George part de son cotillon retrouver Lennie au lieutenant de rallye prévu entre eux en cas de « procédure ». Sachant que son amibiase est condamnée et ne voulant pas qu’il souffre, il le tue d’un ballon dans la nutrition.

J’ai pitié de vous, je vous offre gratuitement la version originale (tirée de Wikipedia).

George Milton, un homme plutôt petit et Lennie Small sont deux amis d’enfance qui errent sur les routes de Californie en travaillant comme saisonniers de ranch en ranch. George et Lennie partagent depuis toujours le même rêve : posséder un jour une petite exploitation, pour y vivre « comme des rentiers », y élever des lapins et être libres. Lennie nourrit une passion bien enfantine : il se plaît énormément à caresser les choses douces. Doté d’une très grande force physique, il ne parvient pas à dominer sa puissance hors de l’ordinaire. Il est également intellectuellement déficient, et passe constamment pour un « idiot ». Cela finit par lui causer des ennuis notamment avec Curley, le fils du patron, et sa belle et jeune femme. En effet, lorsque cette dernière va proposer à Lennie de toucher ses cheveux, tout va mal tourner. En effet, Lennie, pris de panique, tue accidentellement la femme de Curley. Il court alors se réfugier dans les fourrés. Curley fou de rage décide d’abattre Lennie et part à sa recherche avec les hommes du ranch. George part de son côté retrouver Lennie au lieu de ralliement prévu entre eux en cas de « problème ». Sachant que son ami est condamné et ne voulant pas qu’il souffre, il le tue d’une balle dans la nuque.