13 juin 2014

Mes dix doigts sur ta peau

Mes dix doigts sur ta peaueveil
Le matin au réveil

J’aperçois sa pâleur
Dans un demi-sommeil

Je goûte à sa douceur
A nulle autre pareille

Je ressens sa tiédeur
Comme un tendre soleil

Je perçois son odeur
De fraise et de groseille

Et je perçois ton coeur
En posant mon oreille

Mes dix doigts sur ta peau
Le matin au réveil

Mes dix doigts sur ta peau
Et mes cinq sens s’éveillent

© JM Bassetti Ver sur mer le Vendredi 13 Juin 2013. Reproduction interdite sans l’accord de l’auteur.

3 juin 2014

Le 21

21Dans un de ses statuts Facebook, Emma C a écrit ceci:

« Une gare. La foule. Ça grouille un vendredi soir.
Et puis la musique, un piano public là, au milieu du hall. Une jeune femme laisse ses doigts magiques courir sur le clavier. »

Immédiatement, ça a fait tilt dans ma tête et instantanément j’ai su que de ce statut allait naître un texte.

Le voici.


 

« Vous êtes arrivés à Bordeaux. Bordeaux Saint Jean, Bordeaux Saint Jean, trois minutes d’arrêt. Correspondance pour Paris Montparnasse Quai A. Départ 18h02. Correspondance pour Toulouse Quai… »

Je n’écoute plus.. Je n’entends plus. La voix synthétique se perd dans les quais et les entrées de souterrains… Le train de Paris pourrait partir du quai Z ou du quai Q, ce serait la même chose. Je m’en fous. Ca ne m’intéresse pas. Alors je zappe. Mon cerveau se met en jachère de ce bruit. Je décroche.

Parce que je m’en fous. Parce que je ne vais ni à Paris, ni à Toulouse, ni à Dax, ni à Narbonne. Je suis venu voir ma mère à Bordeaux. Ma mère, mes sœurs, mes beaux-frères, neveux et nièces. Hors de question que je reparte où que ce soit. C’est déjà assez loin de venir jusqu’ici !!

Arriver dans une grande ville à 17h30 un vendredi soir, c’est quasiment de la folie… Ca grouille de partout. Quelle faune !!

Avant de me lancer dans l’entonnoir de l’escalier mécanique, dix à se présenter de front pour un seul qui passe, et encore difficilement avec sa valise, je m’arrête dans un coin pour prévenir que je suis arrivé. Maintenant, c’est devenu important, essentiel. Prévenir, avertir, aviser. « Je suis bien parti ». « Je suis en route ». « Je suis bien arrivé ». Et je ne suis pas le seul. Les écrans bleus des téléphones sont les petites lucioles des villes, allumées en permanence, ou presque. Je suis près de l’accès au quaI décidément, ça n’avance pas ce soir. Bloqué entre la boutique de Cannelés et la maison de la presse, j’essaie tant bien que mal de rédiger un sms aussi rapide qu’important.

D’abord murmure, elle se fait de plus en plus nette. La gare semble s’arrêter de bruisser pour lui laisser la place. De murmure, elle devient mélodie, puis musique, véritable musique qui me frappe en pleine figure. Cette musique. Mon Dieu, cette musique. Je sais, je la connais, je ne connais qu’elle. Bon Dieu. Le 21.

Un piano ? Ici, dans cette gare ? Et ces premières notes que je reconnaitrais au milieu même des flammes de l‘enfer ou à dix mille mètres sous la surface de la mer … Où est-il ce piano ? Mes yeux fouillent à la vitesse de l’éclair, mes oreilles partent en tous sens. Je ne vois rien, mais j’entends. Mes radars sont tous sortis, tous en alerte maximale. On joue la musique de mon enfance ici et je ne vois pas qui, et je ne vois pas où…

Ca y est, je l’ai repéré. En bas de l’escalator, tout en bas, pour que la musique monte et envahisse la gare entière. Je le vois enfin depuis le garde-fou sur lequel je suis appuyé. Les notes de piano montent, volent, douces, tendres, sucrées. Je les vois, je les entends, comme des bulles légères dans un verre de champagne. Elles montent et viennent éclater à mes oreilles.

Une madeleine, ce n’est pas seulement gustatif ou visuel. Une madeleine ça peut être olfactif ou auditif. Et là, c’est multi sensoriel. Tous mes sens sont en éveil.

Elle est assise sur un tabouret de concert, bien installée, un long châle tombant sur ses épaules. Ses doigts magiques courent et dansent sur les touches noires et blanches. Ses yeux sont fermés, sa concentration est infinie. Je ne sais pas si elle est jolie. Je ne regarde pas son visage, ni son allure. Je ne vois que ses mains. Ses longues mains aux doigts allongés. C’est une magicienne, ça ne peut être qu’une magicienne. Faire sortir de tels sons au beau milieu d’un hall de gare, ça tient de la magie, ou de la sorcellerie. Je regarde les gens groupés autour d’elle. Un mélangé hétéroclite. Il y a de tout ce que la société peut présenter : des jeunes, des moins jeunes, des encore moins jeunes, des blancs, des blacks, des beurs, des asiatiques, des hommes, des femmes, cheveux longs, cheveux courts….. une micro-société réunie ici et qui écoute la même musique, celle sortie d’un piano magique, en gare de Bordeaux.

… le 21.

Le 21, c’est un concerto pour piano. De Mozart. Le 21 c’est le concerto de mon enfance, celui qui a usé tant de diamants sur la platine de mes parents. Celui que j’ai racheté après l’avoir rayé. Pas n’importe lequel… Celui dirigé par Karl Boehm. Ce mouvement, ce passage que maman appelait « L’Adagio du 21 » et que j’ai entendu mille fois. Au moins.

Et là, au milieu de la gare Saint Jean, tout me revient en une seconde. Bordeaux, Floirac, la maison, l’électrophone derrière la porte du salon. Les prunes, les confitures, les bocaux de haricots verts, le jardinier, ma communion, mon parrain. Mais aussi les matches de rugby, la bière de papa, mon diabolo menthe dans les bouteilles de Schweppes, mon ballon de rugby, les copines, les mobylettes, le goût des pommes au sucre, la foire des Quinconces… Ca se bouscule, comme se bousculaient les voyageurs tout à l’heure devant le tourniquet de l’escalator. Tout arrive en bloc, exactement comme je l’écris. Les images tombent, aussi nombreuses dans ma tête que les notes qui montent du piano. Elles tombent et me foudroient sur place.

Et puis maman évidemment. Maman qui écoutait ça souvent, très souvent et qui me disait : « Ecoute comme c’est beau » ? Et oui, elle a raison. Punaise ce que ça peut être beau ! J’ai écouté et écoute toujours des milliers de morceaux de musique qui sont autant de petits morceaux de ma vie. Mais le 21 est à part. Le 21, ça s’écoute les yeux fermés, ça se déguste, ça se hume. Ca sent ce que vous voulez. Ce que vous souhaitez y accrocher. Moi le 21 restera à jamais attaché, accolé à maman, de façon indélébile, jusqu’au dernier souffle de ma vie. J’ai vieilli à l’ombre du 21, j’ai vu maman vieillir à l’ombre du 21. Je ne sais pas trop si elle l’écoute encore beaucoup. Sûrement, oui, je ne vois pas pourquoi ses goûts auraient changé. Même si maintenant Mozart n’est plus aussi présent dans sa vie qu’il l’a été il y a quarante ans.

Et voilà. Me voilà dans la gare, avec mes culottes courtes, mes osselets et mes genoux pleins de croûtes. Le 21 arrive à sa fin. Les dernières notes tombent, rebondissent tout autour de moi. Je les connais, je les attends, je les devine, je les anticipe. Je suis enveloppé dans le 21. Dans du coton. Dans du Mozart.

Quelques applaudissements polis autour du piano et puis la jeune fille se lève, reprend son sac à main et son blouson, posés à même le sol au pied du grand instrument. Sourit à un jeune homme qui lui prend la main. Elle l’embrasse et tous deux partent vers les quais. Peut-être pour le Paris de 18h02 ? La foule se dissipe. Un jeune homme s’avance et s’assoit timidement sur le tabouret du piano. C’est un piano public. Chacun vient et joue ce qu’il a envie de jouer. Je ne sais pas ce qu’il va jouer. Les premières notes sortent du piano, mais je ne les écoute pas. J’ai eu ma dose. Je dois prendre mon bus pour rejoindre Caudéran et maman qui m’attend. On écoutera peut-être la 21. Qui sait ? En tout cas, je sors sur la nouvelle esplanade de la gare, toute grise, là où le tram arrive maintenant.

Le bus pour Caudéran arrive bientôt. Le bus pour Caudéran, savez vous le numéro qu’il porte ? Non ? Vraiment ?

Le 16.  Pourquoi ??

© JM Bassetti. Saint Aubin le 3 Juin 2014. Reproduction interdite sans l’accord de l’auteur.

 

 

20 mai 2014

Sécurité routière

securiteAnne Hidalgo propose aujourd’hui une vitesse réduite à 30 km/h dans Paris, le gouvernement commence à penser à la réduction de la vitesse sur le périph parisien et sur les routes nationales, la baisse de la vitesse autorisée à 110 sur les autoroutes. Certains proposent le taux d’alcoolémie nul en voiture (même plus possible de manger un « Mon chéri » avant de prendre le volant). Et tout ça « pour notre bien », pour notre sécurité. Mais jusqu’où pourrait-on aller, « pour notre bien » ?

« Oh non, décidément, on n’a pas de pot… Mais à quelle heure on va arriver ?

Là-bas, à environ cinquante mètres de moi, au milieu de la route, un agent de la force routière de sécurité se tient, le bras droit en l’air et le bras gauche m’indiquant un parking sécurisé où je dois stopper mon véhicule.

– Tu avais vu le radar ? me demande ma femme, sanglée à son siège à côté de moi.

J’essaie de me tourner vers elle pour lui répondre mais la présence de ce nouveau casque directement moulé dans le siège m’interdit tout mouvement de rotation de la tête vers la droite. Et c’est bien comme ça. Les anciens casques, ceux que l’on accrochait librement, étaient peu sécurisants et l’an dernier, il y a eu encore trois morts. Des inconscients qui n’avaient pas suffisamment serré la troisième courroie de sécurité. Il faut dire que les gens ne sont pas raisonnables non plus. Ils n’appliquent pas les règles élémentaires du code de la route. Pas étonnant qu’il y ait encore des victimes. Maintenant, les casques sont directement inclus dans le siège et moulés aux formes de votre visage. Leur non-fermeture aux six points réglementaires empêche simplement la voiture de démarrer. Ce qui, de vous à moi, me parait juste.

Le policier, de son bras, me guide vers l’ouverture pratiquée dans le mur de mousse qui borde toutes les routes depuis deux ans maintenant. La suppression des derniers arbres bordant les chaussées n’ayant pas été jugée suffisante et les anciennes barrières de sécurité métalliques ayant entraîné quelques victimes notamment chez les quelques inconscients qui s’entêtent à rouler à moto, il a été décidé, par le gouvernement précédent, de border toutes les routes d’un mur de mousse de vingt-huit centimètres d’épaisseur et de trois mètres quarante-sept de hauteur. Au début, nous avons eu un peu de mal à les accepter et il y a même eu quelques manifestations sporadiques vite réprimées, mais assez rapidement, des tagueurs officiels recrutés par le ministère ont utilisé ces espaces pour dessiner des paysages, des arbres, des champs, des vaches, et en définitive, c’est presque mieux qu’avant, quand les paysages naturels détournaient parfois notre attention de la seule chose qui doit nous intéresser : la route.

D’un geste rapide et leste, le représentant de la loi regoupille la grenade qu’il tenait dans la main gauche et la range dans la poche de la jambe de son pantalon. Le fusil mitrailleur reste néanmoins pointé vers moi, précaution élémentaire prise il y a six mois, suite à la velléité de fuite d’un cycliste contrôlé pour excès de vitesse dans une descente.

Le policier salue de sa main libre, puis se baisse vers le grillage à maille serrée de ma fenêtre. L’ombre des fils métalliques dessine de jolis quadrillages sur la visière blindée de son casque en titane.

– Brigade d’intervention, de sécurisation et de répression des usagers de la route, agent matricule 14 365B, dit-il en parlant bien fort dans le micro intégré à son casque.

Sa voix me parvient directement par le biais des écouteurs de ma protection vitale.

– Vous venez d’être pris en infraction de vitesse excessive, continue-t-il. Pouvez-vous me présenter les documents afférant à votre véhicule et à votre déplacement : carte grise, carte verte, certificats de conformité, votre permis de conduire, les attestations de participation aux dix derniers stages de remise à niveau, votre dossier médical et celui de Madame, votre plan de route visé par la haute autorité des déplacements routiers et le huit derniers disques d’enregistrements de vitesse et de kilométrage.

Aussi vite que je peux, je réunis les documents demandés et les lui transmets par la fente prévue à cet effet dans ma portière (23,4 cm de large sur 3,8 de hauteur).

– Ma dernière prise de sang m’autorisant à conduire ma voiture date de dix jours, je suis désolé, je n’ai pas eu le temps de la refaire cette semaine.

Je préfère l’avouer moi-même. Je vais certainement écoper de la juste amende prévue pour les inconscients de mon style, mais en avouant mon forfait, j’espère échapper à la confiscation temporaire de ma voiture, comme c’est arrivé à mon beau-frère le mois dernier. Il a dû verser trois mille cinq cents euros pour récupérer sa voiture après deux semaines d’immobilisation. Il faut dire aussi que lui, s’est fait pincé pour des essuie-glaces qui ne fonctionnaient pas à la vitesse règlementaire, ce qui est, vous en serez bien d’accord avec moi, de l’irresponsabilité pure et simple. Quand je pense que cet homme fait partie de ma famille… Nous sommes la honte de la ville depuis l’affichage public réglementaire du forfait du frère de ma femme.

– Je verrai avec mon supérieur ce qui sera retenu ou non.

Il continue :

– Vous avez été contrôlé à vingt-huit kilomètres à l’heure dans la descente du Poirier.

– Vingt-huit ? Mais c’est impossible, ma voiture est bridée à vingt-cinq, conformément au dernier décret de sécurité routière, ce doit être une erreur !

– Aucune erreur possible, Monsieur, confirme le policier, les six radars qui ont enregistré votre vitesse sont tous du même avis.

Six radars. Il y a maintenant six radars qui doivent être tous d’accord pour vérifier la vitesse des automobilistes. Les associations des familles de victimes routières avaient interpelé le gouvernement l’an dernier pour dire que les quatre radars habituels étaient nettement insuffisants. Il ne doit rester aucun point d’ombre, aucune incertitude. Si les six radars ne donnent pas tous la même vitesse au mètre près, la contravention ne peut pas être dressée. Les radars sont toujours d’accord. Au centimètre près. C’est beau la précision. C’est bon de se sentir en sécurité.

– Veuillez descendre de votre véhicule s’il vous plait, m’ordonne le militaire.

Le temps que les airbags automatiques de ma combinaison se dégonflent et que les déverrouillages de la portière me permettent de sortir de ma voiture, le soldat fait le tour du véhicule et inspecte les pneus arrière. Mince, s’il s’aperçoit qu’ils ont plus de mille kilomètres, je suis bon pour la tôle… Non, il passe, il ne dit rien. De la sueur me coule dans le dos.

– Tu as eu chaud, me dit ma femme. Je t’avais bien dit…

Je la fais taire. Elle a sûrement oublié que nos conversations étaient enregistrées. Pour notre sécurité, évidemment.. Inconsciente…

Je défais les six points de fixation de mon casque, commence à retirer les sangles qui me retiennent à mon siège baquet. Ensuite, une fois descendu de ma voiture, il ne me restera plus qu’à retirer ma combinaison fluo ignifugée et ma cagoule anti-feu et je pourrais être libre de mes mouvements.

Au début, tous ces systèmes de protection nous pesaient bien un peu, mais nous nous y sommes tous bien habitués, surtout les enfants qui aiment bien jouer avec les plaques réfléchissantes de leurs manches. Le gouvernement nous a bien expliqué que c’était pour notre sécurité et celle de nos familles, pour notre bien. Que les cinquante personnes qui ont été blessées cette année sur la route doivent être pour nous source de réflexion. Certes il n’y a plus eu de morts depuis dix mois mais cela ne doit pas pour autant faire fléchir notre vigilance.

De nouveaux moyens de protection sont à l’étude pour bientôt, notamment la couverture des routes. Ce qui empêcherait la pluie de mouiller le sol et les moustiques de salir les parebrises. Trop d’automobilistes ont eu l’an dernier à combattre ces insectes qui viennent s’écraser sur les vitres.

Au moment où je m’apprête à retirer mes chaussures de conduite (réglementaires et officielles évidemment, il n’est pas question de conduire avec n’importe quelles chaussure, ce serait trop dangereux), un hurlement se fait entendre dans le parking aménagé. C’est la panique, cela se voit immédiatement dans le comportement de la vingtaine d’hommes en armes qui travaillent ici pour notre bien.

Le policier qui m’a arrêté m’attrape par le bras.

– Venez ! Prenez votre famille avec vous et venez vous mettre en sureté dans le périmètre de sécurité installé à deux cents mètres de la route.

Son ton n’incite pas à la mollesse. Ce qui se passe doit être extrêmement grave.

– Vous n’aurez peut-être pas le temps, couchez-vous et bouchez-vous les oreilles. Vite, vite, vite !!!

Et là, allongé sur le sol, les mains sur les oreilles, je le vois passer à travers le trou du mur de mousse. Mon fils en a les yeux qui sortent de la tête. C’est la première fois qu’il en voit un en vrai.

Un camion.

Un camion qui, pour une raison encore inexpliquée, n’est pas transporté sur un wagon de chemin de fer. Un camion bâché qui roule inconsciemment sur notre route à une vitesse folle d’au moins vingt kilomètres à l’heure. Un véritable danger pour la population.

La troupe est en ébullition, prête à intervenir. Ils vont faire le travail. Vite et bien. On peut compter sur eux. C’est bon de savoir que l’on veille sur notre nous, sur notre sécurité et que le gouvernement fait tout pour préserver notre bien-être et notre joie de vivre.

Bien sûr, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs et cette sécurité a un prix : quelques petits désagréments et quelques sanctions.

Mais franchement, ce n’est qu’une goutte de contrainte dans un océan de sérénité.

© JM Bassetti. Ver sur mer le 20 Mai 2014. Reproduction interdite sans accord de l’auteur.

17 mai 2014

T’es là ? lol (2)

bulles– Ca m’étonne pas de lui, c’est vraiment un sale con.
– tu t’en es bien tiré, c’est ça le plus important.
– Oh c’est bon, pour moi, c’est oublié
– Je vais pas en faire tout un fromage non plus
– t’as raison.
– Je voulais t’en parler, c’est tout.

– Et toi ? Tu as passé une bonne journée ?
– Je t’ai pas trop manqué ?
– Claire, t’es là ?
– J’étais toute chose une bonne partie de la journée
– Moi aussi

– a l’ouest
– Oui oui j’suis là !
– tkt

 – lol
– et pour la même raison que moi je pense… ;-))

– Ouais…
– Cochon, va !

– Faut dire que hier soir, ça a été chaud tous les deux.

– Oui. La vidéo, c’est quand même autre chose que le texte pur…
– et tu as une façon de me faire grimper aux rideaux…

– j’adore ça
 – mais toi, tu sais m’exciter aussi
  – coquin…
  – tu as bien joué le jeu aussi
– salopiot !!
– lol   
– si on remettait ça ?
– ce soir…
– non pas ce soir,
– je t’ai dit tout à l’heure
– pas en forme
– et puis pas sexy, pas présentable
– pas comme hier soir quoi…
– Ca peut pas être tous les soirs
– Et puis je veux dormir tôt
– demain ?
– c’est vendredi demain
– on travaille pas samedi
– On pourrait chatter plus tard
– en vidéo…
– on verra
– J’te promets pas
– tu pourras mettre les petits dessous que j’aime bien ?
– et tu prendras les accessoires ?
– Ouah, t’es chaud bouillant toi ce soir…
– comment tu vas faire quand on aura éteint les ordis ?
– quand je dormirai…
– tu t’ finiras…
– ben… tout seul…
– j’ai pas le choix…
-Si on éteint, maline !
– Dis ? je vais te laisser pour ce soir
– déjà . Oh non.. Claire, pas déjà …
– si, je suis vraiment naze,
– tu me verrais, j’ai les yeux qui piquent
– j’ai du mal à voir l’écran.
– on s’est endormis trop tard hier soir.
– pas grave
– vraiment
– faudra pas qu’on recommence trop souvent…
– demain ? Promis ?
– On verra
– je te textoterai dans la journée.
– Allez, j’éteins…
– Claire
– yes ?
– tu m’aimes ?
– mais oui, évidemment
– mais j’suis fatiguée
– je dois me lever à six heures demain
– J’avais besoin que tu me le dises
– avant qu’on éteigne.
– six heures ?
– OK.
– Ca fait tôt..
– mais oui que t’es bête, tu le sais que je t’aime…
– tu l’as pas vu hier soir ?
– Oui, c’est tôt, mais j’y peux rien…
– Si
– j’ai adoré.
– allez, on remet ça demain.
– Dors bien mon Alex
– Dors bien ma Claire !
– a demain soir, je te préviendrai quand je serai pête.
– OK
– Bises
– A demain
– A demain
– Je t’embrasse.

Claire éteignit son ordi immédiatement. Elle était réellement fatiguée. Elle posa l’ordi sur le sol, tout près du lit, retira ses bagues qu’elle posa sur la table de chevet. C’était toujours sa dernière action de la journée avant de sombrer dans les bras de Morphée. Puis elle posa sa tête sur l’oreiller et s’endormit immédiatement.

Alex, lui, resta encore un peu sur l’ordi, après avoir fermé à regret la fenêtre de chat. Ce qu’il pouvait aimer ce genre de rendez-vous, chaque soir avec la femme de sa vie! Ca lui faisait toujours beaucoup de bien, mais ça le laissait à chaque fois tout bizarre. Surtout quand les séances avaient été un peu sexy, un peu chaudes, voire bouillantes comme hier soir. Après, il avait toujours du mal à s’endormir.

Et on peut le comprendre.

Il repassa une dernière fois ses mails, vérifia son compte Facebook. Combien avait-il récupéré de « J’aime » à son dernier statut ? Claire avait-elle commenté un de ses posts ? Avait-elle mis quelque chose sur son mur ?

Il traina ainsi presque vingt minutes. Après quoi, à son tour, il referma l’ordinateur portable, le posa au sol et éteignit. Il ne mit pas longtemps à réagir… En fait dès qu’il vit l’heure affichée sur le réveil. A quelle heure demain matin ?

A quelle heure mettre le réveil ? Pas question d’être en retard.

Il fouilla sa mémoire, ça ne lui revenait pas. A contre cœur, n’y tenant plus, et ne voulant pas commettre d’impair, il se retourna dans le lit et chuchota à l’oreille de sa femme.

– Claire ?
– Claire ?
– Tu dors ?
– Mmmmm
– A quelle heure le réveil demain ?
– Six heures, j’tait dit.
– Ok, excuse-moi. Dors mon ange.
– Bonne nuit ma Clairette
– Bonne nuit Alex…

© JM Bassetti. Ver sur mer le 17 mai 2014. Reproduction interdite sans l’accord de l’auteur.

16 mai 2014

T’es là ? lol (1)

bullesIl s’installa dans son lit, bien à l’aise, remonta son oreiller, se cala confortablement et plaça son ordinateur bien comme il fallait sur ses genoux. Il vérifia la présence du petit point vert devant le pseudo de son interlocutrice. Elle était bien là, ils allaient enfin pouvoir se parler. Se raconter leur journée, leurs peines, leurs espoirs. Quelle belle invention que le « chat » !
Fébrilement, il entama le dialogue.

– Tu es là ?
– Attends,
– deux secondes,
– je m’installe.
– Ca vient…
– lol

– Vas-y, j’attends.
– Voilà, c’est bon.
– J’suis une quiche des fois.
– lol
– Ca y est ?
– Madame est à l’aise ?
– OK. Tu me verrais, tu serais écroulé.
–  😉
Pourquoi écroulé ? Raconte…
– Oh non, j’ai trop honte.
– Je ressemble à rien comme ça,
– heureusement qu’on n’est pas en vidéo ce soir.
– mdr
– Allez, dis moi.
– Non. Je suis pas maquillée, je suis en chemise de nuit, un gilet sans forme et mes vieux chaussons râpés aux pieds.
– hyper sexy, une vraie star ! ptdr…
– Je vais peut-être me coucher, comme ça, je m’endormirai direct quand on aura fini.
– J’aurais même pas à me relever…
– lol
– Moi je suis déjà couché, j’ai eu une sale journée.
– Je prends mon ordi, mon café et je me couche.
-Je me suis engueulé avec domi.
– Voilà.. Attends, je pose sur le lit.
– Je vais chercher ma tasse, je reviens.
– Il m’a dit
– ok.
– prends ton temps…
– je regarde mes mails pendant que tu es partie
– Vas-y, raconte pour domi
– attends, je passe deux minutes à la cuisine
– je lirai tout en revenant
– je te répondrai tout d’un coup.
– lol
– ouais, domi
– alors ce con, je lui avais envoyé un mail pour les expéditions des colis
-tu te souviens ?
-je t’en ai parlé hier
– hé bien ça lui a pas plu, il est allé voir le patron
– direct
– le boss m’a demandé de monter le voir. Il m’a donné raison
– t’aurais vu domi, il était vert…
– quel con.
– t’es là ?
– Ouais, c’est bon, je suis revenue.
– Je m’installe dans le lit, bouge pas.

Elle alluma sa lampe de chevet, déposa l’ordi sur le lit, passa vite fait à la salle de bain prendre un coton et du démaquillant et revint vite retrouver Alex et sa conversation numérique. Elle retira ses chaussons, donna machinalement un coup de poing dans l’oreiller et s’installa confortablement.

– Voilà, c’est bon, ce coup là, je suis complètement à toi…
– Si j’ose dire
– lol
– te fais pas de film non plus…
– mdr
mdr

Elle aimait bien le faire marcher un peu, se faire attendre, se faire désirer. Comme une jeune ado qui allume ses prétendants. Elle avait beaucoup fait ça dans son jeune temps. Et là, avec Alex, c’était fort, très fort. Ca faisait plusieurs mois maintenant qu’ils « chattaient » tous les soirs… Parfois en vidéo, mode « Skype », parfois en texte, comme ce soir, version « Chat ». Immobiles chacun de leur côté devant leur ordi. Au lit ou dans le salon, dans la cuisine… Une vraie drogue.

Pour lui aussi. Il le lui avait dit.

(A suivre)

© JM Bassetti Ver sur mer le 16 Mai 2014. Reproduction interdite sans accord de l’auteur.

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