17 mai 2014

T’es là ? lol (2)

bulles– Ca m’étonne pas de lui, c’est vraiment un sale con.
– tu t’en es bien tiré, c’est ça le plus important.
– Oh c’est bon, pour moi, c’est oublié
– Je vais pas en faire tout un fromage non plus
– t’as raison.
– Je voulais t’en parler, c’est tout.

– Et toi ? Tu as passé une bonne journée ?
– Je t’ai pas trop manqué ?
– Claire, t’es là ?
– J’étais toute chose une bonne partie de la journée
– Moi aussi

– a l’ouest
– Oui oui j’suis là !
– tkt

 – lol
– et pour la même raison que moi je pense… ;-))

– Ouais…
– Cochon, va !

– Faut dire que hier soir, ça a été chaud tous les deux.

– Oui. La vidéo, c’est quand même autre chose que le texte pur…
– et tu as une façon de me faire grimper aux rideaux…

– j’adore ça
 – mais toi, tu sais m’exciter aussi
  – coquin…
  – tu as bien joué le jeu aussi
– salopiot !!
– lol   
– si on remettait ça ?
– ce soir…
– non pas ce soir,
– je t’ai dit tout à l’heure
– pas en forme
– et puis pas sexy, pas présentable
– pas comme hier soir quoi…
– Ca peut pas être tous les soirs
– Et puis je veux dormir tôt
– demain ?
– c’est vendredi demain
– on travaille pas samedi
– On pourrait chatter plus tard
– en vidéo…
– on verra
– J’te promets pas
– tu pourras mettre les petits dessous que j’aime bien ?
– et tu prendras les accessoires ?
– Ouah, t’es chaud bouillant toi ce soir…
– comment tu vas faire quand on aura éteint les ordis ?
– quand je dormirai…
– tu t’ finiras…
– ben… tout seul…
– j’ai pas le choix…
-Si on éteint, maline !
– Dis ? je vais te laisser pour ce soir
– déjà . Oh non.. Claire, pas déjà …
– si, je suis vraiment naze,
– tu me verrais, j’ai les yeux qui piquent
– j’ai du mal à voir l’écran.
– on s’est endormis trop tard hier soir.
– pas grave
– vraiment
– faudra pas qu’on recommence trop souvent…
– demain ? Promis ?
– On verra
– je te textoterai dans la journée.
– Allez, j’éteins…
– Claire
– yes ?
– tu m’aimes ?
– mais oui, évidemment
– mais j’suis fatiguée
– je dois me lever à six heures demain
– J’avais besoin que tu me le dises
– avant qu’on éteigne.
– six heures ?
– OK.
– Ca fait tôt..
– mais oui que t’es bête, tu le sais que je t’aime…
– tu l’as pas vu hier soir ?
– Oui, c’est tôt, mais j’y peux rien…
– Si
– j’ai adoré.
– allez, on remet ça demain.
– Dors bien mon Alex
– Dors bien ma Claire !
– a demain soir, je te préviendrai quand je serai pête.
– OK
– Bises
– A demain
– A demain
– Je t’embrasse.

Claire éteignit son ordi immédiatement. Elle était réellement fatiguée. Elle posa l’ordi sur le sol, tout près du lit, retira ses bagues qu’elle posa sur la table de chevet. C’était toujours sa dernière action de la journée avant de sombrer dans les bras de Morphée. Puis elle posa sa tête sur l’oreiller et s’endormit immédiatement.

Alex, lui, resta encore un peu sur l’ordi, après avoir fermé à regret la fenêtre de chat. Ce qu’il pouvait aimer ce genre de rendez-vous, chaque soir avec la femme de sa vie! Ca lui faisait toujours beaucoup de bien, mais ça le laissait à chaque fois tout bizarre. Surtout quand les séances avaient été un peu sexy, un peu chaudes, voire bouillantes comme hier soir. Après, il avait toujours du mal à s’endormir.

Et on peut le comprendre.

Il repassa une dernière fois ses mails, vérifia son compte Facebook. Combien avait-il récupéré de « J’aime » à son dernier statut ? Claire avait-elle commenté un de ses posts ? Avait-elle mis quelque chose sur son mur ?

Il traina ainsi presque vingt minutes. Après quoi, à son tour, il referma l’ordinateur portable, le posa au sol et éteignit. Il ne mit pas longtemps à réagir… En fait dès qu’il vit l’heure affichée sur le réveil. A quelle heure demain matin ?

A quelle heure mettre le réveil ? Pas question d’être en retard.

Il fouilla sa mémoire, ça ne lui revenait pas. A contre cœur, n’y tenant plus, et ne voulant pas commettre d’impair, il se retourna dans le lit et chuchota à l’oreille de sa femme.

– Claire ?
– Claire ?
– Tu dors ?
– Mmmmm
– A quelle heure le réveil demain ?
– Six heures, j’tait dit.
– Ok, excuse-moi. Dors mon ange.
– Bonne nuit ma Clairette
– Bonne nuit Alex…

© JM Bassetti. Ver sur mer le 17 mai 2014. Reproduction interdite sans l’accord de l’auteur.

16 mai 2014

T’es là ? lol (1)

bullesIl s’installa dans son lit, bien à l’aise, remonta son oreiller, se cala confortablement et plaça son ordinateur bien comme il fallait sur ses genoux. Il vérifia la présence du petit point vert devant le pseudo de son interlocutrice. Elle était bien là, ils allaient enfin pouvoir se parler. Se raconter leur journée, leurs peines, leurs espoirs. Quelle belle invention que le « chat » !
Fébrilement, il entama le dialogue.

– Tu es là ?
– Attends,
– deux secondes,
– je m’installe.
– Ca vient…
– lol

– Vas-y, j’attends.
– Voilà, c’est bon.
– J’suis une quiche des fois.
– lol
– Ca y est ?
– Madame est à l’aise ?
– OK. Tu me verrais, tu serais écroulé.
–  😉
Pourquoi écroulé ? Raconte…
– Oh non, j’ai trop honte.
– Je ressemble à rien comme ça,
– heureusement qu’on n’est pas en vidéo ce soir.
– mdr
– Allez, dis moi.
– Non. Je suis pas maquillée, je suis en chemise de nuit, un gilet sans forme et mes vieux chaussons râpés aux pieds.
– hyper sexy, une vraie star ! ptdr…
– Je vais peut-être me coucher, comme ça, je m’endormirai direct quand on aura fini.
– J’aurais même pas à me relever…
– lol
– Moi je suis déjà couché, j’ai eu une sale journée.
– Je prends mon ordi, mon café et je me couche.
-Je me suis engueulé avec domi.
– Voilà.. Attends, je pose sur le lit.
– Je vais chercher ma tasse, je reviens.
– Il m’a dit
– ok.
– prends ton temps…
– je regarde mes mails pendant que tu es partie
– Vas-y, raconte pour domi
– attends, je passe deux minutes à la cuisine
– je lirai tout en revenant
– je te répondrai tout d’un coup.
– lol
– ouais, domi
– alors ce con, je lui avais envoyé un mail pour les expéditions des colis
-tu te souviens ?
-je t’en ai parlé hier
– hé bien ça lui a pas plu, il est allé voir le patron
– direct
– le boss m’a demandé de monter le voir. Il m’a donné raison
– t’aurais vu domi, il était vert…
– quel con.
– t’es là ?
– Ouais, c’est bon, je suis revenue.
– Je m’installe dans le lit, bouge pas.

Elle alluma sa lampe de chevet, déposa l’ordi sur le lit, passa vite fait à la salle de bain prendre un coton et du démaquillant et revint vite retrouver Alex et sa conversation numérique. Elle retira ses chaussons, donna machinalement un coup de poing dans l’oreiller et s’installa confortablement.

– Voilà, c’est bon, ce coup là, je suis complètement à toi…
– Si j’ose dire
– lol
– te fais pas de film non plus…
– mdr
mdr

Elle aimait bien le faire marcher un peu, se faire attendre, se faire désirer. Comme une jeune ado qui allume ses prétendants. Elle avait beaucoup fait ça dans son jeune temps. Et là, avec Alex, c’était fort, très fort. Ca faisait plusieurs mois maintenant qu’ils « chattaient » tous les soirs… Parfois en vidéo, mode « Skype », parfois en texte, comme ce soir, version « Chat ». Immobiles chacun de leur côté devant leur ordi. Au lit ou dans le salon, dans la cuisine… Une vraie drogue.

Pour lui aussi. Il le lui avait dit.

(A suivre)

© JM Bassetti Ver sur mer le 16 Mai 2014. Reproduction interdite sans accord de l’auteur.

Catégorie : Au fil des jours | Commenter
8 mai 2014

Trois p’tits baisers

Trois p’tits baisers
Sur tes lèvres-fraisier
Trois p’tits baisers
Et tout peut commencer

Trois petites bises
Sur tes lèvres cerise
Trois petites bises
Depuis longtemps promises

Trois p’tits bécots
Sur tes lèvres coquelicot
Trois p’tis bécots
Et mes mains sur ta peau

Trois p’tits bisous
Sur tes lèvres bijou
Trois p’tits bisous
Et le Je devient Nous

J’aime à me rappeler
Que tout a débuté
Un joli soir d’été
Par trois petits baisers.

JMB 08/05/14

29 avril 2014

Pas le choix.

 

allegorie

Aujourd’hui encore un petit texte écrit à réception d’une photo de mon fils. la photo s’appelle « Allégorie française ». Une photo par jour, c’est sur www.tofaday.com. Abonnez-vous !

Il est le dernier et il le sait. On lui a bien dit qu’en province, aux fins fonds de la campagne ou perdus dans le plus éloigné des villages de montagne, il y en a encore quelques-uns, mais il ne les a jamais vus. Le journal de TF1 de Jean-Pierre Pernaud en a montré un, un midi, entre un savetier auvergnat et un cultivateur de concombres dans le Limousin. A titre d’anecdote uniquement. Le célèbre journaliste a conclu par ces mots : « Un usage d’une autre temps que nous avons tous oubliés. Il n’y en a plus aucun dans Paris intra-muros. »
Et pourtant si. Il en reste un.
Et c’est lui.
Il se réfugie dans différents endroits de la capitale, de plus en plus rares chaque jour. Il y a trois mois encore, il connaissait une vieille dame comme lui, mais il ne la voit plus, elle a disparu. Peut-être est-elle décédée, ou passée de l’autre côté, malgré son grand âge. Pour son anniversaire, ou pour la fête des grands-mères. Elle n’a pas osé refuser, elle a sûrement fait celle qui était contente. Mais le résultat est là. Il ne la rencontre plus et il se sent de plus en plus isolé.
Chaque jour on construit de nouveaux appartements dans la capitale. Chaque jour voit son lot d’immeubles augmenter petit à petit, et chaque jour on détruit des cabines téléphoniques. Inutiles parait-il. Pas rentables. D’une autre époque, has-been, démodées, plus dans l’air du temps. Et chaque jour, il lui est de plus en plus difficile de joindre son frère, sa belle-sœur ou une administration quelconque.
Il a dû quitter les petits quartiers de la capitale, là où il était à l’abri, dans des petites cabines au coin de deux rues. Personne ne faisait attention à lui et il pouvait prendre son temps. On ne faisait plus la queue depuis longtemps ! Désertées de leurs usagers, ces petites cabines étaient devenues des supports à publicité. Des affiches de spectacles, des petites annonces, des recherches de chats perdus. Collées, décollées, recollées à côté et laissant des traces de colle sur les vitres. Elles étaient devenues des verrues dans les petits arrondissements. Alors les pouvoirs publics, toujours à l’affût, certainement alertés par des riverains dérangés, ont décidé de raser, de tout détruire.
Alors maintenant, il était obligé d’aller sur les grands boulevards, à la vue de tous. Là où les cabines sont visibles de tous les coins de l’avenue. Il sent le regard des passants se poser sur lui. Il appelle sa famille de nuit pour éviter les attroupements devant la cabane de verre. Mais s’il faut appeler les impôts, la mairie ou le médecin… il n’a pas le choix.
Il est devenu une sorte de paria. Comme le dernier à avoir utilisé le Minitel ou la dernière à avoir essayé d’envoyer un télégramme. Il sait très bien que la situation ne durera pas. Qu’un jour ou l’autre il devra céder. Se conformer à la norme. Arrêter de passer pour un excentrique, un être pas comme les autres. Déjà les enfants qui le voient dans la rue demandent à leurs parents « ce qu’il fait le monsieur »… Mais pour le moment, il tient. Chaque jour qui passe est un jour gagné contre l’uniformisation du monde. Sortir et aller dans une cabine pour téléphoner, ça ne vient plus à l’idée de personne. Il faut être fou pour faire ça. Ou dérangé. Ou révolté. Ou anarchiste. Ou ne pas vouloir.
Ou ne pas avoir les moyens, tout simplement…
Le dernier homme à ne pas avoir de téléphone portable à Paris donne son dernier coup de fil. Peut-être pour prévenir sa mère qu’elle sera un temps sans nouvelles. Le temps qu’il s’organise après la démolition de la dernière cabine parisienne demain matin.
Le temps qu’il s’achète un téléphone.
Qu’il rejoigne le troupeau.
Pas le choix.

© JM Bassetti 29 Avril 2014. Reproduction interdite sans accord de l’auteur.

Photo © Quentin Bassetti. Paris, Avril 2014. http://www.tofaday.com

Catégorie : Au fil des jours | Commenter
28 avril 2014

Sin Ayuda

sinayudaLoin des arènes
Loin des sirènes
Je traine ici
J’ai pas d’abri.
Mes quatre enfants
Dans le néant
Tout comme leur père
Dans la misère.

J’ai pas d’boulot
J’ai pas d’euros
J’ai rien de rien
Je tends la main.
Ca m’amuse pas
Ca me plait pas
Mais j’ai pas l’choix
Entendez moi.

Vous qui passez
Baissez le nez
Là dans le noir
Sur le trottoir
Avec les chiens
Et les sans-rien
Vous m’verrez là
Moi pauvre gars.

Là, à Madrid
J’ai l’ventre vide
Mais à Paris
J’l’aurais aussi
Juste un p’tit sou
De rien du tout
C’est pour manger
Pas pour m’saouler

Un jour j’espère
Que la misère
Me laissera
Me quittera
En attendant
Je meurs doucement
Ne m’ laissez pas,
Sin Ayuda (*)

(*) Sans aide.

Photo © Quentin Bassetti. Madrid, Avril 2014. http://www.tofaday.com

©JM Bassetti. Le 28 Avril 2014. Reproduction interdite sans accord de l’auteur.