8 mai 2014

Trois p’tits baisers

Trois p’tits baisers
Sur tes lèvres-fraisier
Trois p’tits baisers
Et tout peut commencer

Trois petites bises
Sur tes lèvres cerise
Trois petites bises
Depuis longtemps promises

Trois p’tits bécots
Sur tes lèvres coquelicot
Trois p’tis bécots
Et mes mains sur ta peau

Trois p’tits bisous
Sur tes lèvres bijou
Trois p’tits bisous
Et le Je devient Nous

J’aime à me rappeler
Que tout a débuté
Un joli soir d’été
Par trois petits baisers.

JMB 08/05/14

29 avril 2014

Pas le choix.

 

allegorie

Aujourd’hui encore un petit texte écrit à réception d’une photo de mon fils. la photo s’appelle « Allégorie française ». Une photo par jour, c’est sur www.tofaday.com. Abonnez-vous !

Il est le dernier et il le sait. On lui a bien dit qu’en province, aux fins fonds de la campagne ou perdus dans le plus éloigné des villages de montagne, il y en a encore quelques-uns, mais il ne les a jamais vus. Le journal de TF1 de Jean-Pierre Pernaud en a montré un, un midi, entre un savetier auvergnat et un cultivateur de concombres dans le Limousin. A titre d’anecdote uniquement. Le célèbre journaliste a conclu par ces mots : « Un usage d’une autre temps que nous avons tous oubliés. Il n’y en a plus aucun dans Paris intra-muros. »
Et pourtant si. Il en reste un.
Et c’est lui.
Il se réfugie dans différents endroits de la capitale, de plus en plus rares chaque jour. Il y a trois mois encore, il connaissait une vieille dame comme lui, mais il ne la voit plus, elle a disparu. Peut-être est-elle décédée, ou passée de l’autre côté, malgré son grand âge. Pour son anniversaire, ou pour la fête des grands-mères. Elle n’a pas osé refuser, elle a sûrement fait celle qui était contente. Mais le résultat est là. Il ne la rencontre plus et il se sent de plus en plus isolé.
Chaque jour on construit de nouveaux appartements dans la capitale. Chaque jour voit son lot d’immeubles augmenter petit à petit, et chaque jour on détruit des cabines téléphoniques. Inutiles parait-il. Pas rentables. D’une autre époque, has-been, démodées, plus dans l’air du temps. Et chaque jour, il lui est de plus en plus difficile de joindre son frère, sa belle-sœur ou une administration quelconque.
Il a dû quitter les petits quartiers de la capitale, là où il était à l’abri, dans des petites cabines au coin de deux rues. Personne ne faisait attention à lui et il pouvait prendre son temps. On ne faisait plus la queue depuis longtemps ! Désertées de leurs usagers, ces petites cabines étaient devenues des supports à publicité. Des affiches de spectacles, des petites annonces, des recherches de chats perdus. Collées, décollées, recollées à côté et laissant des traces de colle sur les vitres. Elles étaient devenues des verrues dans les petits arrondissements. Alors les pouvoirs publics, toujours à l’affût, certainement alertés par des riverains dérangés, ont décidé de raser, de tout détruire.
Alors maintenant, il était obligé d’aller sur les grands boulevards, à la vue de tous. Là où les cabines sont visibles de tous les coins de l’avenue. Il sent le regard des passants se poser sur lui. Il appelle sa famille de nuit pour éviter les attroupements devant la cabane de verre. Mais s’il faut appeler les impôts, la mairie ou le médecin… il n’a pas le choix.
Il est devenu une sorte de paria. Comme le dernier à avoir utilisé le Minitel ou la dernière à avoir essayé d’envoyer un télégramme. Il sait très bien que la situation ne durera pas. Qu’un jour ou l’autre il devra céder. Se conformer à la norme. Arrêter de passer pour un excentrique, un être pas comme les autres. Déjà les enfants qui le voient dans la rue demandent à leurs parents « ce qu’il fait le monsieur »… Mais pour le moment, il tient. Chaque jour qui passe est un jour gagné contre l’uniformisation du monde. Sortir et aller dans une cabine pour téléphoner, ça ne vient plus à l’idée de personne. Il faut être fou pour faire ça. Ou dérangé. Ou révolté. Ou anarchiste. Ou ne pas vouloir.
Ou ne pas avoir les moyens, tout simplement…
Le dernier homme à ne pas avoir de téléphone portable à Paris donne son dernier coup de fil. Peut-être pour prévenir sa mère qu’elle sera un temps sans nouvelles. Le temps qu’il s’organise après la démolition de la dernière cabine parisienne demain matin.
Le temps qu’il s’achète un téléphone.
Qu’il rejoigne le troupeau.
Pas le choix.

© JM Bassetti 29 Avril 2014. Reproduction interdite sans accord de l’auteur.

Photo © Quentin Bassetti. Paris, Avril 2014. http://www.tofaday.com

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28 avril 2014

Sin Ayuda

sinayudaLoin des arènes
Loin des sirènes
Je traine ici
J’ai pas d’abri.
Mes quatre enfants
Dans le néant
Tout comme leur père
Dans la misère.

J’ai pas d’boulot
J’ai pas d’euros
J’ai rien de rien
Je tends la main.
Ca m’amuse pas
Ca me plait pas
Mais j’ai pas l’choix
Entendez moi.

Vous qui passez
Baissez le nez
Là dans le noir
Sur le trottoir
Avec les chiens
Et les sans-rien
Vous m’verrez là
Moi pauvre gars.

Là, à Madrid
J’ai l’ventre vide
Mais à Paris
J’l’aurais aussi
Juste un p’tit sou
De rien du tout
C’est pour manger
Pas pour m’saouler

Un jour j’espère
Que la misère
Me laissera
Me quittera
En attendant
Je meurs doucement
Ne m’ laissez pas,
Sin Ayuda (*)

(*) Sans aide.

Photo © Quentin Bassetti. Madrid, Avril 2014. http://www.tofaday.com

©JM Bassetti. Le 28 Avril 2014. Reproduction interdite sans accord de l’auteur.

24 avril 2014

Une maladie inconnue

evierParents, vous n’imaginez même pas ce que vivent vos enfants. Comme ça, en regardant votre ado qui vit à la maison, vous le croyez équilibré, calme, tranquille, menant une vie sereine entre sa musique, sa chambre, le lycée, sa chambre, son portable, sa chambre, la télé, son ordi, son portable, Mac Do, son portable  et sa chambre.
Vous avez parlé avec lui (ou avec elle, ce texte est unisexe, valable pour les ados et les adoes..) du lycée ou du collège, des relations parents- profs, enfants-parents et vous pensez, à juste titre que tout s’améliore.
Vous avez parfois encore du mal à ce que la chambre soit rangée, le linge mis au sale et la toilette faite convenablement et dans les temps. Mais l’un dans l’autre, pas vraiment de quoi vous plaindre. Chez votre meilleur(e) ami(e), c’est bien pire !
Vous avez réglé les heures de réveil, de coucher, de sortie, de retour et tout semble rouler comme sur des rails.
Vous avez parlé alcool, drogue, sexe, préservatifs, rapports protégés. Tout parait bien compris et votre enfant a l’air de bien accepter vos remarques et vos idées.
Vous êtes ouvert(e) à la discussion, il le sait et vous en sait gré. Vos rapports sont plutôt bons, même quand vous parlez argent, ce qui n’est pas le cas dans d’autres familles.
Au niveau du boulot, tout va plutôt pas trop mal. Certes, ce n’est pas tous les jours l’enthousiasme, la grande joie d’aller à l’école, mais vous vous dites que c’est normal, que vous-même ne donnez pas toujours le bon exemple. D’ailleurs, allez-vous chaque jour au boulot avec le sourire et sans râler un petit peu ?
Alors, vous vous dites que la vie est douce, que, bon an mal an, vous avez plutôt bien réussi votre travail de parent et que vos enfants n’ont pas de stress ni d’anxiété qui leur pourrit la vie.
Détrompez-vous !!! Un mal incurable et dangereux guette pourtant vos enfants !

La Lavevaisselleophobie.

A partir de douze ans environ, et pendant une durée indéterminée qui varie selon les individus, un danger plane sur nos chères têtes blondes. Un mal que vous n’imaginez même pas. Un mal dont vous avez peut-être vous-même souffert, mais qui s’est atténué avec le temps. C’est une douleur insidieuse dont les enfants ne veulent pas parler. Aucun médecin n’a la solution. Les psys sont étrangement silencieux sur le sujet. Les revues de parents n’en parlent que peu tellement le mystère est épais.
L’essence même du mal tient en une seule et unique question : « Quel danger guette les enfants entre l’évier et le lave-vaisselle ? »
Pourquoi, si, un enfant accepte de débarrasser son assiette, son bol, son verre, ou un saladier qu’il a utilisé, le pose-t-il toujours dans l’évier et jamais dans le lave-vaisselle ?
Pourquoi vos demandes répétées n’ont-elles aucun effet ?
Pourquoi à votre réflexion « Tiens, mets donc ton bol dans la machine tant que tu y es », ne recevez-vous jamais la moindre réponse, si ce n’est un « Ouais ouais » évasif ?
Pourquoi cette peur irraisonnée de l’évier et de la machine à laver la vaisselle ? Y a-t-il un loup-garou, un elfe, un korrigan, une fée, un être venu d’ailleurs qui rôde entre ces deux lieux stratégiques du domicile familial ?
Oh bien sûr, parfois vous essayez d’aborder le sujet, en choisissant soigneusement vos mots pour ne pas affronter le mal trop directement, mais vous sentez bien que la tension est vive, que les craintes sont présentes et qu’il vaut mieux ne pas insister. Parfois, vous tentez de faire le forcing. Vous insistez, voire même vous vous dites « Non, non et non, je ne rangerai pas le bol, elle va le faire elle-même », mais vous craquez vite, voyant qu’au bout de vingt-quatre heures, les tensions ne sont pas retombées et le bol toujours dans l’évier.
Et vous avez besoin de laver la salade.
Souvent d’ailleurs, cette crainte d’ouvrir le lave-vaisselle se prolonge dans le temps, tourne à l’obsession et la vaisselle s’accumule dans l’évier. On commence par un verre, puis deux, puis une cuiller, puis un bol et une assiette… Chaque passage de votre enfant dans la cuisine est pour lui une source de tracas. Remarquez d’ailleurs que s’il est parfaitement capable de prendre quoique ce soit dans le frigo ou dans un placard, il lui est souvent beaucoup plus difficile de le remettre, de le ranger à la place où il l’a pris, voire même de mettre le papier, la bouteille ou le paquet vide  à la poubelle si nécessaire…. N’est-ce pas là le signe d’un vrai malaise, d’un véritable mal de vivre que notre société ignore superbement ? Pourquoi le gouvernement n’a-t-il jamais pris la moindre mesure pour éradiquer le problème qui touche quand même 94,5% des familles françaises ? Pourquoi la question n’a-t-elle pas été évoquée lors des dernières élections municipales ?
Maintenant que j’ai levé le lièvre, que j’ai parlé sans crainte de ce sujet tabou, que faire ? Alerter les pouvoirs publics ? Se regrouper en association ? Créer une page facebook, voire un site pour parler sans crainte du sujet ?
A la suite de la lecture de cet article, n’hésitez pas à briser le tabou, à en parler avec vos enfants. Peut-être aurez-vous une réponse, peut-être arriverez-vous à tuer le mal dans l’œuf. Mais surtout, ne prenez pas de risque et pensez avant tout à l’équilibre de votre famille. Agissez petit à petit, doucement, avec tact mais fermeté. Faites ranger d’abord un verre, puis une cuiller. N’essayez pas d’aller trop vite. Procédez par étapes. N’allez pas tenter de faire ranger tout un repas d’un seul coup. Le reste de la journée serait immédiatement gâché !
Et surtout, surtout, n’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires à la suite de cet article. Vos points de vue nous intéressent. Evoquez vos problèmes si vous avez besoin d’en parler, nous sommes à votre écoute, et peut-être que la communauté des lecteurs de cet article arrivera même à répondre à vos demandes.
Et surtout, à tous bon courage pour affronter la lavevaissellophobie au quotidien.

© JM Bassetti 24 Avril 2014. Reproduction interdite sans l’accord de l’auteur.

Catégorie : Au fil des jours | Commenter
23 avril 2014

Du bien à l’âme

photo5 Grand rêveur va !!
Non mais tu espérais quoi gros malin ? Tu croyais vraiment que ça allait marcher ? Tu pensais sérieusement que le public, le bouche à oreille allait te faire la promo de ton livre ? Pour qui tu prends les gens ? Pour des attachés de presse ?
Alors comme ça, Monsieur dépose des livres à droite à gauche, sur des bancs, devant la FNAC, sur des terrasses de bistrot, sur des distributeurs d’argent, dans des salles d’attente, dans des salles d’embarquement d’aéroport, dans des gares et d’autres endroits incongrus et tu espères un retour ? Ah, tu écris un petit mot à l’intérieur ? Tu expliques ta démarche ? Tu dis que c’est gratuit, que la personne qui trouve le livre peut le lire tranquille et puis le reposer ailleurs et puis surtout te mettre un petit mot ? Pour te dire quoi, malin ? Merci ? Non mais c’est bien toi, ça… Tu donnes bien ton adresse mail au moins ? Oui ? En gros ? Et personne te ne répond ? Tu as bien déposé vingt livres dans l’espoir idiot d’avoir un retour… Et ? Rien ? Pas un mot, pas un merci, pas une commande surtout, pas un retour…. Mais tu connais la société pourtant. Tu sais comment ça marche… On prend, on prend… Mais pour donner, pour renvoyer l’ascenseur, c’est autre chose…
Tu as choisi d’être ton propre éditeur aussi, ne te plains pas… Tu assures la promotion de ton livre…
Faire la promo de son livre,  c’est épuisant ! J’ai publié tout seul sur  Kindle, sur Kobo, impression papier à mes frais chez un imprimeur. J’ai fait des marque-pages, des cartes, des flyers… J’ai cherché des éditeurs, des gens qui te demandent 3000 € pour que tu aies le droit d’acheter ton propre livre avec une réduction de 20% par rapport aux autres !! Je démarche chez les libraires, j’écris, on ne me répond même pas. Je fais parfois des signatures dans les librairies, à force d’insister. Parfois ça se passe bien, les gens sont sympas. Parfois, t’es dans un coin de la librairie pendant trois heures, on ne t’offre même pas un café, on ne s’occupe pas de toi, pas de promo, pas d’affiche, et quand tu pars, on te redonne 65% du prix du bouquin, et encore, t’as l’impression de faire l’aumône… 35 % pour le libraire qui t’a juste prêté 2 m2 pour que tu vendes trois livres…
J’ai aussi fait le forcing sur Monbestseller.com. J’ai été sélectionné en Janvier pour le Grand Prix du livre non édité de Monbestseller. Ca a été épuisant. Twitter, facebook, contacts tous les jours… J’ai épuisé mes contacts et les contacts de mes contacts. Ils en avaient plein le cul à force de les solliciter ! Rappeler, inciter, convaincre, discuter. Tu t’uses la santé, tu passes la moitié de ta journée à regarder le classement, tu balises dès que tu baisses. Total, j’ai été sélectionné, Youpi, mais depuis, j’ai un peu abandonné et mon livre est descendu jusqu’à la 33eme place… Là, je m’y remets, mais c’est épuisant !!
Et en plus, tu donnes des coups de main aux copains qui sont dans la même galère que toi. Tu twittes pour eux parce que tu y crois. Déborah, Virginie, Thierry, Macha, Yannick, Lionel, Sabine, Denis, Mathieu sont des gens que je ne connais pas physiquement, mais que j’aide sur leurs sites, sur Ipagination, sur ShortEditions, etc… Entre nous, « les auteurs », on s’entraide ! parce qu’on a la même passion, parce qu’on veut être lus. Pas nécessairement payés. Juste lus…
Alors, maintenant, je recommence à écrire. J’ai acheté un nouveau nom de domaine : www.jmbassetti.fr sur lequel je mettrai tous mes textes.
Je vais continuer à déposer quelques livres à des endroits stratégiques, parce que j’y crois toujours, jusqu’à ce que quelqu’un enfin un jour me réponde.
Et parce qu’un petit mot, une remarque à la suite d’un texte, un « merci » sur un mail, ça a autant de valeur, si ce n’est plus qu’un billet de dix euros.
Ca fait du bien à l’âme !

© JM Bassetti 23 avril 2014. Reproduction interdite sans accord de l’auteur.