12 février 2014

Appel à la manif pour le 2 février

vallsOn se moque de nous !!!

Alors que la moitié de la France baigne dans l’eau à la suite des inondations et débordements de rivières, que fait donc le gouvernement de notre pays ?

Une marée à 114 de coefficient aujourd’hui, et 113 demain !!

Non mais je rêve… Ils le font exprès ou quoi ?

Ah c’est malin ça… C’est comme si on faisait tomber de la neige au moment où il fait le plus froid. Ou vider les nappes phréatiques en période de canicule.

Mais nous, petits français de base, nous savons bien ce qui est bon pour notre pays.

Une petite marée de 80, 75 à la rigueur, mais pas plus, nous ne pouvons pas l’accepter.

Encore une fois, on se moque de nous, on nous spolie, on nous ment.

Le gouvernement fait vraiment n’importe quoi sans se soucier des petits.

Ah, c’est facile de décréter une grande marée quand on a un yacht amarré à Saint Trop, à Genève ou Clermont Ferrand !

Mais quand, comme nous, on a juste une barque le long de l’Elorn ou un pédalo sur l’Orne, on trinque, et sévère encore !

Ce sont certainement des directives européennes me direz-vous.

A l’heure où tant de gens ont du mal à boucler leurs fins de mois, ne pensez vous pas que le parlement européen aurait mieux à faire que de placer des grandes marées au mois de janvier ou des canicules en juillet !

Françaises, français ! A l’heure où les rivières de tout le territoire débordent, réclamons, que dis-je, exigeons une marée à 80 aujourd’hui et 75 demain. 

Le nombre de manifestants sera notre force.

Il est temps que la rue parle et empêche le non-sens des politiques de couler au milieu d’un fleuve d’incompréhension.

Retrouvons nous demain dimanche 2 février à 10.00 sur le port d’Arromanche les bains afin d’empêcher la mer de monter impunément. Maintenons la à son niveau acceptable de coefficient 80.

Sus aux marées trop hautes pour que le petit peuple ne se noie pas.

Ver sur mer le 1er février 2014.

19 janvier 2014

A la Lanterne

lanterneAprès avoir parcouru la courte allée bordée de peupliers, la voiture noire s’arrêta devant la barrière de bois. Des gardes du corps évidemment étaient là, ainsi que des membres de la garde républicaine. Pas nécessaire de se camoufler ou de jouer la discrétion, tout le monde sait ce qu’est la Lanterne et à qui elle sert. Précédemment résidence de repos du Premier Ministre, la Lanterne à Versailles était devenue, depuis peu, résidence présidentielle.

La première dame de France était fatiguée, à peine remise du grand choc qu’elle avait subi récemment. Tout le monde s’accordait à dire qu’elle avait besoin de repos, de beaucoup de repos avant de pouvoir à nouveau paraitre en public devant les photographes et les caméramans du monde entier, toujours prêts à guetter la moindre image d’un personnage qui était devenu depuis peu la proie des paparazzis. Ces photographes, ils étaient là, devant la barrière, en nombre, avec motos puissantes, voitures et scooters bruyants. Mais dans la voiture, c’était le calme. Les vitres fumées mettaient l’intérieur à l‘abri de photos indiscrètes et le blindage du véhicule filtrait les bruits et les cris.

Elle arrivait seule pour le moment. Le Président de la République avait décidé de venir la rejoindre dans le courant de la soirée, voire le lendemain, le temps qu’elle s’habitue à cette nouvelle demeure. C’est que les rapports entre le chef de l’Etat et elle allaient beaucoup changer dans les jours à venir. L’arrivée d’une nouvelle personne est toujours source de déstabilisation, tout le monde en est d’accord. L’intrusion de cette nouvelle femme dans le couple présidentiel devra se faire en douceur, chacun devant faire un effort et bousculer ses habitudes pour faire un peu de place à la nouvelle arrivante.

La barrière s’ouvrit. La voiture pénétra dans la cour gravillonnée de la Lanterne. Une myriade de flashes crépitait autour de la voiture. Le chauffeur avança prudemment. Au passage du véhicule, la barrière se referma doucement. Les journalistes en seraient pour leurs frais, aucune déclaration n’avait été faite. La présidence de la république l’avait d’ailleurs annoncé.

L’hospitalisation de la First lady avait duré plus longtemps que prévu. Peu de nouvelles filtraient. Même le président, habituellement loquace, était plutôt sur la réserve. Ses déclarations à la presse avaient été timides. Il avait dit le strict minimum, guère plus, et souhaitait garder les moments à venir dans l’intimité du couple, à l’Elysée ou ailleurs. D’ailleurs, il ne pouvait pas se permettre la moindre relâche. Son travail l’accaparait trop et quelques jours de repos n’étaient pas les bienvenus en ce moment. Le pays était en forte crise, la France n’aurait pas accepté le moindre relâchement. Il ne devait pas oublier qu’il avait été élu pour gouverner le pays, à cinquante ans passés et que l’événement qui le taraudait actuellement était plutôt l’apanage d’hommes plus jeunes. « Ce n’est plus de ton âge, il y a un âge pour tout » lui avait lancé son meilleur ami alors que le président  venait de lui apprendre la nouvelle autour d’un verre de vin blanc.

Les médecins avaient prescrit un repos complet et rapide. C’est pourquoi le couple présidentiel avait choisi d’arriver ce samedi à la résidence de Versailles, non loin de l’Elysée pour passer quelques jours de calme après la tempête médiatique des jours précédents.  La Première dame avait prévu de rester ici une petite semaine, le Président la rejoignant au mieux de son emploi du temps en fonction de ses déplacements prévus de longue date.

La France était contente de sa voir que celle qui était chaque jour aux côté du chef de l’Etat pour le soutenir et l’appuyer, se reposait dans une résidence d’état. Quelques pinailleurs avaient osé poser des questions déplacées : « Est-il normal que l’Etat paie pour le calme et repos de cette dame ? » « Après tout, c’est nos sous, c’est nous qui payons », « Moi aussi, en pareil cas, j’aimerais bien me reposer dans une résidence de luxe », « Sale profiteuse, c’est pas parce qu’elle couche avec le président qu’elle a droit de se faire entretenir par la République !! »

Les noms d’oiseaux volaient bas dans certains milieux. Certaines personnes étaient allées jusqu’à demander qui avait payé l’hôpital. « Pourquoi a-t-elle été hospitalisée plusieurs jours à nos frais ? » « C’est un véritable scandale ». « Est-ce que c’est la sécu qui a payé les gardes du corps et les flics chargés de sa sécurité pendant tout ce temps ? »

Mais bien à l’abri derrière les hauts murs de la Lanterne, Carla Bruni Sarkozy ne s’en souciait guère. Elle n’avait que faire des sarcasmes et des « on dit ». Elle était depuis plusieurs années aux côtés du Président, l’accompagnait dans ses déplacements officiels, se tenait à ses côtés lors de repas avec les dirigeants du monde entier, personne n’avait de reproches à lui faire et elle avait l’esprit tranquille.

Le 31 octobre 2011, fatiguée par sa grossesse et son accouchement, Carla Bruni Sarkozy arrive à la Lanterne pour y prendre quelques jours de repos. Où est le problème ?

© JM Bassetti 19 Janvier 2014. Tous droits réservés.

21 décembre 2013

Retour sur Terre.

orgasmeElle pénétra dans la cabine de douche et referma soigneusement la porte vitrée derrière elle. La tête lui tournait un peu, une sorte de malaise qui la submergeait à chaque fois.Elle avait envie de la sensation qu’elle allait éprouver dans quelques instants. C’était une habitude chez elle. Après une sensation forte, une autre.

Elle tourna le robinet et laissa couler l’eau à ses pieds. Elle régla le thermostat sur 40. Il fallait que l’eau soit chaude. Lorsque la température voulue fut atteinte, elle leva la pomme de douche au-dessus de sa tête. Le bien-être attendu l’envahit immédiatement. Sentir l’eau couler le long de son corps était un plaisir à nul autre pareil. Elle suivit des sens le trajet de l’eau qui coulait. Elle descendait de son visage, gouttait de son menton, s’insinuait entre ses seins, rigolait le long de son ventre, tournait autour de son nombril, glissait vers sa douce toison et suivait le long trajet rectiligne de ses jambes.

Le bonheur de la douche était un bonheur qu’elle éprouvait depuis sa plus tendre enfance. Elle pointa la pomme de douche vers le haut de sa poitrine et se plaça le dos collé à la faïence blanche. Elle ferma les yeux et se laissa envahir par une douce rêverie. Elle diminua la puissance du jet d’eau jusqu’à ce qu’il ne devienne plus qu’un léger ruisseau. Des dizaines d’images passaient devant ses yeux. Elle se laissa guider doucement par son imagination débordante,  n’opposant aucun tabou aux rêves qui l’envahissaient. Elle était bien, juste bien. Elle entendait faiblement les bruits de la maison, des pas feutrés dans la chambre à côté de la salle de bains, puis le craquement de l’escalier. Des bruits dans du coton, étouffés, légers, mais qui lui rappelaient la réalité.

Elle rouvrit les yeux et remonta la puissance de la douche. Il était temps de revenir dans la vie, dans la vraie vie. Pour cela, la solution était toujours la même: baisser la température de l’eau, attraper le savon, le gant et savonner la moindre partie de son corps . La douche bienfaitrice et réparatrice devenait douche énergique. Elle se rinça soigneusement, reposa la pomme de douche sur son support et ouvrit la porte de verre. La différence de température la saisit immédiatement, mais elle s’y attendait. Cela faisait partie de l’habitude. Le froid après le chaud qui appelait la serviette et une friction efficace. Le retour à la vie était à ce prix.

Elle ouvrit la porte de la salle de bains et traversa  le couloir sur la pointe des pieds . Des traces humides restaient derrière elle, à son passage. Elle entra dans sa chambre. Une douce et tendre odeur d’amour flottait. une odeur qu’elle aimait. Une odeur d’intimité, de transpiration, de parfums mélangés. Une odeur de baisers, de caresses, de je t’aime et de j’ai envie de toi. Une odeur de prends moi, de oui comme ça, un mélange subtil de j’aime être avec toi et de tu me rends heureuse. D’un geste efficace, elle tira la couette vers le bas du lit pour que tous ces effluves puissent sortir librement. Elle tira les rideaux et ouvrit grand la fenêtre. La vraie vie fit son entrée dans la chambre.Elle était définitivement de retour sur Terre.

En bas, la cafetière coulait déjà.

Depuis 2006, le 21 décembre est la journée mondiale de l’orgasme. Selon ses deux fondateurs, si nous faisions tous l’amour en même temps, une vague d’ondes positives envahirait le monde.

© Jean-Marc Bassetti. Le 21 décembre 2013. Tous droits réservés.

 

 

 

 

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5 décembre 2013

L’APIPE dans la rue

prostateLa colère monte dans le monde paysan. La révolte des bonnets rouges n’est pas encore terminée, que ce sont les agriculteurs de toute la France qui ont décidé aujourd’hui, de « monter sur Paris ».

Ils étaient près de 5000 selon les organisateurs, 1500 selon les forces de l’ordre, à battre le pavé devant le ministère de l’agriculture ce matin, aux alentours de dix heures.

Ils sont venus avec leurs tracteurs, leurs pelles, leurs pioches et leurs binettes pour faire connaitre au ministre leur mécontentement face à la publicité faite hier sur toutes les radios et toutes les télévisions faisant la part belle à la production étrangère.

Aux cris de « La prostate française ne doit pas mourir », « L’endive de Hollande oui, sa prostate non », « Défendons  la prostate nationale » ou encore « En France, la prostate, c’est bath », les manifestants ont déversé près de vingt tonnes de prostate devant les grilles du ministère.

« Depuis hier, on ne parle plus que de la prostate de Hollande, nous a déclaré Ronan Kervedel, producteur de prostate dans le Morbihan et président de l’APIPE, l’Association des Producteurs Indépendants de Prostate Ecologique. Cette publicité est honteuse et nous fait grand tort. Quand on sait le travail que représente la production de prostate, on ne peut que s’attrister devant un tel déferlement de désinformation. L’avenir de la prostate française est en jeu, a-t-il ajouté. Si l’on continue ainsi, c’est la mort des petits producteurs quasiment annoncée.

– Non, la prostate française n’est pas malade a ajouté Henri Berthier, vice-président de l’APIPE. On nous fait prendre nos vessies pour des lanternes en nous promettant des fonds européens, mais c’est au gouvernement français de faire le nécessaire pour défendre la production nationale de prostate.  On nous verse de l’argent pour produire français et on nous poignarde dans le dos en faisant la pub de la prostate hollandaise. Anatole France, lui, en son temps, avait fait le nécessaire pour que la production de prostate de France soit mise à l’honneur. On donne d’une main, et on reprend de l’autre. C’est se mordre la queue que d’agir ainsi !

A noter que les producteurs de scrotum et les défenseurs du périnée se sont associés à la manifestation, craignant à leur tour d’être touchés par la crise qui sévit dans le monde agricole. A quand la publicité pour le scrotum de Hollande ? s’inquiète  le monde agricole.

Les producteurs d’utérus et d’ovaires quant à eux, se disent sereins.  « L’utérus de Hollande n’est pas prêt de faire la une des gazettes, a déclaré Jacques Lesein, représentant de l’ANUS, l’Association Nationale des Utérusiens Syndiqués.

Gageons que la colère de l’APIPE sera entendue en haut lieu et que les représentants de l’agriculture française feront le nécessaire pour défendre la prostate française, fleuron de la production agricole nationale.

« Pour que la prostate française vive, bandons, bandons  l’arc de la vérité, face au mensonge et à la désinformation étrangère. »

© Jean-Marc Bassetti 05/12/2013. Tous droits réservés

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25 novembre 2013

Pas une trace.

violence

Arnaud claqua la porte de la voiture. Il paraissait tendu. Tranquillement, Louise s’installa à côté de lui. Elle boutonna son manteau.

« Tu peux mettre le chauffage s’il te plait Arnaud ? Il caille, c’est pas possible…

– Allez, on y va, il est déjà minuit. Demain, on bosse, tu te rends pas compte ?

– Oui, moi aussi je suis fatiguée. J’ai hâte de me coucher. On a passé une bonne soirée non ?

– Si t’avais pas trainé comme ça à dire au revoir à tout le monde. Et que je te bise, et que je te rebise… Je bouillais moi… On devrait être loin déjà à cette heure.

– J’espère que ça s’est bien passé avec la baby sitter. J’ai envoyé un texto à dix heures, ils dormaient. Pas de nouvelles depuis. J’espère que tout va bien.

– Justement, tu fais bien d’en parler.  Avec tes au revoir qui n’en finissaient pas, on va sûrement payer une heure de plus. Mais ça, ça te passe au-dessus, je suppose.

– Arnaud, s’il te plait. C’est ma famille, je ne les vois pas si souvent.

– Pas souvent ? Je sais pas ce qu’il te faut. Ca fait déjà trois fois depuis le début de l’année qu’on se tape ce genre de repas de famille interminable.

– Arnaud…

La voiture roulait dans la nuit. Arnaud conduisait brutalement, sans souplesse. Trop vite, sûrement trop vite. Il passait les vitesses sèchement, sans chercher à ménager le moteur.

– Et qu’est-ce qui t’a pris de rigoler comme ça avec ta cousine ?

Louise remua les doigts.

– Elle racontait des conneries, ça m’a fait bien rire, c’est tout.

– Mais tu riais tout fort, on n’entendait que toi…

– Et alors ? Quelle importance ? Tu as bien parlé et rigolé avec mon cousin, toi ?

– Il n’est pas question de moi, ne change pas de sujet, veux-tu ? Qu’est-ce que tu as voulu faire en rigolant comme ça ? Tu as voulu m’humilier ? Tu as voulu me ridiculiser ?

Louise avança la main vers la manette du chauffage, mais elle se ravisa. Elle augmenta légèrement le volume de la radio. Machinalement, elle tripota les touches de son téléphone portable. Les kilomètres défilaient. Et le silence s’installait.

– On a bien mangé en tout cas, tenta Louise.

– Oui. C’est vrai, c’était assez réussi. Pour une fois. Par contre ta mousse au chocolat était beaucoup trop sucrée.

– C’est la recette de ta mère, je l’ai suivie au mot près.

– Au mot près ? Ma pauvre Louise… Alors explique-moi comment ça se fait que celle de maman est meilleure…

– Au mot près, je te dis, Arnaud.

– Allez, tu dis n’importe quoi. Tout le monde s’est rendu compte qu’elle était trop sucrée. Je ne savais plus où me foutre, moi. Tu aurais vu la tête d’Axel !

– Betty m’a dit qu’elle était excellente.  Tu pourrais monter un peu le chauffage s’il te plait ? Je suis gelée.

– Moi, j’étouffe déjà. Pas question que je remonte quoique ce soit. Couvre toi. Remonte ton col. Au prix où je l’ai payé ton manteau, il faut bien qu’il serve à quelque chose. »

Silencieusement, Louise remonta le col de son manteau noir. Elle cacha son nez dans la fourrure et renifla.

 

D’un geste ferme et sûr, Betty referma la porte du lave-vaisselle.

-« Ouf. Terminé. La cuisine sera nickel demain matin au réveil.

– Oui, c’est mieux comme ça, ça donne un peu de boulot, mais au moins, la maison est rangée. Sympa la soirée, comme d’habitude ma chérie.

– Merci de m’avoir aidée. Tout s’est bien passé. Je suis contente. Mes parents ont l’air en forme. Ca m’a fait plaisir de les voir comme ça.

– Oui, mais il y a quand même un truc qui m’embête.

– Ah bon ? Quoi ? Raconte…

– Tu as vu ta sœur et Arnaud ?

– Oui, comme d’habitude. Quel chieur ce mec..

– Tu n’as pas vu comment il la regardait quand elle rigolait avec Sophie ? On avait l’impression que ça le faisait chier qu’elle s’amuse comme ça.

– C’est toujours comme ça, tu sais bien. Au dernier repas, il l’a aussi reprise parce qu’elle riait. On dirait que ça lui retire quelque chose à lui le fait qu’elle s’amuse.

– Oui, et au mariage de Maxime, tu te souviens la comédie à cause du short de garçons ?

– Et à l’anniversaire de mes parents, j’ai trouvé Louise qui pleurait dans la cuisine parce qu’Arnaud lui avait reproché devant tout le monde de ne pas porter le collier qu’il lui avait offert pour son anniversaire.

– A chaque fois c’est pareil, il faut toujours qu’il trouve quelque chose à lui reprocher. Pas moyen qu’il lui foute la paix, qu’il la laisse vivre tranquille… A chaque repas, il y a une nouvelle raison de la casser et de la recasser.

– Et nous, on ne dit rien. Elle m’en a parlé plusieurs fois, mais il faut lui tirer les vers du nez. Elle n’ose rien dire. Pourquoi personne n’ose lui dire quoique ce soit ? Arnaud, il peut être charmant, charmeur, agréable, mais parfois, tu ne sais pas pourquoi, il prend plaisir à démolir Louise, comme ça, sans réelle raison valable.

– Oui. Et tes parents s’en rendent compte aussi, ton père me l’a fait remarquer la dernière fois… ta mère en est malade…

– La prochaine fois, s’il recommence, il faut lui dire. Paul, tu lui diras quelque chose ?

– Oui. Mais en même temps, c’est pas nos oignons ; Si on lui dit quelque chose…

– Ce sera peut-être pire pour elle, tu as raison.

– On verra. Mais s’il va trop loin…»

 

« Louise ? Je suis couché, tu viens ?

– Une minute, je me démaquille.

Louise était dans la salle de bain, face à son miroir. Elle avait caché son visage depuis leur arrivée à la maison. Elle savait bien que les larmes versées au creux de son manteau avaient fait couler son mascara. Pourvu qu’il ne se soit rendu compte de rien. Rapidement, elle se saisit d’une cotonnette et de sa bouteille de démaquillant. Cacher vite au cas où il arriverait. Deux rapides coups de coton effacèrent les dégâts. Plus personne ne se rendrait compte de rien maintenant. Même pas elle. Son visage était normal. Plus aucune trace de ces larmes une nouvelle fois versées sur sa vie, sur son amour-propre. Il ne s’était rien passé. Tout était redevenu normal.

Louise finit de se démaquiller, rinça son visage et étala sa crème de nuit. Elle se regarda à nouveau dans le miroir. Aucune trace de maltraitance. Pas un bleu, pas une trace de coup. Tout allait bien. Demain, elle pourra rire, donner le change à ses amies et à ses collègues. Tout le monde la prendra, comme d’habitude, pour une femme heureuse, amoureuse, mère de famille comblée. Elle rongera son frein et fera bonne figure jusqu’au soir, quand Arnaud rentrera. Comment sera-t-il ? Quel reproche lui fera-t-il encore ? Qu’elle se garde à droite, le coup viendra de la gauche, insidieux, mesquin.

«  Pourvu qu’il dorme… se dit Louise en marchant silencieusement vers la chambre.

Doucement, sur la pointe des pieds, elle contourna le lit. Le plus doucement possible, elle souleva le coin de la couette et se coucha. Sans la moindre secousse, elle posa sa tête sur l’oreiller. Ses yeux fixèrent la lumière bleue du réveil.  Elle tournait le dos à Arnaud. Il dormait sûrement à poings fermés. Elle se décontracta et allongea enfin les jambes. Elle sentit soudain une main se poser sur son épaule et descendre vers son sein gauche.

– Viens, approche toi, j’ai envie de toi mon amour. »

Louise recula docilement, sans se retourner, ferma les yeux et serra les dents.

 

Certaines femmes sont des femmes battues sans avoir jamais reçu un coup.

Le 25 Novembre est la journée internationale contre les violences faites aux femmes.

© JM Bassetti 25 Novembre 2013. Tous droits réservés.