21 novembre 2014

La pièce de Rosalie

pieceA ce qu’on disait, elle s’appelait Rosalie. Elle devait avoir au moins quatre-vingt-dix ans. Tous les matins, vers onze heures, elle passait devant chez moi. Elle ralentissait, régulait sa marche au pas le plus court et finalement s’arrêtait sous le lampadaire, éteint évidemment. Elle posait son panier, regardait vers le ciel et fouillait dans la poche de son long manteau gris. Toujours le même, quelle que soit la saison. Là, elle tirait une photo et une pièce de un franc et opérait une sorte de rituel mystérieux. Cela durait trois minutes environ. Moi, j’étais scotché derrière le rideau de ma fenêtre de cuisine. Je n’en ratais pas une miette, vous pensez bien… Puis, au bout d’un moment, elle envoyait un baiser vers le ciel, glissait la photo et la pièce dans son manteau. Elle reprenait son panier, et avant de repartir, elle fixait la fenêtre de ma chambre, à l’étage et souriait. Elle a fait ça tous les jours, pendant plus de huit mois.

Et puis un matin, alors que j’étais en train de me laver les mains derrière mon rideau, je l’ai vue reprendre son panier, hésiter et s’approcher de chez moi. Je n’ai pas bougé. Je l’ai regardée venir. Après avoir hésité quelques instants, son cabas à la main, elle a fait les deux derniers pas qui la séparaient de ma porte d’entrée.

Et elle a sonné.

Tétanisée une demi-seconde, j’ai posé mon torchon sur le coin de l’évier et je suis allée ouvrir. Mes pas résonnaient étrangement sur les tommettes du couloir. J’ai tourné doucement la molette de mon verrou, un tour, deux tours, et j’ai ouvert la porte. Et je l’ai découverte, appuyée au mur de la porte, essoufflée et rosissante. C’est elle qui a entamé la conversation.

« Bonjour Madame, m’a-t-elle dit si doucement que sa voix ne ressemblait qu’à un souffle.

– Bonjour Madame, ai-je répondu.

– Me permettez-vous d’entrer quelques minutes, je vous prie, j’aimerais vous entretenir d’un sujet qui me tient à cœur.

– Je vous en prie Madame, entrez.

Je n’étais pas méfiante. Je n’avais d’ailleurs aucune raison de l’être. Il y avait tellement longtemps que je la voyais devant chez moi que c’était comme si je la connaissais déjà. Et puis elle semblait si fragile, si inoffensive.

Nous sommes entrées dans la cuisine. Son regard tournait dans la pièce. En deux secondes, elle avait regardé partout. Furtivement. Elle piétinait devant une chaise. Je suis passée derrière elle.

– Otez votre manteau, asseyez-vous. Je vous en prie, Madame.

Tout doucement, avec la lenteur délicieuse des personnes âgées, elle a retiré son grand manteau et me l’a tendu. Mais juste avant, elle a fouillé dans sa poche gauche et en a extrait la photo et la pièce. En prenant son vêtement, j’ai juste eu le temps de me rendre compte que c’était un portrait en noir et blanc. J’ai déposé le manteau sur le fauteuil à fleurs du salon et suis venue m’asseoir en face d’elle. Elle tremblait. Elle, si hardie lorsque je l’ai découverte, semblait maintenant frêle comme un rameau et légère comme un rêve.

– Voilà Madame, a-t-elle commencé, c’est une longue histoire que j’ai à vous raconter.

Sa voix était légère et haut placée.

– Il y a de cela un peu plus de soixante-dix ans, j’habitais cette maison avec mes parents.

– Mon Dieu, ai-je répondu.

C’était émouvant de me trouver en face de quelqu’un qui avait autrefois foulé les tommettes de l’entrée ou effleuré la rampe de l’escalier.

– C’était pendant la grande guerre. On pensait alors que c’était la dernière, et tout le monde l’a ensuite nommée la première.

Elle faisait de l’humour tout en parlant. Je luis souris.

– C’était une maison de location. Mon père travaillait à la scierie au bas du bourg. Il n’avait pas été mobilisé en quatorze car la grande scie lui avait enlevé un bras en 1906. Mais il n’était pas malheureux et réussissait à faire avec. Ma mère faisait la cuisine, le ménage et s’occupait des enfants au manoir des De Villette Mais il n’existe plus maintenant, il a été détruit pendant la guerre. La deuxième. Le fils De Villette aussi d’ailleurs, a été tué en Allemagne. La fille, je ne sais pas ce qu’elle est devenue.

C’était étonnant. Elle me parlait comme si elle m’avait toujours connue. Son débit était calme et régulier. Tout en parlant, son regard allait de la table à la fenêtre et revenait vers moi. Ses yeux se réhabituaient à ces lieux qu’elle avait connus enfant. Quant à moi, j’étais étrangement muette. Je l’écoutais en la dévorant des yeux. A y repenser maintenant, je me rends compte que je ne lui ai même pas proposé un café, ou un thé, ou une infusion.

– En 1917, Madame, j’ai connu Alphonse à un bal des conscrits. Il n’était pas d’ici. Il était de Neuilly le Bisson, dans l’Orne. Il était venu en permission pour une semaine chez son oncle Edouard, de la ferme des Portiers. Pour lui donner la main pour les moissons. Nous avons dansé deux soirs de suite. Et puis…

Rosalie rosissait. Comme une enfant. Son hésitation m’amusait. Je savais pertinemment ce qu’elle voulait dire, et qu’elle n’arrivait pas à exprimer. Mais je décidai de ne pas l’aider. De la laisser dire ce qu’elle avait à dire. Faire son aveu. L’hésitation n’avait pas duré longtemps.

– Et puis je me suis donnée à lui le dimanche soir. Nous avons passé une nuit délicieuse. Dans la chambre juste au-dessus.

Et, tout en parlant, elle désigna le plafond au-dessus duquel se trouvait ma chambre.

– Tous les soirs pendant une semaine, nous avons dormi ensemble sans que mes parents ne se doutent de quoi que ce soit. Il était souple. Le soir, lorsque le lampadaire de la rue s’éteignait, il escaladait les moellons de la maison. Il disait qu’il y avait assez de prise. Et il entrait dans ma chambre. Il repartait au petit matin par le même chemin.

Tout en parlant, elle poussait vers moi la photo qu’elle avait sortie de sa poche.

– Le voilà mon Alphonse, Madame.

Il était beau comme un poilu de la guerre de quatorze. Son casque sur la tête, appuyé à une colonne de marbre, il fixait l’objectif de ses yeux noirs. Pas de fusil à la main, juste sa cartouchière et ses brelages. Chaussures noires et guêtres blanches. Malgré la solennité de l’uniforme, on sentait le garçon de la campagne, simple et aimable. Plus de soixante-dix ans plus tard, son regard était encore puissant et doux à la fois. En bas de la page, d’une écriture fine et précise, était inscrit « Pour Rosalie, ma promise. Tendres baisers de ton Poilu. » Et c’était signé Alphonse, avec un beau paraphe tortueux.

– La photo ne m’a pas quittée depuis le jour où il me l’a donnée. Elle a fait tous mes porte-monnaie et mes portefeuilles. Elle a connu tous mes sacs à main et est allée partout où je suis allée.

– Qu’est devenu ce monsieur ? me suis-je inquiétée, bien que je me doutais déjà de la réponse.

– J’y viens, Madame, j’y viens. Pendant la semaine où nous avons été ensemble, Alphonse m’a avoué qu’il avait perdu son couteau dans une tranchée, entre deux assauts. Je lui ai proposé de lui en acheter un à la foire d’Argentan en novembre et de lui offrir à la Noël s’il avait une permission. Autrement, je le garderais jusqu’à son retour, à la fin de la guerre.

– L’avez-vous acheté ?

– Oui, bien sûr. Et je l’ai caché, pour que mes parents ne le trouvent pas.

– Dans la maison ?

– Oui, Madame, dans ma chambre, là-haut, entre le passage de la cheminée et la fenêtre, il y avait une latte de parquet qui se défaisait. Il suffisait d’appuyer dessus d’une certaine façon et on pouvait l’ôter et découvrir un petit espace pour ranger quelques bricoles. C’est là que j’ai caché le Thiers. Je pense qu’il y est toujours, si personne n’a découvert la cachette.

– Vous ne l’avez pas repris à la fin de la guerre ?

– Non. A l’époque, je travaillais chez des patrons loin de chez moi et ne revenais que toutes les trois semaines environ. Un jour que mon père est venu me chercher à la gare, il m’a annoncé que le propriétaire avait décidé de reprendre sa maison pour l’offrir à sa fille. Mes parents avaient dû déménager dans la précipitation. Je ne suis jamais revenue dans cette maison.

– Et Alphonse, Madame ?

– Alphonse n’est jamais revenu de la guerre.

– Il a été tué ?

– On n’a jamais su, Madame. Il est reparti au front au bout d’une semaine après m’avoir demandé de l’épouser. J’avais accepté et nous devions demander à mon père à son retour. Il aurait attendu ma majorité évidemment. Je n’ai jamais eu de nouvelles de lui. On n’a pas retrouvé son corps. Son oncle Edouard n’en a plus jamais entendu parler non plus. Peut-être est-il encore en vie ? Je ne sais pas. Il n’y a rien de plus difficile que de ne pas savoir, de ne pas avoir un corps, un nom sur un monument aux morts, une certitude.

– Vous vous êtes mariée ?

Tout un tas de questions me brûlaient les lèvres, mais je n’osais pas les poser.

– Non Madame. Jamais. Je m’étais engagée auprès d’un homme et n’ai pas voulu me parjurer. Pour les femmes de mon époque, on n’a qu’un homme dans sa vie. Moi, c’était Alphonse.

Je la voyais qui se tortillait sur sa chaise. Puis, elle osa.

– Puis-je vous faire une demande ?

– Bien sûr Madame, je me doute de ce que vous voulez. Venez, nous allons monter dans la chambre.

Elle se leva et sans même m’attendre, se dirigea vers l’escalier de bois. Faisant glisser sa main ridée sur la rampe de chêne, elle gravit légèrement les seize marches. Arrivée en haut, elle s’écarta pour me laisser passer. Je la précédai et ouvris la porte de ma chambre. Elle s’arrêta et regarda sans bouger. Ses yeux étaient humides et pétillants à la fois.

– Allez-y, Madame, risquai-je. Vous savez ou il est.

Sans hésiter, elle se dirigea vers la croisée et regarda le sol. Son regard s’alluma. Tout doucement, elle se baissa, s’agenouilla et appuya à deux endroits différents d’une latte du parquet. A ma grand surprise, la lame de bois se décliqua sans problèmes. Rosalie me regarda d’un air triomphant.

– Il y est ? questionnai-je.

Rosalie risqua un œil dans le sol. Puis me regarda en souriant.

– Bien sûr qu’il y est.

Et elle saisit le couteau. Couteau pliable de Thiers avec un manche en corne de vache. Enfonçant son ongle dans l’encoche, Rosalie tira sur la lame et ouvrit le canif. Il n’avait jamais été ouvert depuis 1917. Pourtant il se dévoila sans effort.

– Je me ferai enterrer avec, m’annonça-t-elle. Comme ça, j’aurai un souvenir de mon Alphonse, en plus de sa photo.

Je lui tendis la main pour l’aider à se relever.

– Attendez une minute me dit-elle.

Et de sa main gauche, elle sortit la pièce de un franc. Une semeuse 1908 qu’elle me montra rapidement. Elle se baissa, posa la pièce à la place du couteau, saisit la latte du parquet et d’un geste souple, la remit en place. Je l’aidai à se relever. Rapidement, à petits pas, elle quitta la chambre sans un regard pour ce qu’elle était devenue, pour la nouvelle décoration. Ca ne l’intéressait pas. Elle n’était pas venue pour la chambre mais pour le couteau. Elle avait une mission à remplir. Elle était heureuse.

D’un même pas alerte pour son âge, elle descendit l’escalier. Sans que je l’y invite, elle entra dans la cuisine, passa la porte du salon et se dirigea vers le fauteuil à fleurs pour récupérer son manteau et son panier. Elle enfila le vêtement, et tout en se fermant ses boutons, me dit :

– Après avoir vécu toute ma vie à Paris, je suis venue terminer mes jours ici. Depuis un an, je n’avais qu’une envie c’était de venir récupérer mon couteau. Son couteau. Je lui disais à Alphonse, chaque matin en passant devant chez vous. Et puis ce matin, je ne sais pourquoi, j’ai su que c’était le jour.

Elle tourna les talons, posa la main sur la clenche de la porte d’entrée et, juste avant de sortir, se retourna vers moi.

– La pièce, voyez-vous, c’est pour ne pas couper l’amitié, pour ne pas briser l’amour qu’il y a entre lui et moi. Un couteau, une pièce, vous connaissez la coutume ? Au cas où il serait encore vivant, je ne voudrais pas qu’il lui arrive malheur. Merci Madame, merci mille fois. Je peux partir tranquille maintenant. A tous les sens du terme. »

Et sans me laisser le temps de répondre, elle referma la porte d’entrée et disparut dans la rue.

Jamais je ne l’ai revue passer devant chez moi.

© JM Bassetti. Novembre 2014. Reproduction interdite sans accord de l’auteur.

 

4 novembre 2014

Hans et Marcel

poiluSeptembre 1915, quelque part en Artois.

La guerre bat son plein. Elle est cruelle, violente et sanglante. Les morts se comptent par milliers des deux côtés. Français et allemands se sont installés dans leurs tranchées respectives. Tranchées qui sont des lieux de repli, des lieux de repos. Chaque camp compte ses morts et se repose en vue de l’attaque suivante.

Marcel Meunier s’ennuie. Enrôlé depuis le début du conflit, il a quitté ses petits élèves de l’école publique de Saint Rome, dans l’Aveyron pour venir se battre ici, dans le Nord. Dans le grand nord même ! Blessé au pied lors d’une attaque du mois de juillet 1915, il a été soigné à l’arrière, puis ramené au front, mais il ne participe pas encore aux assauts. Il est cantonné dans la tranchée pendant encore quinze jours. Il fait à manger, entretient la casemate, chasse le rats, lit le courrier à ceux qui ne savent pas lire, écrit des lettres pour donner des nouvelles aux quatre coins de la France. Un écrivain public militaire en quelque sorte.

Mais l’exercice lui manque. Le fusil le démange. Chez lui en ce moment, c’est l’ouverture de la chasse. Pas grand-chose à chasser dans ce pays désolé par les obus et les gaz. Même pas une grive ou une bécasse.

Alors, pour se détendre, il a inventé un petit jeu.

« Tiens, René, viens voir là, souffle Marcel à René Lepic, un bleu de la classe 18. Un gamin.

– Quoi, qu’est-ce que tu veux ?

– Y a longtemps que t’as pas descendu du boche ?

– Trois semaines, répond René, pendant le dernier assaut de la cote 84.

– Tu veux t’amuser un peu et ajouter une encoche à ton fusil ?

– Dis toujours…

– Voilà. Tu vas voir. Tiens, prends en de la graine, petit.

Marcel charge son fusil et se place en position de tir.

Appuyant son épaule contre le bord de la tranchée, il place ses mains en porte-voix et se met à hurler :

-Hans ! Hé Hans !

– Qu’est-ce que tu fous bordel ? Tu vas nous faire repérer, chuchote René.

– T’inquiète ! lui répond Marcel. Attends un peu, tu vas voir… Chez ces cons de boches, il y en a toujours un qui s’appelle Hans. Et ces prussiens sont tous plus cons les uns que les autres. Regarde bien, ça va être le moment !

Et Marcel Meunier recommence son cinéma. Mais cette fois ci, il ajuste son fusil et règle la hausse avec soin.

– Hans ! Hé Hans ! Tu es là ? Bist du da ?

Une tête apparait dans la tranchée en face. Une tête nue. Sans casque. Une vraie cible de fête foraine.

– Ja ?

PAN.

Marcel tire

– Ah ! Ah Ah !

Marcel rit !

– Qu’ils sont cons, mais qu’ils sont cons… Ca en fait quatre que je descends comme ça. En pleine tête. Un vrai bonheur !

– Je pourrai jouer à mon tour ? demande René.

– Oui, petit, mais demain ou après-demain. Un seul par jour, sinon ils se méfient les boches. Ils sont cons mais ils se méfient.

– OK. A demain.

– A demain René. »

Et le lendemain, et chaque jour pendant une semaine, à la même heure, les deux compères se retrouvent.

« Hans, hé Hans ?

Attente.

– Hans, hé Hans ? Bist du da ?

– Ja !

PAN.

– Ah ! Ah Ah !”

 

« Hans, hé Hans ?

Attente.

– Hans, hé Hans ? Bist du da ?

– Ja !

PAN.

– Ah ! Ah Ah ! Qu’est-ce qu’on rigole ! »

Par contre, du côté allemand, l’exaspération commence à se faire sentir. Et là, on ne rigole pas du tout. Mais alors pas du tout. Ce matin, Hans Müller s’est écroulé, un troisième œil au milieu du front. Hier, c’était Hans Kohl, avant-hier, Hans Störber et le jour d’avant, Hans Dachboden, un tireur d’élite. Mourir à l’assaut, face à l’ennemi, bravement, à la baïonnette, c’est une mort de brave, une mort de héros. Mais se faire tirer comme une pipe dans une baraque foraine, ce n’est pas acceptable, pas héroïque du tout.

Alors, Hans Vogel décide de prendre les choses en main. Hans a lui aussi été embarqué dans cette guerre en août 14, comme tout le monde. Lui aussi est monté au front, monté à l’assaut, à l’attaque. Lui aussi a été blessé, comme beaucoup d’hommes de son côté, lui aussi a été soigné et ramené dans la tranchée. Et chaque soir depuis dix jours, il ramène un Hans vers l’arrière. Un Hans avec un troisième œil.

« Herr Hauptmann, annonce-t-il à son capitaine Nous allons les prendre à leur propre jeu, propose-t-il à son capitaine de brigade.

– C’est-à-dire, Vogel, expliquez-vous.

– Voilà. Vous n’êtes pas sans avoir remarqué que tous les hommes tués s’appelaient Hans ?

– Bien sûr, sicher, me prenez vous pour une saucisse Müller ?

– Non, évidemment, Herr Hauptmann.

– Alors ? Votre idée Müller ?

– Hé bien voilà. Après une longue recherche, je me suis aperçu que beaucoup de soldats français se nommaient Marcel.

– Et bien ? A quoi cela nous avance-t-il ?

– Nous allons faire comme eux, mon capitaine. Nous allons jouer le même jeu qu’eux.

– Wunderbar ! Magnifique ! Le Hauptmann Ekkehard exulte. Quelle merveilleuse idée !

– Merci Herr Hauptmann. Nous allons tirer tous les Marcel de France.

– Wundeschön. Commençons maintenant Vogel, voulez vous ?

– Oui. Allons-y.

Et Hans Vogel allie le geste à la parole et se met en position. Il arme son Gewehr 98, s’appuie sur le bord de la tranchée.

– Marcel ! hurle-t-il, les mains en porte-voix.

Rien ne se passe. Personne ne répond dans la tranchée française.

– Marcel ! Hé, Marcel, tu es là ?

Rien ne se passe. Personne ne répond.

Hans regarde son officier. Il ne comprend pas.

Il se remet en position, règle la hausse de son fusil et appelle une nouvelle fois :

– Marcel ! Marcel ! Bist du da ?

Toujours aucune réponse. Le piège semble ne pas fonctionner. Hans a chaud. Il retire son casque pour essuyer son crâne dégoulinant de sueur.

Une dernière fois, Hans hurle en direction de la tranchée française.

– Maaaaaaaarceeeeeellllll !

Et, miracle, une voix lui répond enfin depuis le côté opposé.

– Oui, je suis là ! C’est moi Marcel ! Je t’entends.

Le soldat allemand triomphe. On a répondu. Le piège fonctionne !

– Je suis là, reprend la voix. C’est toi Hans ? C’est bien toi ?

Alors Vogel lève la tête hors de la tranchée. Une tête nue, sans casque…

– Ja ??? »

Image : « Verdun, dans une tranchée de la cote 304 » © Jacques Moreau / Agence Bridegerman-Giroudon

© JM Bassetti. A Ver sur mer le 4 Novembre 2014. Reproduction interdite sans accord de l’auteur.

Et bon anniversaire à mon papa qui nous racontait cette histoire et qui a eu 90 ans dimanche.

20 mai 2014

Sécurité routière

securiteAnne Hidalgo propose aujourd’hui une vitesse réduite à 30 km/h dans Paris, le gouvernement commence à penser à la réduction de la vitesse sur le périph parisien et sur les routes nationales, la baisse de la vitesse autorisée à 110 sur les autoroutes. Certains proposent le taux d’alcoolémie nul en voiture (même plus possible de manger un « Mon chéri » avant de prendre le volant). Et tout ça « pour notre bien », pour notre sécurité. Mais jusqu’où pourrait-on aller, « pour notre bien » ?

« Oh non, décidément, on n’a pas de pot… Mais à quelle heure on va arriver ?

Là-bas, à environ cinquante mètres de moi, au milieu de la route, un agent de la force routière de sécurité se tient, le bras droit en l’air et le bras gauche m’indiquant un parking sécurisé où je dois stopper mon véhicule.

– Tu avais vu le radar ? me demande ma femme, sanglée à son siège à côté de moi.

J’essaie de me tourner vers elle pour lui répondre mais la présence de ce nouveau casque directement moulé dans le siège m’interdit tout mouvement de rotation de la tête vers la droite. Et c’est bien comme ça. Les anciens casques, ceux que l’on accrochait librement, étaient peu sécurisants et l’an dernier, il y a eu encore trois morts. Des inconscients qui n’avaient pas suffisamment serré la troisième courroie de sécurité. Il faut dire que les gens ne sont pas raisonnables non plus. Ils n’appliquent pas les règles élémentaires du code de la route. Pas étonnant qu’il y ait encore des victimes. Maintenant, les casques sont directement inclus dans le siège et moulés aux formes de votre visage. Leur non-fermeture aux six points réglementaires empêche simplement la voiture de démarrer. Ce qui, de vous à moi, me parait juste.

Le policier, de son bras, me guide vers l’ouverture pratiquée dans le mur de mousse qui borde toutes les routes depuis deux ans maintenant. La suppression des derniers arbres bordant les chaussées n’ayant pas été jugée suffisante et les anciennes barrières de sécurité métalliques ayant entraîné quelques victimes notamment chez les quelques inconscients qui s’entêtent à rouler à moto, il a été décidé, par le gouvernement précédent, de border toutes les routes d’un mur de mousse de vingt-huit centimètres d’épaisseur et de trois mètres quarante-sept de hauteur. Au début, nous avons eu un peu de mal à les accepter et il y a même eu quelques manifestations sporadiques vite réprimées, mais assez rapidement, des tagueurs officiels recrutés par le ministère ont utilisé ces espaces pour dessiner des paysages, des arbres, des champs, des vaches, et en définitive, c’est presque mieux qu’avant, quand les paysages naturels détournaient parfois notre attention de la seule chose qui doit nous intéresser : la route.

D’un geste rapide et leste, le représentant de la loi regoupille la grenade qu’il tenait dans la main gauche et la range dans la poche de la jambe de son pantalon. Le fusil mitrailleur reste néanmoins pointé vers moi, précaution élémentaire prise il y a six mois, suite à la velléité de fuite d’un cycliste contrôlé pour excès de vitesse dans une descente.

Le policier salue de sa main libre, puis se baisse vers le grillage à maille serrée de ma fenêtre. L’ombre des fils métalliques dessine de jolis quadrillages sur la visière blindée de son casque en titane.

– Brigade d’intervention, de sécurisation et de répression des usagers de la route, agent matricule 14 365B, dit-il en parlant bien fort dans le micro intégré à son casque.

Sa voix me parvient directement par le biais des écouteurs de ma protection vitale.

– Vous venez d’être pris en infraction de vitesse excessive, continue-t-il. Pouvez-vous me présenter les documents afférant à votre véhicule et à votre déplacement : carte grise, carte verte, certificats de conformité, votre permis de conduire, les attestations de participation aux dix derniers stages de remise à niveau, votre dossier médical et celui de Madame, votre plan de route visé par la haute autorité des déplacements routiers et le huit derniers disques d’enregistrements de vitesse et de kilométrage.

Aussi vite que je peux, je réunis les documents demandés et les lui transmets par la fente prévue à cet effet dans ma portière (23,4 cm de large sur 3,8 de hauteur).

– Ma dernière prise de sang m’autorisant à conduire ma voiture date de dix jours, je suis désolé, je n’ai pas eu le temps de la refaire cette semaine.

Je préfère l’avouer moi-même. Je vais certainement écoper de la juste amende prévue pour les inconscients de mon style, mais en avouant mon forfait, j’espère échapper à la confiscation temporaire de ma voiture, comme c’est arrivé à mon beau-frère le mois dernier. Il a dû verser trois mille cinq cents euros pour récupérer sa voiture après deux semaines d’immobilisation. Il faut dire aussi que lui, s’est fait pincé pour des essuie-glaces qui ne fonctionnaient pas à la vitesse règlementaire, ce qui est, vous en serez bien d’accord avec moi, de l’irresponsabilité pure et simple. Quand je pense que cet homme fait partie de ma famille… Nous sommes la honte de la ville depuis l’affichage public réglementaire du forfait du frère de ma femme.

– Je verrai avec mon supérieur ce qui sera retenu ou non.

Il continue :

– Vous avez été contrôlé à vingt-huit kilomètres à l’heure dans la descente du Poirier.

– Vingt-huit ? Mais c’est impossible, ma voiture est bridée à vingt-cinq, conformément au dernier décret de sécurité routière, ce doit être une erreur !

– Aucune erreur possible, Monsieur, confirme le policier, les six radars qui ont enregistré votre vitesse sont tous du même avis.

Six radars. Il y a maintenant six radars qui doivent être tous d’accord pour vérifier la vitesse des automobilistes. Les associations des familles de victimes routières avaient interpelé le gouvernement l’an dernier pour dire que les quatre radars habituels étaient nettement insuffisants. Il ne doit rester aucun point d’ombre, aucune incertitude. Si les six radars ne donnent pas tous la même vitesse au mètre près, la contravention ne peut pas être dressée. Les radars sont toujours d’accord. Au centimètre près. C’est beau la précision. C’est bon de se sentir en sécurité.

– Veuillez descendre de votre véhicule s’il vous plait, m’ordonne le militaire.

Le temps que les airbags automatiques de ma combinaison se dégonflent et que les déverrouillages de la portière me permettent de sortir de ma voiture, le soldat fait le tour du véhicule et inspecte les pneus arrière. Mince, s’il s’aperçoit qu’ils ont plus de mille kilomètres, je suis bon pour la tôle… Non, il passe, il ne dit rien. De la sueur me coule dans le dos.

– Tu as eu chaud, me dit ma femme. Je t’avais bien dit…

Je la fais taire. Elle a sûrement oublié que nos conversations étaient enregistrées. Pour notre sécurité, évidemment.. Inconsciente…

Je défais les six points de fixation de mon casque, commence à retirer les sangles qui me retiennent à mon siège baquet. Ensuite, une fois descendu de ma voiture, il ne me restera plus qu’à retirer ma combinaison fluo ignifugée et ma cagoule anti-feu et je pourrais être libre de mes mouvements.

Au début, tous ces systèmes de protection nous pesaient bien un peu, mais nous nous y sommes tous bien habitués, surtout les enfants qui aiment bien jouer avec les plaques réfléchissantes de leurs manches. Le gouvernement nous a bien expliqué que c’était pour notre sécurité et celle de nos familles, pour notre bien. Que les cinquante personnes qui ont été blessées cette année sur la route doivent être pour nous source de réflexion. Certes il n’y a plus eu de morts depuis dix mois mais cela ne doit pas pour autant faire fléchir notre vigilance.

De nouveaux moyens de protection sont à l’étude pour bientôt, notamment la couverture des routes. Ce qui empêcherait la pluie de mouiller le sol et les moustiques de salir les parebrises. Trop d’automobilistes ont eu l’an dernier à combattre ces insectes qui viennent s’écraser sur les vitres.

Au moment où je m’apprête à retirer mes chaussures de conduite (réglementaires et officielles évidemment, il n’est pas question de conduire avec n’importe quelles chaussure, ce serait trop dangereux), un hurlement se fait entendre dans le parking aménagé. C’est la panique, cela se voit immédiatement dans le comportement de la vingtaine d’hommes en armes qui travaillent ici pour notre bien.

Le policier qui m’a arrêté m’attrape par le bras.

– Venez ! Prenez votre famille avec vous et venez vous mettre en sureté dans le périmètre de sécurité installé à deux cents mètres de la route.

Son ton n’incite pas à la mollesse. Ce qui se passe doit être extrêmement grave.

– Vous n’aurez peut-être pas le temps, couchez-vous et bouchez-vous les oreilles. Vite, vite, vite !!!

Et là, allongé sur le sol, les mains sur les oreilles, je le vois passer à travers le trou du mur de mousse. Mon fils en a les yeux qui sortent de la tête. C’est la première fois qu’il en voit un en vrai.

Un camion.

Un camion qui, pour une raison encore inexpliquée, n’est pas transporté sur un wagon de chemin de fer. Un camion bâché qui roule inconsciemment sur notre route à une vitesse folle d’au moins vingt kilomètres à l’heure. Un véritable danger pour la population.

La troupe est en ébullition, prête à intervenir. Ils vont faire le travail. Vite et bien. On peut compter sur eux. C’est bon de savoir que l’on veille sur notre nous, sur notre sécurité et que le gouvernement fait tout pour préserver notre bien-être et notre joie de vivre.

Bien sûr, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs et cette sécurité a un prix : quelques petits désagréments et quelques sanctions.

Mais franchement, ce n’est qu’une goutte de contrainte dans un océan de sérénité.

© JM Bassetti. Ver sur mer le 20 Mai 2014. Reproduction interdite sans accord de l’auteur.

18 mai 2014

Le rôti du dimanche

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Ce matin, défi d’écriture sur le site Short-editions. Le thème imposé: » »road trip en mobylette ».

J’ai bossé et envoyé mon texte 6 minutes avant l’heure prévue…

Il fait plus de 9000 signes et la limite imposée était de 6000. Tant pis, il ne participera pas au concours, mais je suis heureux de l’avoir écrit quand même.

Le voici :

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Bordel, il est déjà 13h13. A nche08, j’étais réveillé pourtant.

Je me suis dit « super, je vais participer à la course du jour sur Short édition. La cavale. Il parait que c’est aujourd’hui, je guette ça depuis dix jours, pas question que je rate ça.

Vite, le thème, c’est quoi ?

Juste au moment où je descends l’escalier, voilà ma femme qui m’appelle.

– Jean marc, j’ai commandé un rôti chez le boucher, tu peux aller le chercher stp ?

– Ouais, mais vite fait, faut que je participe à la cavale.

– Pas de problèmes, t’en as pour une demi-heure à peine.

– Ok. Je prends la voiture ?

– Non, j’en ai besoin, prends Poupette plutôt, pour aller à Courseulles, c‘est pas loin.

– Pas loin, pas loin, elle en a de bonnes, ça va rallonger la sauce tout ça.

Et me voilà parti. Même pas le temps de me faire un café ni de prendre une tartine, si je veux être rentré pour la cavale, faut que je fasse fissa. Le casque, le sac carrefour sur le porte bagages avec les sandows à rayures et j’enfourche Poupette, direction Courseulles . Il fait beau début mai. Le premier grand vrai week-end ensoleillé. C’est bon de rouler par ce temps. Allez, hop, je vire mon casque. Je m’en fous, je suis jeune, si je tombe, je mettrai mes mains sur ma tête et il ne m’arrivera rien. Si… j’aurai mal aux mains !! Je m’arrête, je fixe le casque au phare, comme je faisais quand j’étais ado. Avec un intégral j’aurais jamais pu faire ça ! Ca a du bon les antiquités !

Pas de cheveux sur le crâne, dis donc, ça donne des sensations la calvitie ! A quinze ans, tu sens les cheveux qui te caressent le cou, mais à cinquante, tu sens le vent s’engouffrer dans… ben dans rien justement, ça glisse sur ton crâne lisse et c’est ça qui est cool.

Nouvel âge, nouveaux plaisirs !!

Feu rouge, … Tranquille le dimanche ici. Tout à l’heure, forcément il y aura du monde. Le beau temps, la plage, ça attire le touriste et le citadin qui vient prendre son bain d’air iodé. Pique-nique, jambon, salade, tomates… Lundi matin, on ramassera les canettes de coca et de bière sur la plage, c’est sûr, comme tous les lundis de beaux week-ends !

Je roule à cinquante à l’heure, le vent dans les oreilles, en chantant du Yves Jamait, comme d’habitude : « Vois tu mon vieux Jean-Louis, j’ai comme des langueurs… » Comment il écrit ce mec, comme j’aimerais avoir une telle plume, un tel phrasé !!

Une voiture me dépasse, ralentit, la fenêtre passager s’ouvre et m’intime l’ordre de le ranger sur le côté. La voiture est bleu marine, le bras qui sort de la fenêtre est bleu aussi et les lettres floquées sur la voiture sont blanches et forment le mot GENDARMERIE. Ca y est, j’ai pas joué au loto, mais j’ai gagné. Tous les numéros…

– Gendarmerie nationale, bonjour Monsieur.

– Bonjour Monsieur.

– Avez-vous les papiers de votre véhicule, s’il vous plait ? attestation d’assurance. Merci.

Coup de pot, je les ai. Non, pas coup de pot, pourquoi me dévaloriser ? Je les ai toujours sur moi. Je les donne.

– Beau temps aujourd’hui, me dit le pandore.

– Oui, ça fait du bien. Après le printemps pourri qu’on a eu.

Je sais très bien où il veut en venir avec ses allusions. Mais je joue l’innocent.

–  C’est bon, me dit-il en me rendant ma pochette en skaï. Tout est en règle. Mais je vois que vous êtes très soigneux. Vous prenez soin de votre phare.

Je le regarde, perplexe. Il sourit. P’tain, je lui ai tapé dans l’œil ou quoi ?

– C’est bien de prendre soin de votre phare, monsieur, ajoute-t-il, mais votre crane a plus besoin de protection que votre engin.

– Oui. Vious avez raison, dis-je humblement.

– Ca ira pour cette fois, parce que c’est dimanche et qu’il fait beau.

–          Merci monsieur, m’entends-je répondre.

Il salue.

– Bonne journée, et prenez soin de vous.

– Merci, au revoir, bon dimanche, Monsieur l’agent. »

Monsieur l’agent… Il y a au moins dix ans qu’on ne dit plus ça. Encore moins à un gendarme. C’est le soleil qu me tape déjà !!

Je remballe mes papiers, la voiture bleue redémarre. Je reprends mon casque que je remets sur mon crâne à regret et je reprends ma route direction Courseulles sur mer.

«  On les emmerde tous, sers moi n’importe quoi, j’m’en fous pourvu qu’ça mousse…

Jamait à fond les ballons sans auto radio ! Juste moi tout seul.

Les voitures me dépassent dans la ligne droite. Certaines mettent le clignotant, d’autres pas. Je compte celles qui laissent assez de place entre elles et moi. J’ntends un bruit derrière moi. Punaise, elle arrive vite celle-la. Je coupe Jamait parce que j’ai un peu la trouille.

En face de moi, une autre qui arrive plein pot. Et celle de derrière qui semble ne pas ralentir. Je fais quoi ? He jette un coup d’œil derrière moi. Elle va me doubler, c’est sûr, elle n’a pas le temps de ralentir. Ou alors elle me rentre dans le cul… Mais en face, elle continue sa toute aussi. C’est moi qui vais prendre. Même si je ne suis pas gros, y a pas la place pour trois en toute sécurité sur cette route.

Je ne fais ni une ni deux, je file un coup de guidon sur la droite, et je pars sur le bord. Au début, tout se passe bien. ? De l’herbe. Mais rapidement, ça se gâte. Derrière les roseaux, il y a de l’eau. Poupette se bloque net. Et moi je passe par-dessus. Direction le ruisseau. Derrière moi, j’entends les deux bagnoles qui se croisent en klaxonnant. Pas le temps de ralentir, mais le temps de klaxonner. Connards va !

Moi, je suis comme un idiot, les fesses au frais et ma Poupette couchée à côté de moi. Encore un coup de chance que j’avais mon casque tiens… Comme quoi rencontrer des flics de bonne heure, ça peut avoir des heureuses conséquences.

Je me tâte, je m’ausculte. Je suis entier. Et debout ? Ouais, ça le fait. Visiblement, je suis en état de marche. Reste à savoir si Poupette va vouloir repartir. Je suis à peine à Graye. Courseulles, ça fait encore un bout. Un petit coup de pédale, et hop, la voilà repartie. Dis voir, les mobylettes bleues, c’est plus à la mode, mais c’est du solide. Le moulin tourne impec. Juste un petit éclat à la peinture sur le réservoir, mais bon, elle n’est plus à ça près. Sacrée Poupette, on en a vu ensemble !! Elle est mouillée, moi aussi, mais on repart ensemble ! Le bail n’est pas fini visiblement !

Quelle heure il est ? Bientôt dix heures ? Merdum, le temps que je fasse l’aller-retour, il ne me restera pas beaucoup de temps pour la cavale de Short. Et je ne connais toujours pas le thème. Je ne vais quand même pas demander au boucher. A mon avis, il n’écrit pas sur Short, et puis même s’il écrivait, il s’en fout, il bosse ce matin, puisque je vais chez lui… Ah ah ah !!!

Courseulles, enfin ! Je coupe par le pont ? Non, avec ma chance de ce matin, je vais me prendre une bagnole ou me faire gauler par les flics. Allez, je fais le tour du bassin. Ca me gave, mais je préfère…

– Vingt-cinq euros douze. Il vous faut autre chose ?

– Non, c’est bon merci. Oh et puis si, tiens, mettez moi une tranche de jambon persillé, j’adore ça.

–          Voilà. Ca fera trente deux euros quarante. Allez, trente deux parce que c(‘est dimanche.

Il me fait cadeau de quarante centimes. Tu parles… Le jambon persillé, c’’est bon, mais c(‘est lourd. Sept euros la tranche, si j’avais su… Enfin bon.

Hop, le tout dans le sac carrefour tout mouillé. Le casque sur la tête. Je grimpe sur Poupette, un petit coup de pédale habituel… Rien… Tiens… Je pédale un peu plus qu’à l’habuitude… Rien. Je la mets sur la béquille et je pédale comme un fou. Elle ne veut rien savoir. Ne démarre pas. Ne pas insister, tu vas la noyer. Je vais avancer un peu à pied, j’essaierai plus tard. Je pose le casque sur la selle. Je ne connais rien de plus con qu’un mec qui a un casque et qui marche à côté de sa bécane. Quoique bientôt, avec la sécurité routière, ils nous feront prter des casques dans les voitures, avec les gilets jaunes. On parie ?

– Jean-Marc, t’es en panne ?

C’est Max mon voisin.

–  Oui, c’est Poupette, elle fait sa star, elle ne veut rien savoir.

– Tu veux un coup de main ?

– Non, tu es gentil, je vais pousser.

– Tu rigoles, tu as vu la route jusqu’à Ver ? Et puis c’est dangereux, et puis il y a du monde aujourd’hui.

– Tu proposes quoi ?

–  Je vais aller chercher la remorque, on met Poupette dedeans et je te ramène.

– Ca marche. T’es super sympa. Je continue en t’attendant.

–  Ouais, à tout de suite.

– Prends des courroies !

– Ouais, t’inquiète ! A plus

– A plus !

Il est arrivé vers 11 heures et demi ; On a chargé Poupette sur la remorque, on l’a calée avec des cartons et attachée avec des sagles pour qu’elle ne bouge pas. Ah en voiture, ça va plus vite.

– Merci Max, allez, viens, on va prendre un café.

– Oh, un petit jauune, à la limite, ça m’irait mieux qu’un café à cette heure.

Et nous voilà partis pour l’apéro. Plus rincette. Plus olives. Plus saucisson… Tu parles d’une matinée. Tout ça pour un rosbif haricots verts. Il est au four maintenant, il n’ira plus bien loin !!

Et Max est parti à une heure bien sonné. Et moi aussi, je suis bien sonné.

Le temps de manger, c’est mort pour la Cavale de Short… J’aurai le temps de rien faire.

Tiens, par curiosité, c’ est quoi le thème, histoire d’avoir bien des remords, bien les boules ne pas avoir pu écrire ce matin….

www.short-editions.com. La Cavale…..

Road-trip en mobylette…..

Tu parles d’un thème à la con…. Ou est-ce qu’ils vont chercher des thèmes pareils ?

Aucun regret.

De toutes façons, j’aurais pas sur quoi raconter, c’est vraiment un thème qui ne m’inspire pas.

Je vais reprendre un jaune, tiens…

© JM Bassetti Ver sur mer le 18 mai 2014. Reproduction interdite sans accord de l’auteur.

 

 

 

17 mai 2014

T’es là ? lol (2)

bulles– Ca m’étonne pas de lui, c’est vraiment un sale con.
– tu t’en es bien tiré, c’est ça le plus important.
– Oh c’est bon, pour moi, c’est oublié
– Je vais pas en faire tout un fromage non plus
– t’as raison.
– Je voulais t’en parler, c’est tout.

– Et toi ? Tu as passé une bonne journée ?
– Je t’ai pas trop manqué ?
– Claire, t’es là ?
– J’étais toute chose une bonne partie de la journée
– Moi aussi

– a l’ouest
– Oui oui j’suis là !
– tkt

 – lol
– et pour la même raison que moi je pense… ;-))

– Ouais…
– Cochon, va !

– Faut dire que hier soir, ça a été chaud tous les deux.

– Oui. La vidéo, c’est quand même autre chose que le texte pur…
– et tu as une façon de me faire grimper aux rideaux…

– j’adore ça
 – mais toi, tu sais m’exciter aussi
  – coquin…
  – tu as bien joué le jeu aussi
– salopiot !!
– lol   
– si on remettait ça ?
– ce soir…
– non pas ce soir,
– je t’ai dit tout à l’heure
– pas en forme
– et puis pas sexy, pas présentable
– pas comme hier soir quoi…
– Ca peut pas être tous les soirs
– Et puis je veux dormir tôt
– demain ?
– c’est vendredi demain
– on travaille pas samedi
– On pourrait chatter plus tard
– en vidéo…
– on verra
– J’te promets pas
– tu pourras mettre les petits dessous que j’aime bien ?
– et tu prendras les accessoires ?
– Ouah, t’es chaud bouillant toi ce soir…
– comment tu vas faire quand on aura éteint les ordis ?
– quand je dormirai…
– tu t’ finiras…
– ben… tout seul…
– j’ai pas le choix…
-Si on éteint, maline !
– Dis ? je vais te laisser pour ce soir
– déjà . Oh non.. Claire, pas déjà …
– si, je suis vraiment naze,
– tu me verrais, j’ai les yeux qui piquent
– j’ai du mal à voir l’écran.
– on s’est endormis trop tard hier soir.
– pas grave
– vraiment
– faudra pas qu’on recommence trop souvent…
– demain ? Promis ?
– On verra
– je te textoterai dans la journée.
– Allez, j’éteins…
– Claire
– yes ?
– tu m’aimes ?
– mais oui, évidemment
– mais j’suis fatiguée
– je dois me lever à six heures demain
– J’avais besoin que tu me le dises
– avant qu’on éteigne.
– six heures ?
– OK.
– Ca fait tôt..
– mais oui que t’es bête, tu le sais que je t’aime…
– tu l’as pas vu hier soir ?
– Oui, c’est tôt, mais j’y peux rien…
– Si
– j’ai adoré.
– allez, on remet ça demain.
– Dors bien mon Alex
– Dors bien ma Claire !
– a demain soir, je te préviendrai quand je serai pête.
– OK
– Bises
– A demain
– A demain
– Je t’embrasse.

Claire éteignit son ordi immédiatement. Elle était réellement fatiguée. Elle posa l’ordi sur le sol, tout près du lit, retira ses bagues qu’elle posa sur la table de chevet. C’était toujours sa dernière action de la journée avant de sombrer dans les bras de Morphée. Puis elle posa sa tête sur l’oreiller et s’endormit immédiatement.

Alex, lui, resta encore un peu sur l’ordi, après avoir fermé à regret la fenêtre de chat. Ce qu’il pouvait aimer ce genre de rendez-vous, chaque soir avec la femme de sa vie! Ca lui faisait toujours beaucoup de bien, mais ça le laissait à chaque fois tout bizarre. Surtout quand les séances avaient été un peu sexy, un peu chaudes, voire bouillantes comme hier soir. Après, il avait toujours du mal à s’endormir.

Et on peut le comprendre.

Il repassa une dernière fois ses mails, vérifia son compte Facebook. Combien avait-il récupéré de « J’aime » à son dernier statut ? Claire avait-elle commenté un de ses posts ? Avait-elle mis quelque chose sur son mur ?

Il traina ainsi presque vingt minutes. Après quoi, à son tour, il referma l’ordinateur portable, le posa au sol et éteignit. Il ne mit pas longtemps à réagir… En fait dès qu’il vit l’heure affichée sur le réveil. A quelle heure demain matin ?

A quelle heure mettre le réveil ? Pas question d’être en retard.

Il fouilla sa mémoire, ça ne lui revenait pas. A contre cœur, n’y tenant plus, et ne voulant pas commettre d’impair, il se retourna dans le lit et chuchota à l’oreille de sa femme.

– Claire ?
– Claire ?
– Tu dors ?
– Mmmmm
– A quelle heure le réveil demain ?
– Six heures, j’tait dit.
– Ok, excuse-moi. Dors mon ange.
– Bonne nuit ma Clairette
– Bonne nuit Alex…

© JM Bassetti. Ver sur mer le 17 mai 2014. Reproduction interdite sans l’accord de l’auteur.