Catégorie : Hommage

La valise envolée

Bonjour. C’est lundi, c’est Atelier d’écriture de Bricabooks.
Et sur ce site, c’est un lundi un peu particulier.
Ce n’est pas moi qui ai écrit le texte cette semaine, mais ma maman.
Chaque semaine, je lui envoie en avance la photo de l’atelier (maintenant, elle va d’ailleurs la voir toute seule) et lui demande ce qu’elle lui inspire. Elle répond habituellement par une phrase ou deux.
Or, mardi 12 Décembre, il y aura dix ans que mon père, son mari, nous a quittés pour aller rejoindre Dieu sait qui, là-haut dans les nuages. Et cette photo d’avion et de valise lui a inspiré un texte tout entier.
Bonne lecture et pensez à commenter, elle lira ce que vous avez écrit !!


@Leiloona

Dix ans.

Dix ans déjà qu’il est parti.

Dix ans qu’il a fait ses valises discrètement, comme à son habitude pour ne pas déranger.

Dix ans que son absence occupe tout l’espace dans la maison.

Dix ans que les fêtes de Noël ne sont plus de vraies fêtes pour elle, mais les réunions de famille lui apportent la chaleur qui lui manque maintenant.

Habituellement, elle passe le Noël chez ses filles. Cette année, c’est son fils qui la reçoit, à Caen. Elle est heureuse à l’idée de quitter sa maison sans âme maintenant.

Les billets sont achetés depuis longtemps déjà.  C’est tout un événement !

Pour aller de Bordeaux à Caen en avion, il faut changer à Lyon ! C’est d’une simplicité désarmante !

Déjà, la valise se prépare doucement pour ne rien oublier : les vêtements, les médicaments et les cadeaux. C’est qu’ils prennent de la place ces cadeaux, surtout celui de son fils qui est très volumineux. C’est une surprise ! Et pour cela il faut une grande valise !  Quand son fils lui a parlé du supplément à payer pour ce bagage, elle a mal réagi : une réaction épidermique aux procédés malhonnêtes pour faire du profit. Elle a souvent maintenant des moments d’incompréhension devant le mode actuel de vie.

Pensez… elle a 87 ans !

Et pourtant elle est, aux dires de son entourage, encore très moderne et s’adapte assez bien à l’évolution de la société. Mais parfois elle se révolte, ce qui a été le cas ce matin-là.

Bien sûr, elle y pense à ce beau Noël et même elle en rêve : de beaux rêves mais aussi de mauvais présages : la nuit dernière, elle s’est réveillée en nage, affolée par ce qui lui arrivait. Son fils l’attendait à l’aéroport de Caen, bien sûr, et elle était heureuse : le voyage s’était bien passé. Ils se dirigeaient vers la réception des bagages. Habituellement c’était plutôt rapide :  il n’y a pas un grand trafic.  Mais cette fois les bagages n’arrivaient pas. Pas de valise malgré les recherches. Contact avec Lyon.  Le temps s’écoulait, lentement.

Enfin, après une bonne heure d’incertitude, cette sacrée valise avait été retrouvée. Elle était restée dans la soute et les employés venaient de la déposer sur le chariot de transport. Pour preuve, l’aéroport de Lyon lui avait même transmis la photo par MMS.

Quel rêve ! A deux semaines du départ, elle souhaite de tout cœur que ce rêve ne devienne pas réalité !

 


Avant l’orage

Voici la micro-nouvelle que j’ai présentée au concours de radio France 2017.

Objectif: Ecrire une micro-nouvelle de 1000 caractères (ça me connait) sur le thème « Ensemble ». En fait, un peu pris par le temps (je l’ai appris le samedi pour le dimanche dernier délai et j’étais pris tout le dimanche), j’ai repris un texte écrit à partir d’une photo de Philippe Lutz et je l’ai adaptée un peu sur le thème « Ensemble ».

En fait, elle me parait répondre parfaitement au sujet. Bonne lecture et merci pour vos commentaires que j’espère nombreux.


C’était un dimanche, je m’en souviens parfaitement.
Le temps était à l’orage depuis une bonne semaine déjà.
Il faisait chaud, très chaud, trop chaud.
On sentait bien que ça allait éclater, que ça allait se gâter.
Sans tarder.
Mes parents avaient décidé de faire une longue promenade dans les vignes près de chez nous. Une sorte d’inspection générale plutôt. Papa voulait vérifier si la date qu’il avait prévue pour les vendanges était la bonne, s’il ne s’était pas trompé, s’il avait toujours le nez.
La récolte promettait d’être bonne. Excellente même.
Les cuves étaient prêtes, lavés, rincées.
Tout était prêt, même les hommes.
Le soleil était bon, les grains déjà bien formés.
Pourvu que l’orage à venir ne vienne pas tout gâter.
C’était un dimanche, je m’en souviens parfaitement.
Le dernier dimanche passé en famille. Tous ensemble. Avant que l’orage n’éclate et ne détruise tout sur son passage.
Avant qu’il ne laisse derrière lui que misère et destruction.
C’était un dimanche.
Le 2 août 1914.


Ma soeur m’a dit

J’avais dit que j’aimais pasrenaud
Que je l’écouterai pas
Que je n’en voulais pas

Et puis ma sœur m’a dit

Écoute-le, tu verras
C’est touchant, c’est sympa
Y a des trucs, tu aimeras

J’avais dit j’aime pas celle là
La voix, franchement c’est pas ça
Toujours debout ? On dirait pas.

Et puis ma sœur m’a dit

Fais un effort, fais un pas
Je te le jure mon p’tit gars
Que tu ne regretteras pas

J’avais dit que je voulais pas
Les écouter ces chansons là
Que cet album c’était caca

Et puis ma sœur m’a dit

La voix d’avant, oublie-la
C’est sûr, elle ne reviendra pas
La 2 : « Les mots ». Ecoute la.

Alors j’ai mis mes écouteurs
Comme me l’a dit ma sœur
J’ai écouté pendant une heure
Et ça m’a mis de belle humeur.

J’avais dit, j’avais écrit
Que Renaud pour moi c’était fini
Il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis.

C’est ma sœur qui me l’a dit.

 


Le printemps des mots

joncourComment est-il arrivé sur ma liseuse ? Aucune idée. Peut-être caché pendant l’hiver a-t-il développé ses mots et ses phrases en ce début d’avril ? Je ne sais pas.
Toujours est-il qu’hier soir, après avoir terminé  « Voix » d’Indridason l’islandais, je me suis demandé ce que j’allais lire pour changer un peu des polars scandinaves qui m’accompagnent depuis le début de 2016. Et je suis tombé sur ce titre : « L’Ecrivain National ». De Serge Joncour. Jamais entendu parler. Ni du titre, ni de l’auteur. J’ai ouvert virtuellement le livre, j’ai commencé à lire l’accroche. Ca me parait plutôt bien pour me changer de la Suède et de l’Islande.
Et me voilà parti. Et me voilà absorbé, scotché.
Et moi qui essaie d’écrire un peu, qui ai publié deux recueils de nouvelles et qui suis en train d’avancer un roman, je me sens petit, humble, minuscule fourmi devant ce raconteur de génie.
La force de l’écriture, la puissance des mots, la manière de faire passer un paysage ou un visage, une pièce ou une assemblée. Nous faire entendre la pluie qui commence à tomber sur une forêt en deux pages, c’est du pur génie littéraire.
Autant dans le dernier Indridason, pourtant parfaitement traduit, j’ai passé des paragraphes entiers, fini des phrases sans même les lire, autant là, je bois chaque paragraphe, chaque phrase, chaque mot. Je vais jusqu’au bout du bout des phrases, avidement, jusqu’à la dernière lettre, pour que rien ne m’échappe. Je reviens même en arrière parfois. Non pas parce que je n’ai pas compris, mais pour avoir le bonheur de la relire cette phrase, tant elle est parfaitement ciselée, comme un bijou par son orfèvre. Tant l’adjectif placé près du nom est exactement celui qu’il faut, choisi avec soin pour faire développer au substantif toute sa puissance et son arôme.
Pour le moment, j’en ai lu 20%. C’est parfait. J’ai encore quatre fois plus de bonheur et de plaisir qui m’attendent.
Merci d’avance à vous, Serge Joncour de m’offrir ce moment de lecture. Je vais vite retourner dans le Morvan suivre vos aventures vers la découverte du meurtrier du Commodore, mais surtout avoir le bonheur de vous lire.
Et attendre la saison prochaine pour voir si un nouveau livre de vous aura poussé sur ma liseuse.

Vous avez lu ce livre ou cet auteur ? Vous avez écrit ce livre (on ne sait jamais…) ?
Ecrivez donc un petit commentaire ci-dessous pour confirmer mes dires ou les contredire (mais ça m’étonnerait…)
Merci


Je suis …

Je suis Charliejesuis
Je suis Paris
Je suis Belgique
Je suis Liban
Je suis Israël
Je suis Mali
Je suis Burkina Fasso
Je suis Côte d’Ivoire
Je suis Syrie
Je suis Turquie
Je suis Tunisie
Je suis Maroc
Je suis Algérie
Je suis Palestine
Je suis Egypte
Je suis Londres
Je suis Boston.

Je suis Canada, Australie,
Koweit, Pakistan
Je suis Yemen
Arabie Saoudite
Afghanistan.

Je suis Europe
Asie
Océanie
Afrique
Amérique

Je n’ai pas de nation
Je n’ai pas de religion
Je n’ai pas de couleur
Je n’ai pas de pays.

Je suis tout le monde
Tous ceux qui tombent
Sous les bombes.

Hommage des dessinateurs sur le site de Courrier International

brux

 

 


Les ballons rouges

rougeIl est des images qui ne vous quittent pas. La semaine dernière, dès que j’ai vu le vieux monsieur coincé entre les deux marronniers, je me suis dit « C’est Batman ». Immédiatement. Je ne sais pas pourquoi. Et l’idée ne m’a pas quitté jusqu’à ce que je la mette en mots.
Mardi, lorsque Leiloona m’a envoyé la photo de cette semaine, je me suis dit
« Je n’ai pas eu de ballon rouge
Quand j’étais gosse dans mon quartier.
Dans ces provinces où rien ne bouge,
Tous mes ballons étaient crevés. »
J’ai essayé d’écrire autre chose, mais Lama ne m’a pas quitté. L’image était trop forte. Alors mon clin d’oeil de cette semaine, il est pour Serge Lama qui a bercé mon enfance, qui a enchanté ma soeur, que je chante toujours par coeur dans la douche le matin. Qui était si proche de Barbara que j’aime tant.
Lundi, c’est l’atelier de Bricabooks. Les autres textes sont sur cette page.
Bonne lecture.

 

Le chanteur boîte dans le couloir.
Il vient de boire un verre d’eau pétillante, de respirer longuement. Plusieurs fois face au miroir. Comme chaque soir. Quelle que soit la ville. Ce sont des rituels. Faire les mêmes gestes dans la loge, toujours les mêmes.
Avancer jusqu’à la porte. La toucher trois fois. Revenir s’asseoir face au miroir. Vérifier le maquillage. Les projecteurs ne font pas de cadeau.
Reprendre le conducteur de la soirée. Vérifier l’ordre des chansons. Ne pas penser au trou de mémoire d’hier, c’est le meilleur moyen de ne pas le faire revenir.
Faire le nœud de cravate avec application. Le défaire. Le refaire. Le regarder avec insistance. Le défaire. Le refaire. Trois fois. Chaque soir. C’est un TOC. C’est de la pensée magique. S’il ne fait le nœud que deux fois, ça va mal se passer.
Le chanteur regarde le public à travers le lourd rideau de scène.
Les musiciens entament « Les ballons rouges ».
C’est l’heure. Il faut y aller.
Il écarte les bras et entre dans la lumière.

1000 caractères


Sur la plage

 

Photo retirée à la demande de l’AFP.

Un enfant sans vie sur la plage du village de Bademli, dans la province de Çanakkale, en Turquie,
après le naufrage de son embarcation sur la route de Lesbos. Photo prise le 30 janvier 2016.

La maison est vide maintenant. Ou presque. Que prendre quand il faut partir ? Partir absolument ? L’essentiel, le nécessaire. Et encore. Le sac à dos est trop petit pour le superflu. Pas question de prendre des meubles, des matelas ou quoique ce soit qui puisse représenter du poids. Le poids du souvenir et le poids du chagrin sont déjà assez lourds à porter.
Le père est déjà descendu avec les enfants. Il parle avec d’autres. Qui partent aussi. La mère reste quelques minutes dans l’unique pièce de la maison. Imprégner sa mémoire, imprégner son cerveau de ce qu’a été sa vie. Les rires dans la maison, les repas, les nuits d’amour, l’arrivée des enfants.
Il est l’heure, il faut y aller. Un dernier regard avant de tout quitter. Au moment de partir, une tache jaune or accroche son regard. Elle se baisse et ramasse la tétine du fils. Comment a-t-elle pu l’oublier ? Il en aura besoin sur la bateau pour combattre la peur.
Et puis là-bas, quand ils arriveront.
Le bateau les attend.
La mort aussi.

1000 caractères.


C’était chouette Bowie

bowiePatrick avait apporté des bières, Sophie des chips. Ma mère avait fait un gâteau au yaourt que j’avais trimbalé dans un papier d’alu sur le porte-bagages de ma mob. Y avait les deux traits des sandows mais c’était pas grave.
La boum avait lieu dans le garage de Lise. On était venus à trois le matin pour débarrasser les outils de son père, la tondeuse et les outils de jardinage. On avait foutu tout ça derrière.
C’était Jean-Phil qui était aux manettes, comme d’habitude. Il avait apporté sa chaine et ses enceintes. Et deux platines pour faire les liaisons entre les chansons.
La boum avait commencé à deux heures. Nous, dans notre coin, on matait les filles. Je me souviens que j’aurais bien aimé sortir avec Gisèle, mais elle sortait déjà avec Gilles.
En attendant les slows et les éventuels baisers, on écoutait de la pop anglaise. Et on dansait un peu.
Sur une chanson, Jean-Phil s’amusait à baisser le son au moment du refrain. Et tout le monde hurlait : Rebel Rebel.

C’était chouette Bowie !

1000 caractères pour rendre hommage au grand David Bowie, disparu ce matin.

© JM Bassetti, le 11 Janvier 2016.


La petite boite rouge.

maman500

Maman et moi. Chauny 1958

Te souviens-tu, Maman ?

Je devais être au CP, ou en maternelle.

Malhabile, avec deux mains gauches comme je les ai toujours.

Mais j’ai bien écouté ce que m’a dit la maîtresse.

J’ai bien peint le couvercle et la boite en rouge.

Bien vif.

Bien partout.

Deux couches.

Sur le dessus de la boite, j’ai dessiné une fleur blanche.

Peut-être que ça ne ressemble pas trop à une fleur

Mais je l’ai peinte de tout mon cœur.

Et puis, sur les côtés … je ne sais plus trop.

Peut-être des fleurs aussi.

Il y a quelques mois, nous avons ouvert mon enveloppe

Ma grosse boite avec dedans « les trucs à moi ».

Nous y avons retrouvé les textes, les lettres, les poèmes

Les dessins, les photos, les cahiers.

Et puis, évidemment, la petite boite rouge.

Nous l’avons ouverte.

A l’intérieur, il y a toujours une feuille.

Roulée, entourée d’un ruban avec un petit cœur en feutrine.

boite2

La fameuse petite boite rouge… Merci maman pour la photo.

Dessus, un joli poème (*).

Écrit par la maîtresse

Presque effacé par le temps.

 

Cinquante ans plus tard

C’est émouvant de retrouver

L’amour d’un enfant

Pour sa maman.

Cinquante ans plus tard

J’ai toujours le bonheur de te le dire

De te l’écrire

Et pour longtemps encore

« Bonne fête maman ».

 

(*) J’ai cueilli trois fleurs des champs
Mais la plus jolie que j’aime tant
Mais la plus jolie, c’est pour Maman.
J’ai trouvé trois cailloux blancs
Mais le plus joli que j’aime tant
Mais le plus joli, c’est pour Maman.
J’ai aussi trois beaux rubans
Mais le plus joli que j’aime tant
Mais le plus joli, c’est pour Maman.
Je n’ai qu’un petit cœur d’enfant,
Mais mon petit cœur qui l’aime tant

 Mais mon petit cœur,
C’est pour maman.

C. Duparc.

 

Jean-Marc. 31 Mai 2015. Fête des mères.


Je suis …….

8210-o-je-suis-charlie-facebook« Mais pourquoi t’écris pas ? D’habitude, tu écris, tu as les mots faciles, tu es le premier à mettre un petit mot, un poème, une chanson.. »

Ben voilà, j’écris pas.

J’écris pas sur commande.

Là, pour le moment, je ne peux pas. je suis bloqué, coincé.

Ca viendra.

Je regarde la télé, mes mails, les journaux, mon Facebook, je lis tous ces hommages, j’avale les dessins, les photos, les caricatures, les bons mots.

J’assiste à une déferlante qui me met parfois mal à l’aise.

Qui écrira le plus beau petit mot ? Le plus fort, le plus émouvant ? Qui arrivera à écrire une phrase définitive, à trouver la citation juste qui va bien et qui colle avec ce qui se passe. Qui fera le dessin le plus proche de l’esprit Charlie ? Il y a de tout. Du beau, de l’émouvant, mais aussi du moche, du laid, du facile, du mercantile, du mauvais goût…

Je suis un peu comme une souris dans une fromagerie.

C’est trop. Je ne peux pas tout digérer. Le bon comme le moins bon.

Le petit mot du philosophe, celui de Dieudonné, celui des cathos intégristes qui comparent le rassemblement d’hier avec les manifs anti-mariage pour tous.

Quelle pitié, quelle misère, quelle étroitesse d’esprit !

Il y en a trop. Pas trop pour vivre à fond ce qui se passe, non, sûrement pas. Comme tous le gens sensés et qui réfléchissent un minimum, je suis Charlie.

Je suis de tout cœur avec les victimes, leurs familles, leurs amis, ceux de leur confession, ceux de leur bord.

Mais mon émotion déborde, mon esprit est bouleversé, tourneboulé, chahuté.

Je ne suis pas calme, pas tranquille, pas placide pour écrire.

Du moins pour écrire sainement, raconter une petite histoire comme je pense savoir le faire.

Les mots ne viennent pas, ou du moins, s’ils viennent, je n’arrive pas à les associer pour en faire des phrases, pour créer des paragraphes et concrétiser tout ça en une histoire.

Ca viendra.

Un jour, dans un mois, deux, six, je ne sais pas, les mots se mettront en ordre tout seuls, et l’histoire de Charlie sortira. Et vous serez étonné de la lire à ce moment.

Vous vous direz « Tiens, qu’est-ce qui lui prend ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi revenir là-dessus ? »

Ca voudra dire que ce qui s’est passé depuis mercredi, toute cette émotion qui aura laissé des traces indélébiles dans mon cœur, que ce chagrin, sincère et profond sera toujours là, mais que je l’aurai à peu près digéré, que je pourrai l’extérioriser en dehors du chaos actuel.

 

Pour l’instant, je ne peux pas. C’est trop neuf, trop frais. Trop empli d’émotion et de larmes.

Pas assez de recul.

En tant qu’homme, que Français, que militant pour les droits des hommes et pour la liberté d’expression, je suis Charlie, de la racine de mes rares cheveux jusqu’au bout de mes ongles.

 

Mais en tant que raconteur d’histoires, je suis….. vide.

 

© JM Bassetti. A Ver sur Mer le 12 Janvier 2015. Reproducion interdite sans accord de l’auteur.


Lettre à Clément

ClementIl est des gens qui marquent votre vie. Clément a marqué la mienne.

Bonsoir Clément,

C’’est à toi que je vais annoncer la nouvelle en premier : j’’ai décidé, ce soir, d’’écrire des lettres à toutes les personnes qui ont marqué ma vie. J’’étais en train de lire, comme je le fais chaque soir avant de m’’endormir. Mon livre de ce soir : « Laissez-moi, de Marcelle Sauvageot ». Un livre bien triste d’’une femme qui, de son sanatorium où elle va sûrement mourir, répond à son ancien amant qui a décidé de la quitter. Après avoir posé mon livre, j’’ai pensé qu’’il était nécessaire d’’écrire à ceux qui ont été importants.
Alors, après avoir éteint la lumière, j’’ai fait dans ma tête la liste des personnes à qui je souhaitais écrire, au tournant de la cinquantaine.
Et c’’est toi qui t’’es imposé à moi pour commencer cette série de lettres.
Nous nous sommes peu connus. Tu n’’étais alors qu’’un petit bonhomme. Un peu plus de deux ans quand nous avons fait connaissance, un peu moins de trois ans quand nos chemins se sont séparés. Oui, Clément, nous nous sommes connus quatre mois, à peine. C’’est peu à l’’échelle d’’une vie d’homme, mais c’’est tellement à l’’échelle de ma vie à moi.
Quand nous avons fait connaissance, tu trottais dans ma classe. Avec ta maman, tu étais venu fièrement t’’inscrire à l’’école que je dirigeais alors. Une petite école à deux classes. Les maternelles chez Colette, et les CP chez moi. Toi, vu ton âge, tu as été inscrit dans la petite section. Chez les tout-petits, même. On était alors en juin 1985. Je me souviens parfaitement du jour de cette inscription. Tu étais bien sage, assis sur les genoux de maman. Et puis, la discussion a duré, tu es parti te promener à la découverte de ma classe. Une classe à l’’ancienne, je ne sais pas si tu t’’en souviens. Avec un poêle à mazout près de la fenêtre, des bureaux cirés et un parquet ciré aussi. Nettoyé trois fois par an à la paille de fer. Ca sentait bon le bois à la rentrée. Ca puait le fuel en hiver quand il gelait dehors et que le chauffage donnait à fond. Je te revois encore, tout au bout de la classe en train de toucher aux crayons sur la table ronde. Mais tu étais bien calme. Certains enfants profitaient de ce jour d’’inscription pour se montrer sous leur plus mauvais jour: turbulents, impatients, enfants gâtés, criards, Toi, non. Tu es resté tranquille, cool, assis sur la table des petits.
Inscription faite, sans problèmes.
« – Clément, tu viens ? », a appelé ta maman. Et tu es venu vers elle, immédiatement, sans avoir à te le demander dix fois.
Après votre départ, je suis allé voir Colette et lui ai expliqué ce que tu étais et la première impression que tu m’’avais faite.
Puis l’’été est venu. Les vacances. Moi, ou plutôt Laurence, ou plutôt nous, nous attendions un bébé pour l’’automne. Pourvu qu’’il (ou elle) soit aussi mignon que toi !!
Rentrée 85, tout se déroule comme prévu. Voilà trois ans que je suis dans cette école, celle qui est devenue ton école depuis ce jeudi 5 septembre.
Un mois et deux jours. Voilà ce qu’’allait être ta scolarité. Captivé par ma classe et le travail de direction important en début d’’année scolaire, je n’’ai pas fait vraiment attention à toi. Tu venais, régulièrement à l’’école, seulement le matin pour le moment. Ta maman te gardait l’’après-midi pour faire la sieste. Mais, sage et sans problème comme je l’’avais détecté le jour de ton inscription, tu ne me causais pas de soucis. Je te regardais jouer dans la cour. Peut-être plus timide que les autres, parce que plus jeune, Colette s’’occupait bien de toi et tu ne faisais pas de vagues.

Et puis le 7 octobre au matin, un lundi, j’’étais dans ma classe. Je faisais de la lecture avec les CP pendant que mes grandes sections dessinaient des ronds dans des pommes, exercice de graphisme classique au début de l’’automne. Comme chaque jour, j’’ai entendu la grille s’’ouvrir et le camion de la cantine entrer dans la cour pour décharger la nourriture du midi. Les bruits habituels de chargement et de déchargement, bruits confus, diffus et quotidiens auxquels je ne faisais plus attention. Puis la porte du chauffeur, le démarrage du camion, et un bruit inhabituel, sourd et inconnu suivi de cris….. Colette a ouvert à la volée la porte de ma classe:
« – Jean-Marc, viens vite, Clément !!
– Quoi Clément ?
– Un accident dans la cour, viens vite !!
– Grave ?
– Je sais pas. Oui, grave, très grave. »

Et je suis sorti.
Et j’’ai vu.
Et je n’’ai jamais oublié.
Et toi, tu n’’as sûrement pas vu…
Tu ne t’’es rendu compte de rien.
Le camion t’’avait broyé, bousillé, démoli.
Tué.
Sur le coup.
Je l’’ai su tout de suite.
Dès que j’’ai vu ton petit corps allongé sur le bitume de la cour de récréation. Dès que j’’ai vu l’immense tache rouge qui prenait une forme étrange et indécente en s’’allongeant et se tordant sur le sol chaud.
Voilà Clément.
Ici s’’est arrêtée notre rencontre.
Ici a commencé ma vie d’’homme.
Il m’’a fallu aller prévenir ta maman, en courant. Je ne souhaite à personne d’’avoir à faire ce que j’’ai fait ce jour là, pas même à mon pire ennemi, si tant est que j’’en ai un.
Il nous a fallu affronter la dure réalité.
Le désespoir d’’une famille, les larmes de tous, ton petit cercueil blanc, les regards de la famille le jour de l’’inhumation.
Puis plus tard, la gendarmerie, le juge d’instruction, l’’avocat, le tribunal. Mais ça, vois-tu Clément, ça n’’a aucune importance. Ca a été long, dur, pénible, mais ça ne compte pas.
Ma vie n’’a pas été affectée par la justice. Elle l’’a été par ta mort. Si la justice des hommes a été plutôt clémente à notre égard, la justice de Dieu nous a bien touchés. Un homme n’’est pas le même après la mort d’’un enfant.
Deux mois avec sursis. Voilà ce que la balance de Jupiter nous a infligé.
Perpétuité, voilà à quoi je me suis condamné.
Mon bébé, ma fille, est née un peu plus de deux mois après l’’accident. Important pour un père la naissance d’’un premier enfant… Mais pour moi, cette année 1985, avant d’’être l’’année de l’’arrivée de Lucile, a été longtemps l’’année de ton départ.
Régulièrement, quand je passe près de ton village, je vais te voir, discrètement. Des fois je pose juste une fleur. Et je te parle, je te vois me sourire.
Que serais-tu devenu, petit Clément ? Toi que la mort a fauché à trois ans. Comme tous les petits garçons, pompier ? docteur ? chef de gare ? pilote de chasse ? Je ne sais pas ce que la vie t’’aurait réservé. 26 ans. Tu aurais 26 ans aujourd’hui. Presque l’’âge que j’’avais quand nos chemins se sont croisés. Putain, quel gâchis….

« Qui a tué Davy Moore , qui est responsable et pourquoi est-il mort ? » Ainsi chantait Graeme Alwright. Une chanson que tu ne connais pas, que tu n’’as pas eu le temps de connaître. Un boxeur, mort sur le ring… C’’est pas la foule, c’’est pas le manager, c’’est pas l’’arbitre, c’’est pas le journaliste, c’’est pas son adversaire… « C’’est le destin, Dieu l’’a voulu !! »

C’’est pas moi qui t’’ai tué, Clément, je t’’assure.
C’’est pas Colette…
C’’est pas le chauffeur, il ne t’’avait pas vu.
C’’est pas l’’employée municipale qui t’’a laissé partir…
C’’est personne, ou c’’est tout le monde à la fois. Tous, réunis, nous t’’avons privé d’’une belle vie sans doute, de tes jeux d’’enfants, de tes émois d’’adolescent, de tes études, de ton mariage, de tes enfants. Nous avons privé tes parents de toi, d’’un sourire, d’’un bisou dans le cou, du plaisir d’’un cadeau de fête des mères, de tes croyances au Père Noël, de photos inoubliables.

Alors, pour tout ça, je te demande pardon, Clément. 23 ans après, je te demande pardon et je demande pardon à tes parents et à tes proches.
Du haut de tes trois ans, tu as marqué ma vie comme aucune autre personne ne l’’a jamais fait.
On dit qu’’une vie est construite de petits événements. Moi, c’’est un petit bonhomme aux yeux noirs et cheveux noirs qui a construit la mienne.
Toi à 26 ans, moi à 50, je me permets de t’’embrasser bien fort. Petit bonhomme de 26, de 3 ans.
Jamais je ne t’’ai oublié, jamais je ne t’’oublierai. Et jusqu’à mon dernier souffle, tu resteras mon petit bonhomme.

© JM Bassetti. Texte écrit en octobre 2009. Reproduction interdite sans accord de l’auteur.


On a bien rigolé

thierryMon cher Jean-Mimi,

Un petit mot ce matin pour te donner quelques nouvelles.

Qu’est-ce que je m’emmerde, qu’est-ce que je me fais chier ! Mais c’est pas vrai de se faire chier pareil. Quelle idée j’ai eue de partir. De tout quitter comme ça, sur un coup de tête et de laisser tout le monde un peu perdu, à commencer par moi-même. J’entends vaguement parler de la coupe du monde, mais j’ai pas vraiment de détails précis. Tu sais que la coupe du monde, j’en ai suivi… neuf, dix, douze, je ne sais même plus combien. La dernière, honnêtement, ce n’est pas celle qui m’a laissé le meilleur souvenir. Pour une coupe ratée, c’était une coupe ratée… Là, je ne vois rien. On n’a pas la télé. Alors, lorsqu’il y  a des gens qui arrivent, j’essaie de me renseigner, mais ce ne sont pas toujours des français, je ne parle pas bien les autres langues, ou pire encore, ils ne s’intéressent pas au foot. Ou encore encore pire, mais là on touche au summum, ce sont des femmes. Et chacun sait que les femmes et le foot, ça fait pas bon ménage. A part pour aller nous chercher des bières au frigo !!!

Ah ah ah !!!

Moi, tu sais bien, je me suis barré à la mi-temps. Pile poil entre la dernière coupe et celle-là. Il y a tout juste deux ans. Comme ça, une idée, un caprice. Tu sais que je regrette maintenant, Jean Mimi. Vu ce que j’entends, nos bleus se débrouillent plutôt pas trop mal. On en est peut-être pas à 98, mais il parait qu’on s’en approche. Quand je pense qu’à l’époque, j’avais dit que je pourrais mourir tranquille, je savais pas que j’allais être pris au mot. 14 ans plus tard, d’accord, mais quand même !! Je m’ennuie, je me fais chier. Je cause chevaux avec le gros Zitrone, rugby avec Roger Couderc, vélo avec Chapatte, ça occupe bien mes journées. Mais ballon rond, c’est plus juste, Drûcker n’est pas arrivé. Je me console bien un peu avec Eusebio qui est là depuis quelques mois. On se connaissait bien en bas. On attend Pelé. Ah lui, il va être bien accueilli.

Allez, je te laisse. Je file faire un petit footing dans les nuages. Ici, c’est quand même beaucoup plus facile que chez toi. Bonne fin de coupe, amuse-toi bien, tu me raconteras tout ça plus tard. Mais prends ton temps, Jean-Mimi, et surtout, réfléchis bien avant de poser les crampons, parce que ici, ça devient comme au basket : il n’y a pas de retour en zone possible. Quand tu quittes le stade, c’est définitif.

On a bien rigolé tous les deux quand même !Et c’est ça qui me manque le plus !

Je t’embrasse fort, mon petit Jean-Mimi. Bisous à tous ceux qui me manquent. Tu sais bien de qui je veux parler.

Ton Thierry à qui tu manques.

© JM Bassetti. Ver sur mer le 3 juillet 2014. Reproduction interdite sans l’accord de l’auteur.


L’Aziza

azizaCouleurs de Casa
Mélange d’ocres, de rouges
D’oranges et de jaunes
Le marché du matin au Maroc

Couleurs de Casbah
Daniel se promène
Blanc, catho ou athée
Qu’importe sa pensée

Couleurs de l’Amour
A son bras, Corine
La femme de sa vie
Juive, belle, souriante, gaie

Couleurs de la Vie
Mélange des couleurs
Mélange des odeurs
Mélange des cultures

Couleurs de Paris
Daniel écrit
Où que tu ailles, où que je sois
Je te veux si tu veux de moi

 
L’Aziza.

©JM Bassetti. Le 9 juin 2014. Pour http://museedurock.com/laziza-daniel-balavoine
Reproduction interdite sans l’accord de l’auteur.

 


Homer Hémor.

homerLa nouvelle est tombée tôt en début d’après-midi. Le monde de la télévision et du dessin animé est en deuil.

Homer Simpson est mort.

Le célèbre héros de la série qui porte son nom a été retrouvé allongé dans sa salle de bains un donuts bleu outremer à la main et un litre de bière renversé sur le carrelage près du corps.

Il est encore trop tôt pour décrire précisément les conditions de la disparition de l’idole jaune la plus célèbre du monde. Il semble qu’il ait trainé hier soir chez Moe’s, son bar préféré de Springfield comme c’est son habitude depuis sa séparation avec Marge en janvier dernier. Une séparation qui n’a fait qu’empirer son goût immodéré pour l’alcool et les stupéfiants de tous styles.

Nous avons tenté de joindre Bart au téléphone mais le fils de Homer ne souhaite pas s’exprimer publiquement pour le moment. Il nous a juste déclaré que sa mère et sa sœur avaient appris la nouvelle au petit déjeuner en écoutant la radio et en mangeant une pizza. Lisa s’est immédiatement mise à l’écriture d’une sonate pour saxophone qu’elle jouera à l’inhumation de son père.

Depuis quelque temps, les amis de la famille Simpson avaient bien noté un changement dans le comportement de Homer. Mais de là à imaginer une issue fatale aussi rapide…

François Hollande s’est enfermé dans son bureau de l’Elysée afin de visionner l’intégralité des 25 saisons du héros disparu. Le Premier ministre, Manuel Valls, devrait le rejoindre plus tard avec des pizzas, des beignets et de la bière pour une soirée de crise.

Le président Obama interviendra à la télévision ce soir pour un hommage appuyé à la vedette internationale. Une journée de deuil internationale devrait être décrétée.

Devant la gravité des faits, l’annexion de l’Ukraine par la Russie est repoussée sine die, a déclaré le Président Poutine.

L’organisation d’une « marche jaune » dans toutes les grandes villes de la planète n’est pas exclue.

Bien entendu, vous pouvez déposer ci-dessous vos commentaires et hommages à celui qui a bercé nos journées et nos soirées et à qui nous devons tant.

Te voilà maintenant au paradis des vedettes, avec Batman, Mickey, Donald et Popeye, disparu dernièrement. Sois heureux et gave toi enfin de donuts sans craindre l’overdose.

Homer, nous ne t’oublierons pas.

JMB Ver sur Mer le 13 mai 2014. Reproduction interdite sans accord de l’auteur.