6 novembre 2017

Marcel, gardien de square.

Voilà. C’est la rentrée. Une semaine sans texte pour cause de vacances et de décalage du texte de la semaine précédente et on se remet au boulot.

Bricabook, l’atelier d’écriture de Leiloona a repris de l’activité. Et, cerise sur le gâteau, c’est elle même qui a fait la photo de la semaine.


@ Leiloona

« Tu vois, quand on était gamins, on s’amusait dans le square ici. Il y avait plein d’endroits où on pouvait s’éclater. On y venait avec maman après l’école. Il y avait les montagnes russes où les grands faisaient du vélo sans casque.

– Sans casque ?

– Oui, oui, je t’assure ! Et il y en avait qui prenaient de sacrées gamelles. Bon. Il y avait quand même Marcel, le gardien du square qui passait de temps en temps. Il les regardait, soulevait parfois sa casquette pour se gratter le crâne, puis reprenait sa marche. A la réflexion, quarante ans plus tard, qu’est-ce qu’il devait se faire suer, Marcel.

– Ouais, le pauvre… C’est vrai qu’ils avaient un rôle ingrat.

– Tiens, regarde là-bas !! Avec mes sœurs, on faisait du patin à roulettes ici. Un grand ovale en béton avec des bancs tout autour. Le nombre de fois où j’ai pris des bûches là-dessus ! J’avais en permanence les genoux écorchés.

– Tu n’avais pas de protège-genoux ?

– Tu rigoles. Ni de coudières, ni de trucs aux chevilles, ni même de casque. On avait deux paires de patins pour trois. On se les passait avec mes frangines. En fait, moi j’en avais pas. Trois ou quatre fois dans l’après-midi, il y avait Marcel qui passait. Il virait les cailloux qu’il y avait sur la piste. Et dès qu’il avait le dos tourné, on en remettait. Ça nous faisait des mini-obstacles et ça faisait casser la figure à ceux qui ne savaient pas ! Pauvre Marcel, qu’est-ce qu’on a pu se foutre de lui quand même !

– Le pauvre. Gardien de square dans les années soixante, c’était le métier de ceux dont on ne savait pas quoi faire.

– Oui mais au moins ils avaient un métier, on ne les laissait pas tomber comme maintenant !

– C’est sûr, tu as raison. Ahhhhh !! C’est quoi ce truc affreux ?

– Ouah !!! C’est toujours là cette horreur ? On s’est toujours demandé ce que ça pouvait fabriquer dans un square de la région parisienne ce machin-là. Sûrement des subventions qui étaient tombées et il fallait faire quelque chose dans l’urgence. Avec un architecte qui avait fait son stage à Shangaï !

–  Vous veniez là aussi ?

– Tu penses, oui. On en a fait ici. On imaginait la taille des crottes de nez de ce dragon…  On s’asseyait sur sa bouche. Tiens, tu vois le morceau cassé en haut de la lèvre ? C’est Jérôme qui l’a pété à coups de patin à roulettes, je m’en souviens comme si c’était hier ! On a grimpé dessus par tous les chemins possibles. Il ne doit pas y avoir un centimètre carré où je n’ai pas marché. On jouait au foot. La gueule ouverte, c’était le but. Et on faisait exprès de tirer dans les dents !!!

– Et Marcel ? Il ne vous disputait pas ?

– Ah non. On ne le voyait pas par ici dans la journée, mais un soir, quand j’ai eu une quinzaine d’années, je suis passé par là en rentrant du lycée et devine qui j’ai vu ? Marcel. Avec la pharmacienne. Dans la gueule du monstre. J’ai pas fait de bruit, je me suis planqué et j’ai tout maté.

– La vache !

– Ouais. Et puis, dans le courant de l’année, je suis repassé et j’ai revu Marcel. Avec la boulangère, avec Madame Arnaud, ma maîtresse de CP, avec Madame Leclerc qui nous faisait le cathé, avec ma voisine du dessus, avec la secrétaire de mairie. Et avec d’autres que je ne connaissais pas.

– Sacré Marcel. Il avait la belle vie quand même !

– Ah ouais, tu as raison. Gardien de square, quel putain de beau métier c’était !! »


Le square de mon enfance où il y avait les montagnes russes et une piste de patins à roulettes était à Courbevoie (92), boulevard saint Denis, à côté de la maternelle. Il n’y avait pas la grosse tête de lion moche, mais il y avait bien un gardien qui arpentait le square à longueur de journée.

Et en hiver, un marchand de marrons grillés à l’entrée…

11 septembre 2017

Juste une mise au point.

C’est lundi, c’est Bricabook… une image, quelques mots. Merci à Leiloona et à son site de nous offrir ce bonheur hebdomadaire !!
Bonne lecture à vous tous. Et n’oubliez pas d’aller lire les textes des autres.


© Romaric Cazaux

C’est marrant que je retrouve cette photo ce soir, au fond d’un tiroir. C’est moi qui l’ai prise cette photo…

Mais laissez-moi me présenter. Peut-être un jour avez-vous eu affaire à moi. Je m’appelle Georges Lebrac et j‘étais détective privé. 27 rue des mouettes. Vers le port.

Mon pain quotidien, c’était les cocus. Essentiellement. Filatures en tous genres, planques devant les hôtels bon marchés ou les restaurants de bord de mer la plupart du temps. Des heures dans ma bagnole à bouffer des sandwiches et des barquettes de carottes râpées, à fumer clope sur clope, à écouter Philippe Bouvard et les Grosses têtes, à voir le temps passer sur ma montre à 15 euros. Le tout en essayant de se faire voir le moins possible. La discrétion, c’est notre maître mot à nous, les Sherlock Holmes, Les Nestor Burma, les Mike Hammer.

Il y a une dizaine d’années, alors que je fais un peu de paperasse dans mon bureau – il faut bien en faire de temps en temps – un type sonne. En général, j’aime pas trop qu’on se pointe directement chez moi sans passer par un rendez-vous. Au moins téléphonique. Parce qu’il faut vous dire que je bosse chez moi ; pas d’agence, pas de secrétaire. C’est bon pour la télé les Miss Moneypenny et autres blondasses au cerveau rachitique. Donc, un type se pointe et me sert le couplet habituel. Il n’a pas voulu me dire son nom, appelons-le Monsieur F. Sa femme s’absente de plus en plus de chez eux. Des fois, elle sent le tabac quand elle revient. Elle donne des excuses bidon, part faire des courses à pas d’heure, il lui arrive même de recevoir des coups de téléphone bizarre et elle a l’air un peu gênée quand elle revient. Il me paie à l’avance une petite centaine d’euros, me promet beaucoup plus lorsque je lui aurai donné l’identité de l’amant, si amant il y a.

Le lundi suivant, je me place donc au bas de l’immeuble de Madame F. Une femme d’une trentaine d’années, plutôt bien de sa personne comme on dit. Elle porte un pantalon blanc et un petit haut à bretelles rouge. A son cou, un léger collier portant une perle noire. Montre, bracelet assorti au collier. Une paire de lunettes d’écailles pour tenir ses cheveux. Je suis trop loin pour m’en rendre compte, mais je suis certain qu’en plus, elle sent bon. Dans notre métier, il faut avoir l’œil. Et vite. Le moindre petit détail peut être d’une importance capitale. Elle part à pied. Je la laisse prendre quelques mètres d’avance et je descends de la voiture pour la prendre en chasse. Elle s’engage à pied dans la rue du Maréchal Foch, longe l’ancien marché, tourne à gauche dans la rue de la mer et se dirige vers le port de plaisance. Elle marche d’un bon pas jouant avec le parapluie qu’elle tient dans sa main gauche. Etrange d’ailleurs la présence de ce parapluie puisqu’il fait grand soleil et que la météo n’est pas particulièrement alarmiste. Elle a la santé et visiblement la joie au cœur. Je prends quelques photos, un peu au pif.

Elle s’arrête devant une boutique de mode dont le nom m’amuse car il est caractéristique de notre région : « La pluie et le beau temps ». Elle s’immobilise devant la vitrine et fait mine de s’intéresser aux jupes, blouses, sandales et chaussures en exposition. Pendant ce temps, appuyé à un poteau électrique, je fais la mise au point de mon appareil photo. Bonne vitesse, bonne ouverture, bonne focale pour que les clichés soient de bonne qualité et que je mérite les deux ou trois cents euros que le cocu me versera. Juste à côté de ce magasin, un homme fume dans l’entrebâillement d’une porte. Il semble discuter avec une femme assise sur un banc. Peut-être une amie, ou sa femme, ou sa sœur, ou sa cousine. Peut-être une passante, juste assise une minute pour se reposer. Je n’en sais rien du tout. Comme la distance est la même, je fais la mise au point sur la femme. Je shoote un peu au hasard. Une dizaine de fois, le doigt laissé sur le déclencheur.

Quelques minutes plus tard, un homme d’une quarantaine d’années apparait dans la porte de la boutique. Il prend discrètement Madame F.  par la main, l’attire vers lui tout en la tirant vers l’intérieur de la pièce. Il attend qu’ils soient entrés pour la prendre dans ses bras et l’embrasser. Les deux voisins n’ont rien vu, mais moi j’étais aux premières loges. Je n’en espérais pas tant. La mise au point étant parfaite, j’ai shooté une douzaine de clichés. Le mari sera content. Il en aura pour ses sous ! Et moi, je n’aurai pas volé les miens.

C’est marrant que je retombe sur cette photo ce soir, alors que je referme à jamais les cartons de ma vie professionnelle pour me lancer à corps perdu dans une retraite que je ne souhaitais pas, mais le métier est dur et il faut savoir s’arrêter un jour. Le monde est ce qu’il est. Il y aura toujours des cocus. Il y aura toujours des détectives pour suivre leurs femmes. Il y aura toujours des photos pertinentes et des photos perdues. Des mises au point. Un peu comme celle-ci.

30 mai 2016

Le chat va sortir…

couver-Chat-600Comme vous le savez sûrement,  « Le Chat immobile » sortira le mardi 21 Juin chez Nat’s Edition.
Et j’en suis ravi.
A ce propos, mon éditrice me demande de combien d’exemplaires je souhaite disposer pour les remettre en mains propres ou pour les envoyer à ceux qui souhaitent une dédicace de ma petite main…
Si vous en souhaitez un exemplaire (ou plusieurs), merci de vous connecter sur la page de précommande et de remplir le formulaire contenu.
Cela me permettra d’avoir une idée sur le nombre d’exemplaires à commander..
Je compte sur vous. (même si vous me l’avez déjà dit de vive voix, même si on a déjà parlé ensemble, même hier ou ce matin…)
Merci  et bonne journée.

 

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4 février 2016

A la place de tes yeux

papeImage représentative de la vie actuelle
Ne regarde pas devant la vie qui t’attend.
Regarde derrière, regarde l’écran.
Ne regarde pas la vie qui passe
Mais un instantané du moment.
Civilisation de soi
Selfi-lisation du moi.
Un poteau entre lui et toi ?
Pas grave, toi on te verra !
Tu vas en faire quoi de ce cliché ?
Ta nouvelle photo de profil
Pour Facebook Instagram ou Twitter ?
Peut-être qu’on te demandera
Qui c’est le mec en blanc derrière toi…
Et toi, tu es venue, tu as attendu
Longtemps, longtemps
Et quand le pape est passé…
Tu ne l’as même pas regardé !

La vie, c’est ce qui se passe sans toi pendant que tu regardes ton téléphone..

31 janvier 2016

Une arme ?

pointDamien est heureux. Après quatre mois d’attente, il prend enfin possession de sa commande. Tous ses amis avaient déjà la leur. Il n’y avait plus que lui. A son âge, chacun a son arme. Son arme personnelle. Il ne comprenait pas pourquoi lui, malgré l’autorisation de la préfecture, n’avait toujours pas sa machine à tuer.

La société a évolué. Chacun a la sienne aujourd’hui. Et Damien a promis qu’il ferait attention. Qu’il la bichonnerait, qu’il la nettoierait, la graisserait, la ferait briller.

Il sait qu’avec elle, il va être le roi, le boss, le champion. Ah, les copains vont l’envier ! Elle fera désormais partie de lui. Même pour aller juste à côté de chez lui, il la prendra, ne pourra plus s’en passer.

Et puis avec une arme pareille, les filles tomberont, c’est certain. Ça vous change un homme un bijou pareil.

Non, ne vous y méprenez pas, Damien n’est pas un tueur, loin de là.

Et puis, il espère bien que sa voiture ne tuera pas, ne tuera jamais.

Mais ça peut arriver. Personne n’est à l’abri.

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