septembre 11

Juste une mise au point.

C’est lundi, c’est Bricabook… une image, quelques mots. Merci à Leiloona et à son site de nous offrir ce bonheur hebdomadaire !!
Bonne lecture à vous tous. Et n’oubliez pas d’aller lire les textes des autres.


© Romaric Cazaux

C’est marrant que je retrouve cette photo ce soir, au fond d’un tiroir. C’est moi qui l’ai prise cette photo…

Mais laissez-moi me présenter. Peut-être un jour avez-vous eu affaire à moi. Je m’appelle Georges Lebrac et j‘étais détective privé. 27 rue des mouettes. Vers le port.

Mon pain quotidien, c’était les cocus. Essentiellement. Filatures en tous genres, planques devant les hôtels bon marchés ou les restaurants de bord de mer la plupart du temps. Des heures dans ma bagnole à bouffer des sandwiches et des barquettes de carottes râpées, à fumer clope sur clope, à écouter Philippe Bouvard et les Grosses têtes, à voir le temps passer sur ma montre à 15 euros. Le tout en essayant de se faire voir le moins possible. La discrétion, c’est notre maître mot à nous, les Sherlock Holmes, Les Nestor Burma, les Mike Hammer.

Il y a une dizaine d’années, alors que je fais un peu de paperasse dans mon bureau – il faut bien en faire de temps en temps – un type sonne. En général, j’aime pas trop qu’on se pointe directement chez moi sans passer par un rendez-vous. Au moins téléphonique. Parce qu’il faut vous dire que je bosse chez moi ; pas d’agence, pas de secrétaire. C’est bon pour la télé les Miss Moneypenny et autres blondasses au cerveau rachitique. Donc, un type se pointe et me sert le couplet habituel. Il n’a pas voulu me dire son nom, appelons-le Monsieur F. Sa femme s’absente de plus en plus de chez eux. Des fois, elle sent le tabac quand elle revient. Elle donne des excuses bidon, part faire des courses à pas d’heure, il lui arrive même de recevoir des coups de téléphone bizarre et elle a l’air un peu gênée quand elle revient. Il me paie à l’avance une petite centaine d’euros, me promet beaucoup plus lorsque je lui aurai donné l’identité de l’amant, si amant il y a.

Le lundi suivant, je me place donc au bas de l’immeuble de Madame F. Une femme d’une trentaine d’années, plutôt bien de sa personne comme on dit. Elle porte un pantalon blanc et un petit haut à bretelles rouge. A son cou, un léger collier portant une perle noire. Montre, bracelet assorti au collier. Une paire de lunettes d’écailles pour tenir ses cheveux. Je suis trop loin pour m’en rendre compte, mais je suis certain qu’en plus, elle sent bon. Dans notre métier, il faut avoir l’œil. Et vite. Le moindre petit détail peut être d’une importance capitale. Elle part à pied. Je la laisse prendre quelques mètres d’avance et je descends de la voiture pour la prendre en chasse. Elle s’engage à pied dans la rue du Maréchal Foch, longe l’ancien marché, tourne à gauche dans la rue de la mer et se dirige vers le port de plaisance. Elle marche d’un bon pas jouant avec le parapluie qu’elle tient dans sa main gauche. Etrange d’ailleurs la présence de ce parapluie puisqu’il fait grand soleil et que la météo n’est pas particulièrement alarmiste. Elle a la santé et visiblement la joie au cœur. Je prends quelques photos, un peu au pif.

Elle s’arrête devant une boutique de mode dont le nom m’amuse car il est caractéristique de notre région : « La pluie et le beau temps ». Elle s’immobilise devant la vitrine et fait mine de s’intéresser aux jupes, blouses, sandales et chaussures en exposition. Pendant ce temps, appuyé à un poteau électrique, je fais la mise au point de mon appareil photo. Bonne vitesse, bonne ouverture, bonne focale pour que les clichés soient de bonne qualité et que je mérite les deux ou trois cents euros que le cocu me versera. Juste à côté de ce magasin, un homme fume dans l’entrebâillement d’une porte. Il semble discuter avec une femme assise sur un banc. Peut-être une amie, ou sa femme, ou sa sœur, ou sa cousine. Peut-être une passante, juste assise une minute pour se reposer. Je n’en sais rien du tout. Comme la distance est la même, je fais la mise au point sur la femme. Je shoote un peu au hasard. Une dizaine de fois, le doigt laissé sur le déclencheur.

Quelques minutes plus tard, un homme d’une quarantaine d’années apparait dans la porte de la boutique. Il prend discrètement Madame F.  par la main, l’attire vers lui tout en la tirant vers l’intérieur de la pièce. Il attend qu’ils soient entrés pour la prendre dans ses bras et l’embrasser. Les deux voisins n’ont rien vu, mais moi j’étais aux premières loges. Je n’en espérais pas tant. La mise au point étant parfaite, j’ai shooté une douzaine de clichés. Le mari sera content. Il en aura pour ses sous ! Et moi, je n’aurai pas volé les miens.

C’est marrant que je retombe sur cette photo ce soir, alors que je referme à jamais les cartons de ma vie professionnelle pour me lancer à corps perdu dans une retraite que je ne souhaitais pas, mais le métier est dur et il faut savoir s’arrêter un jour. Le monde est ce qu’il est. Il y aura toujours des cocus. Il y aura toujours des détectives pour suivre leurs femmes. Il y aura toujours des photos pertinentes et des photos perdues. Des mises au point. Un peu comme celle-ci.

mai 30

Le chat va sortir…

couver-Chat-600Comme vous le savez sûrement,  « Le Chat immobile » sortira le mardi 21 Juin chez Nat’s Edition.
Et j’en suis ravi.
A ce propos, mon éditrice me demande de combien d’exemplaires je souhaite disposer pour les remettre en mains propres ou pour les envoyer à ceux qui souhaitent une dédicace de ma petite main…
Si vous en souhaitez un exemplaire (ou plusieurs), merci de vous connecter sur la page de précommande et de remplir le formulaire contenu.
Cela me permettra d’avoir une idée sur le nombre d’exemplaires à commander..
Je compte sur vous. (même si vous me l’avez déjà dit de vive voix, même si on a déjà parlé ensemble, même hier ou ce matin…)
Merci  et bonne journée.

 

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février 4

A la place de tes yeux

papeImage représentative de la vie actuelle
Ne regarde pas devant la vie qui t’attend.
Regarde derrière, regarde l’écran.
Ne regarde pas la vie qui passe
Mais un instantané du moment.
Civilisation de soi
Selfi-lisation du moi.
Un poteau entre lui et toi ?
Pas grave, toi on te verra !
Tu vas en faire quoi de ce cliché ?
Ta nouvelle photo de profil
Pour Facebook Instagram ou Twitter ?
Peut-être qu’on te demandera
Qui c’est le mec en blanc derrière toi…
Et toi, tu es venue, tu as attendu
Longtemps, longtemps
Et quand le pape est passé…
Tu ne l’as même pas regardé !

La vie, c’est ce qui se passe sans toi pendant que tu regardes ton téléphone..

janvier 31

Une arme ?

pointDamien est heureux. Après quatre mois d’attente, il prend enfin possession de sa commande. Tous ses amis avaient déjà la leur. Il n’y avait plus que lui. A son âge, chacun a son arme. Son arme personnelle. Il ne comprenait pas pourquoi lui, malgré l’autorisation de la préfecture, n’avait toujours pas sa machine à tuer.

La société a évolué. Chacun a la sienne aujourd’hui. Et Damien a promis qu’il ferait attention. Qu’il la bichonnerait, qu’il la nettoierait, la graisserait, la ferait briller.

Il sait qu’avec elle, il va être le roi, le boss, le champion. Ah, les copains vont l’envier ! Elle fera désormais partie de lui. Même pour aller juste à côté de chez lui, il la prendra, ne pourra plus s’en passer.

Et puis avec une arme pareille, les filles tomberont, c’est certain. Ça vous change un homme un bijou pareil.

Non, ne vous y méprenez pas, Damien n’est pas un tueur, loin de là.

Et puis, il espère bien que sa voiture ne tuera pas, ne tuera jamais.

Mais ça peut arriver. Personne n’est à l’abri.

1000 caractères

janvier 28

L’Ankou et le béton (2)

ankouQuand j’étais petite fille, je passais mes vacances en Bretagne. Là, nous descendions sur une petite plage escarpée nommée Gwin Zegal (le froment et le seigle). Sur le sable fin se dressaient (et se dressent toujours) trente fiers poteaux de bois qui accueillent en été les bateaux des plaisanciers pour un mouillage provisoire. Un port en pleine mer quasiment.

Une légende raconte qu’au moyen âge, on attachait, à marée basse, les condamnés à mort à ces poteaux. Et qu’on laissait la mer monter.

Doucement. Lentement.

Inexorablement.

Rien ne peut empêcher la mer de monter. Aucune force naturelle ou surnaturelle ne pouvait venir au secours de ces condamnés. Ils voyaient leur trépas venir. Celui qu’ils appelaient l’Ankou.

Et il venait.

Toujours.

Doucement. Lentement.

Inexorablement.

Elle n’a rien vu venir. Elle est tombée dans tous les pièges que je lui ai tendus. Tellement persuadée que c’était lui qui l’attirait.

Depuis longtemps, j’avais des doutes, des gros doutes. Il avait changé. Son comportement, ses mots, ses mains, ses attitudes. Et naïf, il laissait trainer son portable, considérant sûrement que j’étais trop conne pour aller voir dedans. Il n’effaçait rien. Aucun message. Aucune trace d’appel. C’est terrible ce qu’un téléphone peut contenir d’intimité, de secrets et d’improbable. D’incroyable, au sens premier du terme. J’ai tout lu, presque en direct. Des conversations entières, des centaines de SMS. Des mots d’amour, des mots d’humour, des rendez-vous, des  « j’ai aimé », des « j’aimerai ».

Des « je t’aime ». Ceux qui m’étaient destinés normalement.

« Je t’aime. Mon amour pour toi est aussi dur, aussi solide et aussi fort que le béton. »

Que le béton…

Ah elle en veut du béton cette conne. Elle va en avoir, je te jure…

© JM Bassetti. Saint Aubin le 28 janvier 2016. reproduction interdite sans l’accord de l’auteur

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