avril 12

Chanson pénible

josephine« Je ne supporte plus cette musique, elle me sort par les yeux !
L’artiste fait les cent pas dans la maison de Roquebrune.
– Mais pourtant, c’est ton hymne, ta musique. Dès qu’on l’entend, on pense à toi, immédiatement, comme « Prosper youp la boum » pour Maurice ou « La mer » pour Charles !
– Tu parles, Charles ! Mais tu ne te rends pas compte, c’est en permanence ! Dès que des gens me reconnaissent, dès que j’entre dans une boutique, dans un restaurant, dans un cabaret, hop, il y a toujours quelqu’un pour me rappeler que j’ai chanté ça. Je le sais bien que je l’ai chanté et que je le chante toujours.
– Il y a des associations obligatoires, que veux-tu, ton nom est intimement lié à cette musique. Ça devrait te rendre fière !
– Fière ? Ah non alors. Je m’en rends bien compte maintenant, des paroles cucul au possible, une musique sucrée qui dégouline de bons sentiments. Des arrangements impossibles à écouter, des caricatures en veux-tu en voilà. Tiens, pour te dire, je préfère ce qu’en a fait la réclame à l’originale !
– Tu exagères, Joséphine, tu exagères toujours ! Tu as toujours été excessive. Je suis sûr qu’au fond de toi, tu tires une certaine fierté de ça !
– Tu parles, même quand je serai morte, tout le monde se foutra de ma gueule. La belle black avec les seins nus et des bananes autour de la taille. Je ne peux pas compter combien de fois j’ai chanté ou entendu cette merde de chanson… Deux cent mille fois ? Trois cent mille ? Même quand j’essaie de chanter autre chose, tout ce que les gens attendent, c’est « Ma savane est belle, mais à quoi bon le nier, ce qui m’ensorcelle, c’est Paris, Paris tout entier ! »
– Allez, arrête de te faire du mal, Joséphine. Oublie tout ça. Oublie la chanson. Ce qui est important, c’est que tu saches que je t’aime. N’est-ce pas là le plus important pour toi ?
– Si, bien sûr, mon cœur. Mais, tu sais bien que….
– Que quoi Joséphine ?
– Que…. J’ai deux amours, mon pays et Paris, pour eux toujours, mon cœur est ravi…. »
(Joséphine Baker, l’inoubliable interprète de « J’ai deux amours » est décédée à Paris le 12 Avril 1975.)

© JM Bassetti 12/04/2013. Tous droits réservés.

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Ecrit 12 avril 2013 par Amor-Fati dans la catégorie "Fiction", "Histoire réécrite", "Hommage

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