février 13

Choisir un nouveau modèle

Thème proposé par l’atelier « mythologie automobile ».

Quelle est la représentation des voitures d’aujourd’hui ? Elle constitue parfois une façon de s’élever socialement (vitrine sociale), un objet utilitaire, une nouvelle liberté ou même juste un besoin à combler. Où vous placez-vous dans cette vision ?

 Imaginez la réaction de votre personnage qui vient de s’acheter une nouvelle voiture. Il peut s’agir d’un choix ou d’une obligation. La raison de cet achat va probablement avoir des répercussions sur le choix du modèle ainsi que sur le comportement du nouvel acquéreur (suffisance, vantardise, …, voire déception ou même colère) ou sur son entourage (jalousie, lassitude, .., voire moquerie ou pitié).

Dans un texte de 1500 mots, exprimez l’image que représente cette voiture pour votre personnage et son entourage.

 

voitureElle est là. Dans la vitrine de la concession. Et moi, je suis dehors, sur le trottoir et je regarde. Depuis des mois, j’ai suivi dans les journaux spécialisés les essais de ce nouveau modèle. J‘ai regardé tous les reportages, suivi tous les articles, une chose est sûre et certaine : c’est bien celle-là qu’il me faut.

Pourtant, le secret a été bien gardé. Depuis vendredi soir, les gens du magasin ont installé des couvertures devant la vitrine de façon à ce que le joyau soit exposé au mieux, qu’elle prenne bien la lumière, que pas une tache ne vienne percuter la vue de l’éventuel client.

Elle est là. Elle est belle. Toute rouge. Toute neuve. Toute étincelante. J’entre.

« Bonjour, dis-je timide, je viens pour le modèle en vitrine.

–        Bonjour. Laquelle ? La bleue ?

–        Non, la rouge à côté.

–        Ah je vois, elle vient juste d’arriver.

–        Je sais, j’attendais sa sortie.

–        C’est aujourd’hui le premier jour où nos l’exposons.

–        Je sais aussi, vous savez, je suis l’actualité de près.

–        Vous êtes une spécialiste…

–        Plus ou moins, en effet. Disons que je m’y connais un peu.

–        Je vais vous montrer ça. Vous comptez l’essayer ?

–        Pourquoi pas. Nous verrons tout à l’heure.

Le vendeur s’approche de la vitrine et retourne l’étiquette. Mais à mon avis, c’est bien inutile, tant pour lui que pour moi. Tous deux nous connaissons par cœur les caractéristiques du modèle. Les essais à la télévision ont été nombreux. Tant sur route qu’en ville. La consommation m’intéresse surtout et c’est sur ce point que porte notre conversation. Partout dans les journaux, à la télévision, j’entends dire qu’elle est très peu économique en ville. Qu’elle a tendance à s’arrêter un peu partout et que son prix d’utilisation est bien plus élevé en mode citadine.

–        Ah, c’est que c’est un modèle de luxe, insiste le vendeur. Quand on s’offre un tel bijou, il est vrai que l’on doit avoir une carte bleue bien pourvue. Vous n’avez pas choisi un modèle bas de gamme, je suppose que vous le savez.

–        Bien sûr, mais que voulez-vous. J’aime le luxe.

–        Alors vous allez en avoir pour votre argent… si j’ose dire ! Excusez-moi ce trait d’humour.

–        Et pour partir en vacances ? La montagne, la mer ?

–        Aucun problème, elle aime tout. »

Le prix m’inquiète quand même un peu. D’une part le prix d’achat est élevé, par rapport à des modèles équivalents, mais de marque moins prestigieuse. Et puis, l’entretien. Il faut y penser aussi quand on fait un tel achat. Après, on ne peut pas la laisser à la maison. Il faut sortir, la montrer à ses amis. Des fois même, ils vous demandent de l’essayer, de faire un tour avec. « Tu me la passes, juste pour une soirée, je te la rends demain matin… Je te promets d’y faire attention. » On est sympa, on se laisse faire, et puis voilà, on vous la rend abîmée, avec des bosses, des éraflures. Il faut faire des travaux d’entretien, changer des pièces défaillantes. C’est une sacrée rente l’air de rien !

– Vous savez, j’en ai eu beaucoup, dis-je au vendeur. J’ai des kilomètres au compteur comme on dit.

– Je ne me permettrais pas.

– Si si, c’est moi qui vous le dis. J’en ai eu des longues, des basses, des  petites, des nerveuses, des intéressées, des violentes même. Maintenant, je ne suis plus de prime jeunesse, j’ai envie d’être tranquille, d’avoir un modèle calme et confortable, aussi bien en ville qu’à la campagne. J’ai envie que nous fassions un joli couple elle et moi, que les gens nous regardent avec envie, se retournent sur notre passage et disent que nous allons bien ensemble, vous comprenez ?

– Oui oui, parfaitement, je comprends bien.

– Ecoutez, je ne peux pas prendre une décision comme ça, sans trop réfléchir. Il faut que je rentre, que j’y pense, que j’en discute avec des amies des collègues.

– Comme vous voulez, c’est la moindre des choses. Sachez quand même si cela peut vous aider à prendre une décision, que nous sommes prêts à vous consentir un rabais de 5% environ.

– Vous êtes très commerçant, je vous remercie. Et si je la veux en bleu ?

– Aucun problème, mais il y aura un délai de livraison un peu plus long.

– Merci beaucoup. Je repasse demain dans l’après-midi.

– Je serai là. Tenez, je vous laisse ma carte.

– Merci. A demain.»

Je sors. Je me plante à nouveau devant la vitrine. Ce qu’elle est belle quand même. Bien coiffée, une robe visiblement bien repassée, bien coupée. Elle a fière allure. Bon, je n’aime pas trop le sac à main, mais je le ferai changer plus tard. Les chaussures noires sont d’un bel effet. Une bague un peu clinquante à la main droite. Et puis surtout, une alliance. Une femme mariée. C’est vraiment plus pèpère qu’une bimbo de vingt ans qui va m’emmener partout et me faire rouler au petit matin, à moitié ivre  sur des routes escarpées.

Quand on est une voiture « mûre » comme moi, on est en droit d’attendre une conductrice de qualité pour finir sa carrière, quitte à y mettre le prix.

® JM Bassetti A Ver sur mer le 13 Janvier 2014 Tous droits réservés

© Amor-Fati 13 février 2014 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


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Ecrit 13 février 2014 par Amor-Fati dans la catégorie "Atelier d'écriture

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