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Christophe, l’éternel voyageur

colombLe 20 mai 1506, Christophe s’installa à Valladolid. Une petite ville espagnole comme il les aimait. Il avait obtenu un logement au couvent de l’Observance, près des frères franciscains. Il pouvait s’y reposer tranquillement, laissant doucement couler le temps sans se faire de soucis. Mais Valladolid avait un gros, un immense inconvénient, majeur pour lui : il n’y avait pas la mer. Elle en était même très éloignée. Lui qui avait passé sa vie sur toutes les mers du monde s’ennuyait ferme. L’air était sec, les oiseaux qui passaient étaient des oiseaux terrestres. Pas une mouette, pas un fou-de-bassan, pas un cormoran. Uniquement des pinsons, des alouettes ou des moineaux. Des oiseaux sans personnalité.

Il resta sept ans à Valladolid. Sept longues années sans réel plaisir.

En 1513, soit sept ans après son installation, sa belle-fille Marie de Tolède, nièce du roi d’Espagne décida de le faire venir à Séville, la ville qu’il aimait plus que tout en Espagne. Il y avait des amis, des proches. Le temps passerait plus vite ici.

Il se plut beaucoup en Andalousie. Beaucoup plus que dans le nord de l’Espagne. Certes la ville n’était pas non plus baignée par la mer, mais elle en était moins loin. Il la sentait parfois, dans une tempête, dans un grain soudain, dans un de ces caprices de la météo que l’Espagne avait régulièrement. De temps en temps, un oiseau marin perdu passait au-dessus de la Giralda et cela le satisfaisait.

En 1526, il eut la surprise de voir son fils venir habiter avec lui au monastère de Santa Maria de las Cuevas, là où il logeait depuis déjà treize ans. Diego à ses côtés, il se sentait moins seul.

Il resta ainsi dix longues années auprès de son fils. Le temps filait tranquillement le long du Guadalquivir. Il prenait ses habitudes. Il pouvait, à son âge ! Séville était une belle ville, riche en architecture, mais ce n’était pas là qu’il voulait habiter, tout le monde le savait. Ce qu’il voulait, c’était la mer. Une maîtresse de toute une vie dont on a du mal à se passer lorsqu’on est, comme lui, marin au plus profond de son âme.

Ce n’est qu’en 1536 qu’on lui donna  enfin satisfaction. Enfin il était écouté ! Enfin il ne parlait pas dans le vide.

On le fit monter à bord d’un bateau. Et il traversa l’océan. Ce qu’il aimait ça ! Il pouvait enfin profiter du bruit de la mer, des oiseaux qu’il aimait tant et de l’air vivifiant. Le voyage dura plusieurs semaines. Quel plaisir ! Et au bout de cette longue traversée, il allait retrouver les siens, ses anciens compagnons d’aventure qu’il n’avait pas vus depuis bientôt trente ans. Ils en auraient des choses à se raconter.

Saint Domingue, baignée par l’Atlantique. Il y était arrivé plus de quarante années plus tôt et avait été le maître des lieux. Il était juste que ce fût là qu’il se repose maintenant.

Et pour se reposer, il s’y reposa. Longuement. Plus de deux cent cinquante ans.

Un matin de juillet 1795, alors qu’il regardait la mer comme à son habitude, on vint le prévenir

que l’île avait été offerte à la France et que par conséquent, il n’était plus le bienvenu dans cette terre devenue maintenant étrangère.

On l’obligea à déménager à nouveau.

« D’accord, dit-il, mais dans un endroit baigné par l’océan. Je ne pourrais plus m’en passer, vous le savez.

– A vos ordres, Amiral, lui répondit-on, nous allons trouver un endroit qui vous convienne. » L’amiral Don Gabriel de Aristagabal s’occupa de de tout et on le transféra à Cuba. Il prit pour cela deux bateaux. D’abord La découverte, navire français, puis le San Lorenzo rattaché à la couronne espagnole. Il arriva à la Havane en décembre, six mois après l’annonce de son déménagement.

Le voya

ge avait été fort agréable, mais fatigant. C’est qu’il n’avait plus vingt ans, le fringant Amiral qui avait fait la gloire de l’Espagne et de sa belle souveraine Isabelle. Il aspirait maintenant à un peu de tranquillité après tous ces déménagements.

Il resta un peu plus d’un siècle à La Havane. Cent quatre ans exactement. Jusqu’en 1899, année où Cuba proclama son indépendance. Lui, le plus grand amiral que la Terre eût porté était attaché à l’Espagne et il n’avait rien à faire dans une île indépendante.

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Le tombeau de Séville

Il demanda donc de retourner à Séville.

On lui donna satisfaction et on l’installa derrière le maître autel de la cathédrale, aux côtés de son autre fils Hernando.

Il y est toujours, parait-il. Et je peux en témoigner. L’an dernier, j’ai vu de mes propres yeux le monument qui porte son nom.

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Mais la République Dominicaine n’est pas de mon avis. Pour elle, il habite toujours à Saint Domingue qu’il n’aurait jamais quitté. En 1992, elle a même construit un mausolée pour abriter ses vieux jours. Un phare qui porte son nom.

En 2003, soit près de cinq cents ans après sa mise à la retraite, on lui fit passer un examen médical. On appelle ça un test ADN. Et il été démontré que c’était bien lui qui était à Séville. Mais seule

ment sur quinze pour cent de son corps. Où est le reste ? Certainement à Saint Domingue !!

Voilà l’histoire d’un homme qui a voyagé toute sa vie, qui a découvert de nouvelles terres, qui a été le héros de tout un pays, l’histoire d’un homme dont le nom est connu du monde entier et qui a passé sa mort à voyager, encore et toujours.

Tiraillé entre l’Espagne sa patrie de cœur, et les îles des Caraïbes, le pays dont il avait été le vice-roi, il n’a pas pu choisir où reposer. C’est sûrement pour cette raison qu’il repose aux deux endroits. Le don d’ubiquité n’existe pas ? Pour le commun des mortels, non. Mais pour Christophe Colomb, on peut sincèrement se poser la question.

(Christophe Colomb est mort le 20 mai 1506 à Valladolid. Les différentes pérégrinations de son corps décrites ci-dessus sont réelles, je n’ai rien inventé !)

© JM Bassetti. 20 Mai 2013. Tous droits réservés.

 

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Ecrit 20 mai 2013 par Amor-Fati dans la catégorie "Non classé

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