mars 21

Clap de fin

patricia«  James Bond n’a qu’à bien se tenir !!

Pierre Zimmer, dont c’est seulement le second film en tant que réalisateur, est debout sur la table, le verre à la main. Autour de lui, toute l’équipe du film est réunie : Jean-Claude Bercq, le héros, à la fois judoka et agent secret, qui a réussi à déjouer les pièges des espions de tous bords est en grande discussion avec  Marilù Tolo, ex-James Bond  Girl, véritable bombe brune italienne qui tient le rôle principal féminin, celui de Vanessa. Son regard indiscret plonge allègrement dans le décolleté de la starlette. Un peu plus loin, un autre groupe formé des seconds rôles lève son verre en direction du metteur en scène. Il y a là Patricia Viterbo, Mikael Lonsdale et Perette Pradier. Un peu à l’écart, ne se mêlant pas aux acteurs, les techniciens et machinistes discutent entre eux. On y trouve l’ingénieur  du son, les cameramen, quelques preneurs de son et la script. C’est étonnant comme les catégories sociales ne se mélangent pas. La faute à qui ?

L’alcool commence à faire son effet et les participants à cette « party » parlent fort et rient de bon cœur.

– Mes amis, continue Pierrre Zimmer, nous venons de donner le dernier tour de manivelle du premier opus d’une longue série.

Les participants applaudissent et crient.

– « Le Judoka agent secret » va bientôt devenir aussi célèbre que l’ignoble 007 de sa Majesté.

Nouveaux hurlements pour le Judoka, sifflements et hués pour James.

– Je vous donne rendez-vous l’an prochain pour le second épisode que je suis déjà en train d’écrire avec Jacques et Ernie.

Toute l’équipe du film applaudit de bon cœur et pousse des Hourra qui retentissent dans le studio où traîne encore tout le matériel. Demain, il faudra commencer à ranger.

– Maintenant, buvons et mangeons à la santé du Judoka. Pour le Judoka, hip hip hip…

– Hourra !!!

– Hip Hip Hip …

– Hourra !!!

Le verre à la main, Patricia s’éloigne discrètement du groupe des seconds rôles et se dirige vers l’équipe technique. L’ambiance est bonne, les verres sont pleins et la discussion va bon train.

– Philippe ? se hasarde-t-elle.

Pas de réponse.

– Philippe ? insiste Patricia.

Philippe, jeune preneur de son de vingt-six ans tourne la tête en direction de l’actrice.

– Oui ?

– Tu peux venir une minute s’il te plait ?

– Oui, tout de suite.

Philippe est obligé de parler fort pour que sa voix passe par-dessus le brouhaha général de la salle. Il fait quelques pas vers la gauche et sort du groupe.

– Philippe, tu peux venir ? J’ai quelque chose à te dire.

La jeune actrice, blonde platine, poitrine avantageuse et maquillage peu discret saisit le jeune homme par le bras et l’attire à l’écart.

– Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce qui te prend ?

– Voilà, Philippe, je voudrais te dire quelque chose d’important.

– Quoi ? Tu m’inquiètes avec tes secrets.

– Je voulais te remercier encore pour ce que tu as fait au mois de novembre.

– Au mois de novembre ? Mais quoi donc ?

– Ne me dis pas que tu ne t’en souviens pas.

– Ah oui, pour la voiture ? Mais c’était la moindre des choses, enfin, Patricia. Et puis il n’y avait pas vraiment de danger il me semble.

– Quand la voiture a démarré pendant la prise de vue, j’ai eu la peur de ma vie, je t’assure.

– Oui, je me doute, Pierrot n’avait pas serré le frein à main. Quel con celui-là !

– Et quand je me suis retrouvée dans la Seine, je me suis crue perdue.

– Oui, mais Zorro était là ! se rengorge Philippe.

– Oui, et c’est pour ça que je voulais te remercier encore ce soir. Quand j’ai senti tes bras me saisir, j’ai compris que j’allais réussir à sortir. Tu as été vraiment fort et costaud ce jour-là pour me ramener au bord.

– Oh ! je n’ai pas fait grand-chose, Patricia, je t’ai juste aidée. Tu t’en serais sortie toute seule. Une bonne nageuse comme toi !

– Hé bien non, justement !

– Non quoi ?

– Je ne suis pas une bonne nageuse, Philippe, je suis même un fer à repasser, je ne sais pas nager, et dans l’eau, je panique.

– Tu m’avais pourtant dit que tu étais une championne…

– Que pouvais-je dire d’autre ? Non, Philippe, je ne sais pas nager. Du tout. Ce jeudi-là, tu m’as tout simplement sauvé la vie. Et ce soir, je tenais à t’en remercier, du fond du cœur.

– Ah ben ça alors, bredouille Philippe. Je suis un héros et je ne le savais pas !

Le jeune homme plaisante, mais vient de se rendre compte de ce qu’il a fait. Au moment où il a sauté dans l’eau glacée de la Seine, il pensait vraiment que Patricia était une bonne nageuse et qu’il ne faisait que l’aider. Savoir maintenant qu’il lui a sauvé la vie est difficile à intégrer. Il pose sa main sur l’épaule de la jeune fille.

– Hé bien, tant mieux.  Mais c’est vraiment con quand même…

– Quoi ?

– Que tu ne saches pas nager. Tu fais quoi demain ?

– Rien de particulier, je souffle avant d’attaquer mon prochain film.

– Alors je passe te prendre à deux heures.

– Pour quoi faire ?

– Je t’emmène à la piscine !! Parce que sur ton prochain film, je ne serai pas là pour te sortir de la flotte !!! »

(Hélas, il n’y eut pas de Philippe ce jeudi 10 Novembre 1966. La voiture dans laquelle était filmée Patricia Viterbo dévala les quais de la Seine, percuta un pont et plongea dans le fleuve. La jeune actrice ne savait pas nager et elle mourut noyée. Elle avait 27 ans. Elle était née le 21 mars 1939. Patricia Viterbo avait été l’année précédente la compagne de Johnny Hallyday. Leur liaison avait failli compromettre le mariage Johnny-Sylvie. A noter que « Le Judoka agent secret » est le dernier film de Pierre Zimmer. Il n’en tourna jamais d’autres en tant que réalisateur. James Bond a pu continuer tranquillement sa carrière.)

© JM Bassetti 21 Mars 2013. Tous droits réservés.

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Ecrit 21 mars 2013 par Amor-Fati dans la catégorie "Fiction", "Hommage", "Uchronie

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