janvier 16

Droit à la maternité pour tous.

eliza-maria

Il est à peine six heures du matin. Le Docteur Marinescu arrive à la maternité de Giulesti à Bucarest. Sa patiente, Adriana Iliescu est déjà  là depuis  une heure environ.

Cette jeune maman, qui porte en elle deux bébés n’en sent plus qu’un. L’un des enfants ne bouge plus. Très inquiète, elle a appelé le médecin qui lui avait laissé son numéro de téléphone personnel.

« Vous êtes certaine ne de pas le sentir ?

– Oui, Docteur. Voici plusieurs heures que je ne perçois le mouvement que d’une seule de mes filles.

– Alors filez directement à la clinique. Je préviens immédiatement mon équipe qui va vous prendre en charge et faire les premiers examens le temps que j’arrive. S’il y a le moindre problème, nous déclencherons. Bon courage, à tout à l’heure. »

Arrivé dans son bureau, l’obstétricien convoque ses collègues qui ont examiné Madame Iliescu.

«  Comment va-t-elle ?

– Plutôt bien Docteur.

– Contractions ?

– Non, mais à l’auscultation, l’un des deux fœtus est mort. C’est certain. Elle est heureuse que l’un de ses bébés soit vivant. Elle vit cela comme une victoire. C’est une femme sensationnelle qui vit pleinement la naissance d’un enfant plutôt que la mort de l’autre.

– C’est déjà une bonne chose. Mais il faudra être vigilant après la naissance. Le contrecoup risque de venir plus tard.

Le gynécologue consulte le dossier de la patiente.

– Fécondation in vitro. Elle en est à sa 34ème semaine de grossesse. L’enfant restant  est viable. Préparez la salle.

Césarienne. Il n’y a pas le choix. Les assistants du médecin entrent immédiatement en salle d’opération.

Marinescu se prépare. Une césarienne pour commencer la journée. Et un enfant mort en plus. Mais c’est son travail. Ce n’est pas la première fois. Ni la dernière certainement.

L’intervention se passe bien. Même si elle ne pèse qu’1,4 Kilo à la naissance, la petite Eliza Maria se porte comme un charme. Elle a été placée dans un incubateur pour quelques semaines.

Quant à Adriana, elle est fatiguée, mais se remet doucement de l’opération qu’elle vient de subir. D’un œil déjà maternel, elle surveille son bébé dans la couveuse. Elle aimerait  prendre sa fille dans ses bras, mais elle sait que c’est impossible pour le moment. Trop tôt, beaucoup trop tôt.

Elle devra rester hospitalisée quelque temps. Elle tue le temps en dormant beaucoup, en lisant, en regardant un peu la télévision, mais pas très longtemps.

Ses amies du club de scrabble et du club des cheveux d’argent sont venues la visiter. Elle leur a montré son bébé, sa fille, celle qu’elle désirait depuis des années.

– Tu vas t’en occuper toi-même ? lui demande Mariana.

– Evidemment, qui veux-tu ? Qui est le mieux placer pour s’occuper d’un enfant que sa mère ?

– Tu ne crois pas que tu seras vite fatiguée ?

– Oh, on verra bien. Je n’ai pas fait tout ça pour baisser les bras maintenant.

– Et puis, c’est vrai que tu as tout ton temps pour t’occuper d’elle.

– Exactement. Je ne travaille plus. Pas besoin de nourrice, pas de crèche. Juste elle et moi. Nous allons être bien !

– Ca, pour sûr, ça va bien occuper ta retraite un petit bouchon comme ça, elle va vite prendre de la place.

– Allez, je suis encore jeune, et j’en ai vu d’autres. A 67 ans, je me sens comme une gamine !!!

Tout le monde rit.

– Nous, on file, lui disent ses amies en l’embrassant. Repose-toi bien.

– Je passerai te voir chez toi quand tu seras rentrée avec ta Eliza Maria, ajoute Mariana. D’accord ?

– Oui, quand tu veux.

Les amies de la parturiente se dirigent vers la porte.

– Mariana, appelle Adriana.

Mariana se retourne.

– Oui ?

– Quand tu viendras me voir, viens avec ton petit-fils, on pourra peut-être les marier !! »

 

(Le 16 janvier 2005, Adriana Iliescu, 67 ans, donne naissance à une petite fille prénommée Eliza Maria. La « jeune » maman avait commencé sa grossesse in vitro avec trois embryons. L’un des fœtus ne s’était pas développé au-delà de la neuvième semaine. Enceinte de jumeaux, Adriana Iliescu a perdu son deuxième bébé à la 34° semaine de grossesse. Le professeur Marinescu  a ordonné une césarienne. C’est Eliza Maria qu est en photo pour illustrer cet article.)

© JM Bassetti 16/01/2013.

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Ecrit 16 janvier 2013 par Amor-Fati dans la catégorie "Histoire réécrite", "Hommage

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