avril 13

Enfin, le voilà !

godotVladimir secoua son sexe et referma sa braguette consciencieusement, bouton par bouton, de bas en haut.
– Tu vois, tu pisses mieux quand je ne suis pas là, lui dit tristement Estragon en arrivant derrière lui.
– Tu me manquais, répondit Vladimir. Tu es là, je suis content.
– Mais on ne s’est quitté qu’hier soir !
– Ca m’a paru une éternité, Estragon.
– Hier, il n’est pas venu.
– Non, il n’est pas venu.
– On l’a attendu.
– Ca pour sûr qu’on l’a attendu.
– On a même vécu des aventures.
– Oh, des aventures, tu exagères !
– Si, quand même ! Lucky et Pozzo ont bien occupé notre journée.
– Oui, mais bon, de là à dire qu’on a vécu des aventures, faut pas pousser non plus.
– Tu crois qu’il va venir aujourd’hui ?
– Ben j’espère, le gamin nous l’a bien dit hier soir.
– Oui, il a été clair.
– Parce que j’ai pas envie de passer encore la journée à rien foutre.
– Il a dit quelle heure le môme ?
– Rien de particulier, il a dit « demain ».
– Bon.
– Quelle heure il est ?
– J’en sais rien, vers dix heures peut-être.
– Ecoute, si à midi il est pas là, moi je me barre.
– Moi je resterai jusqu’à ce soir.
– Tiens, puisqu’on en parle, regarde donc qui arrive…
– Tu crois que c’est lui ?
– Impossible de se tromper. Regarde sa démarche.
– Le pantalon ?
– Oui, c’est le sien, du moins je crois.
– Il a vieilli non ?
– Un peu peut-être. Il a l’air d’avoir maigri surtout.
– Ah, c’est les soucis. Quand on a des soucis, on mange moins et on maigrit.
– Ca lui fait pas de mal, il avait tendance à s’empâter ces derniers temps.
– Salut !! On pensait pas que tu allais arriver de si bonne heure, cria Estragon à l’adresse du nouvel arrivant.
– Je suis désolé les gars, répondit l’homme. Hier, j’ai pas pu, j’ai eu un empêchement. Je suis vraiment désolé.
– Oh, c’est pas grave, reprit Vladimir. L’essentiel, c’est que tu sois là ce matin.
– Je suis content que vous m’ayez attendu les gars, ça fait chaud au cœur. On va passer une sacrée bonne journée tous les trois !
– On va faire quoi ? osa Vladmir.
– Je sais pas trop, répondit Godot. Vous m’attendiez, je suis là. Maintenant, que la vie continue !!

(En attendant Godot est une pièce en deux actes écrite en 1948 par Samuel Beckett. Deux vagabonds, Vladimir et Estragon, se retrouvent sur scène, dans un non-lieu (« Route de campagne avec arbre ») à la tombée de la nuit pour attendre « Godot ». Cet homme — qui ne viendra jamais — leur a promis qu’il viendrait au rendez-vous ; sans qu’on sache précisément ce qu’il est censé leur apporter, il représente un espoir de changement. En l’attendant, les deux amis tentent de trouver des occupations, des « distractions » pour que le temps passe. Samuel Beckett est né le 13 avril 1906.)

© JM Bassetti 13/04/2013 Tous droits réservés.

 

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Ecrit 13 avril 2013 par Amor-Fati dans la catégorie "Histoire réécrite", "Hommage", "Uchronie

1 COMMENTS :

  1. By Loïc Le Dû on

    J’allais te demander si « Vous l’attendiez, je suis là. » était volontaire mais je vois que tu l’as rectifié. Mais j’aperçois à l’instant qu’il manque un « i » au Vladimir juste au-dessus de Godot. Si tu as besoin d’un correcteur en plus pour le tome 2, n’hésite pas à me demander.

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