avril 16

Intemporelle

Lorsque j’ai reçu la photo, mercredi, je l’ai longuement regardée, et qu’ai-je vu ? Ce que tout le monde a vu certainement… Une petite fille ROUSSE. C’est tellement évident. Alors, mon esprit de contradiction venant sur le dessus, je me suis dit: « C’est tellement gros, tellement évident, que je ne veux pas tomber dans le panneau de Fifi Brindacier. Tomber dans la facilité ». Et avant tout, sur cette photo, j’ai vu une petite fille couchée dans l’herbe qui regarde le ciel. Un point c’est tout.

Bonne lecture. Et n’oubliez pas d’aller lire les textes de mes ami(es). Tout est ici, sur la page de l’atelier de Leiloona.


© Matheus Ferreira

Qui es-tu, petite fille ?

Es-tu  Zoé, petite du vingt et unième siècle, passant ton temps sur les écrans, entre tablette, téléphone, télé et ordi ? Vas-tu à l’école à trottinette, avec tes copines Léa et Zélie, passant fièrement devant Léo et Noé en prenant des allures de midinette ? Enlèves-tu tes écouteurs lorsque tu parles à tes parents ? Ecoutes-tu déjà Skyrock et son flot de contenu qui ne t’est pas destiné ? As-tu détourné la loi pour ouvrir ta page Facebook et ton accès Snapshat ? Combien de photos y a-t-il sur ton téléphone ?

Es-tu Delphine, Frédérique ou Christine, jouant à la marelle ou à la balle dans la cour de l’école ? Ecoutes-tu Sheila ou Cloclo sur ton tourne-disque en rentrant dans ta chambre ? Combien de temps passes-tu à faire tes couettes ou ta queue de cheval le matin dans la salle de bains As-tu déjà été invitée à une boum dans le garage d’un de tes copains ? Ta sœur Martine y est déjà allée, elle. Elle a même dansé un slow avec Christophe, le fils des voisins. Il faut dire qu’elle a quatorze ans. As-tu commandé un appareil photo pour ta communion privée que tu feras en juin prochain ? Un instamatic Kodakavec des cubes flash…

Es-tu Bernadette, seule dans la campagne avec ta mère, tes deux sœurs et ton frère ? Cours-tu à la boite aux lettres le matin, en sabots de bois, pour aller chercher une éventuelle lettre de ton père, parti au front dans le Nord depuis deux ans déjà ? Tu as peur pour lui, loin de toi dans sa tranchée où il a faim, où il a froid. Es-tu déjà allée aider ta mère à traire les vaches ou vas-tu y aller avant de re rentrer faire la soupe ? Et, demain matin, quand tu partiras à l’école, pense bien à prendre ta bûche pour le poêle de la classe. C’est à ton tour. Jeanne et Marcel t’accompagneront depuis le calvaire jusqu’à la porte de la classe. C’est l’an prochain que tu passes le certificat d’étude. Songe que ta grand-mère a été première du canton à son époque.

Es-tu Mathilde, espérant que ton père reviendra de cette bataille vers laquelle l’Empereur Napoléon l’a entraîné, avec tous les hommes de ton village ? Es-tu Marie Françoise, comtesse de Rocbrune, promise au Duc de Champagne, de vingt ans ton aîné et qui viendra t’épouser à l’été prochain, après la moisson ? Es-tu Jehanne, fille du chevalier de la tour du Pin, attendant que son tour vienne dans le tournoi des Nèfles auquel il participe près du château fort de son oncle ? Ou es tu Marie, la fille de son écuyer ?

Es-tu petite gauloise, petite romaine ? Petite anglaise, irlandaise ou écossaise ? Qu’importe qui tu es. Tu es une petite fille de dix ans qui regarde le ciel, qui joue avec une herbe, qui croit que les fées existent, que les lutins font la fête la nuit quand tu dors. Une petite fille qui court, qui rit, qui danse. Qui pleure, qui aime la vie. Une petite fille qui aime de temps en temps se coucher dans l’herbe et regarder la poussière danser dans les rayons du soleil. Pour oublier ses problèmes, ses problèmes de petite fille. Pour avoir un coin de ciel bleu, un moment de calme et de silence rien qu’à toi.

Quelque soit le lieu, quelle que soit l’époque, tu es une petite fille. Comme toutes les petites filles. Intemporelle.

© Amor-Fati 16 avril 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


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Ecrit 16 avril 2018 par Amor-Fati dans la catégorie "Atelier d'écriture

14 COMMENTS :

  1. By Le Dû Loïc on

    Jolie photo, joli texte. Comment démarrer la semaine du bon pied ? Merci Jean-Marc.

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    1. By Amor-Fati (Auteur) on

      Merci Loïc de ce nouveau commentaire. Fidèle parmi les fidèles…

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  2. By Valerie on

    Un vrai régal ton texte. J’aime beaucoup. Une petite fille qui traverse le temps mais qui reste une petite fille qui elle soit, d’où qu’elle vienne. Merci.

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  3. By Amor-Fati (Auteur) on

    Voici quatre commentaires déposés sur la page de l’atelier (http://www.bricabook.fr/2018/04/i-nostri-antenati-uanadji-ecriture-301/) que je me suis permis d’insérer ici.

    J’adore ton texte… l’intemporalité de l’enfance… un grand bravo ! (Iza)

    Joli voyage dans le temps. (Tara)

    Du sein d’un vertige de destins possibles, de la superposition d’époques et de mœurs, émerge l’universalité sensible de l’enfance. (Fabrice Descamps)

    j’ai beaucoup aimé le tien. Tu as su t’appuyer sur cette jolie frimousse et la rendre intemporelle.(Valérie)

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  4. By Pierre on

    Oui, elle pourrait être de n’importe quelle époque, enfin…disons après l’âge de pierre. 🙂

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  5. By Valou on

    Merci pour ce doux moment de lecture, j’ai adoré le côté intemporel de cette petite fille. Finalement, on peut toutes se retrouver en elle.

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  6. By la fllibust on

    J’aime beaucoup l’idée de ton texte, de cette petite fille qui traverse le temps et les âges et est toujours une petite fille de passage sur terre, intemporelle.

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  7. By manuraanana on

    Bravo pour ce texte qui nous emmène sur ce chemin qui remonte le temps.
    J’aime particulièrement cette mise en regard des éléments « essentiels » à chaque époque et qui remis en perspective à l’aune des générations paraissent si futiles devant l’intemporalité de la Vie.

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