décembre 4

La jolie colonie de vacances (1)

Mon livre  » A chaque jour une histoire » plait beaucoup aux personnes que je rencontre lors des salons du livres auxquels je participe. C’est pourquoi j’ai décidé de publier, début 2019, le tome 2 de cette série, regroupant les mois de mars, avril et mai. Si mars est complet et qu’il ne manque qu’un texte en mai, avril est plein de trous. Il manque au moins une douzaine de jours. C’est pourquoi vous allez prochainement voir arriver un certain nombre de textes ayant un rapport avec le mois d’avril. Le denier (sous la lanterne) traitait du 4 avril, celui-ci relate des événements du 6 avril.

Comme d’habitude, vos commentaires sont les bienvenus. Bonne lecture.


Ma chère maman,

Ça y est, je suis bien arrivé à la colonie. Le voyage a été très long, mais tout s’est bien passé. Nous nous sommes arrêtés plusieurs fois pour manger et boire un peu. Sabine, la directrice était devant avec le chauffeur et ils regardaient souvent la carte. Nous avons pris des petites routes. Pour éviter les contrôles, je pense. Ça a marché puisque nous sommes arrivés sans jamais avoir été arrêtés.

Tu verrais comme c’est joli ici : une grande maison au pied de la montagne avec un immense jardin. Je n’ai pas compté, mais il y a au moins quinze pièces. Il y a une grande terrasse avec une superbe vue sur le fleuve. Edmond m’a dit que c’était le Rhône. Du moins c’est ce que j’ai compris. La Suisse n’est pas très loin, On verra bien. Il paraît qu’en été on se baigne dans le fleuve. Mais je ne sais pas si je serai encore là en juin. Je serai peut-être rentré à la maison. J’espère !

Je dors dans le grenier, sur un matelas posé par terre avec d’autres gars de mon âge. Parce que nous sommes des grands ! Les filles et les petits couchent dans des chambres au premier étage. Pour le moment, il fait froid, mais ne t’inquiète pas, nous avons assez de couvertures pour ne pas être gelés la nuit. Il n’y a pas de chauffage dans les chambres. Juste quelques petits poêles à bois dans la maison mais ça fait du bien. Chacun notre tour, nous aidons Emma ou Lucie à aller chercher de l’eau à la grande fontaine, dans la cour.

Chaque jour, nous allons à l’école évidemment. Notre maîtresse s’appelle Mademoiselle Perrier. Elle est très jeune et très jolie.   « La classe est jolie, il y a deux tablaux, il y a un poêl, des cartes de geographie, des image sur les mur, il y a 4 fenetres, je mamuse bien, Il y 15 buraux » ; « (…) en classe le matin on fait de l’ecriture du calcul. Lapré midi on fait une dictée ou un devoir de grammaire est quand on saie on aprent des leçon, une resitations, des verbes la table de 1 de 2 de 3 de 4 de 5 de 7 de 8 de 9 de dix. On fait des conpositions j’ai u 64 points edemi j’ai etait le troisième sur 8. » (2)

Nous sommes une bonne quarantaine d’enfants, des grands, des moins grands et des petits. Le plus jeune a quatre ans. Il s’appelle Albert et il est belge. Tu sais, ici, il y a des enfants qui viennent de plein de pays différents : des belges, des polonais, des autrichiens, des français évidemment et aussi beaucoup d’allemands.  On rigole bien, même si on ne comprend pas toujours bien ce qu’on se dit. « Pas besoin de parler pour faire des bêtises », dit Sabine !

Il parait qu’en été, on joue beaucoup dans la cour ou dans les champs et que les grands (comme moi) entretiennent un jardin pour avoir des légumes à manger. Pour le moment, il fait froid, on est beaucoup dans la classe. On apprend bien sûr, mais on dessine aussi beaucoup. Il y a des copains qui dessinent drôlement bien !

Des grands m’ont dit que l’été ils faisaient leur toilette dans la cour, à la grande fontaine et qu’ils s’éclaboussaient tout le temps. Pour le moment, on se débarbouille dans le couloir de l’entrée, dans des chaudrons d’eau chaude. Il paraît aussi qu’il y a un docteur qui passe de temps en temps voir ceux qui sont malades. Pour le moment, je ne l’ai pas encore vu. Je ne suis pas pressé !

Hier, c’était l’anniversaire de Claudine, une petite parisienne. Elle a eu cinq ans. Elle a soufflé ses cinq bougies devant tout le monde et on a applaudi et chanté « Bon anniversaire » en plusieurs langues !

Voilà, ma petite maman, tu vois, tu n’as pas à t’inquiéter, je vais très bien. Ici c’est presque le paradis. Sabine et Miron sont vraiment très gentils et j’ai hâte qu’il fasse beau pour qu’on sorte un peu.

Comment vas-tu ? J’espère que tu vas bien ainsi que Papi et Mamie. Avez-vous des nouvelles de papa ? J’espère qu’il reviendra vite à la maison et reprendra son travail.

Je t’embrasse très très fort. Je t’écrirai encore une grande lettre bientôt pour te raconter ce que nous faisons dans cette grande maison.

Ton fils qui t’aime.


Ils avaient de 4 à 16 ans. Il y avait 44 enfants juifs dans la maison d’Izieu le 6 Avril 1944 lorsque la Gestapo aux ordres de Klaus Barbie a fait irruption au moment du petit déjeuner. Il y avait également 7 adultes. Tous ont été déportés. Tous sont morts, pour 42 d’entre eux gazés à leur arrivée dans le camp de Auschwitz. Aucun n’a survécu.

Miron Zlatin, directeur du centre, a été fusillé à Tallinn en juillet 1944.

Sabine Zlatin, sa femme, surnommée la Dame d’Izieu était absente au moment de la rafle. Elle a survécu. Elle est décédée en 1996 après avoir vu la Maison d’Izieu devenir « le Mémorial des enfants d’Izieu », inauguré par le Président Mitterrand en 1994.

Le site http://www.memorializieu.eu est le site officiel du Mémorial des enfants d’Izieu.

(1) Le titre peu paraître choquant quand on sait ce qui s’est passé, mais d’une part, les enfants appelaient cette maison « la colonie » et d’autre part, ils y trouvaient un peu de calme et de tranquillité. 

« Nous sommes arrivés en camion, pas en autocar, en camion ; et je me rappelle toujours, vous savez, Reifman, il a sauté du camion et a dit : ″Quel paradis !″ » Sabine Zlatin, directrice de la colonie.

(2) Témoignage écrit de Grégory Halpern (8 ans) dans une lettre à ses parents.

© Amor-Fati 4 décembre 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


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Ecrit 4 décembre 2018 par Amor-Fati dans la catégorie "Au fil des jours", "Histoire réécrite", "Hommage

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