février 17

La rue de mon enfance

dans ma rueConnaissez-vous la rue de mon enfance ?

Je la revois aujourd’hui telle qu’elle était hier, enfin avant-hier. Nous y habitions avec mes parents, mon frère et ma sœur.

J’y suis repassé il y a quelques jours lors de mon bref passage dans la région où je ne viens plus guère. Elle est toujours telle qu’elle était. Certes, les gens ont vieilli, tout comme moi, mais je ressens toujours l’odeur, l’odeur de mes jeunes années.

Cette rue emplit mes oreilles de ses sons, et mes yeux de tout ce qu’elle contenait, de tout ce qu’elle contient. C’est la rue de mes souvenirs, celle où je jouais avec mes copains, la rue de mes premiers émois amoureux.

Sous le ciel bleu de ma banlieue, je m’assois sous un porche, je prends ma tête dans mes mains et je regarde. Je regarde cet univers qui était le mien il y a quelques années. Je regarde, et je me souviens.

Dans ma rue, il y avait  un coiffeur. C’était un passionné de photos. Amateur, évidemment. Mais excessif comme le sont tous les passionnés. Il affichait dans sa vitrine les photos de toutes les têtes qu’il avait eues le plaisir de rencontrer. Il demandait leur autorisation aux gens, je suppose, mais tout le monde était d’accord et avait, pour quelque temps du moins, le plaisir de voir sa tête en vitrine, avant la coupe, ou après, cela dépendait de son humeur ! Et, régulièrement, tous les gens de ma rue s’arrêtaient devant la vitrine et disaient bonjour, même s’ils n’avaient pas besoin d’une coupe ou d’un rasage de frais.

A l’angle de ma rue, côté Nord, habitait un banquier et son automobile. Une vieille Oldsmobile rouge décapotable. Il se prenait pour le roi du monde avec cette voiture. Je ne sais pas s’il avait emmené beaucoup de femmes à son bord. J’en doute quand même ! Les copains et moi, tous les enfants de la rue, tous les petits, on se moquait de lui derrière son dos. Et ce qui nous paraissait encore plus étrange, c’est que les jours de pluie, même de pluie battante, il ne portait jamais d’imper. Nous, abrités devant la vitrine du coiffeur, nous le regardions passer, dégoulinant de pluie ! C’était vraiment très étrange.

Je suis toujours là, je regarde ce que ma rue est devenue après tant d’années. Je suis assis sous le ciel bleu de ma banlieue. Je regarde, je cherche dans ma mémoire, je scrute les hauts bâtiments de pierre rouge et je me souviens.

Et soudain, une autre image s’impose à moi, brusquement, comme un flash. Un peu plus haut, à hauteur de l’épicerie, il y avait un pompier. Un pompier un peu particulier. Quand il n’était pas de service, il se promenait dans la rue, de haut en bas, toute la journée. A la main, il portait un sablier. Aussi bizarre que cela paraisse. Parfois, il entrait dans l’épicerie, achetait une bière, et payait avec un billet. Il vidait alors ses poches sur le comptoir. Hé bien, vous me croirez si vous voulez, mais dans sa poche, il avait une photo. Pas une photo de sa bien aimée, ni d’une vedette quelconque. Non. Dans sa poche, il cachait une photo de la Reine. Oui, vous avez bien lu. De la reine ! Etrange non ?

Un peu plus bas que l’épicerie, il y avait une pompe à eau où les pompiers pouvaient brancher leur camion en cas de besoin. Il adorait l’astiquer, la faire briller. A chaque fois qu’il passait devant, il lui donnait un coup de chiffon. C’était sûrement la plus belle pompe de la ville. Elle était impeccable !

Soudain, mon regard accroche le rond-point juste derrière l’abribus. Quand j’étais petit, il y avait une jolie infirmière qui s’installait là avec un petit étal en bois. Et du matin au soir, elle vendait des coquelicots. Elle attirait les passants en faisant des mimiques de théâtre, des grimaces, des petits cris et des sourires, des jolis sourires étincelants. Elle chantait, elle sifflait, elle piaillait, elle pleurait. A elle seule, c’était tout un spectacle. Je la revois encore comme si elle n’était jamais sortie de ma mémoire. Quel âge doit-elle avoir maintenant ? Est-elle encore vivante et souriante ? Je ne sais pas. Etrange, encore une fois…

Tout se mélange soudain dans ma tête. Le coiffeur rase un nouveau client, le banquier est dans le salon de coiffure et attend son tour et le pompier pénètre lui aussi dans la boutique, sans imper et fuyant la pluie battante. Un véritable imbroglio.

 

Voilà, je me lève enfin de mon porche. Les souvenirs se bousculent dans ma tête. J’ai la nostalgie. La nostalgie de ces belles années de mon enfance, de ces belles années d’insouciance et de plaisir à jamais écoulées.

C’est là que j’ai habité, là que j’ai vécu, que j’ai trainé mes souliers. Je suis heureux ce soir de vous avoir fait partager mes souvenirs.

Ma rue, je crois que vous la connaissez. Je crois même que beaucoup d’entre vous se souviennent de son nom que vous avez tous, je dis bien tous entendu au moins une fois dans votre vie.

(Le 17 Février 1967, les Beatles sortent aux Etats-Unis leur nouveau single: Penny Lane. Cette chanson évoque la nostalgie de Paul et John pour la ville de Liverpool qui les a vus maître et notamment cette rue où ils ont souvent joué. Ci-dessous, les paroles de la chanson qui m’ont permis d’écrire le texte, et la vidéo tournée à l’époque.)

Penny Lane there is a barber showing photographs
Of every head he’s had the pleasure to have known
And all the people that come and go
Stop and say hello
On the corner is a banker with a motorcar
The little children laugh at him behind his back
And the banker never wears a mac
In the pouring rain…
Very strange
Penny Lane is in my ears and in my eyes
There beneath the blue suburban skies
I sit, and meanwhile back
In Penny Lane there is a fireman with an hourglass
And in his pocket is a portrait of the Queen.
He likes to keep his fire engine clean
It’s a clean machine
Trumpet Solo
Penny Lane is in my ears and in my eyes
Four of fish and finger pies
In summer, meanwhile back
Behind the shelter in the middle of a roundabout
A pretty nurse is selling poppies from a tray
And though she feels as if she’s in a play
She is anyway
Penny Lane the barber shaves another customer
We see the banker sitting waiting for a trim
Then the fireman rushes in
From the pouring rain…
Very strange
Penny Lane is in my ears and in my eyes
There beneath the blue suburban skies
I sit, and meanwhile back
Penny Lane is in my ears and in my eyes
There beneath the blue suburban skies…
Penny Lane.

Read more at http://www.live2times.com/1967-the-beatles-penny-lane-e–7998/#bcLZql9LO7DfzDY0.99

 

 

© JM Bassetti 17/02/2013 Tous droits réservés.

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Ecrit 17 février 2013 par Amor-Fati dans la catégorie "Histoire réécrite", "Hommage

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