novembre 15

La vraie raison de l’attaque

Mardi 15 Novembre 1796.
Les 19.000 français sont impatients d’en découdre. Déjà depuis deux jours, Augereau et Massena ont essayé de passer. Mais les Autrichiens tiennent bon.
 » On ne va pas s’éterniser ici, hurle Masséma, il faut passer, passer à tout prix. On doit absolument partir rapidement, c’est pas possible.
– Appelle le patron, on va voir ce qu’il en pense, répond Augereau, visiblement agacé.
Le Général Augereau s’éloigne. Il revient, aux côtés de Bonaparte.
– Mon Général, commence Massena énervé. On est déjà mardi. Le 15 novembre.
– Mardi ? déjà ? questionne le Général en chef. Vous avez raison, Massena, on ne peut pas rester là. On s’enlise. Le temps passe et on va rater le rendez-vous.
– Ah, tu vois, s’adresse Massena à Augereau, je te l’avais dit que le Général serait d’accord avec moi.
– Moi, personnellement, je m’en fous, coupe Augereau. J’ai jamais aimé ça.
– Parle pour toi, répond Masséna de plus en plus énervé. J’ai jamais raté le rendez-vous, c’est pas cette année que je vais passer à côté.
– Même si je ne suis pas très en forme, interrompt Bonaparte, on ne peut pas rester là. Qu’on ne soit pas arrivé jeudi, certes, mais à partir de vendredi, on ne pourra pas tenir les hommes, ils vont vite devenir impossibles à commander.
Bonaparte, depuis quelques jours, était sujet à d’énormes crises d’hémooroïdes. On l’a vu plusieurs fois assis sur un tambour, histoire de manager son fondement.
– Et puis je n’y tiens plus. Peut-être que ça me fera du bien.
– Sûr, coupe Masséna. Des vertus soignantes, c’st certain, je l’ai entendu plusieurs fois.
– Alors, déclare Augereau, il va falloir trouver une autre raison officielle. Parce que attaquer 24.000 autrichiens armés jusqu’aux dents qui nous attendent de l’autre côté du pont pour une telle raison, face à l’histoire qui va nous juger, il va falloir s’expliquer.
– On dira qu’ils nous ont attaqués et qu’on n’a fait que répondre, hurle Massena de plus en plus énervé.
– Le général Joubert devait arriver à Campara samedi, précise Bonaparte. On ne peut pas le rater, car ordre lui est donné de repartir vite et c’est lui qui détient le précieux chargement. Ma décision est prise, Massena, rassemble les hommes, on attaque.
Masséna, triomphant, se dirige vers le gros de l’armée d’Italie, laissant le Général Augereau sans voix.
Masséna grimpe sur un canon et s’adresse à la troupe.
– Soldats, hurle-t-il, de sa voix de stentor, nous allons attaquer les Autrichiens.
– Hourra, scandent les soldats rassemblés.
– Comme ça, nous rejoindrons Joubert comme prévu dans la soirée de jeudi !
– Hourra, hurle la troupe de plus en plus en joie.
– Et comme prévu, nous  pourrons fêter dignement notre victoire !
– Ouais !!!!!
C’est un véritable triomphe.
Au milieu de la troupe, se trouve le soldate Berthier. Lui ne crie pas. Il ne comprend pas. Pourquoi tant de précipitation ? Pourquoi ne pas attendre que l’ennemi s’affaiblisse de lui-même ? Pourquoi essayer absolument de passer sur un pont aussi étroit ?
Au moment où Masséna passe près de lui, il l’arrête.
– Général ? Pourquoi aujourd’hui ?Pourquoi si vite? pourquoi ici ?
– On doit être près de Joubert jeudi hurle Masséna.Absolument.
– Mais pourquoi jeudi ? Qu’est-ce qu’il se passe jeudi ?
Masséna, déjà loin, se retourne, et hurme à Berthier.
– Troisième jeudi du mois, soldat… Beaujolais, Beaujolais nouveau. C’est lui qui a les tonneaux. On peut pas rater ça quand même.. »

(le 15 novembre 1796, commence la bataille dite du Pont d’Arcole, qui verra la victoire définitive française le jeudi 17. Jour du Beaujolais nouveau. Qu »on se le dise.)

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Ecrit 15 novembre 2012 par Amor-Fati dans la catégorie "Fiction", "Histoire réécrite", "Uchronie

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