mai 7

Le pouvoir de la musique

beethoven

Petit souvenir personnel ce soir.

Nous sommes le 13 février 2011. La Chorale dans laquelle j’ai l’honneur de chanter est conviée, au Mémorial pour la Paix de Caen à la remise de la Médaille des Justes parmi les Nations à Andrée et Emile Prestavoine qui avaient hébergé chez eux Raymond Ganopolski, alors enfant.

La cérémonie est émouvante.

Nous chantons « le Chant des Partisans » en ouverture, puis « le Chant des Marais », universellement reconnu comme étant l’hymne des déportés.

La cérémonie se déroule ensuite selon le programme établi. Nous entendons les discours de chacun, puis les horreurs des camps de déportation nazis. Aucun détail ne nous est épargné. A la fin de ces discours, nous chantons « Nuit et Brouillard » de Jean Ferrat.

Le drapeau israélien est déployé à l’arrière de la salle.

Autant vous dire que l’ambiance est poignante.

La barbarie nazie est présente dans tous les esprits : les trains, les uniformes rayés des prisonniers, les chambres à gaz, les crématoires. La souffrance du peuple juif est également évidente.

A la fin des cérémonies, notre chef se présente devant nous et tend les bras. Le directeur de cérémonie demande alors au public de bien vouloir se lever pour nous écouter chanter.

Et nous chantons « L’Hymne à la Joie » de Beethoven.

En allemand.

Je me souviens encore de la sueur qui coulait dans mon dos.

Chanter en allemand après tout ce que nous avions entendu. N’était-ce pas déplacé ?

Non. J’ai remarqué quelques personnes dans le public qui pleuraient, des gens qui se donnaient la main, d’autres qui fredonnaient, lèvres mi-closes.

La musique, le chant, un hymne de paix et de réconciliation en quelque langue que ce soit, fédère les peuples et fait taire les haines et les rancœurs.

Beethoven et Schiller, tous deux allemands, tous deux réunis pour former une œuvre grandiose que nous avons eu l’honneur de chanter cet après-midi-là.

Je me souviens encore que je tremblais à la fin de l’interprétation.

Je me souviens encore du silence qui a suivi ce chant. Un silence qui duré au plus cinq secondes mais qui était pour moi le symbole de l’unité des peuples à travers la musique.

Cet après-midi du 13 février restera un grand moment dans ma mémoire de chanteur de chorale, certainement le plus émouvant que j’ai vécu jusqu’à maintenant.

(Le 7 mai 1824, à l’Opéra de Vienne, était donnée la première mondiale de la Neuvième Symphonie de Beethoven, dirigée par le compositeur lui-même.)

© JM Bassetti 07/05/2013. Tous droits réservés.

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Ecrit 7 mai 2013 par Amor-Fati dans la catégorie "Hommage

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