avril 9

Le Professionnel

bebelSaint Pierre n’en peut plus. Il est exténué. Depuis ce matin, il est assailli de demandes de permissions exceptionnelles. Il discute, il écoute, il entend, et finalement, pour tout le monde, il cède et signe les autorisations, considérant que les requêtes sont recevables.

Parce que vous ne le savez peut-être pas, mais au Paradis, il est possible, une fois dans sa vie éternelle, de demander une permission d’une journée afin de célébrer un événement exceptionnel en compagnie de la personne de son choix, encore vivante sur la Terre que Dieu a créée.  Depuis quelques jours, le gardien des clés du Paradis est assailli de demandes, écrites ou orales, afin, pour tout le monde, d’obtenir une sortie de vingt-quatre heures, et tous pour la même raison. Tous pour assister au même anniversaire.

C’est l’heure. Tous les futurs permissionnaires sont à la porte du Paradis, attendant l’ascenseur céleste qui leur permettra, pour quelques heures, de redescendre sur la Terre qu’ils ont quittée il y a plus ou moins longtemps. La foule est bruyante, agité et excitée par cette idée de revoir celui qu’ils ont aimé.

En tête de queue, si j’ose dire, se trouve Claude Chabrol, le sourire aux lèvres, fier d’être le premier à monter dans le céleste appareil.

– Bon, allez, tu avances ? lui souffle Jean-Pierre Melville, son inséparable chapeau vissé sur la tête.

– Une seconde, lui répond Chabrol, le patron n’a pas encore donné son accord.

– Tu crois que Godard sera là ? demande Henri Verneuil à Philippe de Broca.

– S’il a pu revenir de Suisse, à mon avis, il sera présent. Il ne manquerait plus qu’il ne soit pas là.

– C’est vrai, ajoute François Reichenbach, on fait bien l’effort de se déplacer, nous, alors, les terrestres ont intérêt à se bouger le cul !

– T’as prévu quoi comme cadeau, toi ? demande Jacques Deray à René Clément.

– C’est Robert Enrico qui s’en est occupé, répond Deray. Il a dû prendre un Monopoly du paradis, il me semble, ou des dragées au poivre, il hésitait.

– Merde, peste Louis Malle, un peu plus loin dans la file, j’ai pas vu Gérard Oury. J’espère qu’il n’a pas raté le bus qui nous amenait ici.

– Non, répond François Truffaut, on est parti ensemble. Il était avec Claude Sautet et Marc Allégret. Il s’est mis sur son trente-et-un, tu verrais ça ! Pour rien au monde, il n’aurait voulu rater un tel événement.

– Quand je pense que par la même occasion, on va revoir Edouard Molinaro, commente Vittorio de Sica.

– J’espère bien, répond Marcel Carmé. Et puis pas que lui. D’après ce qu’on m’a dit, Lelouch sera là aussi, et puis  Philippe Labro, Peter Brook, Marcel Ophüls et Alain Resnais.

– Alain ? interrompt José Giovanni. La dernière fois que je l’ai vu, c’était avec Alexandre Arcady et Georges Lautner. Ça fait une éternité ! Ça va me faire tout drôle de revoir tout ce petit monde !

– Avancez, bon sang, avancez, sinon on ne sera jamais à l’heure ! C’est Michel Boisrond qui s’impatiente et commence à avoir quelques mouvements d’humeur.

– Pousse pas, Michel, lui lance Roberto Castellani. Ça ne fera pas avancer plus vite.

Enfin, l’ascenseur se présente et tout ce joli monde embarque, direction la Terre, pour une soirée qu’ils espèrent inoubliable.

Chabrol, le premier, monte dans la cabine, suivi de tous ses confrères, tous ses amis réalisateurs qui ont un point commun. Ils ont tous dirigé Jean-Paul Belmondo qui fête aujourd’hui ses quatre-vingts ans.

(Jean Paul Belmondo est né le 9 avril 1933 à Neuilly sur Seine. Il fête aujourd’hui ses quatre-vingts printemps ! Je vous lasse faire le tri des réalisateurs vivants ou décédés parmi tous ceux dont le nom est écrit en orange.)

© JM Bassetti 09/04 2013. Tous droits réservés.

 

 

 

© Amor-Fati 9 avril 2013 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


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Ecrit 9 avril 2013 par Amor-Fati dans la catégorie "Fiction", "Hommage", "Uchronie

2 COMMENTS :

  1. By Bedouelle on

    excellent!

    T’as juste oublié de citer notre frérot qui fête aussi un compte rond aujourd’hui!

    Répondre

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