Le temps emporte tout – Tarifcom et Philippe Supéra
Je vous parle d’un temps
que les moins de 40 ans
ne peuvent pas connaitre.
Le net en ce temps-là,
Ne venait pas comme çà
Il faut le reconnaître.
Bon, j’arrête là, je ne vais pas vous asséner la chanson d’Aznavour tout au long de ce billet.
Toujours est-il que dans début des années 90 ce n’était pas aussi facile que maintenant de se connecter à la grande toile.
Il fallait d’abord avoir une ligne téléphonique en état de fonctionnement et un petit boitier qu’on appelait Modem (pour Modulateur-Démodulateur). Pour ce qui est de la discrétion, ce boitier ne cochait pas toutes les cases. Lors d’une tentative de connexion (qui ne réussissait pas à chaque fois), il faisait un petit bruit strident et suraigu qui mettait en alerte toute la maison. Pas possible de se connecter sans que la famille au grand complet n’en soit informée !
Et puis, branché sur la ligne téléphonique, deux inconvénients majeurs se présentaient. Tout d’abord, l’accès à internet mobilisait la ligne. Impossible donc pour un autre membre du foyer de passer un coup de fil. Impossible également de recevoir des appels.
Et surtout, à cette époque, le téléphone c’était cher ! Il valait mieux l’utiliser le soir, après 18h pour bénéficier du demi-tarif. Et malgré tous les efforts des néo-internautes, il pouvait y avoir de la soupe à la grimace quand arrivait la facture téléphonique.
A cette époque là je développais des petits logiciels pédagogiques qui rencontraient un bon succès dans les écoles de France. Mots-flash, Fables et Calmenta étaient vendus en Shareware ( tu essaies une version bridée et si ça te plaît, tu paies pour recevoir une version complète).
Je faisais alors partie de l’AFAS ( Association Française des Auteurs de Sharewares).
Et dans cette petite association nationale, figurait un homme du nom de Philippe Supéra. Prenant à bras le corps le problème du coût de l’internet, il avait confectionné un petit bijou de logiciel baptisé Tarifcom. Un tout petit logiciel qui calculait à la seconde près votre temps de connexion et bien évidemment le coût ! Il prenait en compte tous les paramètres : jour de la semaine et heure bien évidemment, mais aussi tous les jours fériés où le téléphone était moitié prix, heure d’été et heure d’hiver. Il avait pensé à tout !
Ça a duré quelques années.
Puis, quand sont apparus les premiers forfaits ( 2 heures, 5 heures, 10 heures), Philippe publia des mises à jour qui décomptaient le temps de votre forfait. Philippe, que j’avais eu le plaisir de rencontrer plusieurs fois, en avait vendu des milliers. Un véritable succès ! Une merveille de petit bijou codé en Visual Basic vendu une bouchée de pain mais qui était bien utile.
Indispensable même !
Et puis l’ADSL est arrivé et avec lui les longs forfaits, puis plus tard encore, les forfaits illimités. Philippe a bien essayé de s’adapter mais la partie était perdue d’avance et Tarifcom est devenu inutile.
Exit Tarifcom.
Enfin, en mars 2010, Philippe est parti à son tour, emporté par une terrible maladie. A 51 ans.
Depuis quelques jours, va savoir pourquoi, je repense à lui et à nos rencontres, à nos rires, à ses accords de guitare et à nos heures de codage chez lui dans la Sarthe.
Alors j’ai tapé son nom dans un moteur de recherche et je n’ai pas trouvé grand chose hormis la photo qui est sous vos yeux. Et une page d’adieu d’un de ses amis.
Quinze ans après sa disparition, je n’ai même pas retrouvé le logo de Tarifcom, ni une copie d’écran.
Le temps emporte tout, chante Yves Jamait.
Alors je me suis dit que j’allais écrire un petit texte, en espérant qu’il soit lu par quelques personnes, pour ressusciter un peu Tarifcom et son génial concepteur. Je le blinde de hashtags pour le cas ou quelqu’un d’autre que moi rechercherait Philippe Supera.
De votre côté, si vous le souhaitez, partagez ce texte pour que Philippe laisse une petite trace dans les algorithmes de la toile et qu’il prenne au cœur de l’internet la place qu’il mérite.
Merci à vous d’avoir lu ce texte jusqu’au bout. Vos commentaires sont les bienvenus.
La photo est extraite du blog de Bernard Lamailloux.
Je l’ai prévenu de l’existence de ce billet.
#supera, #philippesupera, ~#tarifcom, #tarifcomSupera, #afas
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2 commentaires
Michel Dupuis
Pour sûr que je l’ai lu; j’attends d’autres « bouts »
À l’aube de mes 80 balais (crépuscule ?) je ne suis pas certain que le bouquin de Lamailloux me soit utile, mais pourquoi pas, au bout ?
À bientôt. Bon courage
Michel Dupuis
BUREL Nathalie
Merci pour ce joli texte qui rend hommage à ton ami
Un petit boîtier magique en quelque sorte que je n’ai pas connu pas plus que le concepteur
La rapidité à laquelle évolue technologie emporte tout avec elle