février 14

Léa dans le métro

L’écriture d’une nouvelle érotique, je n’avais jamais essayé.
Et puis l’occasion m’a été donnée par une jeune écrivaine, Emma Casenove, qui a écrit une rencontre entre un homme et une femme dans le métro. Rencontre fortuite qui donne vie à une brève aventure sexuelle aussi inattendue que torride.

J’ai beaucoup aimé, je le lui ai dit, puis je lui ai proposé d’écrire la même histoire, mais vue par l’hommeElle m’a dit CHICHE. J’ai répondu CHICHE !!!
Et voilà le résultat.
Le texte original de Emma est ici : http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/lea
Bonne lecture et n’hésitez pas à déposer vos commentaires.
Et bonne Saint Valentin à ceux qui la souhaitent.
leaLorsque je monte dans le wagon, je la repère tout de suite. Comme si je l’avais déjà vue, déjà sentie, déjà touchée. Elle est assise là, sur un strapontin, entourée d’une foule bigarrée qu’elle semble ne pas voir. Il fait chaud, très chaud, trop chaud. Le métro est plein, comme à son habitude à cette heure-ci. Un métro-politain, un métro-cosmo-poltitain plutôt. Je ne sais pas combien il y a de nationalités ici, mais ça doit friser la trentaine ce soir, au coup d’œil.Elle est là, à deux mètres de moi, assise sur le petit strapontin qu’elle ne devrait pas utiliser aux heures d’affluence. Moi non plus d’ailleurs. En tendant la main, je pourrais presque l’effleurer du bout des doigts, et sans efforts encore.

C’est étonnant comme certains minois vous accrochent aussitôt. Elle est mignonne, tout en étant assez quelconque. Disons qu’elle a un petit quelque chose, comme disait mémé Lucette. Un petit quelque chose qui lui donne une espèce d’aura et lui permet de se détacher de la nuée de gens qui nous entourent.

Je la regarde et tout ce qu’il y a autour disparait. Je suis comme dans une bulle, comme dans du coton. Je vois bien des gens qui bougent autour de nous, mais ce sont des pantins. Je ne sais même pas si leurs gestes sont coordonnées ou bien s’ils agissent de façon complètement anarchique. De même, leurs voix se mêlent dans une espèce de brouhaha incompréhensible. Une bouillie de sons, un mélange de fréquences : des hautes, des basses, une sorte de chorale désaccordée ou qui cherche à s’accorder, mais n’y parvient pas.

Elle porte une jupe écrue très sobre, et un petit haut bleu ciel ma foi bien élégant. Elleest jambes nues, heureusement, avec la chaleur qu’il fait ! Ses cheveux mi- longs sont attachés en une queue de cheval qui lui dégage le visage. Maquillage discret, de fin de journée. Juste un trait léger sous l’œil, bleu, mais un peu fatigué. Elle a dû remettre un peu de fond de teint avant de partir.

A ses pieds, des sandalettes tressées comme on en achète au printemps, pour fêter l’arrivée des beaux jours et se donner un peu de baume au cœur, même dans le métro. Trois tresses de cuir clair reliées par une bille plate de verre bleue. Mignonnes chaussures, et bien de saison. Ce n’est pas mon cas, moi qui ne possède en tout et pour tout que trois paires de chaussures !

En fait, elle est aussi claire que je suis sombre. J’ai mis un peu n’importe quoi ce matin en partant. La radio avait pourtant annoncé une belle journée, et moi, je me suis fringué en gris foncé. Quelle idée ! Objectif pour demain matin, me trouver des fringues claires. Mais il va peut-être falloir repasser… Galère !

Je la trouve plutôt jolie. Marrant, elle a l’air un peu gênée, comme si elle n’osait pas lever la tête. Il faut dire, que dans ma bulle de rêverie, mon regard est resté bloqué sur elle. Je ne regarde rien de bien précis, mais je la regarde. Et c’est vrai que ce regard insistant peut être interprété comme une sorte de drague. Si encore elle avait un décolleté plongeant, je pourrais laisser divaguer mon imagination entre ses seins et descendre le long de son ventre.. Mais non, son boléro est assez ras du cou et sa poitrine est, disons menue… 90 ? Peut-être. Mais pas plus. Plutôt 85 B ou 85 C. Si Max était là, il me dirait. Il est spécialiste, Max pour évaluer une poitrine féminine, et il se trompe rarement…

Ce petit bout de femme me fascine. Je ne parviens pas à détacher mon regard d’elle et je pense qu’elle le sent. J’essaie de l’imaginer, de nous imaginer, pourquoi pas ? Après tout, le métro n’est-il pas un lieu où il est possible de faire des connaissances ? La déshabiller du regard ? Non, ce serait gênant pour elle, il ne faut pas que je sois insistant ou déstabilisateur.

Tiens, elle a une petite tache de rousseur près du nez, je ne l’avais pas vue jusqu’à maintenant. Elle bouge, je lui souris. Elle me sourit en retour. Jolies lèvres, joli sourire. C’est marrant, elle a l’air mal à l’aise d’un seul coup, depuis que je lui ai souri. Elle remue, change de position, passe d’une fesse sur l’autre, croise les jambes, décroise les jambes comme si quelque chose la gênait. Ne pas baisser les yeux. Non. Ne pas essayer d’entrevoir ce petit bout de blanc ou de noir au croisement de ses cuisses. Et pourtant, j’y pense. Je ne pense même qu’à cela.. Est-elle culotte ou string ? Ou rien du tout ? Est-elle entièrement épilée ? Ticket de métro ? Carte orange ? Petit triangle soigné ? Forêt vierge sauvage ? Non, certainement pas. Elle a l’air de faire attention à elle et elle doit apporter un soin particulier à l’esthétisme de son frifri… A cette idée, je souris encore.

Filles du Calvaire. Soudain, elle se lève, ramasse son sac à main, tire sur sa jupe, passe sa main dans ses cheveux, remet une mèche en place. Elle ressemble à elle un matin de bonne heure, comme si elle venait de se réveiller. Elle passe juste devant moi, je sens son parfum discret… Hmm.. Je connais cette odeur. Pas insistant, pas agressif, ni trop sucré, ni trop fleuri, juste comme il faut. Un parfum qui lui va bien, tout comme ses sandalettes lui vont bien. Si elle pose en premier le pied droit sur le quai, je cherche à la revoir. Si c’est le pied gauche, je n’insiste pas… une idée qui me vient comme ça, rapide, sans même avoir jeté un coup d’œil vers ses pieds. Une femme et son bébé bloquent le passage, elle les contourne, je me lève pour lui faciliter le passage, m’appuie contre la vitre. Courant d’air parfumé, elle passe, va descendre du wagon.

Mon regard se pose immédiatement sur le quai. Pied droit. Le signal de la fermeture des portes retentit. Je colle mes mains sur la vitre fraiche. Je la vois sur le quai. Elle se retourne, me regarde, amorce un mouvement comme si elle voulait me faire signe. Mais je ne la vois plus. La rame  redémarre. Elle est sur le quai, je suis dans le wagon. Je sais qui elle est, elle ne me connait pas. Mais elle a posé le pied droit. On se retrouvera…

Je retrouve le ronron du métro, je suis comme sonné. Un peu comme un boxeur. KO debout comme on dit. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle me fasse un tel effet. Machinalement, je cherche les écouteurs de mon Iphone dans la poche de ma veste. Tiens, un SMS. « Alors ? Le grand amour, c’est pour ce soir ? Bisous ». Presque sans réfléchir, je réponds « Non. On verra. » Pas de bisous, pas de salut, rien, juste une réponse à l’emporte-pièce. Je n’ai pas envie de plus. Je mets les écouteurs dans mes oreilles et appuie sur le petit triangle blanc sur l’écran. La musique redémarre où je l’avais laissée. Saint-Sébastien Froissart, Chemin Vert, les stations défilent. Courtes, elles rythment mon retour chez moi. Bastille, l’arrêt est plus long. Il y a du monde. Par la porte entrouverte, je regarde le quai. Des mélanges de couleurs défilent. Des vêtements avec des vrais morceaux de gens dedans, mais je ne distingue rien ni personne. Mon cerveau est toujours embrumé. Stephen Malkmus et les Jicks. Ca a un vieux relent de Beatles de l’époque Sgt Peppers. Pas désagréable.

Ledru Rollin. Enfin, je descends. Je me fonds dans la foule des cent ou deux cents personnes qui descendent. Nous croisons celles qui montent, intimités perturbées, moment où les corps se frôlent imperceptiblement. Dangers de pickpockets d’un côté, rencontre d’un sein ou d’une fesse, du bout des doigts si le hasard se fait plus chanceux. Je sors de la station. L’air frais me requinque un peu. Je suis toujours cotonneux. Morceau un peu plus dynamique :   la musique me secoue les neurones. Je marche le long du boulevard Ledru Rollin. A peine trois cents mètres avant d’arriver chez moi. J’enfile la rue du Faubourg Saint Antoine.  Petit arrêt au Balto pour acheter des clopes. Putain, ça coûte cher ces tiges, il faut vraiment que je me décide à arrêter. Le grenier à pain : une demi-baguette, une douzaine de chouquettes, merci madame, au revoir madame. Numéro 151. Je pousse la grille métallique verte. A côté de la quincaillerie « La Providence » dont le nom décliné en lettres gothiques s’étale sur la devanture. La providence. Quel rôle a-t-elle joué aujourd’hui ? Est-ce elle qui m’a placé sur le chemin de… comment s’appelle-t-elle déjà ? Léa. Oui. Léa, c’est bien ça.

 

Je grimpe les trois étages. J’arrive essoufflé. J’ouvre la porte, la referme en la claquant. En passant, je balance ma veste et mes chaussures sur le canapé du salon. Un canapé qui me sert de lit dans un salon qui me sert de chambre ! Cuisine, bouilloire, je sors le café soluble. L’eau du café frémit doucement, celle du bain coule bruyamment. Voilà la seule chose dont j’ai envie. Un bain. Mon bouquin, de la musique, un café, des chouquettes, de l’eau chaude, très chaude. J’adore ce moment, celui où je me détache de tout. Les cellules de mon cerveau se mettent en veille, je ferme les yeux. Dans la poche de mon pantalon, mon téléphone bipe. Un SMS. Je me doute. On verra plus tard. Pour le moment, je profite de l’instant. Et de l’eau chaude. Et de l’image de Léa sur le plafond blanc de la salle de bains.

Léa… Je ne l’ai pas vue longtemps, juste le temps de cinq stations de métro, mais je ne suis pas déçu. Quand je suis monté dans la rame, je n’ai eu aucun mal à la reconnaitre. Je savais que je la trouverais là, sur ce petit siège inconfortable. Comme si j’avais déjà vécu cet instant. Je savais qu’elle rougirait sous mon regard. Je savais où la regarder, comment la regarder. Je savais que ma présence ne la laisserait pas indifférente. Je ne sais pas pourquoi, mais je le savais. C’est peut-être présomptueux de ma part. A-t-elle éprouvé du désir en sentant mes yeux effrontément posés sur elle ? Je ne pense pas l’avoir gênée, ou dérangée. Même si sa timidité l’a empêchée un temps de lever les yeux, elle a quand même réussi à soutenir mon regard. Juste quelques secondes, mais pendant ce bref moment de rencontre, il s’est passé quelque chose entre elle et moi. J’en suis certain.

Bien calé dans ma baignoire, le pied sur le robinet d’eau chaude, je la revois croiser et décroiser les jambes. J’imagine la raison de ces mouvements à répétition. Ma main plonge dans l’eau chaude. Mes caresses sont précises. Je ferme les yeux sur Léa.  Devant moi, holographe éphémère et coloré sur peinture blanche, elle croise et décroise les jambes au ralenti, à l’envi, à l’infini.

Et j’aime ça.

Fin de boulot. Grosse journée aujourd’hui. J’ai enfin terminé le projet sur lequel je bossais depuis un mois. Il était temps, j’ai envie – et besoin – de passer à autre chose. Ce soir, c’est décidé, je profite de l’air et du temps qui vient. Les jours rallongent, il fait beau, les filles sont fraiches et légères, les jupes volent, les décolletés s’ouvrent comme des fleurs, je suis heureux. Paris est si douce quand la météo se met au beau.  Je prendrai le métro à République. Et puis on verra bien. Si ça se trouve, je rentrerai chez moi à pied..

La marche est agréable. Je ne suis pas pressé. Je passe juste devant le Grand Rex. Tiens, il doit y avoir un concert ce soir. J’aperçois les affiches. Connais pas. Je vieillis !  Je suis venu ici voir Bénabar il y a quelques années, et puis Higelin, il y a bien plus longtemps encore ! , je me pose à la terrasse du Gymnase. J’aime bien cet endroit, la terrasse est large, la vue est dégagée, et aujourd’hui, le temps se prête bien à un petit galopin de Leffe. Je sirote, je profite.

Je reprends ma marche, j’accélère le pas quand soudain, je la vois. A dix pas de moi. Elle est devant une boutique de fringues, elle jette un œil intéressé sur la vitrine. Je suis trop loin pour voir ce qui a accroché son regard.

Vite, prendre une attitude, une pose. Je me demande bien pourquoi d’ailleurs. Pourquoi chercher absolument à prendre une contenance ? Ca ne sert à rien, elle ne m’a pas vu. J’en mettrais ma main au feu. Et de toute façon, elle ne me reconnaitrait pas. Qu’ai-je été pour elle, si ce n’est qu’un type de plus qui l’a déshabillée du regard dans le métro ? Je ne dois pas être le premier d’ailleurs. Je fouille dans ma poche, sors mon paquet de clopes, mon briquet. Le courant d’air qui passe m’empêche d’allumer ma cigarette. Je place ma main en protection. Elle est là, face à moi. Comme dans un film, comme dans l’irréalité la plus absolue. Je dois avoir l’air d’un idiot. Je bredouille quelques mots, un bonjour banal et sans sel. Mon imagination déborde. Elle a l’air si calme, si posée, et moi, les images se bousculent dans ma tête. J’ai soudain une envie folle de la prendre dans mes bras, de la soulever, de la faire tourner autour de moi. Envie de passer ma main dans son chemisier à fleurs, de laisser divaguer mes doigts sous sa jupe, de découvrir ce qu’elle cache sous le tissu. Aurai-je rapidement la réponse à ma question ? Ticket de métro ? Rien ? J’avoue que la question m’obsède depuis deux jours, mais je n’ai évidemment aucun élément pour avancer la moindre réponse. Elle met un temps fou à me répondre. On dirait qu’elle s’est envolée, qu’elle est incapable d’articuler un mot. A quoi pense-t-elle ? Que se dit-elle ? Que c’est bien sa veine de rencontrer ce lourdaud qui lui a fait de l’œil dans le métro il y a deux jours ? Qu’il était bien mieux de loin que de près ? J’ai bien peur qu’aucune pensée positive à mon égard ne vienne germer dans son esprit. En tout cas, elle n’a pas la tête de la jeune fille que je ferais fantasmer. Elle est déçue, cela se voit à son visage,  à la moue un peu désagréable qui nait au coin de sa bouche. Je me dis que je ne risque rien à l’inviter à boire un verre avec moi. Puisqu’elle ne dit rien et qu’elle est visiblement incapable de prononcer le moindre mot, je prends les choses en main. Je la saisis doucement par le poignet et l’entraine dans un tout petit café à peine visible dans le haut de la rue. D’autorité, je commande deux verres de gros plant que je paie immédiatement au comptoir. Nous nous asseyons face à face, moi sur une chaise en paille, elle sur une chaise plus confortable, avec un coussin rouge. Devant moi, un grand miroir me renvoie l’image d’un gars un peu perdu. J’ai envie d’elle, fortement envie de la sentir contre moi, mais je suis comme paralysé, je n’ose pas m’avancer. D’un coup, je revois les images qui défilaient  en face de moi sur le plafond de la salle de bains, en face de ma baignoire. Léa nue, Léa dans des poses lascives, provocatrices, Léa qui me dévoilait tout de son corps, de son intimité, les seins de Léa, les fesses de Léa. Je connais tout d’elle, en rêve évidemment. Je reviens à la réalité, retrouve son regard. Nous balbutions quelques banalités sans aucun intérêt. Elle ne semble pas dans son assiette, je ne suis pas dans la mienne. La bosse qui nait dans mon pantalon me fait bien comprendre que je dois faire quelque chose, que tout en moi demande à la connaitre mieux que quelques mots ridicules. Je la regarde, mon regard ne la quitte pas. Une sorte de malaise entre nous. Une forte pulsion monte alors en moi que j’ai du mal à réprimer. Je me lève, enfile ma veste, finis mon verre d’un geste brusque. Sans dire un mot, je contourne sa chaise, attrape son long gilet de laine et lui tends la main. Léa la saisit et se lève. Nous voilà à nouveau dans la rue. Nous marchons côte à côte. Comme des étrangers, comme des passants qui ne se sont jamais vus. Je ne sais pas ce que sont ses pensées, mais je bous, je n’en peux plus.  Ma main frôle la sienne. Une décharge électrique me parcourt l’échine.  Elle stoppe sa marche et s’arrête devant une vitrine. Un marchand de chaussures, il me semble, mais je n’en suis pas sûr. Elle est face à la vitre, je suis derrière elle. Je m’avance, la saisis par les épaules, puis place mes mains sur ses fesses, directement, sans préavis. Surprise, elle se retourne. Ne pas m’attarder, ne pas lui laisser le temps de réagir, l’effet de surprise est pour moi.  J’appuie sur ses épaules et je la plaque le long de la vitrine.

Que pourrais-je vous dire pour expliquer ce qui a suivi ? Je ne suis plus moi-même. Et je pense qu’elle n’est plus elle-même non plus. Nous sommes devenus deux désirs mélangés, deux envies d’amour mêlées, deux êtres unis dans une seule volonté et une seule envie : le plaisir à l’état pur. A quoi pourrait-on assimiler mon comportement ? A un viol ? Peut-être, si elle n’avait pas été aussi visiblement et aussi  ostensiblement consentante ? Qui  viole l’autre dans notre étreinte ? Plaquée contre la vitrine d’un magasin de chaussures, elle ne se débat pas, colle ses lèvres contre les miennes et introduit sa langue dans ma bouche entrouverte. Pendant quelques secondes, nous ne sommes qu’un long baiser fougueux et érectile. Sa bouche étincelle de gaieté, de joie et le bout de sa langue me fait vivre un délicieux état proche de la béatitude. Pourtant, pour être direct et sans vouloir me vanter, j’en ai roulé des pelles à mon âge, et à plusieurs dizaines de filles, mais une telle virtuosité dans le baiser, je l’ai rarement rencontrée. Après un tel long baiser, beaucoup de garçons auraient aventuré  une main timide vers la poitrine de la jeune fille, auraient tenté de passer entre les boutons du chemisier pour accéder à un hypothétique soutien-gorge et auraient éventuellement essayé de passer un doigt sous le tissu soyeux pour espérer sentir frémir un téton interdit. Ce n’est pas mon choix, ce n’est pas la voie qui s’impose à moi. Si ma main droite retient fortement sa tête, ma main gauche ne reste pas inactive. Je la plaque sur sa cuisse et remonte à la découverte des trésors cachés sous sa jupe. Nous ne sommes qu’au début du printemps et je m’aperçois très vite que ce soir, Léa porte un collant. Elle n’en avait pas l’autre jour dans le métro. Nous nous sommes tellement peu vus avant cette étreinte débutante que je n’y ai pas fait attention. Je n’ai pas d’autre choix. Je passe ma main sous l’élastique du collant qui essaie de m’interdire le passage vers son sexe que je devine consentant. Plus aucune barrière, plus aucun interdit. Mes doigts frôlent le léger duvet pubien et s’introduisent en elle. Si je pouvais encore douter de son consentement, l’humidité que je sens sous mes doigts me renseigne immédiatement et m’entraine à aller plus loin. Elle ferme les yeux, renverse la tête en arrière. Notre impudeur m’étonne. Nous ne portons aucun intérêt aux passants qui déambulent derrière nous à la recherche de leur repas du soir ou sur le chemin de la garderie pour récupérer leur progéniture. Elle gémit dans mon cou. Ce collant me gêne et la gêne certainement aussi. Il devient une entrave à nos ébats qui ne demandent qu’à s’épanouir. D’un geste rapide vers le bas, je repousse la citadelle de nylon qui descend à hauteur des genoux de ma jolie partenaire. Mon érection est indécente. Nous ne pourrons pas rester ainsi longtemps. Ma caresse devient  plus intime encore, plus pressante et plus insistante. Nous comprenons tous deux que nous ne pouvons en rester là et que nos corps attendent une étreinte plus violente, plus soudaine. Je connais bien le quartier pour y être venu bien souvent. Je prends Léa par la main, remonte légèrement son collant qui l’entrave et l’empêche de marcher normalement. En quelques pas, nous sommes dans une petite impasse bien loin du passage des parisiens fatigués. Mon téléphone vibre et sonne. Un texto. Pas le moment de le lire évidemment. Les nouveaux moyens de communication sont vraiment étonnants. Quand on attend un texto, il n’arrive pas et quand on ne veut surtout pas être dérangé..… Léa est devant moi, le collant redescendu à mi-genoux. Elle s’appuie à une porte en bois qui a jadis été blanche. J’aide le sous vêtement à descendre plus bas pour qu’il ne nous dérange plus et me penche derrière elle. Elle a une croupe magnifique. Un cul comme je n’en ai pas vu depuis longtemps. Je le caresse, ne prends pas le temps de le regarder vraiment. Je pense qu’on se retrouvera, je prendrai alors tout le temps de le regarder sous toutes les coutures ce cul. Pour le moment, je suis dans l’urgence et ma raison n’a rien à dire. D’ailleurs, si j’étais sous l’influence de la raison, je ne serais pas là, dans une petite rue parisienne, à genoux derrière une jeune fille dont je pétris avidement les fesses. Je me penche, j’embrasse chacune de ses fesses, et introduis ma langue plus profondément. Son goût me vient immédiatement sur les lèvres. Le gout de l’aventure mêlé à celui de l’ivresse, de la surprise et de l’amour rapide. Je m’en délecte ; je sais que nous nous contenterons de cette sorte d’étreinte. La porte s’ouvre sous sa poussée. Nous nous retrouvons dans un minable hall d’immeuble. Un couloir sordide, une dizaine de boites aux lettres éventrées et un escalier de pierre dont les premières marches sont usées et creusées par des générations de pieds passés là. Léa s’assoit sur la deuxième marche, je m’agenouille devant et continue ma caresse intime et indécente. Je n’ai plus aucune retenue. Je fouille son intimité à la recherche d’un clitoris que je sens soudain s’épanouir entre mes lèvres. Elle se tort, se débat. Elle gémit, n’a aucune retenue. Et plus elle gémit, plus ma caresse se fait pressante et forte. Une secousse plus forte de sa part m’expulse carrément d’entre ses jambes. Elle redresse son bassin, remonte les fesses et repousse ma tête d’un geste presque violent.

Je me retrouve debout je ne sais trop comment. Je la regarde, je lui souris. Elle se redresse et remet un peu d’ordre dans une tenue on ne peut plus négligée. Je fouille dans la poche de ma veste et sors une cigarette et mon briquet.

En quelques secondes nous nous retrouvons dans la rue. Je n’ai nulle envie d’aller plus loin. Je suis ivre de son goût, ivre de son odeur, ivre de ces sucs qui coulent encore le long de ma gorge. Nous ferons l’amour complètement, plus tard. Je sais ou la trouver. Je sais que je la retrouverai dans le métro. Nous aurons des nuits ensemble, de belles et longues nuits sauvages et amoureuses. Mais pas ce soir. Pas ce soir. Je ne sais pas pourquoi . Tout homme souhaiterait aller plus loin, fellation, caresses, pénétration, repos, sommeil et à nouveau un long moment d’amour. Moi, je suis rassasié, enivré, mais je ne veux pas lui dire. Je veux qu’elle rentre chez elle et qu’elle se demande si on se verra à nouveau. Je veux qu’elle doute. Je veux qu’elle me guette. Je veux que son corps frémisse quand elle monte dans le métro. Je veux que chaque voyage en métro soit un mystère, un préliminaire à une caresse éventuelle.

Je me plante devant elle, je lui propose une cigarette. Son visage ne comprend pas. Elle ne parle pas, me regarde seulement étonnée. Elle s’attend surement à autre chose. Elle refuse ma cigarette. Je m’approche d’elle, l’embrasse sur le nez et remonte la mèche de cheveux qui barre son visage. Je fais demi-tour. Sans un regard supplémentaire, sans un sourire de plus. Je m’oblige à ne pas me retourner. La bouche de métro est à deux bas. Je m’engage ans l’escalier. Je sors mon téléphone de ma poche. Un SMS : « Penses-tu voir Léa aujourd’hui ? Rends-la heureuse. Je te souhaite tout le meilleur. Bisous. Aline. »

® JM Bassetti. Tous droits réservés.  A Ver sur mer le 16 Janvier 2014

Image empruntée à http://nana-chroniques.blogspot.fr/2012/03/malekoum-salam.html

© Amor-Fati 14 février 2014 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


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Ecrit 14 février 2014 par Amor-Fati dans la catégorie "Atelier d'écriture

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