novembre 16

Les yeux d’Omayra

J’écris pour toi Omayra,
Toi qui devant une caméra
Est partite pour l’éternité
Devant les yeux du monde entier.

Toi treize ans,  adolescente,
Bonne élève et insouciante
Tu n’imagines pas un instant
Ce qu’est la colère d’un volcan.

Quand le Névado là-haut
Fit entendre son écho
Dans les villages de la vallée
L’inquiétude s’est installée.

Mais des gens biens vous ont dit
N’ayez donc pas de soucis
Ce n’est pas la première fois
Que le volcan se fait la voix.

Ainsi la vallée a fait confiance
A ces  savants, ces éminences
Et malgré l’épaisse fumée
La vie a bien continué.

Il y a trois jours Omayra
Alors que tu dormais chez toi
Le Nevado tel un enfer
A craché toute sa colère.

La cime neigeuse en un éclair
S’est mélangée avec la terre
Et c’est un vrai torrent de boue
Qui a coulé, emportant tout.

Les corps flottaient dans les villages
Des corps sans nom, des corps sans âge
En une nuit au minimum
La boue a tué vingt-quatre mille hommes.

Et toi, ma belle, à peine treize ans
Les pieds coincés dans un carcan
De terre de pierre et de métal
Tu t’enfonçais, c’était fatal

Tu as parlé, tu as prié
Tu as pleuré, tu as crié
Personne hélas ne pouvait rien
La mort pour toi, c’était certain.

Un homme alors est arrivé
Il a placé devant ton nez
Une caméra et un micro
Pour capturer tes derniers mots

Le monde entier c’était l’horreur
A regardé avec terreur
Une petite fille d’à peine treize ans
Mourir dans la boue d’un volcan.

C’est une image inoubliable
Et sur le coup insoutenable
Tu es partie  Omayra
Après trois jours de non-combat.

Alors ce soir sur mon ordi
Au lieu d’écrire des uchronies
J’ai repensé à ton calvaire
Et t’ai écrit à ma manière.

(Le 13 novembre vers 23 heures, le volcan Nevado del Ruiz, en Colombie est entré en éruption. Les neiges du sommet ont fondu et  formé une immense coulée de boue qui est descendue à une vitesse folle, engloutissant au passage 14 villages colombiens et tuant plus de 24000 personnes. Omayra s’est retrouvée coincée dans des amas de ferraille. Son agonie a duré plus de soixante heures. Omayra est décédée le 16 novembre au matin. Sa mort, filmée en direct par Evaristo Canete, caméraman espagnol, a marqué, choqué toute la planète et ouvert un autre débat : peut-on tout filmer, tout difuser ?)

© Amor-Fati 16 novembre 2012 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


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Ecrit 16 novembre 2012 par Amor-Fati dans la catégorie "Hommage", "Poème

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