novembre 6

Marcel, gardien de square.

Voilà. C’est la rentrée. Une semaine sans texte pour cause de vacances et de décalage du texte de la semaine précédente et on se remet au boulot.

Bricabook, l’atelier d’écriture de Leiloona a repris de l’activité. Et, cerise sur le gâteau, c’est elle même qui a fait la photo de la semaine.


@ Leiloona

« Tu vois, quand on était gamins, on s’amusait dans le square ici. Il y avait plein d’endroits où on pouvait s’éclater. On y venait avec maman après l’école. Il y avait les montagnes russes où les grands faisaient du vélo sans casque.

– Sans casque ?

– Oui, oui, je t’assure ! Et il y en avait qui prenaient de sacrées gamelles. Bon. Il y avait quand même Marcel, le gardien du square qui passait de temps en temps. Il les regardait, soulevait parfois sa casquette pour se gratter le crâne, puis reprenait sa marche. A la réflexion, quarante ans plus tard, qu’est-ce qu’il devait se faire suer, Marcel.

– Ouais, le pauvre… C’est vrai qu’ils avaient un rôle ingrat.

– Tiens, regarde là-bas !! Avec mes sœurs, on faisait du patin à roulettes ici. Un grand ovale en béton avec des bancs tout autour. Le nombre de fois où j’ai pris des bûches là-dessus ! J’avais en permanence les genoux écorchés.

– Tu n’avais pas de protège-genoux ?

– Tu rigoles. Ni de coudières, ni de trucs aux chevilles, ni même de casque. On avait deux paires de patins pour trois. On se les passait avec mes frangines. En fait, moi j’en avais pas. Trois ou quatre fois dans l’après-midi, il y avait Marcel qui passait. Il virait les cailloux qu’il y avait sur la piste. Et dès qu’il avait le dos tourné, on en remettait. Ça nous faisait des mini-obstacles et ça faisait casser la figure à ceux qui ne savaient pas ! Pauvre Marcel, qu’est-ce qu’on a pu se foutre de lui quand même !

– Le pauvre. Gardien de square dans les années soixante, c’était le métier de ceux dont on ne savait pas quoi faire.

– Oui mais au moins ils avaient un métier, on ne les laissait pas tomber comme maintenant !

– C’est sûr, tu as raison. Ahhhhh !! C’est quoi ce truc affreux ?

– Ouah !!! C’est toujours là cette horreur ? On s’est toujours demandé ce que ça pouvait fabriquer dans un square de la région parisienne ce machin-là. Sûrement des subventions qui étaient tombées et il fallait faire quelque chose dans l’urgence. Avec un architecte qui avait fait son stage à Shangaï !

–  Vous veniez là aussi ?

– Tu penses, oui. On en a fait ici. On imaginait la taille des crottes de nez de ce dragon…  On s’asseyait sur sa bouche. Tiens, tu vois le morceau cassé en haut de la lèvre ? C’est Jérôme qui l’a pété à coups de patin à roulettes, je m’en souviens comme si c’était hier ! On a grimpé dessus par tous les chemins possibles. Il ne doit pas y avoir un centimètre carré où je n’ai pas marché. On jouait au foot. La gueule ouverte, c’était le but. Et on faisait exprès de tirer dans les dents !!!

– Et Marcel ? Il ne vous disputait pas ?

– Ah non. On ne le voyait pas par ici dans la journée, mais un soir, quand j’ai eu une quinzaine d’années, je suis passé par là en rentrant du lycée et devine qui j’ai vu ? Marcel. Avec la pharmacienne. Dans la gueule du monstre. J’ai pas fait de bruit, je me suis planqué et j’ai tout maté.

– La vache !

– Ouais. Et puis, dans le courant de l’année, je suis repassé et j’ai revu Marcel. Avec la boulangère, avec Madame Arnaud, ma maîtresse de CP, avec Madame Leclerc qui nous faisait le cathé, avec ma voisine du dessus, avec la secrétaire de mairie. Et avec d’autres que je ne connaissais pas.

– Sacré Marcel. Il avait la belle vie quand même !

– Ah ouais, tu as raison. Gardien de square, quel putain de beau métier c’était !! »


Le square de mon enfance où il y avait les montagnes russes et une piste de patins à roulettes était à Courbevoie (92), boulevard saint Denis, à côté de la maternelle. Il n’y avait pas la grosse tête de lion moche, mais il y avait bien un gardien qui arpentait le square à longueur de journée.

Et en hiver, un marchand de marrons grillés à l’entrée…

© Amor-Fati 6 novembre 2017 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


Copyright 2017. All rights reserved.

Ecrit 6 novembre 2017 par Amor-Fati dans la catégorie "Non classé

25 COMMENTS :

  1. By Sabine on

    Sacré Marcel en effet ! Un chouette regard sur cette enfance où tout n’était pas aseptisé et sécurisé !

    Répondre
    1. By Amor-Fati (Auteur) on

      C’était bien aussi quand tout n’était pas aseptisé. Trop c’est trop par moments..

      Répondre
  2. By Nath on

    Ça me rappelle aussi mon enfance, les patins à roulettes, les bûches mémorables, les genoux et les coudes mercurochromés rouge vif, la vraie inscousciance. Par contre, je n’ai pas connu de Marcel !

    Répondre
    1. By Amor-Fati (Auteur) on

      Moi, je le voyais juste passer avec sa casquette… Et il me faisait un peu peur..

      Répondre
  3. By Antigone on

    Tu vas être surpris mais j’ai l’impression que je connais ton square de Courbevoie 😉 J’y ai habité deux ans et je me demande si je n’y emmenais pas ma fille petite. Sinon, j’ai beaucoup ri, et beaucoup aimé les crottes de nez.

    Répondre
    1. By Amor-Fati (Auteur) on

      Ah, les crottes de nez, elles ont bien plu !!! J’étais tout petit quand j’allais au square. En revenant de l’école du Cayla où je faisais ma scolarité !!

      Répondre
  4. By Françoise Clamens on

    et Marcel..c’était une gueule cassée lui aussi..comme il y en avait des tas à cette époque..et il a même sauvé..et c’est vrai, les 2 frères de ma copine qui habitaient impasse du pourquoi pas, sur le coté du square!! Pas sur qu’il se tapait toutes les femmes..mais c’était bien beau frangin!!

    Répondre
    1. By Amor-Fati (Auteur) on

      J’ai failli l’écrire que c’était une gueule cassée comme l’étaient les gardiens de l’époque. . Manchots, jambes de bois, oeil crevé. .. mais je n’ai pas su le placer. Je ne savais pas pour ta copine.
      Merci pour le commentaire. . Bisous frangine.

      Répondre
  5. By Claude on

    Je trouve ton texte excellent. Plein d’un délicieuse poésie nostalgique et coquine. Bravo.

    Répondre
    1. By Amor-Fati (Auteur) on

      Ma soeur me dit que je fais parfois trop dans la nostalgie !!!
      Merci pour ton commentaire.

      Répondre
  6. By Nady on

    J’ai bien ri Amor-Fati ! Je comprends mieux ton post sur le refuge des amours secrets 😉 le square de ton enfance est dorénavant le mien, j’habite à côté et on s’y rend souvent avec ma tribu ; -)

    Répondre
  7. By Lilousoleil on

    que ton texte est plaisant et l’idée du gardien de square m’a beaucoup plus; Ta description des lieux est précise ; on voit le square comme dan ton enfance.
    Quand aux crottes de nez il fallait y penser bravo*
    avec le sourire

    Répondre
    1. By Amor-Fati (Auteur) on

      Merci merci…. des petits mots qui me font plaisir. Si j’ai réussi à faire passer mes sentiments de petit garçon c’est que j’ai un peu réussi mon coup !!!

      Répondre
    1. By Amor-Fati (Auteur) on

      Merci Jos. On s’est raté samedi soir. Dommage… Une autre fois..

      Répondre
  8. By Valou on

    C’est un très beau portrait d’une époque révolue que tu nous révèles ici. Cette époque sans casque, coudières, sans « Attention ne marche pas sur ce petit caillou ».
    ça devait être autre chose, tellement plus vivant.
    En lisant cela, je revoyais mes escalades sur des tas de bois en vrac, malgré l’interdiction de la nourrice… j’en ai des frissons en y repensant !

    Répondre
  9. By la fllibust on

    Il suffit d’une photo pour se laisser aller aux bons souvenirs de l’enfance, insouciance et liberté, espièglerie, jeux d’enfants

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *