novembre 2

Montez là-haut, on vous demande.

Le bar de la marine de ne désemplissait pas ce matin. Chacun y allait de son couplet. La mort de Monsieur Jacques ne passait pas inaperçue.

– 43 ans, c’est quand même pas vieux pour partir, affirmait Nini, l’ancienne patronne du café désormais à la retraite.

– Et il avait que 43 ans, annonça Onc’Jo.

– C’est ce qu’on vient de dire, Onc’Jo !!!

Lui, tout le monde l’appelait Onc Jo, mais personne n’était capable de dire pourquoi. Ca faisait des années. Onc’Jo connaissait tout le monde dans le pays.

– Je m’souviens, ajouta-t-il, il a du arriver ici y’a quatre ou cinq ans, je saurais pas dire précisément, mais ça doit être ça. Il revenait du Canada, qu’il m’avait dit…

– Un gars bien en tout cas. Il buvait pas, enfin pas souvent, et pas plus que raisonnable, et puis son boulot marchait pas mal. Dommage pour lui vraiment…

– Il avait pas de femme, du moins pas de régulière, avança Dédé l’embrouille.

– Oh, des femmes, on en a vu passer pas mal du côté de chez lui, mais c’est vrai qu’il était pas fixé.

– Et question boulot, qui c’est qui va reprendre ? François, tu crois ?

– Oh, je sais pas trop, François, il a pas l’intention de rester là. A mon avis, il restait là parce que Monsieur Jacques était là, mais maintenant..

– Merde alors, on n’est pas grand chose, quand même, ajouta Nini. Une crise cardiaque à 43 ans… T’es dans ta cuisine en train de te faire un café, et d’un seul coup… Couic…. Adieu Loulou, Montez là-haut, on vous demande… Enfin lui, il aura pas grand chose à déclarer à Saint Pierre, un sympa comme ça… Une crème, Monsieur Jacques..

– Alors là, reprit Onc’JO avec un air mystérieux, j’en suis pas si sûr. Y a un soir ou je discutais avec lui et son copain François, et on avait un peu chaud aux oreilles, hé ben il racontait qu’il avait fait quelques mois de taule dans le temps…. Mais que maintenant, il était rangé des bagnoles comme il disait. Pas des grosses affaires mais quand même, cambriolages, parait…. Et il disait qu’il avait préféré s’éloigner de Paris sinon il allait replonger vu que là bas il connaissait trop de monde.

– Et c’est comme ça qu’il est arrivé ici, et qu’il a ouvert sa boite d’entretien de jardins ? demanda Nini

– Exact, Monsieur. Allez, Dieu ait son âme, comme dit le curé, et Dieu lâche la mienne, comme dit mon beau-frère…  En tout cas, il nous manquera ici, ça c’est sûr.

– Ouais, c’est bien triste… Mais comment qu’il s’appelait au fait, de son nom de famille, demanda le patron, en train d’essuyer les verres derrière son bar.

– Tu devrais le savoir, toi, répondit Nini, il s’appelait comme ton bistrot… Marine… Jacques Marine, je sais bien.

– N’importe quoi, dit Onc’Jo. Pas Marine, madame Nunuche je sais tout…. Mesrine, qu’il s’appelait… Jacques Mesrine…..

 

(Dénoncé, repéré et filé depuis quelque temps, Jacques Mesrine, ennemi public est tué par la police porte de Clignancourt à Paris le 2 Novembre 1979, après plusieurs années de traque. Non, non, il n’était pas paysagiste dans un village au bord de la mer, non non…)

© Amor-Fati 2 novembre 2012 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


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Ecrit 2 novembre 2012 par Amor-Fati dans la catégorie "Histoire réécrite", "Uchronie

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