octobre 27

Fichez-moi la paix.

« Allo, Anouar ? Shalom mon ami, comment vas-tu ?
– Bonjour Menahem, c’est un beau jour que ce jour d’hui.
– As tu reçu la nouvelle ce matin ?
– Quelle nouvelle ? Je ne sais pas de quoi tu parles.
– Tu n’as pas eu un coup de téléphone d’Oslo ?
– Non. Ou alors je n’ai pas entendu, j’étais sous la douche. De quoi il s’agit ?
– Le prix Nobel, tu n’es vraiment pas au courant ?
– Non. Au courant de quoi ?
– Le prix Nobel de la paix, c’est nous…
– Comment ça c’est nous ?
– C’est nous qui allons l’avoir. Le comité Nobel a considéré que nous avions, toi et moi œuvré pour le retour de la paix dans notre région et que notre engagement méritait cette distinction.
– De quoi parles-tu Menahem ? De ce semblant de cessez-le feu ? De ces accords de Camp David arrachés l’année dernière ?
– Mais tu sais très bien ce que nous avons fait Anouar, et l’importance de ce que nous avons signé. Ce prix, nous le méritons, plus que tout autre.
– Rien du tout. De quelle paix parlons-nous ? As tu vu la position qui est la mienne maintenant dans le monde arabe ? Je passe pour un traitre. Pour un puissant, mais pour un traitre. Ce n’est qu’ensemble qu’on réussira à avoir enfin la paix dans le monde arabe. Certes ce que nous avons fait va dans la bonne direction, mais nous ne l’avons pas fait ensemble, tous ensemble. Ce n’est qu’un pas, Menahem. Un pas de fourmi devant le marathon que nous avons à effectuer.
– Tu es dur avec moi et avec toi-même.
– Non, je suis juste et lucide. Maintenant que je suis au courant, je vais filer au palais et signifier immédiatement mon refus de recevoir ce prix.
– Tu ne peux pas, Anouar. Pense à l’Egypte, à Israël, à toi, à moi.
– Je peux tout ce que je veux. Ecoute-moi bien Menahem : Ce prix Nobel de la Paix, je ne le refuse pas. Mais je ne l’accepte pas non plus. Je viendrai le chercher à Oslo quand il représentera quelque chose. Quand vraiment, et de façon durable, la paix sera établie dans nos contrées. Quand on vivra en frères, en toute tranquillité. Quand les conflits d’intérêts et les conflits religieux seront apaisés. Je pense qu’un jour cela arrivera. Alors ce jour-là, et seulement ce jour-là, je ferai le voyage pour Oslo et irai chercher mon prix.
– Retrouvons-nous à nouveau à Camp David ou ailleurs, et continuons à oeuvrer tous les deux.
– Non, mon ami, j’ai soixante ans maintenant, et je suis fatigué. Fatigué d’avoir fait la guerre pendant des années. Fatigué d’avoir cherché à obtenir la paix à tout prix. Au prix du mépris que les autres frères ont à mon égard. Je vais me retirer de la politique. Je laisse ma place à qui la veut. Et qui, je l’espère, pourra faire mieux que moi. Moubarak peut-être.. Je sais qu’il attend ma place. Je la lui laisse volontiers. Porte-toi bien, je vais m’habiller et m’adresser à la presse et au pays. Fais ce que tu veux de ton côté. Accepte-le si tu veux. Moi je ne peux pas. Moi je ne veux pas.
– Réfléchis bien, Anouar.
– Ma décision est prise, mon frère, mon ami. Je n’y reviendrai pas. Inch’allah.

Voilà. C’était il y a 34 ans, le 27 octobre 1978.
Anouar El Sadate et Menahem Begin sont intervenus le lendemain à la tribune de la Knesset.
Ensemble ils ont réaffirmé leur volonté de voir la paix s’installer dans le Moyen Orient. Ensemble ils ont annoncé qu’ils ne viendraient chercher leur prix que lorsqu’ils s’en jugeront dignes devant l’humanité. Debout, les députés de la Knesset leur ont fait une ovation de plus de 20 minutes.
Le voyage du Caire en décembre 1978 a été salué unanimement comme une œuvre de paix et beaucoup de diplomates et de dirigeants ont cru que les deux chefs d’État allaient faire le déplacement en Norvège.
Menhaem Begin est décédé en 1992.
Anouar El Sadate aujourd’hui âgé de 94 ans, n’envisage aucun voyage à Oslo pour le moment. La situation dans les pays du Moyen-Orient ne lui laisse que peu d’espoir d’aller recevoir son prix.(Le 26 octobre 1978, Anouar El Sadate et Menahem Begin recevaient le Prix Nobel de la paix. Ils l’ont accepté et sont allés le chercher à Oslo le 10 décembre 1978. Menahem Begin est mort le 9 mars 1992.
Le 6 octobre 1981, Anouar El Sadate tombait sous les balles de Khalid Islambouli lors d’une parade militaire au Caire. Prix cher payé pour les accords de Camp David et pour ce prix reçu.
Quant à la paix au Moyen Orient, je vous laisse seuls juges de ce qu’il en est.)

© Amor-Fati 27 octobre 2012 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


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Ecrit 27 octobre 2012 par Amor-Fati dans la catégorie "Non classé

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