mai 16

On refait le film

fondaLa chaleur est étouffante. Tout là-haut dans le ciel, le soleil est à son zénith, disque d’or au milieu du ciel bleu. Sa lumière fait mal aux yeux.

Le désert brille sous les rayons ardents de l’astre du jour. Les grains de mica contenus dans le sable étincellent  comme autant de minuscules miroirs. La lumière est vive. Aucune ombre à l’horizon. Juste deux malheureux cactus brûlés par le soleil et qui finissent de pourrir.

Dans le ciel, les oiseaux sont rares. Ils ont cherché des cieux plus propices ou des arbres qui leur permettraient de passer la journée un peu au frais.

Et pourtant, écrasés sous le soleil et la chaleur,  deux hommes sont là. Immobiles. Depuis vingt minutes déjà, ils se font face et se regardent longuement. Personne ne bouge. Pas un souffle de vent pour aérer un peu cette ambiance tendue. Les regards sont remplis de haine. Les yeux bleus de Frank et le regard vert de l’autre homme, seulement connu sous le nom de « Harmonica ». Frank, entièrement vêtu de noir, immense chapeau sur la tête a le regard froid des hommes implacables. Bleus comme la mer qu’ils n’ont jamais vue, ses yeux sont fixes. Malgré la lumière aveuglante, aucun battement de cil ne vient troubler le regard continu. A dix pas devant lui, se tient « Harmonica », vêtu de clair, impeccablement rasé, un petit sourire ironique aux lèvres. L’heure de la revanche a sonné pense-t-il.

En arrivant, Jack a laissé tomber sa veste noire sur le sable d’un geste désinvolte, persuadé de la récupérer lorsqu’il aura fait ce qu’il est venu faire.

Le temps passe : la main droite à dix centimètres des armes accrochées à leurs ceintures, les deux hommes continuent à se dévisager.

Soudain, le regard de « Harmonica » se trouble. Il se revoit, enfant, sous une arche de brique rouge, brûlée par le même soleil étouffant qu’aujourd’hui. Sur ses épaules, en équilibre, se tient son frère, pendu à la cloche d’appel des bêtes. L’équilibre est précaire, le jeune homme tremble sous le poids mort de son ainé. Et là, il le revoit, il reconnait bien Frank, vingt ans de moins, une barbe de cinq jours, petit foulard noir autour du cou et qui le regarde du même regard froid que cet après-midi. C’est lui, c’est bien lui, aucun doute. Pendant des années, il a attendu ce moment, ce moment de se venger. Avec un sourire ironique aux lèvres, Frank sort de sa poche un harmonica et le coince dans la bouche du jeune homme encore debout.

« Joue, dit-il, joue pour ton frère !

La sueur coule le long du visage de l’adolescent. Là-haut, au-dessus de lui, la vie de son frère ne tient qu’à son courage et à sa volonté de tenir, tenir encore, le plus longtemps possible. Son souffle devient court, saccadé, et chaque bouffée d’air qui sort de sa bouche fait pleurer l’harmonica d’un râle déchirant et sinistre.

Et ce qui doit arriver arrive. N’en pouvant plus, ne pouvant plus longtemps supporter la chaleur, le manque d’air et le poids qui pèse sur ses épaules, le jeune homme s’écroule. Sa tête vient violemment heurter le sol, faisant voler la lourde poussière autour de lui. Au-dessus de lui, il ne le voit pas, mais le devine, son frère ainé se balance, accroché à la corde qui le relie à la cloche.

Une détonation, un coup de feu met soudain fin au long silence qui s’était installé entre les deux hommes. Les deux regards sont toujours fixes, mais celui d’Harmonica se trouble à nouveau. Une larme point au coin de son œil droit. Il porte la main au côté de sa poitrine. Il est touché. Ses pensées vont à nouveau vers son frère, pendu au-dessus de lui. Il le sait maintenant, il va aller le rejoindre.

Harmonica tombe à genoux. La Mort est là, à deux pas, il la voit, il l’entend. Il sait qu’elle va venir et l’emporter loin de ce désert aride. Frank rengaine son arme, s’approche de son adversaire à petits pas, s’agenouille, et comme il l’avait fait vingt ans plus tôt, extrait de sa poche un harmonica, en tous points identique à celui que possède sa victime.

Comme il y a vingt ans, il coince l’instrument entre les lèvres du mourant. Le même son déchirant qu’il y a vingt ans, le même cri, le même râle.

– T’es vraiment trop con, lui dit-il. Depuis le début, je savais qui tu étais.

Harmonica souffle, l’instrument pleure.

– Leçon numéro un : on ne rêve pas quand on se bat en duel. On est attentif à ce qui va se passer. Ton frère ne t’a jamais appris ça ?

Harmonica regarde une dernière fois son adversaire victorieux et, comme il y a vingt ans, s’affale dans la poussière du désert.

– Tu le sauras la prochaine fois ! » murmure Frank, le sourire figé dans un rictus ironique et dédaigneux.

A petits pas, Frank s’éloigne de sa victime, ramasse sa veste, la jette sur son épaule droite et rejoint son cheval qui l’attend quelques mètres plus loin.

(Bon, je suppose que vous avez reconnu la scène finale de « Il était une fois dans l’Ouest », juste un peu arrangée, au moins sur la fin. Ce film de Sergio Leone date de 1968. La légendaire musique est de Ennio Morricone. Charles Bronson y est « Harmonica » et Henry Fonda joue l’antipathique Frank (qui meurt à la fin). Henry Fonda était né le 16 mai 1905. Il est mort le 12 Août 1982.)

© JM Bassetti 16 mai 2013. Tous droits réservés.

http://www.dailymotion.com/video/x1jtwy_il-etait-une-fois-dans-l-ouest_news

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Ecrit 16 mai 2013 par Amor-Fati dans la catégorie "Fiction", "Histoire réécrite", "Uchronie

2 COMMENTS :

  1. By Banazpati on

    I must say, they look better off the inteewrb, and next to semi-mediocre artwork and magpie and by that I didn’t mean that dirty wood paintings look nice compared to him.I swear I don’t check this site as much as styv.

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