6 décembre 2018

5 Décembre. Une mort oubliée.

Voilà, nous sommes le 6 Décembre et pas un mot… De là où je suis, j’ai bien écouté les radios, les télévisions, les différents médias et je n’ai rien entendu à mon sujet.

Je sais bien que la mort d’un artiste n’est pas une information de la plus haute importance, mais quand même. Quand on sait l’importance que j’ai dans la musique, pas seulement en France mais dans le monde entier, je suis étonné de ne pas en avoir entendu parler. Je suis quand même certainement le musicien le plus écouté, le plus joué dans le monde. Je n’ose imaginer le nombre de disques que j’ai vendus, le nombre d’interprétations et de reprises dont mon oeuvre a fait l’objet.

J’ai passé ma vie sur les routes, à jouer dans des centaines de villes, devant des chefs d’état, des personnalités de haut rang, devant le pape lui-même. Il paraît même que ma musique est jouée en permanence dans le monde. A chaque minute, à chaque seconde, quelqu’un me joue ou m’écoute. Vous vous rendez compte ? Et malgré ça, pas un mot le 5 décembre…

Alors l’an prochain, essayez de faire un effort… Le 5 décembre, c’est l’anniversaire de ma mort. En 2019, ça fera 228 ans que j’ai quitté ce monde , moi, Wolfgang Amadeus Mozart.

Mozart est mort le 5 décembre 1791, dans l’indifférence générale. Hein ? Johnny aussi est mort le 5 décembre ? Ah oui, peut-être…

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5 décembre 2018

Le forgeron de Sainte Marie

Une histoire de légende du Tour de France….


Joseph Bayle est un costaud. Un dur de dur. Et pas un rigolo. C’est un homme simple. En Général, torse nu quelle que soit la saison, ne portant devant lui qu’un tablier de cuir plus pour le protéger du chaud que pour le préserver du froid. Sa musculature est impressionnante et n’importe lequel d’entre nous se trouverait chétif face à lui. Pour vous donner une idée, son tour de biceps équivaut à peu près à mon tour de cuisse. Identique pour les deux bras. Le bras droit, depuis des années manie la pince et le marteau de métal. Le bras gauche, quant à lui, passe sa journée à manœuvrer l’immense soufflet qui attise le feu en permanence. Vous l’avez deviné en lisant ces quelques lignes : Joseph est forgeron. Il habite une petite maison, à l’entrée de Sainte Marie de Campan, au pied du Tourmalet, dans les Pyrénées françaises. Depuis plus de vingt ans, il a pris la suite de son père qui avait lui-même appris le métier de son propre père. Avant ? On ne sait pas. Ça se perd dans la nuit des temps. Voilà plus de soixante ans que les Bayle cognent le marteau contre l’enclume, fabriquent, forgent, réparent tout et n’importe quoi. Ils font des clous, des rivets, des habillages de tonneaux, des pièces pour les carrosses, des roues de charrette. Ils fabriquent des outils : des marteaux, des lames de rabot, des pinces, des limes. Bref, tout ce qui est ou contient du métal passe dans les mains des Bayle.

Il est près de dix-huit heures et Joseph voit arriver d’un bon œil la fin de la journée. Oh, il n’a pas vraiment d’horaires, vu qu’ils ne sont que deux à travailler ici : Joseph et Alexandre, un gamin de douze ans qui lui donne la main pour apprendre le métier. La journée est organisée en fonction de ce qu’il y a à faire, de la force du feu et de la chaleur ambiante. Vers dix-huit heures, Joseph et son apprenti ont l’habitude de faire une petite pause casse-croûte, pour attendre le repas du soir.

« Va donc nous chercher ce que tu sais ! dit Joseph à son arpète. »

Alexandre comprend immédiatement et disparait derrière la forge. En attendant qu’il revienne, Joseph reprend son marteau. Mais son attention est attirée par un brouhaha venant du haut du village. Curieux, le forgeron fait deux pas en avant pour jeter un coup d’œil par la porte grande ouverte. Une petite troupe d’enfants arrive. Bruyante, comme une troupe d’une quinzaine de gamins qui parle, rit et crie. A sa tête, il reconnaît Maria Despiau. Au milieu du groupe, un homme marche, court presque, une roue de vélo dans la main droite et le reste de sa monture sur l’épaule gauche. L’homme est habillé en cycliste. Il est sale, son maillot est maculé de boue et il transpire abondamment. Son visage est barré d’une longue moustache noire qui le fait ressembler à un gaulois. Autour de son buste, un boyau est enroulé, prêt à être utilisé pour réparer une éventuelle roue crevée.

Derrière le groupe, une voiture roule au pas, évitant de dépasser.

L’homme s’approche de la forge. Il pose son vélo cassé contre la porte. Il a l’épaule en sang.

« Bonjour, c’est vous le forgeron ?

– Oui, bien sûr, vous voyez bien.

– Voilà, je m’appelle Eugène Christophe, je fais le tour de France et j’ai cassé ma fourche sur un caillou.

– Tout de suite, là ? demande l’artisan.

– Non, dans le Tourmalet, il y a deux heures.

– Mais vous êtes venu à pied ?

– Bien sûr, je n’avais pas d’autre choix. Mais bon, ça fait quoi ? A peine quinze kilomètres non ?

– Ouais, environ, selon l’endroit où vous avez cassé.  Vous voulez boire un coup ?

– Oui, je veux bien. Je suis crevé. J’ai mal aux pieds surtout dans ces foutues godasses de cycliste.

– Bon, on va réparer ça ?  Je vais voir ce que je peux faire.

– Ah non, sûrement pas, répond un des hommes descendus de la voiture. Il n’a droit à aucune aide. S’il veut repartir, il doit se débrouiller tout seul.

Eugène Christophe n’est pas étonné. Il connaît le règlement.

– Je peux utiliser votre forge s’il vous plait ?

– Bien sûr répond Joseph Bayle, j’ai presque fini ma journée. Vous savez forger ?

– Un peu, j’ai vu faire dans mon village quand j’étais gamin. Il va bien falloir que je me débrouille.

Et Eugène Christophe se met à l’ouvrage. Il frappe, il cogne. Il forge un petit morceau de métal qu’il introduit d’un côté dans la fourche et de l’autre dans le cadre du vélo calé près de lui par une bûche en bois. Il transpire, il n’en peut plus. Voilà plus d’une heure qu’il est là à travailler. Mais Eugène ne peut pas tout faire tout seul. Il n’a que deux mains ! Près de lui, Alexandre Tornay, le petit apprenti actionne le soufflet pour que les braises soient bien rouges. Les trois officiels sont toujours derrière lui, à regarder ce qu’il fait, à surveiller ses faits et gestes. Juste avant vingt heures, l’un d’eux s’adresse à Eugène.

– Eugène, il fait nuit, nous avons faim, dit-il. On irait bien chercher un petit casse-croûte.

– Certainement pas, répond le cycliste en levant la tête de son travail. Le règlement est le même pour tout le monde. Si vous avez faim, mangez du charbon ! Je suis votre prisonnier, vous êtes mes geôliers.

Le travail touche à sa fin. Pour consolider sa réparation, Eugène forge un petit rivet qui permettra de fixer définitivement la fourche. Une nouvelle fois, il demande l’aide d’Alexandre pour actionner la chignole. Une petite minute, un petit trou de part en part de la fourche. Quelques coups de marteau pour fermer le rivet et la réparation est terminée.

Eugène remercie Joseph Bayle et Alexandre, salue Maria et les enfants qui l’entourent toujours, prend le morceau de pain et la tomate que lui offre le forgeron et remonte sur son vélo. Il y a encore soixante-quinze kilomètres à parcourir avant l’arrivée. Devant lui, se dressent le col d’Aspin, le col de Peyresourde et la montée vers Bagnères de Luchon (douze kilomètres avec des passages à 8 %).

De la main, il salue tout le monde et disparaît au bout du village, suivi de près par la voiture des officiels.


Eugène Christophe avait disputé sa première course professionnelle le 5 Avril 1903.

C’est le 22 juillet 1913 qu’a eu lieu cet épisode véridique du tour de France. Eugène Christophe était alors leader du tour. Il est arrivé à Bagnères de Luchon avec quatre heures de retard sur Thys, le vainqueur de l’étape (malgré ces quatre heures perdues, il n’est pas arrivé dernier de l’étape. Quinze coureurs ont franchi la ligne après lui !) Les officiels lui ont infligé une minute de pénalité pour avoir été aidé par Alexandre qui a manié le soufflet et la chignole.

En 1951, Eugène Christophe est revenu à Sainte Marie de Campan. Il y a retrouvé Maria, Alexandre, Joseph et tous ses admirateurs. Occasion pour lui de faire une reconstitution de son exploit et d’inaugurer une plaque posée sur la forge. « Ici, en 1913, Eugène Christophe, coureur cycliste français, 1er du classement général du Tour de France, victime d’un accident de machine dans le Tourmalet, répara à la forge sa fourche de bicyclette. Quoiqu’ayant parcouru de nombreux kilomètres à pieds dans la montagne et perdu plusieurs heures, Eugène Christophe n’abandonna point l’épreuve qu’il aurait dû gagner, fournissant ainsi un exemple de volonté sublime. »

 

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4 décembre 2018

La jolie colonie de vacances (1)

Mon livre  » A chaque jour une histoire » plait beaucoup aux personnes que je rencontre lors des salons du livres auxquels je participe. C’est pourquoi j’ai décidé de publier, début 2019, le tome 2 de cette série, regroupant les mois de mars, avril et mai. Si mars est complet et qu’il ne manque qu’un texte en mai, avril est plein de trous. Il manque au moins une douzaine de jours. C’est pourquoi vous allez prochainement voir arriver un certain nombre de textes ayant un rapport avec le mois d’avril. Le denier (sous la lanterne) traitait du 4 avril, celui-ci relate des événements du 6 avril.

Comme d’habitude, vos commentaires sont les bienvenus. Bonne lecture.


Ma chère maman,

Ça y est, je suis bien arrivé à la colonie. Le voyage a été très long, mais tout s’est bien passé. Nous nous sommes arrêtés plusieurs fois pour manger et boire un peu. Sabine, la directrice était devant avec le chauffeur et ils regardaient souvent la carte. Nous avons pris des petites routes. Pour éviter les contrôles, je pense. Ça a marché puisque nous sommes arrivés sans jamais avoir été arrêtés.

Tu verrais comme c’est joli ici : une grande maison au pied de la montagne avec un immense jardin. Je n’ai pas compté, mais il y a au moins quinze pièces. Il y a une grande terrasse avec une superbe vue sur le fleuve. Edmond m’a dit que c’était le Rhône. Du moins c’est ce que j’ai compris. La Suisse n’est pas très loin, On verra bien. Il paraît qu’en été on se baigne dans le fleuve. Mais je ne sais pas si je serai encore là en juin. Je serai peut-être rentré à la maison. J’espère !

Je dors dans le grenier, sur un matelas posé par terre avec d’autres gars de mon âge. Parce que nous sommes des grands ! Les filles et les petits couchent dans des chambres au premier étage. Pour le moment, il fait froid, mais ne t’inquiète pas, nous avons assez de couvertures pour ne pas être gelés la nuit. Il n’y a pas de chauffage dans les chambres. Juste quelques petits poêles à bois dans la maison mais ça fait du bien. Chacun notre tour, nous aidons Emma ou Lucie à aller chercher de l’eau à la grande fontaine, dans la cour.

Chaque jour, nous allons à l’école évidemment. Notre maîtresse s’appelle Mademoiselle Perrier. Elle est très jeune et très jolie.   « La classe est jolie, il y a deux tablaux, il y a un poêl, des cartes de geographie, des image sur les mur, il y a 4 fenetres, je mamuse bien, Il y 15 buraux » ; « (…) en classe le matin on fait de l’ecriture du calcul. Lapré midi on fait une dictée ou un devoir de grammaire est quand on saie on aprent des leçon, une resitations, des verbes la table de 1 de 2 de 3 de 4 de 5 de 7 de 8 de 9 de dix. On fait des conpositions j’ai u 64 points edemi j’ai etait le troisième sur 8. » (2)

Nous sommes une bonne quarantaine d’enfants, des grands, des moins grands et des petits. Le plus jeune a quatre ans. Il s’appelle Albert et il est belge. Tu sais, ici, il y a des enfants qui viennent de plein de pays différents : des belges, des polonais, des autrichiens, des français évidemment et aussi beaucoup d’allemands.  On rigole bien, même si on ne comprend pas toujours bien ce qu’on se dit. « Pas besoin de parler pour faire des bêtises », dit Sabine !

Il parait qu’en été, on joue beaucoup dans la cour ou dans les champs et que les grands (comme moi) entretiennent un jardin pour avoir des légumes à manger. Pour le moment, il fait froid, on est beaucoup dans la classe. On apprend bien sûr, mais on dessine aussi beaucoup. Il y a des copains qui dessinent drôlement bien !

Des grands m’ont dit que l’été ils faisaient leur toilette dans la cour, à la grande fontaine et qu’ils s’éclaboussaient tout le temps. Pour le moment, on se débarbouille dans le couloir de l’entrée, dans des chaudrons d’eau chaude. Il paraît aussi qu’il y a un docteur qui passe de temps en temps voir ceux qui sont malades. Pour le moment, je ne l’ai pas encore vu. Je ne suis pas pressé !

Hier, c’était l’anniversaire de Claudine, une petite parisienne. Elle a eu cinq ans. Elle a soufflé ses cinq bougies devant tout le monde et on a applaudi et chanté « Bon anniversaire » en plusieurs langues !

Voilà, ma petite maman, tu vois, tu n’as pas à t’inquiéter, je vais très bien. Ici c’est presque le paradis. Sabine et Miron sont vraiment très gentils et j’ai hâte qu’il fasse beau pour qu’on sorte un peu.

Comment vas-tu ? J’espère que tu vas bien ainsi que Papi et Mamie. Avez-vous des nouvelles de papa ? J’espère qu’il reviendra vite à la maison et reprendra son travail.

Je t’embrasse très très fort. Je t’écrirai encore une grande lettre bientôt pour te raconter ce que nous faisons dans cette grande maison.

Ton fils qui t’aime.


Ils avaient de 4 à 16 ans. Il y avait 44 enfants juifs dans la maison d’Izieu le 6 Avril 1944 lorsque la Gestapo aux ordres de Klaus Barbie a fait irruption au moment du petit déjeuner. Il y avait également 7 adultes. Tous ont été déportés. Tous sont morts, pour 42 d’entre eux gazés à leur arrivée dans le camp de Auschwitz. Aucun n’a survécu.

Miron Zlatin, directeur du centre, a été fusillé à Tallinn en juillet 1944.

Sabine Zlatin, sa femme, surnommée la Dame d’Izieu était absente au moment de la rafle. Elle a survécu. Elle est décédée en 1996 après avoir vu la Maison d’Izieu devenir « le Mémorial des enfants d’Izieu », inauguré par le Président Mitterrand en 1994.

Le site http://www.memorializieu.eu est le site officiel du Mémorial des enfants d’Izieu.

(1) Le titre peu paraître choquant quand on sait ce qui s’est passé, mais d’une part, les enfants appelaient cette maison « la colonie » et d’autre part, ils y trouvaient un peu de calme et de tranquillité. 

« Nous sommes arrivés en camion, pas en autocar, en camion ; et je me rappelle toujours, vous savez, Reifman, il a sauté du camion et a dit : ″Quel paradis !″ » Sabine Zlatin, directrice de la colonie.

(2) Témoignage écrit de Grégory Halpern (8 ans) dans une lettre à ses parents.

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2 décembre 2018

Sous la lanterne.

Un petit texte comme j’en ai déjà fait il y a quelque temps.

Derrière ce texte nostalgique, un peu triste, un peu ringard, un peu pleurnichard, se cache la version française d’une chanson bien connue.

Evidemment, je l’ai écrite un peu à ma sauce, mais l’essentiel de la chanson est bien là. Je vais vous laisser quelque temps, peut-être une semaine, avant de vous donner la solution. 

Attention, ce n’est pas une petite ritournelle chantée comme ça au coin d’une rue. Non… C’est une chanson ultra-connue, qui a fait le tour du monde. Du moins pour sa musique, un peu moins pour ses paroles.

Alors ?

De quelle chanson s’agit-il ? (celles et ceux qui lisent la musique seront avantagés par l’illustration)

La réponse en bas de cette page.


Tant d’années après, me voilà revenu près de la caserne où je fus soldat autrefois. Je me souviens qu’à la nuit tombée, la lanterne là-haut s’allumait et luisait de mille feux. Les feux de l’amour sûrement, de l’amour que nous nous portions mutuellement. Au coin de la rue, sous la lanterne, c’est là que nous nous attendions. Un jour toi, un jour moi. Nous nous espérions, plein d’espoir, espérant juste que l’autre avait pu se libérer pour venir au rendez-vous. Nous aimions nous retrouver.

Tous deux.

Et lorsque nous nous retrouvions, ce n’était que du bonheur. J’oubliais que j’étais soldat et que mes journées étaient longues et terribles. Toi, petit oiseau, tu oubliais ta pauvre condition. Sous la lanterne, nous nous embrassions et plus rien n’existait. Rien d’autre que nos corps enlacés qui ne faisaient plus qu’un dans l’ombre de la lanterne. Nous ne nous lâchions pas, et joue contre joue, nous nous promettions monts et merveilles pour notre vie à venir. Une belle vie, à n’en pas douter. Nous aimions nous embrasser.

Tous deux.

La nuit se faisait de plus en plus sombre, nous marchions dans la vile, main dans la main, sans trop nous éloigner. Comme le temps passait vite ! Comme le temps passe vite lorsque l’on est deux et que l’on est heureux ! Hélas, les heures étaient sombres et le couvre-feu nous obligeait alors à repartir chacun de son côté. Te souviens-tu comme nous étions tristes lorsque la sirène déchirante nous séparait. Tu t’en souviens n’est-ce pas ?

Dis-moi.

La ville a changé, cette ville où je n’étais pas revenu depuis des années. Aujourd’hui, le hasard de la vie a guidé mes pas jusqu’ici. Et la lanterne est toujours là, au coin de la caserne. Et elle s’allume encore lorsque finit le jour. Je suis resté exprès pour m’en assurer. Le quartier n’est plus le même, les voitures ont envahi la ville, les gens ont l’air pressés, occupés à mille tâches. Moi-même j’ai changé. Je ne me sens plus chez moi comme autrefois lorsque nous nous retrouvions. Ai-je tellement vieilli ? Ai-je tellement changé ?

Dis-moi.

Je pense à toi.  Je ne t’ai jamais oubliée. Je ne sais où tu es. Je ne sais avec qui, je ne sais même pas si tu es encore de ce monde, mais souvent, bien souvent, je nous revois tous deux, sous la lanterne. Nous avions vingt ans, nous étions insouciants et nous aimions ces rendez-vous tendres et amoureux. Le temps a passé. Les années se sont succédé et ont laissé des traces sur mon front. Malgré les jours, malgré les ans, lorsque la nuit tombe et que le silence se fait profond, du fond de mon lit il me semble t’entendre, entendre ton pas. Alors je ferme les yeux, je me retourne et te serre dans mes bras. Penses-tu à moi ?

Dis-moi.

Le 4 Avril 1915, le soldat Hans Leip écrit à Berlin le poème « Lied eines jungen Wartpostens » (littéralement « Chant d’une jeune sentinelle ») qui sera immortalisé plus tard sous le nom de Lili Marleen. 

Dans sa version originale, elle a d’abord été interprétée par la chanteuse Lale Andersen en 1938. Les versions les plus populaires ont été chantées en allemand ou en anglais par Marlene Dietrich qui modifia le titre Lili Marleen en Lili Marlene, qui deviendra le titre utilisé en France.

Voici les paroles françaises dont je me suis inspiré pour écrire ce texte (version de Jean-Claude Pascal)

« Devant la caserne
Lorsque vient la nuit,
La vieille lanterne
Soudain s’allume et luit.
C’est dans ce coin-là que le soir
On s’attendait, remplis d’espoir,
Nous deux, Lily Marlène. (bis)
Et dans la nuit sombre,
Nos corps enlacés,
Ne faisaient qu’une ombre
Lorsque l’on s’embrassait.
Nous échangions ingénument,
Joue contre joue bien des serments,
Nous deux, Lily Marlène. (bis)
Le temps passe vite
Lorsque l’on est deux.
Hélas on se quitte,
Car c’est le couvre-feu.
Te souviens-tu de nos regrets
Lorsqu’il fallait nous séparer ?
Dis-moi, Lily Marlène ? (bis)
La vieille lanterne
S’allume toujours
Devant la caserne
Lorsque finit le jour,
Mais tout me paraît étranger,
Aurais-je donc beaucoup changé ?
Dis-moi, Lily Marlène ? (bis)
Cette tendre histoire
De nos chers vingt ans
Chante en ma mémoire
Malgré les jours, les ans.
Il me semble entendre ton pas
Et je te serre entre mes bras,
Lily Marlène. (bis) »

© Amor-Fati 2 décembre 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr
29 octobre 2018

Rien que des mensonges

Hier, sur ma page auteur Facebook, j’ai sollicité mes « amis ». Je leur ai demandé de me proposer une phrase qui pourrait être le début d’un texte. Une phrase, courte ou longue, qu’importe. J’ai reçu une douzaine de propositions. Après les avoir bien regardées, j’en ai retenu une pour aujourd’hui et une pour un prochain texte.

La phrase choisie est celle de mon amie Christelle : Ce matin-là, elle se leva la boule au ventre…

Bonne lecture !! Et comme d’habitude, n’hésitez pas à commenter…


Ce matin-là, elle se leva, la boule au ventre. Elle avait mal dormi, tourné dans le lit pendant toute la nuit. Surtout ne pas le réveiller. Ne pas lui donner la possibilité de la toucher, même de la frôler. Quand il était venu se coucher, elle n’avait pas bougé, avait gardé les yeux bien fermés et s’était appliquée à avoir une respiration régulière. Quand il avait posé la main sur son épaule, elle avait frissonné mais ne s’était pas retournée, n’avait pas réagi. Quand il s’était levé pour partir travailler, elle n’avait pas bronché, pas même quand il avait déposé un baiser près de son oreille.

C’était toujours comme ça. Quand il revenait de « soirée », comme il disait, il était pris d’un accès de mauvaise conscience et cherchait à se faire pardonner. C’était trop dur pour lui. Il fallait qu’il soit câlin et qu’elle soit câline pour qu’il puisse s’endormir apaisé et la conscience tranquille. Qu’importe qu’elle ait passé la soirée devant la télé. Aucune importance qu’elle soit allée se coucher seule et qu’elle ait attendu une partie de la nuit. Du moment qu’elle était gentille au moment où il le désirait. Lui donner de l’amour, c’était lui donner son absolution.

Elle savait que la situation ne pourrait plus durer. Elle avait cru pendant des mois à la partie de poker avec des copains. Elle avait écouté ses bonnes et mauvaises mains le matin, assise dans le lit devant la tasse de thé qu’il lui avait apporté. Toujours cette mauvaise conscience ! Elle s’était réjouie avec lui quand il avait gagné. Elle avait été compatissante et compréhensive quand il avait perdu. Elle avait tout gobé, tout cru, tout avalé depuis trop longtemps. Des mensonges. Rien que des mensonges.

Jusqu’à ce qu’un jour, il oublie son portable sur le lit en allant se doucher. Déjà se doucher avec son téléphone, ça aurait dû l’alerter ! Il s’était allumé et avait affiché la notification « Mathilde : Vivement tout à l’heure ! Je t’aime ». Le monde s’était écroulé en huit mots et en une seconde. Elle l’entendait chanter sous la douche et elle savait qu’il mentait. Et qu’il mentait sûrement depuis longtemps.

Elle avait alors guetté son portable. Et elle avait surpris plusieurs messages du même genre, avec des prénoms différents. Viviane, Margot, Karine… Plus les semaines passaient et plus elle se rendait compte qu’il n’était pas l’homme qu’elle avait connu et qui était venu s’installer chez elle un an plus tôt.

Et elle savait que ce soir, il avait rendez-vous avec une certaine Loona qu’il avait connue sur Facebook et avec qui il correspondait depuis un mois déjà. Elle suivait chaque jour ses conversations sur les réseaux sociaux. C’était facile, son mot de passe était le même sur tous les sites qu’il fréquentait. Il devait la rejoindre dans un café de la place des Tilleuls à 20 h30 pour une coupe, avait-il proposé. « Et plus si affinité », avait-il ajouté finement ! Ce à quoi la belle Loona avait répondu « pourquoi pas ? en ajoutant des petits emojis évocateurs et qui ne laissaient aucun doute sur son accord tacite.

La journée passa très vite. Elle avait tellement à faire aujourd’hui. Pas une minute à elle. Pas une seconde sans rien faire. Il fallait qu’elle soit prête à temps.

A 20 h, son téléphone sonna. Un message : « Poker chez Christophe ce soir. Ca risque de durer un peu. Couche toi, je te retrouve en rentrant. Je t’aime. »

A 20h30, en montant dans sa voiture, elle prit son téléphone et rédigea le message qu’elle avait déjà écrit cent fois mentalement : « Désolée, j’aurai sûrement du retard pour notre petite soirée, je suis partie huit jours au soleil. J’ai fait changer les serrures de l’appartement. Tes affaires sont dans le local à poubelles. Méfie-toi, ils passent dans une heure. Bon poker avec Christophe. Loona. »

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