3 avril 2019

Une soirée bien étoilée (2/5)

Ca chauffe, ça chauffe…. La petite Noémie est toute fébrile ! Peut-être que ce soir sera le grand jour ! Allez savoir !

Bonne lecture et à demain pour le 3…

Commentaires bienvenus, comme d’hab !


Les jours suivants furent un calvaire pour Noémie. Mais un doux calvaire. Chaque passage de Théo la remplissait de bonheur. Elle respirait son eau de toilette avec avidité, se rappelant les baisers de mardi. Lorsque ses collègues de bureau plaisantaient au sujet du beau Théo, elle pensait que elle seule connaissait la chaleur de ses bras, la douceur de ses lèvres, la tendresse de ses mots. Elle en était intérieurement toute tremblante. Mais elle n’en laissait rien paraître, et lui non plus évidemment. Leurs relations étaient essentiellement professionnelles. Mais chaque soir, elle avait pris l’habitude de traîner un peu avant de partir, de passer aux toilettes pendant que ses collègues quittaient le bureau. Et durant quelques minutes, elle recevait les baisers espérés pendant toute la journée, elle lui donnait la tendresse et les mots doux qu’il attendait, mais ils étaient toujours pleins de retenue et de timidité.

Même si elle était d’un naturel timide, et toujours vierge, Noémie espérait bien au fond d’elle même que Théo serait le premier homme à lui apprendre les choses de l’amour.


Le samedi matin, Noémie ne tint pas au lit. Elle avait mal dormi. Elle se sentait nerveuse, Il fallait absolument qu’elle se lève sous peine de voir la migraine s’installer. Et ce n’était certainement pas le jour ! A sept heures et demie, elle était déjà debout. A la même heure que pendant la semaine.

Elle passa la journée à ranger l’appartement. Oh, elle était d’un naturel plutôt ordonnée mais elle souhaitait que tout soit impeccable, au cas où… L’idée lui trottait dans la tête.. Comment allait se passer le repas, et surtout, qu’allaient-ils faire ensuite ? Trop tard pour le cinéma, trop tôt pour aller en boîte. Secrètement, elle espérait bien voir le loup ce soir, comme disait son père. Une grande étape dans sa vie. Une nouvelle étape, mais si importante, Elle ne savait pas ce que serait cette nuit, ni même si elle aurait lieu, mais elle voulait que tout soit parfait si Théo et elle envisageaient d’aller plus loin que de chastes baisers. Elle nettoya donc tout l’appartement, changea les draps, astiqua la douche, les toilettes, les robinets. A dix-neuf heures, elle était prête. Elle avait même pris un bain, elle qui habituellement ne prenait que des douches.

Elle avait pris soin de sa tenue et avait choisi des vêtements légers et amples. Comme elle était un peu complexée par sa trop petite poitrine, elle avait choisi un soutien-gorge avec un léger rembourrage qui la mettait plus en valeur. Mais pas trop quand même !

A partir de dix-neuf heures quinze, Noémie commença à tourner dans l’appartement. Elle passait de la chambre au salon, de la cuisine à la salle de bains, arpentait le couloir en regardant où elle posait les pieds, s’asseyait sur le canapé sur une demi-fesse, histoire de ne pas le froisser et de ne pas froisser sa jupe en lin. Elle sentait bien qu’elle était à la limite du ridicule, mais elle ne pouvait pas faire autrement !

Enfin, à dix-neuf heures vingt-neuf, elle vit une voiture s’arrêter devant la porte de son immeuble. C’était bien lui ! Elle attrapa son manteau, éteignit soigneusement la lumière du couloir, ferma la porte à double tour et descendit les seize marches de son immeuble.

A dix-neuf heures trente, elle était assise dans la voiture, près de lui. Elle avait son eau de toilette pour elle toute seule.

© Amor-Fati 3 avril 2019 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr
2 avril 2019

Une soirée bien étoilée (1/5)

Il y a longtemps que vous n’avez rien lu de moi et vous vous dites:  » Il  a arrêté d’écrire, il ne fait rien de sa retraite, il va sombrer dans la tristesse, l’ennui et la mélancolie… »

Que nenni… En douce, sans publier, je suis en train d’écrire un nouveau roman dans le même style que « Je m’appelle Mo »… une centaine de chapitres courts…

Mais en attendant, et pour vous prouver que j’écris toujours, voici une petite nouvelle, découpée en cinq morceaux.

De mardi à samedi.

Une étoile par morceau…


Si Théo avait voulu l’épater, il avait réussi son coup.

Depuis longtemps, Noémie voyait bien qu’il lui tournait autour. Elle n’était pas non plus indifférente à son charme.

Au bureau, nombreuses étaient les secrétaires, comme elle, qui se retournaient sur son passage. Son eau de toilette dégageait quelque chose qu’elles ne connaissaient pas. Le matin, lorsqu’il entrait dans le pool des secrétaires, chacune levait la tête pour être aperçue, pour espérer avoir un regard, un sourire, une attention particulière. Rien que pour elle.

Plusieurs fois, il s’était intéressé à elle, lui avait posé des questions. Il lui faisait confiance et lui confiait des tâches à responsabilité qui faisaient l’envie de ses copines de bureau. Le travail, personne ne courait vraiment après, mais le travail donné par Théo, tout le monde en voulait bien.

Théo. Il devait être d’une grande famille. Il s’appelait Théophile de Tiriac. Mais, depuis sa plus tendre enfance, tout le monde l’appelait Théo de T, souvent aussi écrit TO2T.

Mais Théo était timide, extrêmement timide, et tout le monde le savait.

Pourtant, un mardi, il s’était lancé…

Ce soir-là, à l’heure de la sortie des employés, il lui avait demandé, en dernière minute, de passer dans son bureau. Noémie avait attendu que ses collègues disparaissent dans l’ascenseur pour rejoindre le bureau de Théo.

Il n’avait pas fait semblant longtemps. A son arrivée, il s’était levé, avait contourné sa table de travail et s’était approché d’elle. Il n’arrivait pas à dire un mot, aucun son ne sortait de sa bouche à elle. Leurs mains se joignirent, leurs sourires se répondirent, leurs bouches se frôlèrent d’abord, puis se réunirent enfin en un long baiser qu’ils avaient tous les deux tant attendu. Les quelques minutes qui suivirent furent douces et tendres. Les bras de Théo étaient chauds et accueillants, les baisers de Noémie tendres et lascifs. Mais Théo n’était pas homme à aller trop vite en besogne et Noémie, d’une nature plutôt réservée, ne souhaitait pas non plus que les choses allassent trop vite. C’est pourquoi, d’un commun accord, ils s’éloignèrent l’un de l’autre et détachèrent leurs mains.

« Que faites-vous samedi soir ? demanda-t-il soudain.

– Samedi ? répondit Noémie, un peu prise au dépourvu. Je n’ai rien de prévu. Rien de particulier.

– Hé bien, reprit-il, que diriez vous de m’accompagner au restaurant ?

– Au restaurant ?

C’est tout ce qu’elle avait trouvé à répondre. Elle s’attendait tellement peu à cette invitation que les mots ne lui venaient pas naturellement.

– Oui, je souhaite vous inviter à l’Espérance, le long du canal.

– A l’Espérance ?

Décidément, Noémie ne pouvait rien faire d’autre que de répéter bêtement ce que lui avançait Théo.

– Oui, à l’Espérance. C’est l’un des restaurants de Stéphane Carbone, chef étoilé de Caen.

Noémie n’en revenait pas. Pour une première invitation, il mettait la barre plutôt haut. Lorsqu’il avait parlé de restaurant, elle n’avait pas imaginé un fast-food, genre Mac Do ou KFC, ce n’était pas son genre, mais pas non plus l’Espérance.

– Avec plaisir, avait-elle bafouillé. Evidemment.

Noémie était écarlate. Certainement aussi rouge que ses chaussures préférées.

– Ah ! tant mieux. Heureux que vous ayez accepté. Alors, c’est entendu, je passerai vous prendre à dix-neuf heures trente devant chez vous.

– D’accord, d’accord, bien sûr, s’entendit-elle répondre.

– Au revoir Noémie, et à demain.

– Au revoir, à demain. Merci.

Merci ? Elle avait bien dit merci ? C’était n’importe quoi. Elle avait l’impression de se regarder vivre, de ne pas être maîtresse d’elle même !

Elle voulut s’approcher de lui pour lui donner un dernier baiser, mais elle sentit intérieurement que l’instant d’intimité était passé et n’osa pas en demander plus. Elle remonta le col de son manteau et se dirigea vers la porte.

– Noémie, lui dit il doucement.

Elle se retourna, espérant recevoir une demande de baiser.

– Pas un mot de tout ça à personne, n’est-ce pas. Evidemment ! Il ne s’est rien passé !

– Bien sûr, répondit-elle, il ne s’est rien passé ! »

Comme si elle pouvait imaginer un instant qu’il ne s’était rien passé. Ils ne s’étaient pas dit cinquante mots dans le bureau, mais il l’avait invitée à l’Espérance. Elle n’en espérait pas tant !

© Amor-Fati 2 avril 2019 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr
19 mars 2019

[Paramètres] #50

Nouveau roman en cours d’écriture.
En cadeau, je vous offre le chapitre 50… Véritable tournant du livre…
Fin du premier jet prévue pour fin avril.
Je vous offrirai un autre chapitre un peu plus tard…
Tous les commentaires sont autorisés, évidemment !!!

 

Le dernier baiser,
On l’ignore encore
Pourtant c’était le dernier baiser
Le dernier accord
Sur une guitare brisée
Le point d’orgue
Au milieu d’une chef d’œuvre inachevé. (1)

Voilà Serge Lama qui remonte en ma mémoire.

J’essaie d’être le plus naturel possible, et pourtant je goûte chacun des instants que je vis sachant que c’est le dernier.

Comme un condamné à mort qui marche à son supplice et qui regarde une dernière fois autour de lui.

Le dernier pas, le dernier regard, le dernier son, le dernier battement de cil, le dernier souffle.

Elle ne sait pas que cette soirée est une longue série de « derniers ».

Moi je le sais.

Le dernier repas, la dernière promenade, la dernière soirée télé, le dernier coucher, peut-être le dernier câlin, le dernier sourire, le dernier « Bonne nuit ».

Et enfin… le dernier baiser.

Quel sera son lendemain à elle ? Que va-t-elle trouver demain matin à son réveil ? Je ne sais pas.

Moi je quitte tout cela en sachant ce que je vais trouver. Elle, n’a aucune idée de ce qui l’attend. Ce sera peut-être mieux. Différent en tout cas.

Moi je repars d’où je viens. Je quitte cette maison pour m’y réveiller à nouveau demain matin. C’est une étrange sensation.

Je me couche, je l’embrasse, je règle mon téléphone, le repose sur la table de nuit.

J’éteins la lumière.

Et je ferme les yeux.

 

(1) Serge Lama : « Le dernier baiser »

 

© Amor-Fati 19 mars 2019 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr
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28 février 2019

Vis ta vie de poulet dans le four

Oui, je sais, ce n’est pas un poulet… Quand même, faut pas me prendre pour un imbécile !!

Si tu es un vrai scientifique et que pour toi, il vaut mieux une bonne expérience qu’une mauvaise théorie.

Si, de plus, tu t’es déjà posé la question : « Mais que ressent un poulet pendant qu’il est dans un four à 180 ° ? » Si si, je t’assure, il y a des gens qui se posent la question.

Si, enfin, tu aimes faire de la pâtisserie, suis bien une à une les instructions ci-dessous : (C’est exactement ainsi que j’ai vécu cette expérience cet après-midi. Chaque étape est importante si tu veux vraiment réussir…)

  1. Débarrasse-toi de ton pull à manches longues et mets toi en T shirt (manches courtes, très important)
  2. Préchauffe ton four à 180 °. (Tu peux tester plus chaud si tu aimes les expériences fortes).
  3. Hors du four (évidemment), prépare une tarte tatin* ( 8 pommes, 100 g de sucre, 50 g de beurre et une pâte brisée par dessus) dans un plat à charnière qui fuit, mais tu ne sais pas qu’il fuit. (Important cependant le « qui fuit » pour la suite de l’expérience… Si le plat est étanche, l’expérience sera un échec… cuisant !!).
  4. Mets ton plat dans le four (évidemment sans te rendre compte qu’il fuit) sur une grille  (pas sur une lèchefrite sinon, ce n’est pas drôle), . Le trajet plan de travail-four doit se dérouler sans la moindre goutte de caramel par terre, sinon, ça met la puce à l’oreille, tu te rends compte que ça fuit et on revient au numéro 3 étanche…
  5. Pendant une demi-heure environ, tu vas pouvoir faire ce que tu veux: ranger ton plan de travail, lire un bouquin, regarder la télé, aller aux toilettes, dans le jardin, écrire un mini-roman, faire des mots croisés, un sudoku, éplucher la soupe…etc…
  6. Etre ravi de la bonne odeur de caramel qui se répand dans la cuisine et regarder par la porte du four si la tarte est cuite.
  7. La laisser cinq minutes de plus, parce qu’elle n’est pas tout à fait assez dorée.
  8. Sortir la tarte du four et la retourner immédiatement sur le plat de service (Ben oui, c’est une tarte tatin, faut la retourner…faut suivre un peu… ah la la)
  9. La trouver un peu palote et se dire « Tiens, pourtant mon caramel était bien brun, et la dernière fois, les pommes était marron foncé« .
  10. Jeter un œil en direction du four et repérer des gouttes de caramel sur le carrelage.
  11. Se dire « Tiens tiens, c’est bizarre« , nettoyer aussitôt, tout en constatant que le caramel a déjà commencer à durcir.
  12. Innocemment, ouvrir alors la porte du four pour remettre en place la deuxième grille que tu avais retirée avant d’enfourner ton moule.
  13. Constater alors que la sole de ton four est entièrement recouverte de caramel bien brun.
  14. Et là, tu te dis: »Vu les deux gouttes qui ont figé sur le carrelage tout à l’heure en deux minutes, ça ne va pas tarder à devenir d’abord une grosse bouillasse, puis une grosse croûte de caramel dans le fond du four. »; et tu te dis aussi « si je laisse le four refroidir comme ça en faisant celui qui n’a rien vu, même la pyrolyse, elle ne pourra rien contre le plus beau four Bosch caramélisé« . Et tu imagines la tête de ta tendre épouse quand elle va rentrer et qu’elle va voir son beau Bosch complètement ruiné et toi tu vas dire comme un gamin « Oh non, j’avais pas vu... »
  15. Alors tu t’armes d’un rouleau de Sopalin et tu tartines le bas du four où le caramel a déjà commencé à refroidir puisque depuis cinq minutes, tu as laissé la porte ouverte en te demandant : « Bon, je fais quoi ?« .
  16. Et là, tu commences à ressentir ce que ressent le poulet. Tu fais bien gaffe à ne pas toucher les parois du four. Tu as les poils des bras qui commencent à roussir. la sensation de chaleur se fait plus intense au bout des doigts quand le caramel a bien imprégné le Sopalin et qu’il faut le ressortir.
  17. Une fois que tu as bien dégrossi au Sopalin, prends une éponge avec de l’eau bien chaude pour finir de nettoyer ce qu’il reste et qui, maintenant, est bien attaché. Continue à faire gaffe aux parois; c’est traître ces trucs là… une minute d’inattention et tu es marqué comme un cheval… Et là, non seulement tu as chaud aux bras, mais aussi à la main qui presse l’éponge (selon l’équation eau très chaude + caramel = caramel chaud et collant)
  18. Voilà, une fois que tu auras fini, en regardant ton bras, tu penseras au poulet que tu as mis dans ton four dimanche dernier et tu te diras qu’il vit une drôle d’expérience…
  19. Et toi, tu auras vécu l’expérience du poulet dans le four et tu auras inventé une nouvelle recette de gâteau: la tarte tatin revisitée, avec caramel servi à part sur Sopalin (voir photos)
  20. Merci qui (Non, pas Jacquie et Michel…)????
Ben oui, je sais bien qu’elle est pâlichonne !!

 

© Amor-Fati 28 février 2019 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr
29 janvier 2019

Ma blonde

 

 

Maxime se leva de son lit après avoir raccroché le téléphone. Une longue conversation vidéo avec Judith, «sa blonde», comme il disait, comme on disait chez elle. 

« Judith mon Amour, je file vers toi. J’ai tant aimé nos vacances l’été dernier. Tu me manques tellement. La surprise que tu vas avoir, je te dis même pas !

Il parlait tout seul. 

Le jeune homme attrapa une bière dans la cuisine. Il était heureux, dansait et parlait tout seul dans l’appartement. La décision qu’il venait de prendre était sa première vraie décision d’homme. Pas besoin de l’avis de ses parents, ni de ses copains !

– Plein le cul des conversations qui n’en finissent pas, des petits mots doux à cinq mille kilomètres de distance. Moi ce que je veux, c’est te serrer dans mes bras. T’embrasser, me blottir contre toi !!! Faire l’amour avec toi ! Je veux tout de toi. Tout de suite.

Il criait, il dansait, tournait avec son oreiller dans les bras, tapant des pieds sans s’occuper des voisins

– Je vais revoir Judith, je vais revoir Judith !!!

Judith…

Une grande blonde aux yeux verts, perchée sur des jambes de plus d’un mètre. Souriante, légère, gaie, radieuse, et avec un accent tellement authentique. Les français adorent l’accent québécois, et Maxime avait succombé à son charme. Ils s’étaient rencontrés par pur hasard dans un magasin de souvenirs du Mont Saint Michel pendant les vacances d’été. Judith était de passage dans la Manche, étape obligée dans le tour d’Europe qu’elle avait commencé au début du mois de juillet et qui lui avait déjà fait visiter l’Allemagne, la Belgique, le Danemark et la Suisse avant de prendre un train pour Paris. Elle avait décidé de suivre les côtes de la Manche et de l’Atlantique jusqu’aux Pyrénées avant de passer quelques jours sur la côte d’Azur et de repartir vers le Québec retrouver sa famille et son job de secrétaire. 

Maxime lui, habitait Paris où il était étudiant en architecture. Il logeait dans un petit studio de la rue de Bagnolet, dans le vingtième, tout près du Cimetière du Père Lachaise où il aimait se promener, aussi bizarre que cela paraisse. Il était en quatrième année et avait une passion pour les vieux bâtiments parisiens et les vieilles pierres moyenâgeuses. C’est cet amour de la construction féodale qui l’avait mené au Mont -Saint Michel pour admirer l’abbaye et la construction des plus anciennes maisons du mont.

Depuis trois mois qu’elle était repartie à Montréal, il ne se passait pas une journée sans qu’ils se parlent, ou qu’ils se voient sur leurs téléphones respectifs. Sur leurs cellulaires, comme elle disait. Les applications pour  conversations vidéo, c’était vraiment l’idéal pour les jeunes couples comme eux. Pour ceux que l’amour avait jetés dans les bras l’un de l’autre, à l’aveuglette, sans tenir compte des lieux d’habitation, des distances. Cupidon était bien négligent parfois lorsqu’il lançait ses flèches.

Et ce soir, après avoir parlé pendant plus d’une heure avec Judith, Maxime avait décidé d’aller la voir chez elle. De lui faire la surprise et de débarquer à Montréal comme ça, sans prévenir, un matin de bonne heure avec des croissants.

Et depuis le jour de cette décision, Maxime n’en pouvait plus. Il avait décidé de la date du voyage en fonction des prix proposés par les compagnies aériennes. L’amour fou n’empêchait pas d’essayer de voler à un prix raisonnable. Il avait changé de l’argent, obtenu son Autorisation de Voyage Electronique sur internet, avait regardé en détails le plan de Montréal, s’était baladé virtuellement dans la ville, histoire de s’y familiariser avant son arrivée sur place. Le marché Jean Talon, tout près de l’appartement de Judith, n’avait plus de secret pour lui, de même que le Mont Royal ou la cathédrale qu’il avait visitée sur le site de la ville.

Les derniers jours avaient été les plus difficiles. Il était fébrile, impatient. Les discussions vidéo avec Judith devenaient difficiles. Maxime devait mentir, raconter des histoires sur son emploi du temps et sur ce qu’il avait projeté de faire dans les jours à venir. Il était un peu tendu, craignait perpétuellement de faire des gaffes, de se contredire parfois, de dire le contraire de ce qu’il avait affirmé la veille.

Les nuits aussi devenaient pénibles. Il était vraiment temps qu’il parte. Evidemment il imaginait son arrivée sous l’angle le meilleur qu’il puisse espérer, mais rien ne lui assurait que l’accueil serait excellent. Et si elle n’était pas heureuse de le recevoir ? Et s’il y avait quelque chose qu’elle lui avait caché ? Si lui était capable de mentir et de raconter des bobards au téléphone, peut-être en serait-elle capable aussi ? Et si elle avait quelqu’un d’autre à Montréal ?  Il savait que sa visite comportait des risques et que la réaction pourrait ne pas être à la hauteur de ses espérances. Mais c’était un risque qu’il avait accepté de courir.

Métro, RER, attente à l’aéroport, salle d’embarquement, attente encore, puis huit longues heures de vol au-dessus de l’Atlantique. Lorsque Maxime récupéra son sac à l’aéroport Pierre Elliot Trudeau après une nouvelle demi-heure d’attente, il était nerveusement épuisé. Il lui restait juste à faire le trajet vers les bras de Judith. D’abord la ligne 747 en bus qui lui permettrait de gagner le centre ville, puis le métro, direction Jean Talon. Il avait tout étudié avant de partir. Le trajet lui parut court par rapport à ce qu’il avait vécu jusque là. Il découvrait, de bonne heure le matin, les rues de Montréal qu’il n’avait vues que dans des films. Il savourait pour son grand plaisir le parler des québécois, les expressions qu’il attrapait au passage, les mots typiquement locaux et certaines phrases qu’il ne comprenait pas du tout.

Judith lui avait dit que son week-end allait être calme, qu’elle allait rester tranquillement chez elle pour se reposer de sa semaine qui avait été plutôt agitée. «Une bonne grasse matinée me fera le plus grand bien» lui avait-elle assuré.

C’est pourquoi Maxime fut surpris de ne recevoir aucune réponse après son premier coup de sonnette. Il appuya à nouveau sur l’interrupteur et laissa sonner un peu plus longtemps. Elle devait avoir le sommeil lourd. Après le troisième coup de sonnette, Maxime entendit enfin du bruit dans l’appartement. Il était rassuré, elle ne lui avait pas menti. Un pas traînard et visiblement peu réveillé avançait vers la porte d’entrée. Le coeur de Maxime battait à tout rompre. Il avait hâte de voir la tête de sa blonde, de sa bien aimée. Il avait fait cinq mille kilomètres pour recevoir le baiser de la surprise. Et la surprise, ce fut lui qui la reçut en pleine figure lorsqu’un homme d’une petite trentaine d’année lui ouvrit la porte. Vêtu seulement d’un T shirt et d’un caleçon long froissé, l’homme avait visiblement été réveillé par les coups de sonnette répétés. Maxime crut que son cœur allait s’arrêter sur le champ. Son pire cauchemar se réalisait. Il y avait pensé pourtant. Judith n’était pas seule et n’avait pas que lui dans sa vie.

– C’est pourquoi ? demanda l’homme

Maxime avait du mal à parler. Une boule bloquait l’air dans sa gorge et l’empêchait de s’exprimer correctement.

– Bonjour, je ne suis pas chez Judith Blondeaux ?

– Bien sûr que si tu y es chez Judith, c’est bien écrit sur la porte.

– Alors c’est elle que je veux voir..

Maxime était agacé de voir cet homme. Sa bonne humeur s’était évanouie. Il était grand temps que tout cela se termine.

– C’est que Judith n’est pas là, là. Elle est partie hier soir.

Maxime voulait savoir. 

– Partie ? Mais tu es qui toi ? Qu’est-ce que tu fous chez Judith ?

– Arrête donc de me chanter des bêtises. Judith, elle est partie, j’te dis. Moi, j’suis juste son cousin, elle m’a prêté son flat le temps de son absence. Parce que je suis juste de passage là! Et puis toi, je sais pas qui tu es de ton côté, mais, tu la verras pas tantôt. Elle est partie à Paris pour voir son chum. Elle voulait lui faire une surprise !

© Amor-Fati 29 janvier 2019 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr