23 octobre 2018

Noé et Papitilo. La panne

Et revoilà Papitilo et son petit-fils Noé pour une cinquième aventure. Si vous avez des enfants, ou des petits enfants qui souhaitent faire un dessin pour illustrer ce texte, ou les autres histoires de Papitilo et Noé, vous pouvez me faire parvenir leurs dessins.

Bonne lecture.


Toc Toc Toc…

Papitilo entre dans la maison.

«  Coucou, c’est moi, annonce-t-il en refermant la porte.

– Entre, papa, entre, je suis dans la cuisine !

– Moi aussi, crie Noé, je finis mon petit déjeuner !

Papitilo retire ses chaussures et les range près du paillasson. En chaussettes, il avance dans la maison, un panier à la main. Sur le dessus du panier, il y a un torchon à carreaux rouge et blanc.

Papitilo embrasse sa fille sur les deux joues et s’approche de Noé.

– Qu’est-ce qu’il y a dans ton panier, Papitilo ? demande Noé…

– Ouh la, c’est pour ce midi, pour le dessert, mais fais-moi un petit bisou d’abord, on verra ça après.

Noé pose sa cuiller sur la table, essuie son bec avec sa serviette et saute au cou de son grand-père.

– Bonjour Grand-père. Aujourd’hui c’est mercredi, je ne vais pas à l’école.

– Je sais bien répond Papitilo, c’est pour ça que je suis venu manger avec vous ce midi.

– A propos, papa, dit la maman de Noé, il me manque quelques bricoles pour ce midi, et il faudrait acheter des chaussons à ce monsieur. Il a encore grandi et ceux-là sont trop petits maintenant. Tu veux bien y aller ? J’ai des tonnes de choses à faire pour le boulot !

– Pas de soucis, on va y aller entre hommes, répond Papitilo en faisant un clin d’œil à son petit-fils.

– Tu n’as qu’à prendre ma voiture, il y a le siège auto pour Noé.

– Bien madame. On va faire comme ça !

– Oui, mon capitaine, répond Noé. A vos ordres, Madame !

– Allez zou, Moussaillon, dit maman. On monte t’habiller ! Papa, fais-toi un café en attendant, on redescend vite !

– Chic, dit Noé en montant l’escalier, je vais aller en voiture avec Papitilo…

Un petit quart d’heure plus tard, tout le monde est prêt. Noé est à l’arrière de la voiture de maman, bien attaché dans son siège enfant et Papitilo se met au volant.

– Tu te souviens bien de tout ? demande maman à Papitilo.

– Oui, bien sûr, un pot de crème, de la salade, des lardons, du jambon et….

– Des chaussons pour Noé, crie le petit garçon en rigolant !!!

– C’est parti, on y va !!

Papitilo tourne la clé et démarre la voiture. Noé agite le bras pour faire coucou à maman qui est restée devant la maison.

– J’aime bien quand c’est toi qui conduis la voiture, dit Noé en rigolant.

– Et moi j’aime bien la voiture de maman, ça me change de mon tacot.

– C’est quoi un tacot, Papitilo ?

– C’est une vieille voiture un peu déglinguée… comme moi !!!

Et les deux complices rigolent très fort. Papitilo regarde Noé dans le rétroviseur et lui fait des grimaces. Le petit garçon répond par d’autres grimaces.

Soudain, la voiture fait un petit bond bizarre. Papitilo arrête de faire le clown. Et la voiture recommence.

– Qu’est-ce qu’il se passe Grand-père ? Pourquoi est-ce que tu secoues la voiture comme ça ?

– Je ne sais pas, c’est bizarre, répond Papitilo.

– C’est pour me faire rigoler ?

– Non, non mon bonhomme. Là, ce n’est pas moi.

Et la voiture recommence. Elle saute, elle fait des bonds. Le moteur a le hoquet. Là, Papitilo ne rigole plus du tout. Et Noé non plus.

– Arrête grand-père s’il te plait ! Arrête de sauter comme ça, c’est pas drôle !

– Mais je t’assure Noé, je te promets que ce n’est pas moi ! On va s’arrêter.

Papitilo met son clignotant et arrête la voiture le long de la route. Heureusement que dans la campagne, il y a de la place et qu’on peut se ranger facilement.

Et là, le moteur s’arrête complètement. Pouf… Un peu de fumée blanche sort du capot. Le silence étonne Noé et son grand-père. Plus un bruit. Il se passe un moment avant que Papitilo ne recommence à parler.

– On va sortir de la voiture, Noé. Il ne faut pas rester là.

– Tu sais réparer les voitures, toi, Papitilo ?

Papitilo rigole.

– Oh non ! Je ne sais même pas ce qu’il y a dans un moteur. Allez viens on descend ! On va se mettre en sécurité.

– Faut prendre les gilets jaunes Grand-Père ! Dans la porte, là !!

– Super, tu sais tout ! Tu es vraiment un grand garçon. Allez viens, on va s’asseoir dans le champ là.

Papitilo appuie sur un bouton pour mettre en marche les feux de détresse puis va détacher son petit-fils et l’aider à descendre de la voiture et à enfiler le fameux gilet jaune.

Assis dans l’herbe, Noé appuyé contre lui, Papitilo sort son téléphone.

– Tu appelles qui, Papitilo ? demande Noé.

– J’appelle maman. Elle va savoir quoi faire !

– Mais elle ne sait pas réparer les voitures maman !

– Non, répond Papitilo, mais elle saura téléphoner au garage.

Et Papitilo fait un gros bisou à son petit-fils.

– Si papa était là, il viendrait nous sauver avec sa voiture.

– Peut-être, mais papa travaille et il ne peut pas venir. Il est trop loin. Et puis je crois qu’il ne sait pas non plus très bien réparer les moteurs. Maman va nous aider, c’est sûr !

Papitilo se lève et marche dans le champ tout en racontant à sa fille ce qui se passe. Noé le suit et essaie de comprendre ce qui se dit.

– Ne t’inquiète pas, di Papitilo au téléphone, Noé est très sage, il ne pleure pas. C’est un grand garçon.

Papitilo remet le téléphone dans sa poche.

– Elle va appeler Monsieur Lebas, le garagiste, il va venir avec la dépanneuse.

Papitilo a à peine fini sa phrase que son téléphone sonne. C’est un message. Il le lit rapidement.

– C’est bon, il est déjà parti, il sera là dans cinq minutes. On a de la chance d’être tout près.

– On va voir une dépanneuse ? demande Noé. Avec le crochet derrière ?

– Oui, je crois bien !

– Trop bien. Ca va être tip top !

Impatient, Noé saute à côté de Papitilo. En même temps, il guette sur la route l’arrivée de la dépanneuse. Soudain, il pousse un cri !

– Le gyrophare, le gyrophare !!

Noé a raison. Au loin, sur la route, on peut apercevoir la lumière orange clignotante du gyrophare de Monsieur Lebas.

Le garagiste accroche la voiture de maman après avoir discuté avec Papitilo.

– Allez hop, dit-il à Noé en lui donnant une petite tape sur les fesses pour l’aide à monter, grimpe là-dedans, il y a trois places à l’avant.

– Mais attache-toi bien, ajoute Papitilo en s’asseyant à côté de son petit-fils.

Noé est ravi. Il regarde les champs alentours et la route du haut de la dépanneuse de Monsieur Lebas.

– Grand-Père, dit-il en tirant la manche de Papitilo.

– Oui, quoi ?

– La prochaine fois qu’on ira faire des courses, on tombera encore en panne ? C’est trop rigolo !! »

 

 

 

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14 septembre 2018

T’as pas un joint ?

Petit dialogue tout à fait authentique entre une vendeuse de chez Boulanger (Elle) et moi (Moi) à propos d’un joint de cocotte minute.

Moi – C’est la cocotte minute de ma femme.
Elle – Elle est ancienne ?
Moi – Qui ? ma femme ?
Elle – Non, la cocotte.
Moi – Je ne sais pas, elle l’avait déjà quand je l’ai connue….
<silence>
Moi – Ma femme, pas la cocotte.
Elle – Et il y a longtemps que vous la connaissez ?
Moi – Qui ? La cocotte ?
Elle – Non, votre femme.
Moi – Ah ! 5 Ans. Donc, maintenant, elle doit avoir au moins 10 ans.
<silence>
Moi – La cocotte, pas ma femme !
Elle – Heureusement !!

Promis juré, ça s’est vraiment passé cet après-midi.

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10 septembre 2018

Ma danseuse

Et voilà septembre et les ateliers de Leiloona qui reprennent. Et c’est avec bonheur que je reprends le collier après un été bien paresseux. Beaucoup d’autres ont travaillé sur cette photo. Allez donc les lire.

Alors voilà la première photo et mon premier texte, dédié bien évidemment à Annie, ma petite femme adorée.

© Gabriel Augusto

J’aurais tant aimé te voir danser.
Sauter, tourner, virer.
Attitude, échappement, piqué.
Tout ce que tu me racontes, passionnée.
De tous mes yeux je t’aurais regardée
Dévorée, enregistrée, mémorisée
Pour ne jamais l’oublier.

Je t’ai pourtant vue danser
Sur toutes les photos que tu m’as montrées
Des instantanés, des moments figés.
Au sol, en l’air, portée,
Légère, souple, envolée.
Je sais que c’était ta vie, ta passion avouée :
Sauter, danser, et encore danser

Hélas, quand je suis arrivé
Ton genou blessé, torturé, opéré
T’avait à jamais interdit de virer,
De sauter, de tourner, de danser.
Mais tu danses dans ma vie depuis cinq belles années
Et même si je ne t’ai jamais vue danser
Tu es et resteras ma danseuse préférée.

A Annie.

 

 

 

 

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25 juin 2018

Seydou et le colibri

Et voici le dernier atelier de l’année. Merci Leiloona de nous avoir proposé cette année tant de belles photos. Certaines fois l’histoire était évidente et germait immédiatement dans mon esprit. Parfois c’était plus dur, il fallait se creuser les méninges pour faire parler une image qui ne me parlait pas justement. Et trois fois dans l’année je n’ai pas trouvé le chemin, j’ai renoncé. Mais je promets ici qu’avant septembre, j’aurai écrit les trois textes qui manquent. Croix de bois, etc…
Bel été à toutes et à tous. Pensez à visiter le site Bricabook qui nous propose cet atelier.
Et bonne lecture de ce dernier texte.

lalesh aldarwish ©

Je t’ai tendu la main
Et tu m’as ignoré
Je ne demandais rien
Tout juste exister.

Je t’ai tendu la main
Tu as tourné les yeux
Je cherchais mon chemin
Pour trouver le ciel bleu

J’ai quitté mon pays
J’ai quitté mon village
J’ai débarqué ici
Après un long voyage

J’ai bien failli mourir
Cent fois en quelques mois
Je sais ce qu’est souffrir
Esclave c’est pas mon choix

J’ai connu le malheur
Trois cents sur un bateau
J’ai entendu les pleurs
Des enfants des ados

Mon nom était Seydou
Je vivais au Soudan
Je m’endors n’importe où
Et on m’appelle Migrant

Je n’en veux à personne
Tu n’es pas obligé
Si tu veux tu me donnes
De quoi boire ou manger

N’oublie pas cependant
Je suis un être humain
Pas seulement un migrant
Un black un africain

Chez moi c’est la misère
Avant c’était l’été
Il suffit d’une guerre
Pour voir l’hiver souffler

Si ta vie tourne au noir
C’est peut-être toi demain
Assis sur un trottoir
Qui me tendras la main.

 

J’ai entendu l’autre jour à la radio une histoire qui m’a beaucoup plu. Celle du colibri et de la goutte d’eau. Je vais vous la conter :

La forêt est en feu. Les flammes dévorent tout : arbres, lianes, toute la végétation est détruite. Les insectes, les animaux, tout le monde fuit par le meilleur moyen qu’il trouve. L’incendie est immense. Une fois hors des flammes, les animaux se regroupent pour regarder leur forêt brûler. Ils papotent, ils discutent. Chacun se plaint de sa situation. Jusqu’à ce qu’ils aperçoivent un petit colibri qui fait l’aller-retour entre une mare d’eau et la forêt en flammes. A chaque voyage, il prend une goutte d’eau dans son bec, vole jusqu’aux flammes et lâche sa goutte d’eau. Au bout d’un moment, un tatou l’apostrophe au passage :

« Hé, petit colibri, tu es ridicule, ce n’est pas avec ta minuscule goutte d’eau que tu vas éteindre les flammes, tu te fatigues pour rien.

– Pas pour rien, répond le colibri. Je sais bien que je fais peu, que cette goutte d’eau n’est pas grand-chose. Mais je fais ma part. »

 

Soyez colibri…

 

© Amor-Fati 25 juin 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr
4 juin 2018

Salut Nana !

C’est la première fois que ce texte n’a rien  voir avec la photo. Mais tout est permis, nous dit souvent Alexandra K. Alors, cette semaine, je ne pouvais pas écrire autre chose. Qu’importe la photo… Mais allez lire les autres textes. Ils vous raconteront sûrement des jolies histoires autour de ces deux petites filles.


© Laurent Bisson

J’ai appris mercredi soir que tu étais partie. Partie pour un lieu que personne d’entre nous ne connaît encore. Tu es la première de notre petite équipe que nous formions il y a maintenant une trentaine d’années. A l’époque, et même plus récemment encore, personne n’imaginait que nous allions partir un jour. Nous nous pensions immortels, intouchables. Ta mort nous fait tous retomber sur terre, toucher la réalité du bout des doigts. Nous sommes donc comme les autres.

Lourde est la chute.

Cette photo, ce n’est pas toi, évidemment, mais elle me renvoie vers toi, comme tout me renvoie vers toi depuis mercredi. Je pense que quelque soit la photo proposée, le texte aurait été le même ! J’aurais pu faire semblant, chercher un lien avec toi, inventer une histoire… A quoi bon ?

J’aimais tes yeux, j’aimais ton sourire, j’aimais notre complicité, nos conneries d’étudiants et de jeunes adultes.

J’aimais ton rire. Ah ton rire ! Je l’entends encore, même s’il y a plus de dix ans que je ne l’ai pas entendu, car la vie nous a séparés. Je ne saurais à quoi le comparer. Il était incomparable ton rire : joyeux, aigu, cristallin, long, rebondissant, explosif, contagieux…

Je ne veux pas faire dans le pathos. Je veux juste te dire que je t’aimais beaucoup, que tu étais une perle au milieu de notre groupe de normaliens et que tu me manques. Pendant plus de  vingt ans, on s’est fabriqués suffisamment de souvenirs pour que tu sois présente dans ma tête. Ton visage, ta voix, ton rire. Tout est là, bien au chaud dans ma mémoire, et n’en sortira pas de sitôt.

Je regrette douloureusement qu’on m’ait caché ta mort, qu’on ne m’ait pas autorisé à penser à toi au moment de la cérémonie. Que personne ne m’ait prévenu. Pour être sûr que je ne vienne pas sûrement. Juste un oubli ? Non. Ça, je ne peux pas le croire.

Double peine. Double blessure.

Je pense à toi depuis que je sais où tu es. Nul ne peut m’en empêcher maintenant. Un jour, quand mon tour sera venu, je te retrouverai. Nous parlerons ensemble de nos années d’école normale, de nos souvenirs de jeunes parents, de Golf GTI, de Porsche, de la maison de Saint Aubin, de mille choses qui ne me viennent pas immédiatement à l’esprit mais qui reviendront bien vite, j’en suis certain.

Et, du plus loin que je t’apercevrai, pour annoncer mon arrivée, je te crierai d’une petite voix :« Salut Nana ! »

 

A Lydie.

© Amor-Fati 4 juin 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr