février 8

Poursuivi par la malchance

giac

Le nom de Pierre de Giac vous dit-il quelque chose ?

Si, dans l’histoire de France, il est un homme simple, bon et plein de qualités, c’est de Pierre de Giac dont il s’agit.

Mais il a, tout au long de sa vie, été poursuivi par la malchance.

Capitaine des gardes de Charles VI en 1417, il aimait rester aux côtés d’Isabaut de Bavière lors des crises de folie du Roi de France. N’était-ce pas donner de sa personne que d’accepter de passer ses nuits entières à consoler l’épouse d’un Roi que la santé tenait loin de sa couche ? Mais il n’était pas seul à vouloir consoler la pauvre Reine de France. Un autre capitaine, Louis de Bosredon, venait également, de temps en temps épancher les larmes de la malheureuse Isabaut. Il faut dire que la pauvre femme avait bien du malheur et on sait maintenant que nombreux furent les hommes qui se sacrifièrent pour le bonheur de leur suzeraine. Elle avait le lit large, disait-on.

Tenant à conserver sa place, Pierre accusa son collègue d’intrigues et le fit arrêter. Louis de Bosredon fut rapidement jugé, condamné à mort et noyé. Mais le Roi, bien que fou, se douta de quelque chose et Giac fut obligé de s’enfuir en Auvergne, où il retrouva son épouse légitime.

Ah oui, car il était marié ! Marié à Jehanne de Naillac. Un bien joli couple, ma foi. Et fidèles avec ça. Car pendant qu’il contait fleurette à la Reine de France, son épouse était devenue la maîtresse du Duc de Bourgogne, Jean sans Peur.

On se demande bien ce qui a pu arriver à ce fameux Jean sans peur. Un homme sans peur, certes, mais sans chance également. Toujours est-il qu’on le retrouva au matin du 10 septembre 1419, une dague plantée dans le cœur. Etait-ce un hasard ? Sûrement, me direz-vous, mais on sait que Pierre de Giac était parti dans la forêt en compagnie du Duc ce matin-là, et son chemin passait par ledit pont… Les langues se délièrent et certains se mirent à penser que ce brave Pierre pouvait être pour quelque chose dans la disparition du Duc. Langues de vipère !

Après cette macabre découverte, tout déconfit de la mort du Duc Jean, notre ami Pierre s’en retourna chez son épouse. Il lui fit alors grief de s’être bêtement retrouvée enceinte du Duc de Bourgogne, son amant. Avouez que c’est ballot quand même ! Jehanne pleura tant que Pierre son mari se sentit obligé de la consoler. Il alla aux cuisines lui chercher un verre de vin dans lequel il versa une poudre blanche. Certainement une poudre destinée à guérir le malheur des épouses éplorées. Mais l’effet de la poudre fut désastreux pour Madame de Giac qui se sentit très mal. Elle allait si mal, souffrait tant de douleurs intestinales, vomissements et autres joyeusetés que Pierre se dit qu’il ferait mieux de la conduire chez son médecin. Il attacha donc son épouse à l’aide d’une forte corde à plat ventre sur la croupe de son cheval, grimpa sur sa monture et partit au grand galop jusqu’à la demeure de son praticien qui se trouvait à quinze lieues de chez lui.

La dame et son enfant apprécièrent mal ce traitement qui partait pourtant d’une bonne intention. Quand il arriva à destination, Jehanne et son bébé avaient trépassé.

Décidément, c’était un homme plein de bonne volonté, mais le hasard et la chance le servaient bien mal.

Il fut arrêté et mené devant le dauphin le futur Charles VII. Celui-ci l’entendit, le lava publiquement de tout soupçon dans la mort de sa femme et le prit à son service comme maître des finances, puis comme premier conseiller. Les bonnes intentions et les qualités de Pierre de Giac étaient enfin récompensées. Qu’un homme droit et sincère devint conseiller du Roi, ce n’était que justice.

Une fois aux affaires, la malchance recommença. Les finances du pays dont il avait la charge, allèrent de plus en plus mal. Plus il s’intéressait à l’état des caisses du royaume, plus celles-ci se vidaient. Il n’y comprenait rien, vraiment, d’autant plus que sa richesse personnelle, de son côté, allait croissante. Le principe des vases communicants ? Oui, peut-être. C’est une hypothèse. Mais je crois plus en un nouveau coup de la malchance qui allait faire accuser Pierre de malversation. Les gens sont méchants quand même !

Entre temps, difficilement remis du décès de sa première épouse, et après avoir porté le deuil pendant au moins deux jours, Pierre s’était remarié à une dame Catherine de l’Isle Bouchard. Laquelle Catherine, ayant écouté les confidences de son mari à propos d’Isabaut, ne manqua pas de faire pareil que lui. Dès que son époux était parti en guerre, le premier conseiller de son mari, Georges de la Trémoille, venait la consoler. Elle n’aimait pas dormir seule dans cette grande demeure. Car il n’était pas facile d’être épouse d’un homme grand, serviable et au-delà de tout soupçon comme pouvait l’être ce bon Pierre.

Georges aimait beaucoup Catherine. Il avait également beaucoup d’estime pour Pierre et supportait mal que son ami ait une telle charge sur les épaules. Conseiller, financier et favori du roi était un lourd fardeau. Il décida donc de prendre la totalité des fonctions de Pierre de Giac afin de le soulager.

Un soir de février 1427, Pierre rentra chez lui, à Issoudun, alors que Georges revenait d’une journée de consolation auprès de Catherine. Il se coucha auprès de son épouse qui refusa ses avances. Elle était déjà comblée par le moment qu’elle avait passé avec son amant. Au matin, ils furent réveillés par des soldats qui enfonçaient la porte de leur chambre avec des haches. En voilà des manières, se dit Pierre qui se leva pour aller voir ce qui se passait. Quelle ne fut pas sa surprise de trouver là Georges de la Trémoille et son compagnon Arthur de Richemont qui ses saisirent de lui et l’emmenèrent à Blois, puis à Dun le roi.

Là, alors qu’il n’avait même pas compris pourquoi on l’avait trainé si loin, il reçut dans sa cellule la visite d’un moine qui venait pour l’entendre en confession et lui donner l’extrême onction. Extrême onction ? Il ne comprenait pas, il n’était pas malade ! Il se confessa longuement, et le moine en entendant tout cela refusa de donner l’absolution à notre bon Pierre.

Georges et Arthur, en bons camarades, décidèrent d’apprendre à nager à leur ami Pierre. Là, la malchance qui poursuivait de Giac depuis des années apparut à nouveau. Nul ne sait ce qui se passa lors de ces leçons de natation, mais un matin, on retrouva Pierre de Giac, pieds et mains liés,  cousu dans un sac. Il était mort noyé. Lui qui voulait tant apprendre à nager. La scoumoune l’avait décidément poursuivi jusqu’au bout.

Georges fut très malheureux de la perte de son ami. En son honneur, et pour lui être fidèle, il accepta toutes les charges administratives et financières de Pierre de Giac et devint le nouveau favori de Charles VII.  Quelle belle preuve d’amitié !

Et comme toutes les belles histoires se finissent bien, il épousa Catherine qui lui donna deux beaux garçons.

Georges eut également trois enfants de ses deux maitresses. On savait vivre à cette époque !

 

(Le 8 février 1427, Pierre de Giac est arrêté par Georges de la Trémoille, son ancien compagnon d’armes. Jugé sommairement, il est noyé quelques jours plus tard à Dun le Roi, aujourd’hui Dun sur Auron, dans le département du Cher. La biographie de Georges de la Trémoille est assez salée également !! )

© JM Bassetti 08/02/2013 Tous droits réservés.

 

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Ecrit 8 février 2013 par Amor-Fati dans la catégorie "Histoire réécrite

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