janvier 15

Si vis pacem…

raoulEté 925. Les troupes du Roi des Francs sont réunies à Eu. Depuis plusieurs mois, les Normands du Duc Rollon sont à ses trousses. La paix a bien été signée depuis six mois, mais le chef normand a la défaite amère et aimerait bien reprendre ce qu’il a perdu. Le souverain attend que les armées de ses alliés se réunissent pour prendre la décision. La guerre ou la paix ?

Dans sa tente de commandement, tous les belligérants francs sont réunis pour une dernière réunion : Herbert II de Vermandois, Helgaud de Ponthieu, Arnoul Ier de Flandre et son frère Adalolphe de Boulogne. Tout le monde est là, penché sur une carte grossière étalée sur l’immense table en bois qui a été taillée sur place, dans la masse, avec les arbres de la forêt.

« J’hésite encore, dit le Roi. Attaquer ou attendre qu’il attaque ? Certes nous sommes en paix. Mais devons-nous attendre d’être enfoncés pour nous préparer ?

– Tu as raison, répond Herbert de Vermandois, un immense colosse aux cheveux blonds tombant sur ses épaules. César a dit : « Si vis pacem, para bellum ». « Si tu veux la paix, prépare la guerre ». C’est à cela que tu dois te tenir.

– Oui, ta réponse me plait, mais tu sais, je suis plutôt un tendre, tu me connais. La guerre, si je peux éviter.

A ce moment, un homme portant une cagoule entre dans la tente sans y avoir été invité. On ne peut pas voit son visage. Il se place en face du roi et commence à lui chanter :

– Happy birthday to you, Happy birthday to you.

Le roi des Francs est étonné. Ce n’est pas son anniversaire. Il semble médusé et ne bouge pas devant l’inconnu.

L’homme qui vient d’entrer retire alors sa cagoule. Le roi le reconnait immédiatement : Rollon, son ennemi juré.

Et le duc, cagoule dans la main gauche continue à chanter :

– Happy birthday to youou. Happy birth…..

Et soudain, sans prévenir, il lance son poing droit dans le visage du roi qui se retrouve immédiatement au sol, complètement sonné. Rollon s’enfuit aussi vite qu’il est arrivé, laissant tous les généraux pantois, sans réaction.

Les commandants alliés viennent aussitôt au secours du roi et l’aident à se relever.

Il commence à reprendre ses esprits. Le roi s’approche alors de la table de bois et plante sa dague dans la carte.

Il se tourne vers son frère.

– Non, mais t’a déjà vu ça ? En pleine paix, il chante et puis crac, un bourre pif !

, Helgaud de Ponthieu veut intervenir, mais la colère du roi explose et ne lui laisse pas le loisir de placer un mot. Le roi place son index sur sa tempe et continue :

– Mais il est complètement fou ce mec !

Les hommes se regardent, étonnés par la violence de la répartie royale.

– Mais moi, les dingues, je les soigne. J’vais lui faire une ordonnance et une sévère …

Personne n’ose intervenir.

De plus en plus en colère, il conclut son monologue.

– J’vais lui montrer qui c’est Raoul. Aux quat’ coins du pays qu’on va l’retrouver,  éparpillé par petits bouts, façon Puzzle.  Moi, quand on m’en fait trop j’correctionne plus : j’dynamite, j’disperse, j’ventile. »

Les alliés du Roi Raoul se regardent entre eux. Ils ont compris. Ce sera la guerre.

 

(En 925, le Roi Raoul de France inflige une sévère défaite à son ennemi juré le Duc Rollon de Normandie.  Je ne suis pas certain que les dialogues soient tout à fait exacts, mais c’était sûrement de cette teneur.  Le 15 janvier  936, après treize ans de règne difficile, le roi Raoul, malade depuis l’automne 935, meurt à Auxerre, atteint de pédiculose corporelle, « prolifération de poux, de morpions et de vermines sur tout le corps ».)

Deux petites vidéos pour terminer. A regarder dans l’ordre si possible.

© JM Bassetti. 15/01/2013 Tous droits réservés.

 

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Ecrit 15 janvier 2013 par Amor-Fati dans la catégorie "Fiction", "Histoire réécrite", "Hommage

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