janvier 23

Quelle cuite !!!

pichegruLa soirée avait été bien arrosée. Il avait bu plus que de raison. Du vin d’abord, et puis divers alcools forts. Armagnac, cognac, marc de bourgogne, calva. Tout cela mélangé dans son estomac lui donnait le tournis et une violente envie de vomir.

Il réussit quand même à arriver chez lui –à pied-, à monter dans sa chambre et à se coucher. Une fois allongé, il ferma les yeux. Tout tournait. Même les yeux clos, il voyait les meubles de la chambre danser dans une farandole étourdissante. Il se redressa, remonta les oreillers contre le mur, alluma la radio pour penser à autre chose et se cala bien confortablement dans une position assise, le dos bien droit. Il espérait que ça allait passer.

Il resta ainsi une bonne partie de la nuit, puis, sans changer de position, il réussit à s’endormir. Sans avoir été malade. Un véritable exploit.

Au matin, il fit le bilan de sa nuit. Une nuit courte. Mais un rêve. Un rêve étrange et complètement incompréhensible. A la limite du cauchemar. Quelqu’un allait-il être capable de lui expliquer ce songe ?

Il était un militaire, général même. A l’époque de Napoléon peut-être, ou un peu avant, il ne savait pas vraiment. En tout cas, l’uniforme semblait être de cette époque. Une belle tenue colorée avec des épaulettes dorées et un bicorne portant la cocarde tricolore et une plume blanche sur le côté. Il commandait un régiment de hussards. Plusieurs centaines d’hommes et de chevaux certainement.

C’était l’hiver. Il faisait froid. Très froid. C’était la nuit, ou l’aube. Les naseaux des chevaux fumaient dans le froid. La fumée était impressionnante. Quelques hommes se blottissaient contre leurs montures pour chercher un peu de chaleur. A côté des cavaliers, un autre régiment : des fantassins. A pied eux. Des durs, des hommes rompus aux pires traitements.

Les deux régiments étaient au bord de la mer. La marée était basse. Au loin, presque à l’horizon, quatorze bateaux ennemis. Voiles baissées, aucune lumière, aucune fumée. Visiblement tout le monde dormait. Même pas un homme de garde. Une aubaine.

Mais voilà. Les bateaux sont sur la mer et les chevaux sur la terre.

Dans son rêve, il discutait avec un autre général. Certainement celui qui commandait les fantassins.

« C’est l’occasion rêvée, dit-il.

– Vous pensez que nous pouvons y arriver ?

– J’en suis persuadé. Essayons d’avancer, nous verrons bien.

Il réunit alors tous les hommes, fit monter un fantassin en croupe derrière chaque cavalier et se plaça devant la troupe rassemblée.

– Soldats, cria-t-il d’une voix forte, de façon à être entendu de tous, nous allons nous couvrir de gloire. Nous allons prendre ces navires à l’abordage. »

Le vent venait de la mer. Sa voix portait vers les soldats, mais pas vers le large. Il ne réveillerait pas les ennemis. Personne ne le prenait pour un fou. Les soldats étaient convaincus du succès de l’opération.

C’était vraiment un drôle de rêve. Il avait mal au crâne. Ce n’était franchement pas raisonnable de boire tant. Il se leva, enfila ses chaussons et se dirigea vers la cuisine. Un café bien fort allait le requinquer, il en avait bien besoin, car il avait ce matin une réunion importante où il devrait avoir toute sa lucidité. Le café coulait doucement. En attendant qu’il soit prêt, il s’assit confortablement dans le canapé et continua à se remémorer son rêve. C’était incroyable comme tout était clair. Il se souvenait parfaitement de tout.

Il sortit son sabre du fourreau et se plaça en tête de son armée. Il leva le bras et donna l’ordre d’avancer. Et, aussi incroyable que cela paraissait, les mille hommes et leurs montures partirent en avant, se dirigeant tout droit  vers les navires ennemis. Pourtant, entre la plage et les bateaux, il y avait la mer. En face d’eux, les canons des frégates pointaient vers la terre. Mais cela lui était égal, il était insouciant, n’avait aucune crainte, et savait que tout se passerait bien. Il avait l’impression que son armée tout entière volait au-dessus de la mer, la frôlant à peine.

Les chevaux ne galopaient pas. Ils avançaient, au pas ou au trot pour les plus rapides. La guerre en chaussons. Le silence était presque total, on n’entendait quasiment pas les sabots des montures.

En moins de dix minutes, la cavalerie était arrivée près des embarcations. Ils lancèrent des grappins et montèrent à l’assaut.  Hommes et bêtes, à l’assaut des quatorze navires fortement armés. Et presque sans combattre, en moins d’une heure, son régiment de hussards, aidé par un régiment d’infanterie, avait  fait prisonnier toute une flotte. Pas un marin, pas un mousse, pas un amiral. Un combat naval terrestre pour ainsi dire.

Quelle cuite, bon sang, quelle cuite il avait prise. Tu parles d’un rêve. Le plus étrange qu’il ait jamais fait. Et le plus absurde en plus, ça n’avait aucun sens. C’est sûrement le mariage du marc de bourgogne et du calva. C’est dangereux ce genre de mélange. Ça ne pardonne pas. Ça peut donner des hallucinations et ça fait faire des rêves vraiment tordus.

Il se servit une grande tasse de café bien fort et alluma l’ordinateur pour relever ses mails. Une fois devant son écran, il se prit la tête dans les mains et respira bien fort. Il lança le navigateur internet et son attention fut attirée par la petite fenêtre du moteur de recherche, en haut à droite. Est-ce que Google est capable d’interpréter les rêves ?

Il écrivit : «des hussards attaquent des bateaux ». La première phrase qui lui vint à l’esprit et qui résumait bien son rêve. Et, en deuxième ligne de réponse, il lut : «Capture de la flotte hollandaise au Helder. Wikipédia. » Il cliqua sur le lien, et, devant ses yeux encore embrumés par l’alcool, il lut à haute voix le rêve qu’il venait de faire. Cette nuit, bien malgré lui, il avait été le Général Jean-Charles Pichegru, en guerre contre la Hollande et le 23 janvier 1795, il avait fait prisonniers quatorze navires hollandais pris dans les glaces. Les sabots des chevaux avaient été enveloppés de chiffons pour être silencieux en marchant sur la mer gelée et l’armée de hussards avait capturé toute la flotte ennemie. Un exploit unique qui n’a jamais été réédité depuis.

23 Janvier. Pile poil la date d’aujourd’hui. Étonnant non ?

(Il n’est pas utile de mettre quoique ce soit dans cette parenthèse. Tout est dit dans le paragraphe juste au-dessus. Si vous ne croyez pas que Google est capable d’interpréter les rêves, tapez «des hussards attaquent des bateaux » dans votre moteur de recherche et vous verrez bien…)

© JM Bassetti 23/01/2013 Tous droits réservés.

© Amor-Fati 23 janvier 2013 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


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Ecrit 23 janvier 2013 par Amor-Fati dans la catégorie "Histoire réécrite

7 COMMENTS :

  1. By Loïc Le Dû on

    C’est autobiographique ? Je ne connaissais pas cette histoire étonnante.
    Petites corrections : où il devrait avoir (de) toute sa lucidité … son armée tout(e) entière (pas de « e » devant une voyelle) …il avait fait prisonniers quatorze navires (je pense qu’il faut accorder « prisonniers » avec « navires »
    Une suggestion : C’est sûrement le mariage du marc de bourgogne et du calva. (Plutôt que « avec le calva »)
    Bonne journée et merci pour cette histoire abracadabrantesque.

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  2. By Loïc on

    La deuxième ligne sur Google et les suivantes nous renvoient désormais ici-même !

    Répondre

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