janvier 14

Qu’il est loin le chemin de Cotignac.

cotignac

«  Connaissez-vous Cotignac ?

– Non. Jamais entendu parler.

– Et pourtant, Cotignac est un joli village français situé dans le Var.

– Ah Bon. Et que fait-on de beau à Cotignac, vous qui posez si bien les questions ?

– On y fait de l’huile d’olive.

– Un peu normal me direz-vous, vu la région.

– Rien ne semble vous épater, à ce que je vois.

– Faut dire que faire de l’huile d’olive en Provence, c’est comme faire des crêpes en Bretagne. C’est l’artisanat local.

– Oui, mais c’est aussi un lieu de pèlerinage religieux connu pour une certaine catégorie de personnes.

– Tiens donc ? Et qui y accueille-t-on ? Les lépreux, les pestiférés, les personnes qui ont de l’eczéma, les paralytiques, les aveugles, les migraineux, les ulcéreux de l’estomac ?

– Oh, Môssieur est espiègle à ce que je vois. Non, jeune homme, on y reçoit les femmes stériles.

– Allons bon, et ça marche ?

– Anne d’Autriche, la femme de louis XIII, qui n’avait pas eu d’enfants après 22 ans de mariage, a fait dire des neuvaines à Cotignac et neuf mois après. Boum. Louis XIV arrivait…

– Bon sang, un miracle alors.

– Oui, d’ailleurs, elle y est venue, plus tard, avec le jeune Louis encore enfant et s’est recueillie dans l’église, pour remercier.

– Et Louis XIII n’y est pour rien dans tout ça alors ?

– Ah, vous voyez comme vous êtes, mécréant… Et comme un miracle ne vient jamais seul….

– Non, ne me dites pas qu’il s’y est passé autre chose d’important ?

– Tttttt… En 1519, un bucheron du nom de Jean de la Baume a vu apparaître la Vierge Marie, avec l’Enfant Jésus dans ses bras, entourée de Saint Bernard de Clairvaux et de l’Archange Saint Michel, lui demandant de faire bâtir une église.

– Rien que ça ? Pfff du beau monde, dites-moi… Et quand je pense que je ne connaissais pas. Et elle a été bâtie cette église au moins ?

– Evidemment, c’est celle où est allée Anne d’Autriche.

– Ah ben oui évidemment, tout se tient alors…

– Et le 7 juin 1660…

– Encore ?

– Laissez-moi finir…  un jeune berger assoiffé, Gaspard Ricard, a vu apparaître Saint Joseph, qui lui a montré une source sous un rocher.

– Alors, là, j’en suis baba. Louis XIII, Louis XIV, Anne d’Autriche, la Vierge, Joseph, Jésus, Saint Michel, Saint Bernard. Ça fait quand même une grande concentration de célébrités pour une petite commune comme ça.

– Sûr. Et ce n’est pas tout… Joseph est revenu.

– Une nouvelle fois ? C’est incroyable.

– Non, pas le même… Joseph Ira.

– Connais pas…

– Mais si, vous connaissez, vous ne connaissez que lui…

– Ah bon ? Donnez-moi des indices pour que je trouve…

– Hmm… Voyons… les petits pains au chocolat…

– Joseph Coppé ?

– Non… Les Dalton…

– Joe Dalton et ses frères ?

– Ne dites pas de bêtises… Voyons… le chemin de papa, et si tu n’existais pas, l’été indien, les Champs Elysées, Billy le bordelais…

– Non ???

– Si !!!

– Non ?

– Si…

– Joe Dassin ?

– Exactement, le grand Joe Dassin !

– Et qu’est-il venu faire dans ce village ? Demander des enfants ?

– Un peu peut-être…  En fait, le maire du village lui avait offert un terrain à bâtir pour le remercier d’un concert qu’il avait donné gratuitement.

– Et il en a fait quoi ?

– Hé bien, il a bâti. Sur un terrain à bâtir, que voulez-vous faire d’autre ? Il a fait construire une belle maison. Et quand il a connu Christine Delvaux…

– Il est venu lui faire des enfants ici puisque c’est réputé.

– Peut-être, puisqu’ils en ont eu deux.

– Ah Ça a marché alors…

– Certainement. Toujours est-il qu’ils sont venus à Cotignac pour se marier.

– En toute intimité, dans un lieu reculé.

– Pas tout à fait… Il y avait quand même 500 personnes à la cérémonie.

– Ah pas mal… Et vous y étiez ?

– Oui, Monsieur, pour la Sainte Vierge, je n’étais pas là, mais pour Joe Dassin, oui !!!joe-dassin

– Quels souvenirs. Et pourquoi me dites-vous ça aujourd’hui ?

– Parce que ça s’est passé un 14 janvier.

– Aaaahhh Comme aujourd’hui, alors ?

– Oui. En 1978. Et comme ils se sont mariés à Cotignac, ils ont eu deux enfants coup sur coup, si j’ose dire… Mais le jour de leur mariage, je m’en souviens, il pleuvait des cordes, il a fallu installer des bâches pour abriter tout le monde.

– Mariage pluvieux, mariage heureux !!!

– Pas vraiment, ils ont divorcé deux ans après…

– Et maintenant ?

– Joe Dassin habite toujours là, dans sa grande maison. Il vient d’avoir soixante-quatorze ans et vit retiré à Cotignac où ses deux fils, Jonathan et Julien, viennent le voir de temps en temps.

– Faut dire qu’on ne le voit plus beaucoup  la télé en ce moment.

– Non. Il a été maire du village pendant douze ans, et maintenant, il est paisible retraité. Je le vois de temps en temps. On boit des coups ensemble.

– Hé bien, j’ai été très heureux de cette petite conversation. Et puis je vous remercie.

– Vous me remerciez ? Et de quoi donc grand Dieu ?

– Je vous remercie de m’avoir fait connaître Cotignac.

– Je vous en prie, mais pourquoi me remercier ?

– Parce que comme ça, j’ai pu écrire ma chronique du jour.

– Pas votre chronique, puisque je les connais bien. Votre Uchronique.

– Oui, c’est vrai, je vous l’admets, c’est une Uchronique, puisque j’y ai changé quelque chose.

– J’ai remarqué, et je n’ai rien dit, mais dites-le vous-même, qu’avez-vous changé ?

– Je vous ai fait dire que Joe Dassin vivait toujours ici.

– Alors que ???

– Alors qu’il est mort le 20 août 1980 à Tahiti…

– Allez, je ne vous en veux pas. Cela nous aura permis de parler de mon village : Cotignac, et de Joe Dassin… Mais il faut que je fasse attention moi, vous me faites dire de ces choses…

– C’est la dernière fois, promis…Bonsoir.

– Bonsoir, j’ai un dernier truc à faire avant de me coucher.

– Quoi donc ?

– Me faire plaisir. J’ai juste envie d’aller siffler sur la colline.

– Comme vous avez raison !! »

© JM Bassetti 14/01/2013 Tous droits réservés.

© Amor-Fati 14 janvier 2013 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


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Ecrit 14 janvier 2013 par Amor-Fati dans la catégorie "Fiction", "Hommage", "Uchronie

1 COMMENTS :

  1. By MC Plourde on

    Très bon texte! Depuis que je vous ai découvert, j’adore vous lire à chaque matin. Parfois, je fais même la lecture de quelques textes à mes élèves (j’enseigne le Français langue seconde). J’ai cru apercevoir une coquille dans ce texte d’aujourd’hui.
    Il manquerait un «à» dans la phrase «Faut dire qu’on ne le voit plus beaucoup la télé en ce moment.»
    Bonne continuation 🙂

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