Route de Quimper
Yann Nédélec était breton.
Brestois pour tout dire.
Enfin, pas tout à fait.
Il habitait le Relecq-Kerhuon, dans la toute proche banlieue de Brest.
Il avait toujours habité là, depuis tout petit.
Sur la route de Plougastel.
Et Yann Nédélec était un fervent supporter du Stade Brestois.
Régulièrement, tous les quinze jours depuis plus de vingt ans, il allait encourager son équipe favorite.
Quand elle jouait à domicile évidemment.
Au stade Francis Le Blé, autrefois stade de l’Armoricaine, situé route de Quimper.
L’adresse est importante, vous allez bien voir.
Et rien ne lui ferait changer ses habitudes.
C’est ce qu’il croyait !
Jusqu’à ce qu’un soir, lors de l’anniversaire d’un de ses amis, il rencontre une voyante.
Laquelle voyante lui annonça tout de go : « Vous mourrez Route de Quimper. »
Pas plus crédule que les autres, Yann rigola un bon coup avec les copains et termina la soirée.
Mais quand même… elle avait l’air sûre d’elle. Elle lui avait dit d’autres choses sur lui qui étaient tout à fait vraies.
Yanna avait beau être cartésien, ne pas croire à ce genre de conneries, petit à petit, dans son esprit, s’installa l’idée qu’il mourrait Route de Quimper.
Là où se situait le stade.
Son stade.
La route par laquelle il était obligé de passer pour aller en ville.
Alors, d’un jour à l’autre, et pour contredire la voyante qui lui avait prédit son trépas, il décida de ne plus jamais passer route de Quimper.
Besoin d’aller en ville, à Brest-même ? Pas de soucis, il passerait par le quartier Saint Marc pour rejoindre la place de Strasbourg, puis la rue Jean Jaurès et le centre-ville.
Pour le foot ? Pas de soucis, une semaine sur deux, le stade Brestois jouait à l’extérieur.
Et Yann, en retraite depuis trois ans, avait du temps devant lui.
Il devint ainsi un habitué des voyages en car, sillonnant la France pour visiter les stades de la Ligue 2 puis de la Ligue 1.
Sa famille, ses amis étaient au courant, et même quand il ne conduisait pas lui-même, on respectait son souhait de ne pas passer Route de Quimper.
Chacun faisait le détour. Sans râler. Enfin sans trop râler.
Parce que parfois, c’était gonflant d’être obligé de passer par en-bas.
Le temps passa ainsi et Yann était bien content de faire la nique à la mort, comme il aimait à dire.
Jusqu’au jour où son cœur lui joua des tours.
Il était dans son jardin, c’était le début de l’été, et il sentit soudain une sorte de douleur dans la poitrine.
L’impression d’être serré, oppressé.
Il se leva de sa chaise pour aller chercher un verre d’eau, faire quelques pas, mais il s’effondra dans le couloir, à deux pas de la cuisine.
Francine son épouse, entendit le fracas de la chute, se précipita et le trouva sans connaissance.
Par acquit de conscience, elle tâta son pouls. Le cœur battait. Faiblement, mais il battait.
Yann reprit conscience mais resta allongé sur le sol.
Francine appela se SAMU qui ne fut pas bien long à arriver.
Mais l’état de Yann ne s’arrangeait pas. Il ne pouvait pas parler, il cherchait son souffle.
Il fallait le transporter.
D’urgence.
Le SAMU le chargea dans l’ambulance, direction l’Hôpital Morvan, le plus proche de chez lui.
Hélas, l’infarctus était déjà bien avancé, et malgré l’assistance respiratoire et tous les premiers soins apportés par le médecin et les infirmiers, Yann mourut dans l’ambulance.
En passant devant le stade Francis Le Blé.
Route de Quimper.
(Cette histoire, sans tous les détails que j’ai ajoutés, a été le préambule à un cours de philo sur la destinée et le destin lorsque j’étais en terminale dans ce qui semble être maintenant le Groupe scolaire de l’Estran (voir sur l’illustration ci-dessus) et qui s’appelait autrefois le Lycée Charles de Foucault à Brest. Route de Quimper !)
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2 Comments
Loïc
Voilà des lieux qui me parlent pour être allé quelques fois au stade Francis-Le Blé et plus fréquemment à Brest en venant de Quimper.
Si tu le souhaites je peux te signaler les deux ou trois légères coquilles repérées.
Loïc
Gilles
C’est l’a Quimper la vie devant le stade sans savoir qu’il était lui-même au dernier stade. L’autre s’arrête à ce stade, même si Quimper est le dernier. C’est bien compliqué la Bretagne…