juin 4

Salut Nana !

C’est la première fois que ce texte n’a rien  voir avec la photo. Mais tout est permis, nous dit souvent Alexandra K. Alors, cette semaine, je ne pouvais pas écrire autre chose. Qu’importe la photo… Mais allez lire les autres textes. Ils vous raconteront sûrement des jolies histoires autour de ces deux petites filles.


© Laurent Bisson

J’ai appris mercredi soir que tu étais partie. Partie pour un lieu que personne d’entre nous ne connaît encore. Tu es la première de notre petite équipe que nous formions il y a maintenant une trentaine d’années. A l’époque, et même plus récemment encore, personne n’imaginait que nous allions partir un jour. Nous nous pensions immortels, intouchables. Ta mort nous fait tous retomber sur terre, toucher la réalité du bout des doigts. Nous sommes donc comme les autres.

Lourde est la chute.

Cette photo, ce n’est pas toi, évidemment, mais elle me renvoie vers toi, comme tout me renvoie vers toi depuis mercredi. Je pense que quelque soit la photo proposée, le texte aurait été le même ! J’aurais pu faire semblant, chercher un lien avec toi, inventer une histoire… A quoi bon ?

J’aimais tes yeux, j’aimais ton sourire, j’aimais notre complicité, nos conneries d’étudiants et de jeunes adultes.

J’aimais ton rire. Ah ton rire ! Je l’entends encore, même s’il y a plus de dix ans que je ne l’ai pas entendu, car la vie nous a séparés. Je ne saurais à quoi le comparer. Il était incomparable ton rire : joyeux, aigu, cristallin, long, rebondissant, explosif, contagieux…

Je ne veux pas faire dans le pathos. Je veux juste te dire que je t’aimais beaucoup, que tu étais une perle au milieu de notre groupe de normaliens et que tu me manques. Pendant plus de  vingt ans, on s’est fabriqués suffisamment de souvenirs pour que tu sois présente dans ma tête. Ton visage, ta voix, ton rire. Tout est là, bien au chaud dans ma mémoire, et n’en sortira pas de sitôt.

Je regrette douloureusement qu’on m’ait caché ta mort, qu’on ne m’ait pas autorisé à penser à toi au moment de la cérémonie. Que personne ne m’ait prévenu. Pour être sûr que je ne vienne pas sûrement. Juste un oubli ? Non. Ça, je ne peux pas le croire.

Double peine. Double blessure.

Je pense à toi depuis que je sais où tu es. Nul ne peut m’en empêcher maintenant. Un jour, quand mon tour sera venu, je te retrouverai. Nous parlerons ensemble de nos années d’école normale, de nos souvenirs de jeunes parents, de Golf GTI, de Porsche, de la maison de Saint Aubin, de mille choses qui ne me viennent pas immédiatement à l’esprit mais qui reviendront bien vite, j’en suis certain.

Et, du plus loin que je t’apercevrai, pour annoncer mon arrivée, je te crierai d’une petite voix :« Salut Nana ! »

 

A Lydie.

© Amor-Fati 4 juin 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


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Ecrit 4 juin 2018 par Amor-Fati dans la catégorie "Atelier d'écriture", "Au fil des jours

8 COMMENTS :

  1. By Nady on

    Il n’y a rien à ajouter à ton texte Amor Fati où je te sens à fleur de peau d’une grande émotion qui a envie de déborder, et pour cause… Mais je vais tout de même t’écrire quelque chose dans l’espoir de soulager ta peine même si je sais que le travail de deuil t’appartiendra à toi seul.
    Le titre de ton texte m’a interpellée car on m’appelle parfois de ce blase ;-), puis dès les première lignes j’ai ressenti une grande sensibilité dans ta plume. Je te connais écrivain de talent, alors j’ai pensé un moment à une histoire que tu réussissais à nous raconter et dans laquelle on imaginerait être dans le vrai mais l’introduction à ton texte me laisse penser que tu nous racontes ton vécu et pour l’avoir parfois vécu, je ne peux pas imaginer que tu aies inventé cette semaine une histoire.
    Il est certain que cette double blessure que tu as vécue mercredi dernier va mettre du temps à être digérée mais, écrire, n’est ce pas hurler en silence ? Je pense que tu as été actif dans ton travail de deuil et d’avoir écrit ce texte et d’avoir eu le courage de le publier avec beaucoup de pudeur ne peuvent que t’aider à surmonter cette douloureuse épreuve. toutes mes pensées t’accompagnent pour t’aider à supporter ce moment à passer. des bises, Nady

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  2. By Claude on

    Beaucoup d’émotion en lisant ton texte. A lire Nady, je crois comprendre qu’il est lié au vécu. En tous cas il est infiniment bien écrit.

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  3. By Valerie on

    La vie nous reserve de bien mauvaises surprises parfois. Je ne sais ni qui ni pourquoi on t’a caché le décès de ton amie…mais j’imagine la tristesseque cela peut provoquer en toi. Tes souvenirs te permettront de garder le meilleur de votre relation. Plein de courage à toi.

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  4. By Jos Plume on

    Ton texte est bouleversant… et trop difficile à commenter – pour moi en tout cas – sur le fond. Alors je vais juste me contenter de ces quelques mots pour en commenter la forme : C’est criant de vérité, de justesse et d’amour. C’est triste mais parfaitement écrit !

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  5. By pierre F. on

    Le texte me touche d’autant plus qu’il exprime à une situation bien réelle. Je suis triste pour toi et avec toi, parce que perdre une amie laisse toujours un grand vide et sans doute encore plus dans les circonstances où ça s’est produit.

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  6. By Marie Kléber on

    Un magnifique texte qui prend aux tripes. Un belle déclaration malgré le chagrin du départ et du départ sans aurevoir possible. Garder et se remémorer les souvenirs est une aide précieuse sur le chemin du deuil. Affectueuses pensées.

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  7. By Nath on

    Les yeux encore embués,
    Je pense à toi,
    Et à toute cette douleur infinie

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  8. By Leiloona on

    Que t’écrire ? Que c’est le plus joli texte que tu pouvais écrire sur cette photo ?
    Je t’embrasse.

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