juin 25

Seydou et le colibri

Et voici le dernier atelier de l’année. Merci Leiloona de nous avoir proposé cette année tant de belles photos. Certaines fois l’histoire était évidente et germait immédiatement dans mon esprit. Parfois c’était plus dur, il fallait se creuser les méninges pour faire parler une image qui ne me parlait pas justement. Et trois fois dans l’année je n’ai pas trouvé le chemin, j’ai renoncé. Mais je promets ici qu’avant septembre, j’aurai écrit les trois textes qui manquent. Croix de bois, etc…
Bel été à toutes et à tous. Pensez à visiter le site Bricabook qui nous propose cet atelier.
Et bonne lecture de ce dernier texte.

lalesh aldarwish ©

Je t’ai tendu la main
Et tu m’as ignoré
Je ne demandais rien
Tout juste exister.

Je t’ai tendu la main
Tu as tourné les yeux
Je cherchais mon chemin
Pour trouver le ciel bleu

J’ai quitté mon pays
J’ai quitté mon village
J’ai débarqué ici
Après un long voyage

J’ai bien failli mourir
Cent fois en quelques mois
Je sais ce qu’est souffrir
Esclave c’est pas mon choix

J’ai connu le malheur
Trois cents sur un bateau
J’ai entendu les pleurs
Des enfants des ados

Mon nom était Seydou
Je vivais au Soudan
Je m’endors n’importe où
Et on m’appelle Migrant

Je n’en veux à personne
Tu n’es pas obligé
Si tu veux tu me donnes
De quoi boire ou manger

N’oublie pas cependant
Je suis un être humain
Pas seulement un migrant
Un black un africain

Chez moi c’est la misère
Avant c’était l’été
Il suffit d’une guerre
Pour voir l’hiver souffler

Si ta vie tourne au noir
C’est peut-être toi demain
Assis sur un trottoir
Qui me tendras la main.

 

J’ai entendu l’autre jour à la radio une histoire qui m’a beaucoup plu. Celle du colibri et de la goutte d’eau. Je vais vous la conter :

La forêt est en feu. Les flammes dévorent tout : arbres, lianes, toute la végétation est détruite. Les insectes, les animaux, tout le monde fuit par le meilleur moyen qu’il trouve. L’incendie est immense. Une fois hors des flammes, les animaux se regroupent pour regarder leur forêt brûler. Ils papotent, ils discutent. Chacun se plaint de sa situation. Jusqu’à ce qu’ils aperçoivent un petit colibri qui fait l’aller-retour entre une mare d’eau et la forêt en flammes. A chaque voyage, il prend une goutte d’eau dans son bec, vole jusqu’aux flammes et lâche sa goutte d’eau. Au bout d’un moment, un tatou l’apostrophe au passage :

« Hé, petit colibri, tu es ridicule, ce n’est pas avec ta minuscule goutte d’eau que tu vas éteindre les flammes, tu te fatigues pour rien.

– Pas pour rien, répond le colibri. Je sais bien que je fais peu, que cette goutte d’eau n’est pas grand-chose. Mais je fais ma part. »

 

Soyez colibri…

 

© Amor-Fati 25 juin 2018 Tous droits réservés. Contact : amor-fati@amor-fati.fr


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Ecrit 25 juin 2018 par Amor-Fati dans la catégorie "Atelier d'écriture", "Poème

12 COMMENTS :

  1. By Pierre F. on

    Bravo, très joli texte inspirant. J’adore l’histoire du petit colibri. Elle me rappelle qu’une goutte d’eau ne peut pas grande chose, mais mises bout à bout, elles peuvent devenir ruisseau, rivière, torrent, océan.

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  2. By Marie Kléber on

    J’aime l’histoire du colibri, elle m’accompagne dans ma vie qu quotidien
    Joli ce poème, d’actualité. On oublie trop souvent que ces hommes, ces femmes et ces enfants sont avant tout des êtres humains.
    Merci

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  3. By Nath on

    Merci encore pour tous tes textes que j’ai pris plaisir à lire chaque semaine

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  4. By Claude on

    Un poème qui se récite avec un fond de musique. On n’est pas loin du rap. C’est très bien rythmé et porteur d’un message qui marque. L’histoire du colibri est joliment métaphorique. Merci

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  5. By laurence on

    Un regard franc sur une réalité d’actualité.
    On est bien d’accord, il suffit de peu pour contribuer à changer le monde. Merci de nous le rappeler.

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  6. By Valerie on

    Tout juste poignant. Bravo et merci. Merci pour tes mots et les messages véhiculés aussi bien dans ton poeme que dans l’histoire que tu partages. Comme tu dis, soyons colibri.

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  7. By Jos Plume on

    Un poème superbe et poignant ! On a eu la même idée sur le fond mais ta façon de nous la livrer me touche particulièrement. Tous les paragraphes sont justes mais les deux derniers sont d’un réalisme époustouflant.
    Vraiment, je trouve que pour ce dernier atelier les textes sont de qualité !

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  8. By Vénusia on

    Une chanson intemporelle et tristement actuelle!
    Merci de nous avoir fait partager ce joli texte du colibri.

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  9. By Nady on

    ROoo comme ton texte est beau ! et ce final sur la légende amérindienne toujours superbement bien racontée par Pierre Rabhy me touche encore plus ! Quelle belle idée d’être chacun colibri et dans le même temps, arrêtons de regarder ce que font ou pas les autres, on les entend tous déjà assez et surtout on a assez à faire pour le reconstruire ce monde, non ?
    En attendant je te souhaite un très bel été ! des bises

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  10. By la fllibust on

    J’ai lu « la part du colibri » revisité par Pierre Rabhi et c’est magnifique, comme ton texte, merci à toi, et bon repos estival

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